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L, partie lumineuse

supprimer au bout de vingt-quatre heures, tandis que le sulfate de morphine, la caféine et la saponine sont inactifs.

L'électrolyse m'a fourni des résultats assez curieux : voici un tube en U dans lequel j'ai introduit un liquide lumineux obtenu en lavant une culture avec de l'eau légèrement salée (fig. 222). Je mets les deux électrodes de platine d'une pile en contact avec les extrémités de la colonne fluide. Vous voyez assez rapidement se produire une extinction au pôle négatif, ainsi que dans la région O'; en continuant à faire passer le courant, les deux extrémités s'éteignent. L'aspect du liquide n'est pas le même au voisinage des deux électrodes : il est clair du côté négatif, et, du côté positif, troublé par des granulations en suspension. En renversant le sens du courant, la luminosité reparait d'abord aux deux pôles, puis les phénomènes que vous avez observés déjà se manifestent de nouveau, mais en sens inverse. Si on interrompt simplement le courant, la lumière renaît spontanément au pôle négatif.

Ces effets s'expliquent facilement par ce que nous savons déjà. Au pôle négatif, il se dégage de l'hydrogène naissant qui, par son grand pouvoir réducteur, provoque l'extinction; autour de l'électrode positive, le liquide devient de plus en plus acide et la luminosité n'est plus possible malgré un excès d'oxygène naissant, voire même d'eau oxygénée. Ces faits suffiraient à prouver que tout n'est pas une oxydation banale dans le phénomène en question.

L'oxygène est cependant nécessaire, la photobactériacée ne conservant son pouvoir éclairant qu'autant qu'elle a fait provision d'une certaine quantité de ce corps ou qu'il s'en trouve, soit en dissolution, soit en liberté, dans le milieu ambiant. Dans le cas contraire, elle est forcée de mettre en œuvre son pouvoir réducteur et d'en emprunter aux produits qui sont à sa portée : elle devient alors anaérobie et cesse de briller jusqu'à ce qu'on lui rende de l'oxygène libre. Ce pouvoir réducteur est assez grand pour lui permettre de décolorer l'indigo. Si on ajoute à un bouillon liquide lumineux de l'indigo bleu, puis de l'hyposulfite de sodium, de façon à supprimer l'oxygène, la lumière ne disparaît qu'au bout d'un certain temps, puis le bleu se décolore. En agitant alors la liqueur au contact de l'air, la clarté revient avant la coloration bleue, ce qui prouve non seulement que de l'oxygène emmagasiné a pu être utilisé au début, mais encore que l'affinité des photobactériacées pour l'oxygène photogénique est plus grande que celle de l'indigo réduit.

En résumé, s'il est bien évident que l'activité de la photogénèse est liée à la vitalité des photobactéries, il n'est pas douteux non plus que celle-ci se traduise par une destruction continuelle de substance organisée qui, soit dans les bouillons solides, soit dans les bouillons liquides, se transforme en produits cristallisés au nombre desquels on distingue des phosphates, et quelques composés organiques.

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Toutes les lentatives que j'ai laites pour isoler des matières photogènes de ces microrganismes ont échoué, mais il n'est pas impossible que Ton puisse y arriver; seulement, il est infiniment probable qu'elles présenteront les mêmes caractères que celles du mucus lumineux filtré de la Pholade et d'autres animaux, sur lesquels j'insisterai dans notre dernière leçon.

Toutes les causes qui favorisent, entravent ou suppriment l'activité des ferments, agissent de même sur la lumière des photobactériacées.

Les causes adjuvantes sont l'oxygène, l'eau, une température inférieure à 50 degrés.

Les causes paralysantes sont les sels neutres, les aneslliésiques, le froid, le dessèchement, la raréfaction de l'air; les gaz inertes, ainsi que les corps réducteurs, comme l'hydrogène naissant, l'hydrogène sulfuré, etc.

