XXXIII. Métasyncrise thérapeutique
XXXIV. Dans les traitements analytiques qui se rapportent aux symptômes , l'expérience apprend qu'en cherchant à les modérer, il faut se tenir dans certaines bornes. Elle condamne un précepte des réformateurs. Danger des saignées abondantes et de» la jugulation des fièvres. Conclusion.
Lorsque j'ai voulu vous exercer à l'art du départ mental des propositions scientifiques , entre celles qui sont suhslanticlles et celles qui sont conjecdirahs , je
ONZlKiME LEÇON. 239
VOUS ai fait obsprver qu'en chimie , presque toujours un résultat peut s'obtenir par plusieurs procédés , et que la multiplicité des méthodes déduites d'un même principe , était un préjugé en faveur de la certitude de cette proposition doctrinale. J'en dis autant de la médecine : plus les principes d'une doctrine se prêtent à la multiplicité des pratiques reconnues utiles par l'expérience , plus ces principes sont certains.
Remarquez que la médecine physiologique ne connaît qu'une méthode thérapeutique, et que la médecine hippocratique eii adopte un très-grand nombre. Pour les hippocratiques , les faits sont tout, et les règles générales ont été faites à poslerîon. Pour les physiologistes, la première loi thérapeutique, c'est leur hypothèse favorite. Quant aux faits qiii ne s'y accordent pas , ils prennent le parti de n'y pas croire et de s'en moquer. La raillerie n'est pas à l'usage de tout le monde. Pour démentir et bafouer mille écrivains respectés, il faut avoir étudié l'homme seulement dans l'ampliithéâtre et dans les salles de chirurgie ; ou bien encore avoir le talent de désapprendre tout ce que l'on a été obligé de lire primitivement. Mais ceux qui ont été élevés dans les Écoles hippocratiques ne se sont pas bornés k ces études , et il y a peu d'hommes qui aient la faculté d'oublier à volonté.
Je vais consacrer cette séance à la thérapeutique > afin d« vous faire voir que les préceptes fondamentaux
de cet art restent toujours les mêmes, quoi qu'en disent les novateurs.
XXV. A l'exception des empiriques, les médecins ont été convaincus que tout traitement médical devait être déduit d'une indication. Ce qui prouve que nous sommes tous d'accord là-dessus , c'est que nous prescrivons tous la nécessité d'étudier la science de l'anatomie et de la nature humaine. A quoi tout cela serait-il bon, si la règle n'était pas construite sur la connaissance des motifs ? Ceux qui n'ont pas voulu agir ainsi , qui se sont contentés de pratiques tirées de l'observation, sans aucun raisonnement, ont formé une secte que la majorité a repoussée depuis Hippo- CRATE jusqu'à présent.
D'après cela , il s'agit de donner un coup d'œil sur les diverses sortes de maladies reconnues, afin de voir les indications qu'elles présentent, et d'étudier la relation qui existe entre ces indications et les méthodes autorisées par l'expérience.
XXVI. Quelles sont les bases de la thérapeutique des vices du mécanisme (1) ? La première question qui se présente, c'est de savoir ce que fait la force conservatrice du système. Si la guérison peut se faire spontanément, il faut savoir premièrement en quoi consiste cette guérison ; ensuite examiner , au moyen
(1) G. T. Stahlii de officiis medici circà casus chirurgicos , 1710. 4. Medicus partem mediccB curalionis prœstat, in chirurgicâ c/i?rurgum dirigit.
ONZIÈME LEÇONi 541
(le la statistique , ce que cette guérison a coûté en temps et en danger.
