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VINGT- QUATRIÈME LEÇON

Sang (Suite). — Hémoglobine et oxyhémoglobine.

Le liquide sanguin, nous l'avons vu, doit sa coloration rouge aux hématies, puisque, quand celles-ci sont déposées, le plasma est incolore ou plutôt légèrement teinté de jaune clair.

Les hématies elles-mêmes doivent leur coulenr à deux pigments dont le second n'est que le premier combiné à l'oxygène : ce sont V hémoglobine et V oxy hémoglobine . Ces deux matières colorantes sont en proportion variable, suivant que le sang est artériel ou veineux, le premier contenant plus d'oxyhémoglobine, le second plus d'hémoglobine.

Normalement, les j)igments sont fixés sur la globuline, mais on peut, par divers procédés, les faire passer dans le plasma : i" en versant dans le sang quelques volumes d'eau distillée; 2° en y ajoutant un peu d'éther; 3° en le congelant et le réchauffant ensuite brusquement. On obtient ainsi du sang laqué.

. L'hémoglobine est une substance protéique qui contient du fer; elle est soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'alcool; on ne la connaît pas cristallisée.

Hévivès de VYièmoglobinef moyens de les obtenir. — Nous étudierons d'abord le plus facile à obtenir, puisqu'il se forme i^pontanénient lorsque le sang est exposé à l'air : l'oxyhémoglobine. Dans le sang laqué, cette substance est en dissolution et lui donne sa couleur

S'Cà' IIKMOGLOlilNE ET OXYIIÉ MOGLOIilNK

rouge vermeille, mais on peut la faire cristalliser. Pour cela, on centrifuge du sang et les globules sont recueillis dans un peu d'eau. Après avoir refroidi à o", on ajoute i d'alcool à o également. Après quelques heures ou quelques jours, l'hémoglobine se dépose à l'état cristallin. Tous les sangs ne sont pas également aptes à fournir ces cristaux; ceux de cobaye, de rat, d'écureuil, sont les plus favorables.

Le procédé suivant donne encore de bons résultats. On prend du sang défibriné, c'est-à-dire débarrassé de sa fibrine par le battage, on ajoute un volume égal d'une solution de fluorure de sodium à 2 pour 100, et, au bout de huit à dix jours, on a de beaux cristaux d'oxyhémoglobine.

La forme cristalline varie suivant les espèces : chez le rat, ce sont des octaèdres; chez le cobaye, des tétraèdes; chez le chien, de longs prismes à quatre faces; chez l'écureuil, des tablettes hexagonales (fig. 246).

L'oxyhémoglobine est une combinaison peu stable; elle est facilement dissociable, par la chaleur ou par le vide par exemple, en oxygène et hémoglobine. On obtient le même résultat par des corps réducteurs, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque.

La coloration de l'hémoglobine est beaucoup plus foncée que celle de l'oxyhémoglobine : aussi le sang veineux, où l'oxyhémoglobine est partiellement réduite, est-il plus foncé que le sang artériel.

Il existe un autre composé oxygéné de l'hémoglobine : c'est la niélhénioglohine. Cette dernière substance s'obtient en faisant agir sur l'hémoglobine des oxydants, tels que le ferricyanure de potassium ou le permanganate de potasse. Elle peut cristalliser sous forme de tétraèdre chez le cobaye, de plaques hexagonales chez l'écureuil; elle est soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool.

DÉRIVÉS DE LlIÉMOGLOniNE 269

L'hémoglobine peut encore se comj3iner avec Toxyde de carbone, donnant V hémoglobine oxy carbonée qui est beaucoup plus stable que roxyhémoglobine. Ce caractère chimique permet de comprendre la gravité de empoisonnements par l'oxyde de carbone; en effet, les globules sur lesquels s'est fixé ce gaz deviennent ultérieure ment impropres à la fixation de l'oxygène. L'hémoglobine oxycarbonée cristallise par les mêmes procédés et a les mêmes formes que l'oxyhémoglobine correspondante.

Il existe enfin une hémoglobine oxyazotée^ résultant de l'action du bioxyde d'azote. Cette dernière est encore plus stable que la précédente; elle s'obtient cristallisée par

les mêmes procédés et a les mêmes formes cristallines.

Nous signalerons encore quelques dérivés de l'hémoglobine :

i" L^hématine, qu'on obtient en chauffant le sang à 80°, ou encore en faisant agir sur lui soit le suc gastrique, soit le suc pancréatique; l'hémoglobine est, en effet, une protéide formée d'une matière albuminoïde, la globine, et d'un composé organométallique, l'hématine; et, par ces procédés, on isole, en la transformant, la globine. L'hématine est insoluble dans l'eau,

FiG. 246. — Diverses formes des cristaux d'oxyhémoglobino suivant les animaux.

'i^O lUiMOGLODLXE KT OXYllÉMOGLOIilSE

l'alcool, l'éther, soluble dans Teaii alcaliiiiséc, l'éllier ou Falcool acidulé.

ii° 'Uhéniine, qu'on prépare en prenant du sang laqué, le traitant par vingt fois son volume d'acide acétique glacial et le maintenant au bain-marie I k pendant quelques heures. Le dépôt bleu

I 1 noir qui se forme est composé de cris-

I 1 taux microscopiques d'hémine en forme

de tables rhomboédriques allongées, sou- ^d"hfmi-„e~ou"'cMo' ^'©nt maclées (fig. 347). La formation de rhydrate dhéma- ^ristaux d'hémine peut servir à reconnaître de vieilles taches de sang:. On broie le sang desséché avec un peu de chlorure de sodium, on humecte la poudre avec de l'acide acétique glacial, on chauffe et laisse refroidir : il se forme des cristaux caractéristiques.