Les agents de destruction définitive sont ceux qui coagulent les substances albuminoïdes : tanin, bichlorure de mercure, nitrate d'argent, la chaleur à -+- 50°, etc. ; les antiseptiques : acide phénique et composés similaires ; les agents désorganisateurs des substances animales : chlore, oxydants énergiques.

En définitive, au point de vue de la photogénèse, comme à beaucoup d'autres, il n'existe entre les animaux el les végétaux aucune différence fondamentale. Il nous suffira donc de découvrir le mécanisme intime de cette curieuse fonction générale chez un organisme , pour avoir son explication dans toute la série des êtres vivants : je vous la donnerai dans notre prochaine et dernière leçon de ce semestre.

R. Dubois. — Physiol. gén. et compar. 33

Conclusions générales relatives à la production des radiations lumineuses et chimiques par les êtres vivants.

Le rayonnement de l'énergie, sous forme de radiations ou d'ondulations lumineuses et chimiques, par les êtres vivants est donc un phénomène biologique des plus fréquents, et la biophotogénèse, ainsi que la biochimiogénèse, ne constituent pas, comme certains pourraient le penser, une exception curieuse, sorte de bizarrerie ou de caprice de la nature. Peut-être ne devons-nous qu'à Finsuffisance de nos sens et de nos appareils de recherches de n'en pas connaître davantage d'exemples : bien plus, rien ne s'oppose à ce que Ton pense que tous les organismes sont lumineux. Peut-être aussi cette fonction n'at-elle été universelle qu'au début de la vie sur notre globe, alors qu'il était encore plongé dans une atmosphère chargée de vapeurs épaisses et ténébreuses. Ce qui peut donner à cette hypothèse une importance particulière, c'est la quantité considérable d'animaux lumineux retirés des régions abyssales , où la lumière de notre ciel ne peut descendre.

Actuellement, nous avons seulement le droit de considérer la biophotogénèse comme une fonction générale, parce qu'elle constitue un phénomène de la vie commun aux animaux et aux végétaux. Cependant, son exercice semble être incompatible avec celui de la fonction chlo-

rophyllienne, car on ne l'a pas constatée dans les parties vertes des végétaux d'une manière certaine; ce n'est que d'une façon tout à fait accidentelle qu'elle a été vue sur des organes achlorophylliens, coin me la fleur des végétaux phanérogames.

En revanche, les champignons et les algues blanches comptent de nombreux représentants lumineux. Dans beaucoup de cas, ils sont les agents d'une luminosité d'emprunt, comme celle que l'on a signalée sur le bois mort, les cadavres de poissons de mer, la viande de boucherie, et même dans certaines maladies, pendant la vie.

La biophotogénèse, si répandue parmi les protophytes et les protozoaires, ajoute un nouveau trait d'union entre les animaux et les végétaux.

Chez les protistes, cette fonction ne semble pas plus localisée que les autres, car l'on n'y découvre point d'organes photogènes. Déjà, cependant, les causes qui provoquent, exagèrent, suspendent ou suppriment la production de la lumière agissent dans les êtres monoplastidaires comme dans les organismes polyhétéroplastidaires. D'ailleurs, chez ces derniers, n'existe-t-il pas une phase où ils peuvent être considérés comme des organismes monoplastidaires : celle de l'œuf avant la segmentation? Et n'avons-nous pas constaté la biophotogénèse dans certains œufs, à cette période du développement?

Nous avons reconnu aussi que dès le début de la différenciation plastidaire, cette fonction se localisait dans les parties ectodermiques. Elle se rencontre, en outre, dans l'épidémie des méduses et d'une foule de cœlentérés. Quand on excite par le choc les plastides épiderniiques de Y Hippopodius gleba, ils perdent aussitôt leur transparence de cristal, deviennent lumineux, en même temps qu'opalescents, par l'apparition d'une foule de granulations invisibles avant l'excitation. Nous assistons ici

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à Tune des modifications intimes les plus curieuses et aussi les plus générales des éléments photogènes. Ces derniers se groupent également dans les canaux gastrovasculaires des polypes et des cténophores, et si , chez les échinodermes, la localisation n'est pas bien déterminée, on sait néanmoins que c'est à la surface du corps que parait la lumière.

