SOS
servent, pendant toute la vie de l'individu, leurs caractères primitifs.
Le moment de l'éclosion a lieu environ vers le quarante-cinquième jour après la ponte de l'œuf fécondé, mais il peut être retardé par la sécheresse ou le froid, ou, au contraire, être avancé de dix à quinze jours par l'augmentation de la température et de l'humidité.
Pendant la ponte, la luminosité des organes photogènes de la femelle diminue progressivement et, quand
ch j)l
pi ch
Fig. 136. — OEuf lumineux du Lampyre iwctilttqiie : rh, chorion ; pi, plastidcs photogènes Y, vitellus nutritif.
celle-ci meurt, après avoir pondu, la substance de ces organes a presque complètement disparu, comme si elle avait passé à peu près en totalité dans les œufs. Le mâle meurt, bientôt après l'accouplement, en perdant aussi presque entièrement son pouvoir éclairant, tandis que celui-ci persiste assez longtemps après une mort accidentelle non précédée d'accouplement.
Considérés dans leur ensemble, ces faits permettent de supposer qu'il peut se faire, dans les organismes, des réserves de matériaux provenant de l'œuf, mais non utilisés pour le développement de l'individu, et que, plus tard, ces mêmes matériaux se retrouvent dans les germes destinés à la conservation de l'espèce. En tout cas, c'est un bien curieux phénomène que cette transmission d'une
clarté qui jamais ne s'éteint un seul instant en passant par des milliers de générations successives.
La petite larve est lumineuse au moment de l'éclosion, mais elle Tétait déjà avant et c'est bien aux mouvements qu'elle exécute dans l'intérieur de la coque que sont dues les intermittences observées dans la clarté de l'œuf arrivé à une certaine période du développement. A sa naissance, la larve du Lampyre noctiluque n'a pas plus de un à deux millimètres de longueur; elle est incolore, mais ne tarde pas à prendre une teinte vert-olive, puis brune sur toute son étendue, sauf à la surface ventrale du douzième ou avantdernier anneau (fig. 137).
Dans cette région, on distingue facilement grâce à la transparence du tégument, aussitôt après Féclosion, deux petits organes ovoïdes, opaques, respectivement situés de chaque côté de la ligne médiane. La partie abdominale du tégument avec laquelle ils sont en rapport restera très mince et transparente, ce sont les organes lumineux larvaires. On s'expliquerait difficilement pourquoi, en ces points, le tégument demeure privé de pigment, alors que d'ordinaire celui-ci se dépose précisément dans les parties éclairées, si les coupes ne montraient pas que l'hypoderme est ici réduit presque exclusivement à la cuticule. Les plastides que l'on retrouve à sa face profonde, dans toutes les autres régions, sauf peut-être dans celle de l'œil, ont disparu ici, précisément parce qu'ils ont contribué à donner naissance à l'organe lumineux. La coupe histologique que je vous présente montre bien nettement cette transformation (fig. 138).
Fin. 137. — Dernier et avant-dernier anneau du corps de la jeune larve du Lampyre nociiliiqiie . Celui-ci montre les deux organes lumineux larvaires paraissant opaques à la lumière transmise.
Les noyaux se sont multipliés dans un certain nombre de gros plastides hypodermiques, et de ceux-ci s'échappent des files de jeunes éléments, dont la masse forme forgane lumineux larvaire fig. 138 ; plus tard, celui-ci s'isolera : la photographie de cette nouvelle coupe, que je projette sur le tableau, vous permet de comprendre facilement sa texture (fig. 139).
Fir.. 138. — Formation do l'organe lumineux : A, face supérieure et postérieure de l'anneau; B, face inférieure de l'anneau; ra, ca, plastides du corps adipeux; ]>, p, plastides de l'hypoderme supportant des poils.
Le Lampyre noctiluque subit six mues : quatre pendant la période larvaire, une autre pour passer de l'état de larve à celui de nymphe, et une dernière lorsque la nymphe se transforme en insecte parlait. Les quatre premières mues se font à des époques parfois très variables, selon les individus. Les uns peuvent accomplir toute leur évolution dans la même année, alors que d'autres sont forcés de passer l'hiver en état d'hivernation et d'attendre le retour de la belle saison pour se transformer. Dans la période d'activité, ils sont très voraces et se nourrissent d'Escargots.
L'organe lumineux larvaire conserve son aspect depuis
la première mue jusqu'à la dernière et, à ce moment, son volume n'a pas même atteint celui de l'œuf, dont il rappelle un peu la forme. C'est un corps ovoïde, à grosse extrémité tournée vers le dernier segment; il est entouré d'une membrane très fine, anhiste, et présente vers le milieu de sa face supérieure un sillon dans lequel s'insèrent des fibres musculaires. Un gros tronc trachéen, facile
Fin. 139. — Organe larvaire du Lampyre naclilitqtte : B, face inférieure de l'avant-dernier anneau ; hy, plastides hypodermiques; ca, ca, ca, plastides du corps adipeux ; tr, tronc trachéen pénétrant dans l'organe et dont la branche principale reparaît avec ses arborisations au milieu de la coupe; pe, pédicule; m, petit muscle moteur de l'organe; rj, couche de plastides transparents; c.->, masse des plastides granuleux; p, p. poils.