r II y a peu d'espèces de maladies provenant des vices du mécanisme, où la force médicatrice n'ait rien fait en faveur du système. Mais il est arrivé plus rarement encore qu'elle ait amené une véritable guérison, c'est-à-dire un retour à l'état naturel. Dans une luxation , il n'arrive jamais qu'il s'opère une réduction spontanée ; mais il survient dans l'os déplacé et dans les parties voisines , un changement de disposition qui a des rapports avec une articulation ; de sorte que , bien qu'immédiatement après l'accident, le membre fût dans l'impossibilité de faire aucune des fonctions dont il était chargé, il devient à la longue capable d'en remplir plusieurs. Cependant les imperfections qui restent vous font regretter que l'art ne soit pas venu se mettre à la place de la nature. Ainsi la luxation de la cuisse à la hanche permet à la longue les mouvements nécessaires pour la progression ; mais le malade est soumis à la claudication. Une hernie qui, au commencement, était douloureuse et causait des coliques , se blase par le temps ; mais la tumeur qui grandit continuellement expose le malade à des inconvénients toujours croissants. Un accouchement dit impossible ne nous donne pas la certitude de la mort de la femme. Les fastes de la médecine nous présentent plusieurs cITorls médicateurs qui ont expulsé les produits de la conception par des Aoies extraordinaires, chez des femmes en qui l'accouchement
normal ne pouvait se faire , soit parce que la grossesse n'était pas intra-utérine , soit parce que les passages étaient ou bouchés ou trop étroits (1 ). Un travail interne a changé la forme et la substance de cette masse fœtale, qui a été chassée par un abcès abdominal , ou par les voies de la défécation.
L'expulsion naturelle des corps étrangers est une opération vitale qui nous donne quelquefois le plus d'admiration. Une balle enfoncée dans une partie profonde, sort , long-temps après , dans un point de la peau très-éloigné. On a vu un calcul très-gros de la vessie sortir à l'aide d'un dépôt où ce corps était englobé. Mais ces événements ne sont pas assez fréquents pour qu'on puisse les attendre. Ils sont regardés comme des espèces de miracles. La statistique nous prouve que les chances de succès de ce genre sont très-petites en comparaison des probabilités malheureuses. C'est presque l'unité contre l'infini : d'où il faut conclure que , dans les maladies qui dépendent d'une altéralion du mécanisme, l'art vaut mieux que les forces médicatrices.
2° Toute réaction vitale , erytheme , inflammation , brûlure , escarre , déchirure , etc. , se résout sjyonlanément ; mais l'art en peut abréger la guérison. Quand il y a des solutions de continuité où des lèvres peuvent se réunir sans que le rapprochement nuise
(1) Ceci me rappelle ce que M. Velpeau a dit , dans une séance da l'Académie de médecine , sur la possibilité de l'accoucliement naturel , lorsque l'enfant se présente par le bras.
à des fonctions d'un certain intérêt , on abrège le traitement en procédant à la réunion par première intention. La réaction est toujours une inflammation plus ou Inoins vive qui cause de la douleur , souvent de la Cèvre , de la suppuration , et qui , dans son cours , expose le malade à divers inconvénients. Les chirurgiens ont pensé , dans tous les temps et aujourd'hui plus que jamais , que la réaction la moins active serait celle que l'on devrait le plus désirer. Pour cela ils ont recours aux moyens qui peuvent affaiblir le plus promptement la puissance vitale , afin qu'il ne reste dans les parties lésées que la force qui est indispensable pour l'adhésion des parties et pour la cicatrisation. Or , vous savez que les moyens les plus efficaces sont l'abstinence des aliments et la saignée. Les modernes y ajoutent , depuis une cinquantaine d'années, l'application constante de l'eau froide (1).
Je ne crois pas que l'on puisse blâmer cette conduite. L'art rend certainement la guérison aussi sûre et plus courte que celle de la nature. Les moyens prescrits sont rationnels , et l'expérience les autorise. En supposant que le sujet était en santé lorsque l'impression malfaisante l'a atteint, je n'entrevois aucun inconvénient dans cette thérapeutique : la réaction vient d'au dehors ; dès que la cause vulnérante s'est éloignée , il ne nous reste qu'à éteindre l'inflammation.
(I) M. J. Cloquet a souvent obtenu, à l'aide de ce dernier moyen, (te trés-beaiix résultats.
244 ONZIÈME LËCON.
Souvenez-vous des motifs sur lesquels cette manière d'agir a été fondée. Vous verrez dans la suite si, en la transportant à des n^aladies d'une autre nature , on a trouvé des raisons de la même espèce.
XXVII. 3° Maladies paralrophiques. En se rappelant la définition de ces maladies , on verra à quoi on doit s'en tenir sur la question de savoir si elles peuvent se dissiper par les seules forces de la nature , ou si l'art doit être imploré. Puisque l'altération survenue dans une partie a eu lieu sans cause extérieure ; si elle est innée , si les fonctions qu'elle doit remplir s'exécutent imparfaitement dès l'origine , il est clair que vous ne pouvez rien attendre de la force vitale , à moins que ce ne soit un retard de développement , et que l'accroissement progressif ne vienne compléter le système.