La région éclairante, chez les vers annélides, semble limitée au tégument de l'élytre, autour de l'élytrophore, et c'est encore dans la peau qu'il faut placer les organes lumineux des Lombrics. Ces derniers sont très vraisemblablement des glandes, comme chez les crustacés, les myriopodes et certains poissons phosphorescents : ils sont représentés dans les Pyrosomes par de petites sphères ectodermiques, baignées par le sang.

Chose curieuse! les glandes lumineuses de certains crustacés et de quelques poissons se perfectionnent au point de ressembler à des yeux et peut-être, dans certains cas, servent-elles à la fois à la vision et à l'éclairage : œil et lanterne en même temps! Pourquoi non? Entre le tégument externe du siphon de la Pholade dactyle, lequel est sensible à la lumière, et son tégument interne qui en fabrique, il n'y a qu'une très faible différence de structure, et cela suffit. En encadrant avec un peu de muqueuse photogène un petit fragment de tégument dermoptique du siphon de ce mollusque, on réaliserait l'œil-lanterne, et il suffirait d'y joindre un cristallin pour avoir une oculo-photosphère parfaite. Mais je dois me hâter de vous dire que de nouvelles recherches, d'ordre expérimental, me paraissent nécessaires pour trancher définitivement la question des photosphères et des yeux lumineux.

Ce qui n'est pas douteux, c'est que les Pyrophores se servent de leur lumière pour s'éclairer et qu'ils préfèrent à toute autre la belle clarté qu'ils produisent. L'analyse physique ne nous a-t-elle pas permis de constater d'abord

qu'au point de vue du rendement les loyers des Pyrophores étaient énormémenl supérieurs à nos meilleurs foyers artificiels? Presque toute l'énergie dépensée est transformée en lumière : une quantité infime seulement est émise sous forme de rayons calorifiques et de radiations chimiques.

La puissance ou intensité graphique du rayonnement d'un appareil prothoracique de Pyrophore ne dépasse pas un millionième de bougie décimale graphique. Malgré cela, vous avez vu qu'avec un temps de pose suffisant on pouvait obtenir de belles épreuves photographiques au moyen de cette lumière. Mais vous n'avez pas oublié que cette dernière est encore supérieure à toute autre par sa composition chromatique, par la sélection des radiations simples qu'elle renferme et qui appartiennent surtout à la région jaune-vert du spectre solaire, ce qui constitue, comme vous le savez, un grand avantage pour l'éclairage.

Ce n'est pas tout : cette lumière possède un éclat dune beauté incomparable, qui est (\y\ à sa luminescence spéciale. N'ai-je pas démontré dans le sang qui baigne les organes lumineux l'existence d'une substance fluorescente que j'ai appelée « pyrophorine », laquelle transforme en radiations éclairantes, pour les superposer aux autres, comme des vibrations harmoniques, la plus grande partie des radiations chimiques obscures qui seraient perdues pour la vision ?

Les photographies que j'obtenais il y a quinze ans avec mes Pyrophores sont les premières, je crois, qui aient été laites avec une lumière fluorescente, mais pour en découvrir toutes les propriétés, il n'eût pas fallu interposer des lames de verre entre le foyer et la surface impressionnable. Les clichés (pie je fais passer sous vos yeux, et que j'ai obtenus au commencement de l'année 1896, montrent bien nettement l'existence de radiations ura-

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niques dans la lumière des êtres vivants et la possibilité de produire avec cette dernière des épreuves au travers des corps opaques.