à reconnaître à sa spirale et visible seulement à la partie externe, pénètre dans l'intérieur du sac anhiste, qui est peut-être formé par la couche externe du tronc trachéen. Celui-ci se ramifie d'une manière très élégante dans 1 intérieur de l'organe en une foule de petites branches, qui deviennent de plus en plus fines, et dont on ne peut voir le genre de terminaison : aboutissent-elles aux plastides lumineux? Cela n'est pas certain et il est plus probable
quelles se terminent dans leurs interstices, Sur certaines coupes, et, en particulier, sur celle-ci, on distingue le commencement d'un pédicule creux renfermant des débris de plastides, mais je ne saurais dire au juste où il aboutit, je n'ai pu, malgré toute l'attention que j'ai apportée à cette recherche, découvrir les fdets nerveux qui, d'après certains auteurs, pénétreraient dans l'organe lumineux en suivant la trachée sur la face péritonéale de laquelle ils seraient appliqués.
Les plastides de l'organe se présentent, comme vous le voyez, sous deux aspects différents, mais il est bien évident qu'il ne s'agit pas de deux formations distinctes; seulement les plastides de la couche supérieure, voisine du pédicule, deviennent granuleux, se dissocient et se désagrègent; ce sont d'ailleurs ceux qui ont été formés les premiers, ils sont donc les plus anciens.^ Les autres, dont les noyaux et les contours se voient bien distinctement, ont un protoplasme très finement granuleux et, vis-à-vis des réactifs colorants, se comportent, à l'encontre des premiers, comme des plastides jeunes.
Quand on écrase sous le microscope l'enveloppe de l'organe larvaire, il s'en échappe une quantité de très petits corpuscules arrondis, animés de mouvements d'oscillation et de translation variés. On croirait voir de très petites spores de végétaux inférieurs ou des microcoques possédant des mouvements propres. Si on les examine à la lumière polarisée, les niçois étant croisés, beaucoup scintillent d'une manière très remarquable, ce qui indiquerait une structure cristalline, ou tout au moins de la biréfringence. On comprend facilement que les mouvements dont ils sont animés, en changeant la direction de leurs axes, provoquent des intermittences d'où provient la scintillation.
Les appareils lumineux larvaires ne sont pas, chez tous
lesmalacodermes, réduits au nombre de deux, situés dans l1 avant-dernier segment : certaines espèces en possèdent six à huit paires, et d'autres en ont tous leurs anneaux pourvus, comme cela se voit sur des larves qu'on avait confondues, avant mes recherches, avec celles des Pyrophores, et que Ton a reconnues depuis pour être celles des
Fig. 140. — Phengodes : 1, larve; 2, insecte parfait; 3, nymphe.
Fig. 141. — jXymphe femelle de Pliengode latkole montrant ses foyers lumineux (gros. 3 fois).
Phengodes. Ces dernières présentent un fanal rouge à l'union de la tête avec le premier anneau et vingt petits feux d'un blanc verdâtre sur les suivants, répartis de chaque côté de la ligne médiane et correspondant aux espaces intersegmentaires membraneux. Ces jolis insectes habitent l'Amérique du Sud (fig. 140 et 141).
Au point de vue de la topographie des organes lumineux, ces larves exotiques constituent une transition
naturelle entre la famille des malacodermes et celle des élatéridés.
Des œufs pondus par les Pyrophores qui m'avaient été envoyés des Antilles à la Sorbonne, j'ai vu sortir de toutes petites larves, fort différentes de celles des Lampyres et des Phengodes {fig. 142 , mais elles possédaient, comme ces dernières, un foyer lumineux à l'union de la tète et de l'anneau prothoracique. L'organe, qui paraît unique au premier abord, est, en réalité, composé de deux lobes bien distincts, situés de chaque coté de la ligne médiane, mais accolés l'un à l'autre et rappelant par leur forme et leurs dispositions les deux lobes cérébraux vus en dessus. Ils reçoivent des troncs trachéens distincts et leur texture, ainsi que leur structure, offrent la plus grande analogie avec celles des appareils similaires des lampyrides. La lumière qu'ils émettent est bleuâtre aussi ; on observe facilement son siège en exagérant son intensité par la chaleur, au moyen d'un porte-objet à plaque chauffante, ou par l'électricité. En produisant avec le miroir du microscope, éclairé par un photophore, des intermittences de lumière et d'obscurité, on peut constater aisément que le foyer de la lumière correspond bien aux organes décrits. Ceux-ci sont soumis à des déformations rythmiques qui coïncident avec les contractions de petits muscles latéraux, et aussi avec des variations d'intensité lumineuse semblant dépendre de ces mouvements quand l'animal est agité. Au moment de ces observations, les larves avaient une longueur de trois millimètres fig. 143). Après la deuxième mue, la larve mesure cinq millimètres; elle peut atteindre quinze à vingt millimètres de longueur et sans doute davantage. Mais je n'ai pu observer leur développement à une période plus avancée. Chez celles qui ont une longueur de douze à quinze millimètres, on voit apparaître dans la région abdominale, depuis le premier segment jusqu'à lavant-dernier inclu-
sivement, des points brillants, dont les contours sont d'abord mal limités; mais, dès que la taille a atteint quinze à dix-huit millimètres, les endroits d'où s'échappe la lumière se montrent mieux circonscrits et se trouvent bientôt rangés en séries parfaitement régulières.
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Fig. 142. — Larve du Pyrophore noctiluque au sortir de l'œuf.
Fie. 143. — Larve du Pyrophore au sortir de l'œuf, appareil lumineux : mil, mandibule; a, antenne; ep, epistome; y, œil; le, ligne claire; api, appareil lumineux; ip, insertion de la première paire de pattes; si, niveau du premier stigmate; tr, trachées.
Le foyer éclairant primitif situé à l'union de la tête et du premier segment thoracique a persisté ; seulement sa forme s'est un peu modifiée : elle affecte alors celle d'un a avec deux points plus brillants et bien délimités à l'extrémité des branches postérieures; ils éclairent parfois isolément.