3° hliématoporphyrine, qui est obtenue en chauffant l'hématine à 160° avec de l'acide chlorhydrique fumant; cette combinaison n'est plus ferrugineuse : elle est isomère, comme vous le verrez, de la bilirubine.

Etude spectrale de l'hémoglobine et de ses dérivés. 1° Oxyhéinoglobine. — Une solution d'oxyhémoglobine à I pour 1000, sous une épaisseur de un centimètre, donne, quand on l'intercale entre une flamme éclairante et le collimateur d'un sj)ectroscope (fig. a48), deux bandes d'absorption très nettes situées entre les raies D et E du spectre solaire (voir Planche I). A même épaisseur, s'il y a 3,7 pour i 000 d'oxyhémoglobine, les deux bandes sont tangentes à D et E et le spectre est absorbé jusqu'à la moitié du bleu. Pour 6,5 d'oxyhémoglobine, les deux bandes se confondent, rextréme rouge est absorbé ainsi que toute la partie la plus réfrangible du spectre jusqu'au vert. Quand on étudie du

ÉTUDE SPECTRALE DE L'UÉMOGLOIilNE ET DE SES DÉRIVÉS 27f

sang au spectroscope, il faut tlonc faire attention au deoTé de dilution. Une solution à peine colorée donne les deux bandes caractéristiques.

a" Hémoglobine. — Une solution d'hémoglobine à i pour I ooo, examinée sous un centimètre d'épaisseur, donne une bande d'absorption unique située entre D et E

FiG. 248. — Spectroscope à vision directe.

voir Planche I). Pour des solutions plus concentrées, la bande persiste, mais le spectre s'absorbe par ses deux extrémités. Pour voir cette bande, dite de réduction ou de Stockes, il suffit de traiter du sang par un cigent réducteur et de l'examiner sous une épaisseur déterminée ou un degré de dilution convenable pour une épaisseur donnée.

3° Hémoglobine oxy carbonée. — Le spectre est sensil^lement le même que pour l'oxyhémoglobine, mais on ne peut obtenir la bande de Stockes par les agents réducteurs, à cause de la stabilité de la combinaison.

HÉMOGLOBINE ET OXYIIÉMOGLOniNE

4° Hémoglobine oxyazotée. — Ce corps nous donne un spectre à deux bandes comprises entre D et E.

5° Méthémogiobine. — Le spectre d'a])sorption a trois bandes, deux entre D et E, une entre G et D, toujours naturellement sous une épaisseur convenable (voir Planche I).

6" Hématine. — En solution alcaline, on obtient une bande unique à cheval sur la raie D (voir Planche I).

Recherche du fer dans le sang. — Les pigments sanguins contiennent du fer. On s'en assure facilement par le procédé suivant : prenant une goutte de sang, on la calcine sur une lame de platine jusqu'à ce que les cendres soient brunâtres. Celles-ci sont alors traitées par l'acide chlorhydrique, puis par le ferrocyanure de potassium. On a une belle coloration bleu de Prusse. Le fer réduit à l'état d'oxyde est transformé par l'acide chlorhydrique en perchlorure qui donne avec le ferrocyanure la réaction caractéristique des persels de fer.

Hémochromométrie. — Nous verrons, en étudiant les gaz du sang, qu'une grande quantité de l'oxygène contenu dans ce liquide est fixée sur l'hémoglobine en formant avec elle le pigment étudié plus haut sous le nom d'oxyhémoglobine ; il en résulte que le pouvoir fixateur du sang pour l'oxygène est d'autant plus considérable que sa teneur en hémoglobine est elle-même plus grande. En général, plus il y a de globules et plus il y a d'hémoglobine, puisque cette substance est fixée sur eux; de là l'utilité de la numération exposée dans la précédente leçon; mais il n'en est pas toujours ainsi et les globules peuvent être plus ou moins riches en hémoglobine. On calcule alors la proportion de celle-ci dans le sang avec des appareils gradués empiriquement

Dubois Travaux pratiques de Physiologie. n ç D E h V

Oxyln.ém.0 globine

Hémoglobine oxycarbonée

Métlxemoglobme en solution acide

Eh F - G

MeLiieniogicbme en soiation aicaime .

H-Binatine en soluLion acide .

Hématine en solution alcaline.

^aÉHHiH^HHB

Oxyhémoglobine .

Hemoalcbme réduite

Iwp Monrocq à Paris .

Georges CARRÉ a C.NAUD, Éditeurs Paris.

IIÉMATOSCOPE D'IIÉNOCQUE 273

à l'aide tle solutions titrées d'hémoglobine; nous en décrirons deux, l'hématoscope d'Hénocque et l'hémochromomètre de Malassez.

HÉMATOscoPE d'Hénocque. — Cet appareil se compose d'une lame de verre sur laquelle on place quelques gouttes du sang à examiner. On recouvre ces gouttes

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FiG. 249. — Hématoscope d'Hénocque.

avec une deuxième lame, légèrement oblique par rapport à__la première; l'épaisseur de sang comprise entre

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