La découverte des radiations chimiques émises par les organismes lumineux m'avait conduit à penser, vers la même époque, qu'une partie de l'énergie rayonnée par ceux qui sont obscurs pouvait bien être extériorisée sous cette même forme. Mais c'est en vain que j'ai multiplié les expériences : ni la fixation par le regard, longtemps maintenue dans l'obscurité, d'une plaque photographique extra-sensible, ni l'exposition au devant de celle-ci d'animaux les plus divers et d'organes, même en mouvement, comme le cœur de la tortue, ne m'ont donné d'épreuves photographiques, quand on avait pris toutes les précautions pour éviter les causes d'erreur. Parmi celles-ci, il en est une que je veux vous signaler. Vous avez peut-être entendu parler d'une épreuve photographique obtenue au moyen d'un poisson de mer mort, d'une raie, je crois. L'auteur ignorait sans doute que presque tous les poissons de mer deviennent lumineux après leur mort par suite du développement des photobactériacées et que c'est pour ce motif que j'ai pu, il y a bien une douzaine d'années, photographier un Congre de la même manière. Je ne m'attarderai pas à critiquer les expériences grossières de ceux qui ont fait de prétendues photographies en appliquant des animaux, ou des organes comme les mains, sur la surface sensible des plaques photographiques : ee sont là des essais puérils qui ne méritent pas même la peine qu'on s'y arrête.

Ceci ne veut pas dire qu'il faille renoncer à l'espoir de trouver que les êtres vivants sont susceptibles d'émettre des radiations obscures autres que celles que nous connaissons : c'est, au contraire, une voie nouvelle dans laquelle les expérimentateurs doivent s'engager résolument.

Mais revenons maintenant au mécanisme fonctionnel des organes lumineux.

Chez les coléoptères tels que le Ver luisant, la Luciole, le Pyrophore, les organes lumineux ne sont pas tout à fait construits comme les glandes ordinaires dont les produits se déversent à l'extérieur : mais on peut les considérer comme des glandes internes, issues de l'hypoderme et dont les éléments, de même que ceux des glandes ordinaires, subissent une dégénérescence granuleuse suivie d'une fonte. Leur fonctionnement est en réalité peu compliqué.

Dans l'état de repos, c'est-à-dire d'extinction, le sang ne pénètre pas à l'intérieur de l'organe et ne baigne pas, ou fort peu, les éléments photogènes. Au contraire, au moment où il se précipite dans l'organe ventral du Pyrophore, par exemple, on voit naître sur son passage une splendide traînée de lumière.

De nombreuses trachées assurent l'hématose et l'oxygénation de l'organe, mais, je le répète, c'est le sang qui allume le foyer lumineux et entretient son activité. Pendant que celle-ci se manifeste, des granulations apparaissent dans les plastides photogènes, ces granulations d'abord colloïdales, protéiques, deviennent cristallines et sont le point de départ d'une infinité de sphéro-eristaux d'une réfringence particulière et caractéristique. Puis les plastides se désagrègent plus ou moins et leurs débris vont former la couche crayeuse, sorte de lave éteinte de l'organe lumineux.

Mais nous pouvons nous demander si la lumière est produite par quelque mécanisme intraplastidaire exigeant l'intégrité i\u plastide, ou bien si, dans l'intérieur de celui-ci, se fabriquent des substances photogènes capables de survivre à l'élément producteur.

Il est facile de trancher expérimentalement cette question.

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Quand on écrase des plastides d'un organe lumineux de façon à faire disparaître toute trace d'organisation visible, la lumière persiste pendant un temps assez long en présence de l'air : je devrais dire de l'air et de l'eau, car l'action simultanée de ces deux corps est indispensable. Le dessèchement entraine l'extinction , même en présence de l'oxygène pur, et la lumière ne reparait qu'avec addition d'eau.

La lumière est si peu le résultat d'un fonctionnement plastidaire exigeant l'intégrité du plastide que la substance des organes broyés avec de l'eau peut être filtrée sans perdre sa luminosité.

Mais tout cela ne vous donne pas la clef du mécanisme de la biophotogénèse.