Quant aux moyens , ils se rapportent à l'espèce d'altération ou d'imperfection. Ici tout est analytique. Il faut que le remède , si l'art en fournit quelqu'un , s'applique immédiatement au mal ; sans espérer que la nature, sollicitée par des impressions artificielles métasyncritiques , nous accorde ces ressources , extrêmement rares , qui nous ont quelquefois remplis d'étonnement , et qui nous ont appris seulement à distinguer le possible d'avec le probable. Ainsi , lorsqu'un enfant vient au monde privé de l'orifice du rectum, ne vous attendez pas à voir la nature conserver le sujet en imprimant au tube digçstif un mouvement autipéristallique qui survienne après la digestion intestinale ,
afin que la défccalion s'opère vers la partie supérieure ; quoique uous ayons quelques exemples de celte disposition spontanée. Mais ayez recours ou à l'anus artificiel de LiTTRE , ou mieux encore aux recherches constantes et pleines de sagacité auxquelles s'est livré M. Amussaï , pour trouver le cul-de-sac du rectum et l'amener à la surface du périnée. Dans la transformation d'un muscle en tendon ou en une substance osseuse , ne vous attendez pas à voir la nature rétrograder (1).
XXVIII. Après vous avoir entretenus des maladies de réaction , après vous avoir fait connaître l'utilité des évacuations sanguines pour éteindre l'inflammation que l'impression malfaisante avait provoquée , et pour réduire considérablement la force vitale, il ne sera plus question de la thérapeutique des réformateurs. Quand l'auteur de la révolution louée par M. Bodillaud vous a montré comment il faut calmer une irritation locale, il n'a plus rien à vous apprendre en principe, quoiqu'il puisse tant vous instruire en pratique : il n'imagine pas qu'il y ait d'autres sortes de maladies que des réactions. M. Buoussais vous dit sans restriction : « nous ne voyons dans les maladies que des » afl'ections d'organes qu'il faut dissiper complètement » et avec la plus grande célérité possible (2) ; » et vous savez bien que ces afleclions ne sont que des in-
(I) Quoique, dans la Gazette médicale de M. GuÉniK, on puisse lire un cas d'endurcissement terreux des muscles , dont quclcjucs-unsont éprouvé une résolution.
^2; Examen des doctr. mcdic. , page 370.
flammations, et que les moyens de les dissiper sont des sangsues. Il n'attend rien du temps ni des forces médicatrices : « l'art , dit-il , a tout l'honneur de la » cure , attendu que la nature n'a rien paru tenter » pour l'opérer (1). » Quant à nous, nous connaissons d'autres maladies , partant d'autres remèdes , et nous n'oublions jamais l 'adage d'HippocRATE : nalura morhonim mediciis.
XXIX. 4° Comme il n'y a pas un praticien qui ose contester les cachexies provenant d'une diète vicieuse , il faut s'adresser aux médecins exercés , ou simplement au bon sens , pour demander les moyens de ramener à l'état naturel la constitution du système. Si un homme est étiolé par le défaut de la lumière ; si le chagrin , la faim et le froid l'ont affaibli ; si un long séjour dans un navire l'a privé de l'usage des végétaux frais , de l'eau douce et des autres commodités de la vie terrestre ; si une longue abstinence de la viande et d'autres nourritures analeptiques l'a exténué et affaibli : je ne puis pas croire que vous ayez recours aux méthodes employées contre les maladies réactives ; l'expérience et le sens commun ont toujours suggéré un régime propre à rendre au système les matériaux qui doivent en rétablir la constitution.
Lorsque la cachexie ne provient pas d'une telle cause , mais qu'elle dépend d'une imperfection de la nutrition , on ne peut pas se dispenser de provoquer
(Ij Ibiditn.
la force vitale à changer ce mode d'action. Un médecin qu'on n'accusera pas de manquer de confiance dans la nature , ni d'en avoir trop pour l'art , Stahl , non moins praticien judicieux que grand physiologiste , a recommandé les apéritifs , les diurétiques , à doses très-modérées , les suhstances^ acres , les antiscorbutiques , les roborants , les aromatiques , et les moyens propres à maintenir artificiellement les excrétions suivant les quantités normales (1). Il me paraît que les médecins instruits et expérimentés agissent suivant ces préceptes ; ceux qui primitivement avaient marché dans une autre direction, ont préféré le parti que je viens d'indiquer , et qui depuis long-temps était celui de la majorité.
