II. Energie rayonnée par les êtres vivants
1° Energie ancestralc ou évolutrice. 2° Energie excitatrice.
3" Energie compensatrice.
Biophotogénèse ; Bioélectrogénèse ; Biothermogénèse ; Biocinématogénèse ; Biophonogénèse ; Biodynamogénèse ; Psychogénèse.
Nous examinerons d'abord, comme je vous l'ai déjà indiqué, toutes les modalités, toutes les formes connues sous lesquelles l'énergie s'échappe des êtres vivants
pour leur permettre de manifester leur existence et leur activité : lumière, électricité, chaleur, locomotion, travail, etc. L'étude de la production du son nous conduira à celle du mécanisme de la voix, du cri, du langage, par lequel la pensée se transmet, dans les diverses espèces, d'un être à un autre capable de vibrer psychiquement de la même manière à la suite d'une excitation auditive, c'est-à-dire de vibrations sonores déterminées.
Ensuite, nous chercherons sous quelles formes et dans quelles conditions l'énergie extérieure agit sur les êtres vivants. Nous verrons alors qu'une partie est utilisée pour remplacer celle qui est dégagée, rayonnée vers le milieu : c'est ce que j'ai appelé l'énergie compensatrice. Une autre, l'énergie excitatrice, sert à fournir des amorces de dégagement ou excitants mécaniques, physiques, chimiques et physiologiques, dont l'étude se confond avec celle des sensations: tact, vision, audition, gustation, olfaction, pensée.
Comme je vous le disais tout à l'heure, c'est seulement après avoir fait ainsi le bilan de l'entrée et de la sortie de l'énergie chez un organisme, pendant sa vie, et celle de sa lignée, pour un espace de temps donné, que nous pourrons nous occuper de cette sorte particulière d'énergie apportée par l'individu en naissant, qu'il a reçue de ses ascendants et dont il doit transmettre une part au moins à sa descendance : c'est l'énergie évolutrice principalement importante à considérer à propos des phénomènes de reproduction. On pourrait aussi bien lui donner le nom d'énergie excitatrice ancestrale. Cette dernière paraît agir beaucoup plus par sa qualité que par sa quantité, grâce peut-être à quelque rythme particulier résultant du temps considérable depuis lequel la vie se continue sans interruption à la surface du globe. Le temps est un facteur indispensable dans l'évolution de tous les phénomènes; mais, dans beaucoup de cas, on peut en
abréger la durée en augmentant la quantité d'énergie qui est nécessaire à leur accomplissement : encore faut-il, pour cela, disposer de la modalité voulue de l'énergie, ou bien d'un transformateur qui la fournisse. Dans les phénomènes vitaux, il reste toujours une modalité inconnue, et il n'est pas probable que Ton puisse avec de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, et les autres formes banales du mouvement, créer de la vie. Jusqu'à présent, du moins, il a fallu un transformateur, un germe spécial, vivant lui-même, c'est-à-dire animé déjà de l'énergie évolutrice. En sera-t-il toujours ainsi? on ne peut ni le nier ni l'affirmer.
Quant à la question de savoir comment les êtres vivants ont pris naissance tout d'abord, nous n'avons pas à nous en occuper. En effet, la méthode employée en physiologie ne permet que l'étude des phénomènes actuels : cette science s'occupe seulement de ce qui vit; ce qui a vécu autrefois appartient à la paléontologie.
L'énergie évolutrice que possède chaque individu ne paraît nullement inépuisable : combien sont nombreux ceux qui s'éteignent sans avoir pu en transmettre une part à des descendants ; on connaît quantité d'espèces éteintes et plusieurs sont en train de disparaître, en ce moment, sous nos yeux, sans se transformer aucunement en d'autres espèces : la mort finale, totale, semble inévitable à un moment donné pour toute lignée, et c'est afin d'y échapper le plus longtemps possible que l'amour prodigue ses inépuisables stratagèmes, sollicite, prie, pleure, menace, frappe ou sourit, parée que toute la série ancestrale est là qui vit en nous, veut vivre et revivre encore! L'amour, c'est l'horreur instinctive de la mort. 11 n'y aurait donc que deux moyens d'échapper à la destruction définitive, c'est de vieillir ou de se rajeunir par la reproduction, si on ne le peut faire autrement, et encore ni l'un ni l'autre ne paraissent pouvoir nous assurer l'éternité ; mais,
depuis combien de siècles vivent les Papillons et les Éphémères qui n'ont jamais connu d'autres procédés que les nôtres!
Voyons maintenant comment on doit procéder à l'étude des phénomènes actuels de la vie.
L'expérimentation n'est pas, comme on l'a dit, la méthode exclusivement propre à la physiologie : l'observation pure et simple est indispensable dans l'analyse de l'évolution normale, spontanée d'une foule de phénomènes, et ce n'est que lorsqu'elle devient insuffisante que le physiologiste a recours à l'expérimentation, qui n'est, en définitive, que l'observation provoquée.
Mais, les notions acquises, par ces deux procédés, n'auraient aucune signification si le raisonnement n'intervenait pour permettre de les comparer entre elles et d'en tirer des conséquences plus ou moins générales. L'induction et la déduction sont encore nécessaires pour imaginer non pas les phénomènes, mais les moyens d'arriver à les découvrir et à en saisir la signification.
Dans la pratique, la physiologie emprunte aux autres sciences un grand nombre de moyens d'investigation, d'instruments et d'appareils. Beaucoup d'entre eux ne servent qu'à l'observation, et c'est une erreur assez généralement répandue, que le fait d'appliquer un instrument à l'étude d'un végétal ou d'un animal constitue une expérience. Quand on enregistre au moyen de la balance la perte de poids d'un organisme normal, respirant dans un milieu normal, on fait de l'observation et non de l'expérimentation.
Mais, si le sujet est placé dans la balance après qu'on lui a coupé un nerf, il en est tout autrement. L'expérience sera plus compliquée encore si, au lieu d'air pur, on l'entoure d'oxygène, ou de mélanges gazeux artificiels.
Quelles que soient les conditions où l'on se place, on
pourra toujours grouper de la façon suivante tous les cas qui se présenteront dans les recherches de laboratoire :
L'être vivant est normal dans un milieu normal
— anormal normal
— normal — anormal
— anormal — anormal
Le premier groupe comprend tous les phénomènes d'observation pure et simple, et les trois autres tout ce qui appartient à l'expérimentation.
C'est en s'appuvant sur les idées générales exposées dans ces leçons préliminaires que nous allons maintenant aborder l'étude détaillée du redoutable problème de la vie, en commençant par celle de l'énergie qui se dégage des êtres vivants sous forme de lumière.