Dès 1885, j'avais fait l'expérience suivante : j'enlevais les deux organes prothoraciques d'un Pyrophore bien lumineux; l'un d'eux était broyé jusqu'à ce que la lumière eût entièrement disparu ; on éteignait l'autre brusquement en l'immergeant pendant quelques secondes dans l'eau bouillante. La substance photogène, ainsi éteinte, était écrasée comme la première et mélangée à celle-ci : aussitôt la lumière renaissait.

A cette époque, j'avais conclu que la lumière résulte du conflit de deux substances qui se rencontrent dans les organes photogènes : j'avais bien reconnu que cette réaction ne pouvait s'effectuer qu'en présence de l'eau et que l'une des deux substances, destructible par la chaleur, était de nature albuminoïde, mais la nécessité de l'oxygène m'avait échappé.

Je fis cette expérience à un moment où ma provision de Pyrophores touchait à sa fin, et d'ailleurs, il ne fallait pas songer à employer pour une étude chimique le peu de substance photogène que pouvaient fournir ces insectes.

C'est alors que je pensai à me servir du mucus lumineux sécrété en abondance par la Pholade dactyle. Ce

mucus mélangé à de L'eau et filtré fournit une liqueur bien lumineuse : au bout d'un certain temps, elle s'éteint spontanément, mais on peut activer son extinction en l'agitant au contact de l'air.

Après avoir recueilli une certaine quantité de liquide lumineux dans un verre, je le filtrais et le divisais en deux parties égales dans des petits ballons de verre. L'une de ces parties était éteinte par l'agitation et l'autre portée a une température de 70" environ, ou même à l'ébullition. Dans cette dernière se formait un précipité floconneux et la lumière disparaissait aussitôt. En mélangeant ensuite les deux liquides éteints la lumière reparaissait immédiatement.

Venant après celle que j'avais faite avec les Pyrophores, cette expérience paraissait nettement concluante; pourtant, il y avait une cause d'erreur possible, et elle me lit perdre plus tard, pour un instant, le chemin de la vérité.

Quand le mucus de la Pholade est éteint complètement par l'agitation, il reste encore une petite quantité des deux substances photogènes suffisante pour donner un peu de lumière par une légère élévation de température et j'attribuai, à tort, pendant quelque temps, la réapparition de la lumière à ce que le liquide que je venais déteindre, en le chauffant, agissait par son calorique. J'admis alors que la lumière était le résultat de la transformation d'une substance colloïdale, albumiiioïde, en composé crislalloïdal, au contact de l'air et de beau, et dans les conditions de milieu où la vie peut s'exercer.

Une première foisjavais méconnu le rôle de l'oxygène : cette fois je ne croyais plus à l'existence de deux substances photogènes entrant en conflit.

Messieurs, on m'a reproché vivement ces changements d'opinion parce qu'on ne se rendait pas assez compte de la difficulté de l'expérimentation avec; des animaux relativement difficiles à se procurer, à manier, et ne fournis-

sant que de petites quantités de substances très altérables : il eût suffi cependant de jeter un coup d'œil sur la longue liste de tous ceux qui, depuis des siècles, ont essayé vainement d'expliquer la production de la lumière par les êtres vivants. Le nombre de leurs hypothèses est considérable et je ne veux pas m'attarder à les discuter, ce qui ne serait d'aucune utilité, puisque l'expérience prouve qu'elles sont toutes inexactes.

Grâce à l'existence du laboratoire maritime de physiologie que j'ai fondé sur la Méditerranée, à Tamaris-sur- Mer, j'ai pu obtenir la solution définitive de ce problème qui m'a si longtemps préoccupé : j'avais enfin sous la main des animaux en abondance et un outillage complet pour les recherches physiologiques, et c'est là que j'ai montré à quelques-uns d'entre vous qu'on rallume une liqueur éteinte par l'agitation avec une autre éteinte par la chaleur, mais plus refroidie que la première.