XXX. 5" Passons à ces maladies ôpidémiques ou sporadiques , qui sont fébriles et aiguës , qui éprouvent dans leur cours ce que les anciens appelaient une coction [pepasmos] , une lyse ou une crise, et dont le plus haut degré a été nommé par l'antiquité synochus pulris. Ce sont celles-là que je vous demandais la permission d'appeler récorporalnies , mélasyncriliques spontanées, pour parler encore la même langue. Nous y joindrons toutes celles où vous reconnaissez un besoin d'évacuation dans le système , depuis l'cn^ljarras gastrique le plus simple , ou le catarrhe béuin, jusqu'aux fièvres les plus graves.
Depuis HippocRATE jusqu'à présent , les praticiens
(1) De eachexia disput.; Uall. , 1710. l.
éloignés des tliéorics hypolliétiques et attachés à l'observation, ont traité ces maladies d'après ce que l'on appelle les méthodes naturelles , c'est-à-dire en dirigeant la succession des symptômes de manière à ce que la terminaison spontanée , connue par l'expérience , se fît convenablement. Gardez-vous de confondre une thérapeutique naturelle avec l'inaction ou l'expectation systématique , où le médecin se croiserait les bras, quels que fussent les symptômes de la maladie. Distinguez-la encore plus soigneusement de l'interprétation un peu railleuse que M. Broussais donne au précepte d'HippocRAXE quo nalura vergit , co ducendum. « C'est en vertu de ce précepte , dit-il , que » l'on saigne quand il y a disposition à une hémor- » rhagie, que l'on émétise lorsque le malade a des » nausées, et que l'on donne des purgatifs dans la » dyssenterie. Il conduit encore à prodiguer les su- » dorifiques dans les phlegmasies dites éruptives , et » à stimuler dans certaines fièvres, parce que l'on » suppose à la nature l'micntton de produire une crise » que son peu d'énergie ne lui permet pas d'effec- » tuer (1). » Ce n'est pas tout-à-fait cela. D'abord nous ne parlons jamais de l'intention de la nature , et nous ne savons pas même si elle est capable d'intention. L'expérience de bien des siècles a fait connaître aux médecins quelles sont les allures de la nature humaine dans les maladies bien connues. En explo-
(1) Examen des doctr. , page 307.
rant souvent la succession des symptômes , ils ont pu présumer d'avance les tendances qui se rapportaient aux terminaisons favorables , et apprécier le degré d'activité avec lequel la force vitale procède. Ils ont pu , en conséquence , hâter ou ralentir la marche , favoriser ou tempérer la solution , suivant les circonstances. Ils ont pu agir dans le monde vital , comme agit dans le monde moral un mentor expérimenté qui connaît le caractère de son élève, dans une conjoncture ordinaire : afin qu'un résultat prévu arrive k point nommé, il observe son disciple; il l'abandonne à lui-même , le presse ou le modère , suivant le degré d'ardeur qu'il aperçoit en lui (1).
Vous voyez , d'après cela , que , dans les méthodes naturelles, il ne s'agit pas toujours d'exciter ou de hâter les mouvements vitaux , mais assez souvent de les réprimer.