Deux causes d'erreur subsistaient : ce même liquide, éteint par agitation, pouvait encore retrouver de la luminosité par l'addition d'eau douce, ou bien par celle d'une substance alcaline.

La liqueur éteinte par la chaleur étant un peu plus concentrée que l'autre, il n'y avait pas à tenir compte de la première objection. Quant à la deuxième, elle avait une grande importance, car la substance non destructible parla chaleur à 70° aurait pu n'être qu'un alcali quelconque, agissant en vertu de sa basicité. Il n'en est rien pourtant, car la réaction photogène s'effectue bien en milieu légèrement acide, et cette acidité est précisément augmentée par l'extinction obtenue au moyen de la chaleur.

Par diverses expériences, qu'il serait trop long de vous détailler ici, je parvins à démontrer que les alcalis n'agissent qu'en mettant en liberté une substance qui, dans la réaction photogène, tend à se saturer de plus en plus par suite de la production croissante d'un acide. Gomme la

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pyrophorine, dont je vous ai déjà' parle cette substance perd sa principale propriété par la saturation et ne la retrouve qu'après avoir été mise en liberté par une base. L'existence de deux substances distinctes entrant en conflit en présence de l'eau, avec fixation d'oxygène pour produire de la lumière, n'étant plus douteuse, je rétablis les noms de luciférase et de lucifêrine que je leur avais donnés lors de nies premières expériences, pour les distinguer et rappeler leur curieuse propriété.

Le nom de luciférase vient de ce que celle de mes deux substances qui le porte, possède un grand nombre des propriétés générales des zymases. Tout ce qui favorise, active, entrave, suspend, abolit l'action des ferments solubles agit de même sur la photogénèse. La luciférase se prépare comme les zymases : elle est entraînée par les précipités fins, en partie arrêtée par les filtres de porcelaine et, vraisemblablement, elle est constituée par de fines granulations capables de s'hydrater <ui de se déshydrater, d'où sa précipitation par l'alcool, sans coagulation; elle présente toutes les réactions générales des substances protéiques.

Les agents réducteurs arrêtent la biophotogénèse, et cependant la luciférase ne présente pas les réactions spécifiques des oxydases : en outre, c'est d'elle que dérivent certainement les produits tels que la taurine et les phosphates qui apparaissent dans les liquides où s'accomplit la réaction photogène ; par ce rôle, en quelque sorte passif. elle s'éloigne des colloïdes actifs.

La nature chimique de la lucifêrine sera plus facile à établir et à déterminer : ce n'est qu'une question de temps et de quantité, au point où nous sommes aujourd'hui.

Voici de quelle façon je me procure isolément la luciférase, d'une part, et la lucifêrine, à l'état impur, de l'autre.

1° Je racle avec un couteau la paroi interne du siphon

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de grosses Phôlades dactyles bien vivantes : la pulpe qui en résulte est aussitôt broyée avec du sable et de l'alcool à 90°. Je laisse macérer pendant douze heures en vase clos. Au bout de ce temps, je filtre et j'obtiens un premier liquide non lumineux, même après une forte agitation avec Fair.

2° Le résidu épuisé par l'alcool est pressé et ensuite broyé avec de l'eau chloroformée. Je laisse macérer quelques heures en vase clos, je filtre et j'obtiens un second liquide non photogène.

Le mélange d'un quart du premier liquide avec trois quarts du second développe à la température ordinaire une belle phosphorescence; cette réaction, pour être bien visible, doit être faite la nuit.

Le liquide n° 2 porté à l'ébullition donne un précipité floconneux et le mélange des deux liquides ne produit plus de lumière; l'addition d'une forte proportion d'alcool fournit le même résultat que l'ébullition.

C'est au moyen de ces liquides que l'on peut se procurer la luciférase et la luciférine. Pour obtenir la première, il suffit d'ajouter au liquide n° 2 filtré, cinq à six fois son volume d'alcool à 95° : la luciférase se précipite sous forme de flocons blancs que l'on peut recueillir sur le filtre ou bien par évaporation dans le vide, après décantation de l'alcool.