Les médecins qui ne voient dans une maladie générale que la réaction symptomatiquc d'une inflammation locale , ont des préventions contre les sudorifiques , dont l'utilité ne paraît guère pouvoir s'accommoder avec cette doctrine hypothétique. Les médecins hippocratiques de tous les temps ont reconnu que ces moyens entrent assez souvent dans les méthodes naturelles, parce qu'ils ont appris par l'expérience qu'une
(1) Celte comparaison n'(!st que le renversement d'une autre qui est (le Pi.Accits le fils. Cet auteur a fait un traité de morale en suivant toutes les divisions des institutions de tliérapcuti(iuc. Licibau approuvait cette méthode. V. Oper. Tom, T), /). 32U,
250 ONZIÈME LEÇOîT,
sueur spontanée résolvait certaines maladios , on prcvenait des aflections. Dans le catarrhe ordinaire avec fièvre synergique , Cblse prescrit des boissons diaphorétiques (1); Ccllen, et même son commentateur BosQuiLLON, parlent de même (2). De temps immémorial , on s'est aperçu que certaines maladies épidémiques graves avortaient souvent s'il survenait une sueur générale et assez abondante , et que des personnes exposées aux causes de ces maladies étaient préservées par une diapborèse spontanée et continuelle qui durait autant que la constitution morbifique. Aussi les praticiens ont toujours favorisé ces mouvements naturels. En 1485 , lorsque la suette parut en Angleterre , les métbodes diapborétiques furent jugées les plus utiles (3). DiEMERBiiOEK et Sydenham ont fait des observations semblables sur la peste; et, en 1835, M. V. Bally n'a pas balancé à regarder ces moyens comme les plus puissants pour détourner le choléra asiatique et la fièvre jaune, chez les personnes en qui se trouvait quelque tendance naturelle à porter les mouvements à la peau (4).
Il ne faut pas confondre une thérapeutique aussi sensée , appliquée aux cas déterminés , avec les prétentions systématiques et exclusives que quelques auteurs
(1) De Re medica , recogn. à Vandct Unden; lib. IV, cap. V.
(2) Élém. de médecine pratique , § 1006.
(3) Bacon, Hist. Henrici VII.
(4) ÉluKlcs sur la choladroc lymphatique , ou choléra indien , et sur la flèvre jaune, 2« fascicule ; Pari? , 1835.
ont pu professer. Quand M. Brôussais parle de ceux qui prodiguent les sudorifiques , il fait peut-être allusion à la thérapeutique de Van-Helmont , qui était grand partisan de ces moyens. Mais ces maximes singulières de secte ne sont guère du goût des médecins hippocratiques. Ceux-ci sont trop prudents pour avoir recours à de pareils moyens dans des cas de ce genre , et ils dédaignent la sentence que Van-Helmont a avancée : qu'un médecin qui ne guérissait pas une fiè vre dans quatre jours , n'était pas digne de son nom. Ce n'est pas seulement pour les sudorifiques qu'ils rient de cette déclaration, mais encore de quelque autre anti fébrile que l'on ait pu vanter a^insi.
XXXI. 6° Quelle est la base de la thérapeutique des maladies affectives en général ? Tous les vrais médecins distinguent, dans une maladie affective, deux choses : 1° l'affection elle-même ; 2° les symptômes qui en sont les effets et la manifestation , ou la pa-; thophanie.
Vous savez déjà qu'il y a des affections temporaires, et d'autres indéfinies.
1" Les hommes qui se sont fortement appliqués à l'étude de la nature humaine s'accoutument à considérer une affection spontanée comme l'expression d'un besoin du système. Vous imaginez bien qu'ils ne parlent pas ainsi des affections qui ont été acquises par contagion. Nous avons dit que plusieurs symptômes sont des moyens de résolution pour ces affections, comme les pleurs sont résolutifs de nos chagrins; ces
médecins s'habituent souvent à une sorte d'optimisme dont je ne veux pas toujours faire l'apologie. Il en arrive que, s'ils avaient à leur disposition les moyens de supprimer l'appareil morbide tout à coup , ils balanceraient , à moins qu'il n'y eût un danger prochain . Ils craindraient que le besoin du système ne pouvant plus être épuisé par les symptômes , ne restât toujours le même , et ne donnât lieu à des maladies d'une forme plus grave. Vous savez que le quinquina, spécifique du génie périodique , leur est un peu supect , parce que les accès de fièvre intermittente du printemps leur paraissent salutaires, et qu'ils accusent le spécifique d'occasionner Jes obstructions du bas-ventre quand on l'a administré sans nécessité. Aussi le réserventils pour les cas où il y a du danger , comme dans les fièvres intermittentes pernicieuses , ou bien quand il y a une incommodité insupportable , comme dans les douleurs périodiques extrêmement intenses.
Quoi qu'il en soit de cette prévention bien ou mal fondée , ils n'ont pas souvent occasion de délibérer sur ce problème. Vous n'ignorez pas qu'il y a bien peu d'affections que nous puissions éteindre dircclement par des spécifiques. Nous serions trop heureux si nous avions un semblable remède pour chaque affection , quand nous ne voudrions l'employer qu'avec autant de réserve que les optimistes médecins emploient le quinquina.
Bien des gens sont à la recherche de ces sortes de moyens. Ces tentatives no sont guère faites que par
ceux qui ont une idée au moins confuse de la théorie des affections morbides. Malheureusement ou ne peut guère les chercher par des essais à priori : les expériences sont vagues , souvent absolument infructueuses. Tout ce qui a été découvert dans ce genre. a été trouvé fortuitement. En considérant l'importance des remèdes de cette espèce , nous devons de la reconnaissance à ceux qui s'en occupent sérieusement, quel que soit le résultat. Plusieurs médecins de Paris se livrent à ces recherches. M. Hannemann a présenté beaucoup de substances qu'il prétend être spécifiques de diverses affections morbides. Nous lui en devons de la gratitude , quoique ses travaux n'aient pas encore été vérifiés. Les expérimentateurs qui essaient le tartre stibié à haute dose sur les affections phlogistiques , et même sur toutes les réactions, et qui vraisemblablement l'appliqueront à l'affection blabéïque , ont droit au même sentiment.
Dans la grande majorité des affections morbides temporaires, nous sommes obligés de laisser le traitement au soin de la nature, et de nous borner à porter notre attention la j)lus active aux symptômes , et particulièrement aux symptômes opéralifs ( à ceux qui allèrent les organes ). Que pouvons- nous faire pour aitaquer directement l'affection rhumatismale , la goutteuse , la cancéreuse , la strumeuse , la petite vérole , la rougeole , et tant d'autres ? Songeons à préserver les organes essentiels, à conserver la vie
de rîndividu , en attendant que l'affection se soit résolue.
Mais en convenant de l'impuissance de l'art par rapport au plus grand nombre des affections morbides , il ne vous est pas permis de les perdre de vue , et de vous conduire dans le traitement comme si elles étaient non-avenues. Car , s'il ne nous est pas aisé de les détruire , ni même de les affaiblir , il nous est possible de les accroître et de les rendre plus dangereuses. Des observations nous ont appris que certaines circonstances susceptibles de suppression ou de modification , peuvent exercer une influence nuisible sur cet état vital. Or , Hippgcrate nous prescrit de ne jamais être nuisibles si nous ne pouvons pas être utiles : il ne nous est donc pas permis d'ignorer quelle est l'influence que chaque affection morbide peut recevoir des moyens employés contre les symptômes qu'il faut combattre. Ainsi, une pleurésie épidémique a pour cause principale une affection morbide dont elle est la manifestation. Je sais que , pour affaiblir la fluxion de poitrine , je dois avoir recours à des moyens révulsifs ou dérivatifs ; mais si l'affection est de la nature de celles qu'ont décrites Ramazzim et Babker , et où la saignée aggravait ce mode vital , je dois m'en abstenir et préférer un autre genre d'épispasme. Ainsi , quoique , dans les fièvres intermittentes ordinaires , la saignée et les purgatifs puissent être fort utiles , je dois ne pas oublier que l'état ataxique qui caractérise les
lièvres intermittentes comitatœ conlre-indiquc ces remèdes, et surtout dans rintcrvalle des paroxismes.
C'est d'après ces remarques essentielles , que l'on a trouvé trop peu réfléchi un précepte donné par les réformateurs , dans le traitement du choléra asiatique. Après avoir confessé que, dans cette inconcevable maladie , il y a une cause générale inconnue qui n'est pas une irritation d'un organe, ils ont prétendu que le premier eflîet de cette cause était une inflammation de l'estomac et des intestins. Or , ajoutent-ils , comme nous ignorons la nature de cette cause supérieure , et qu'il nous est impossible de l'attaquer , il nous est permis de ne pas y penser ; et notre devoir est de combattre l'inflammation de l'estomac par la grande panacée , qui est l'efl'usion du sang. Il est aisé de voir qu'en admettant celte pathogénie , et en supposant l'inflammation de l'estomac , ce que je suis loin d'accorder , les auteurs sont téméraires quand ils prescrivent des saignées sans ménagement, avant de s'être assurés que ce remède ne peut pas accroître et rendre plus grave l'afleclion «sscntielle.