La luciférine, à l'état impur, s'obtient par l'évaporation du liquide alcoolique n° 1. Ce composé chimique existe dans tout le corps de la Pholade, tandis que la luciférase ne se trouve que dans les parties lumineuses : il doit en être de même pour les insectes, et le mécanisme de la biophotogénèse, chez ces derniers, s'explique d'autant plus facilement. Le sang apporte : 1° l'alcalinité suffisante pour empêcher qu'une proportion trop considérable d'acide ne se forme et ne produise l'extinction; 2° il renferme de la luciférine; 3° il est oxygéné et aqueux.

La luciférase résulte manifestement de La dégénérescence granuleuse du bioprotéoo des plastides photogènes. Dans l'immense majorité des cas. si ee n'est toujours, la luciférase et la luciférine doivent prendre naissance dans le même temps et dans le même lieu, seulement la dernière peut être entraînée par la circulation.

En dernière analyse, nous établissons expérimentalement que la lumière des êtres vivants est produite par le conflit dune substance protéique, instable, possédant en grande partie les propriétés générales des zymases, la luciférase, avec un produil chimique, la luciférine, de l'oxygène et de l'eau.

Je puis ajouter que toutes les conditions qui favorisent, entravent, suspendent ou détruisent les manifestations vitales du bioprotéon agissent de même sur le liquide photogène composé des éléments que je viens de vous indiquer.

La luciférine n'est certainement pas vivante, car elle supporte des températures qui ne sont pas compatibles avec la vie.

Quant à la Luciférase, à cause de ses nombreuses propriétés communes avec les zymases, »'t pour les raisons que je vous ai indiquées à propos des ferments solubles, des bioblastes, des plastidules, microzymes, etc., on pourrait la considérer comme constituée par d'infiniment petites granulations à L'état vivant.

Mais, même en admettant avec quelques biologistes que je sois parvenu a réduire La production de La Lumière physiologique a un phénomène physico-chimique, serait-ce une raison pour renoncer à L'idée d'une mécanique biologique, d'une biomécanique, formant un chapitre spécial de la mécanique générale ?

En aucune façon.

D'où vient «loue, en effet, l'énergie «pii a servi a l'édification dr cette molécule de Luciférase dont l'architecture

est certainement des plus compliqi g lui donc a fourni le potentiel qui jaillit sous forme de lumière au moment de son écroulement?

Tout cela vient du plastide. me direz-vous, et ce plastide a emprunté de L'énergie au soleil par l'intermédiaire de ses aliments : c'est dune de la lumière solaire, qui, après avoir subi diverses modification-. - happe de l'être vivant pour fuir vers l'infini avec une vitesse de plusieurs milliers de kilomètres à la seconde.

Sans doute: mais l'énergie solaire ne s'est pos transformée d'elle-même; elle y a été incitée par cette autre forme de l'énergie que j'ai appelée énergie évolutri i-t énergie ancestrale », grâce à laquelle, depuis des milliers de siècles peut-être. 1^- Vers luisants et les Pvr<>phores se transmettent, de génération en génération, leur éclatant flambeau, qui jamais ne s'éteint, comme celui de la vie elle-même.

Nous ignorons la nature, intime de cette forme, ou plutôt de ces formes, de ces modalités de lénergie. mais nous ne pouvons nier leurs effets caracteristiqi; s; même on connaissait les effets de la foudre bien avant l'électricit'-. Il est probable d'ailleurs que 1^-s modal bioprotéoniques se continuent sans transition brusque avec les modalités protéoniques physiques pour constituer la majestueuse gamme chromatique du mouvement universel, dont nous ne possédons encore que des fragments épars.

Dans le prochain semestre, nous étudierons la production de lélectricité. ou bioêlectrogénèse^ et la production de la chaleur, ou biothermogènèse . par le-^ êtres vivants.

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