2" Quant aux aflectioTis morbides chroniques, in- <Iéfinies , on ne compte pas sur une résolution spontanée. On les attaque à tout instant, quand les manifestations ne s'y opposent pas , et que les remèdes propres à combattre les premières ne favorisent pas l'exaspération des symptômes. Ainsi , dans la syphilis , nous attaquons l'aflection toutes les fois que
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les spécifiques n'augmentent pas les phénomènes inflammatoires ou ne salissent pas les ulcères. Les médecins qui ont de la confiance dans les remèdes antigoutteux , les administrent dans tous les intervalles des accès de goutte.
De temps immémorial , les praticiens ont agi de cette manière par rapport à ces affections. Cependant, dans la dernière moitié du dernier siècle, on a cru s'apercevoir qu'elles n'étaient pas tout-à-fait étrangères à une progression et à une sorte de tendance à la résolution. Bordeu a vu quelque chose de pareil dans les scrofules. Plusieurs observateurs ont vu des cas où l'épilepsie et diverses maladies nerveuses présentaient une marche pareille. Pi>el , et plusieurs médecins qui se sont occupés spécialement des «aliénations mentales , ont fait voir que la folie est , dans quelques sujets , une affection capable de montrer des phases successives , et d'arriver à une résolution spontanée.
Les moyens que nous employons contre les affections indéfinies sont ou spécifiques , ou iraitalifs , ou métasyncritiques artificiels, ou perturbateurs. Ces expressions doivent être inintelligibles pour ceux q^ui n'ont pas assez réfléchi sur les modes d'agir de la nature humaine , sur ses affections , sur les changements dont elles sont susceptibles. Mais je m'en rapporte aux praticiens impartiaux et éclairés. Tout a subi l'épreuve du temps. La rédaction de ces principes thérapeutiques, leur disposition didactique ont varié dans le
dernier siècle , et peuvent varier encore ; mais les idées fondamentales ne changent pas depuis long-temps. Les spécifiques ont paru être fort nombreux autrefois; les observations et les expériences ont fait mieux apprécier le mode et la valeur de leur action , et la liste de ces remèdes s'est beaucoup réduite. Mais le principe de la spécificité reste ; on est aujourd'hui plus en état de rechercher les moyens de ce genre , d'assigner plus convenablement leur place dans un système de matière médicale , et de les rendre moins amovibles.
Les méthodes imitatives , qu'il ne faut pas confondre avec les naturelles , datent de bien long-temps. A proprement parler , la révulsion artificielle est une méthode imitative. Elle n'a été imaginée que d'après l'observation des raétaptoses spontanées , des diadoques et des métastases. Or, qui se chargerait de déterminer l'origine de celte thérapeutique, et qui aurait le courage d'en contester l'importance ?
Les commotions perturbatrices , c'est-à-dire ces impressions profondes qui bouleversent le système vivant, qui suspendent ou intervertissent des fonctions naturelles nécessaires, et mettent l'homme eu danger, sont des sujets de méditation pour les thèrapeutistes. Comme exemples de ces causes de troubles, je citerai une intoxication alarmante ; la menace de suffocation par l'immersion , comme la conseillait Van- IIelmont; une douleur intolérable long-temps continuée; l'inanition des vaisseaux sanguins par la méthode de Valsalva ; une semblable do-pletioii amenée
par la métliode (I'Uffroy contre le rhumatisme aiga (soustraction de dix-huit livres de sang dans l'espace de trois jours ) ; la transfusion; la faim de plusieurs jours maintenue par l'abstinence absolue de tout aliment et de toute boisson , etc.
XXXII. Comment concevoir que des changements aussi profonds , aussi redoutables dans le système vivant , puissent être des moyens de guérison ? Je ne crois pas que cette idée puisse s'unir avec d'autres doctrines que celle d'HippocnATE. Un agrégat informé par une nature humaine qui individualise cet ensemble , est atteint d'une affection morbide grave et opiniâtre. Il résiste à tous les moyens rationnels. Les spécifiques , les révulsifs , les méthodes analytiques combinées qui avaient pour but d'empêcher la formation des symptômes , ont blanchi. Une ressource nous reste : le hasard l'a suggérée , la raison ne la repousse pas. Essayons de produire dans celte puissance unitaire une secousse si terrible , qu'elle soit prête à périr. Il peut arriver que , dans un résolution oii toutes les fonctions naturelles sont presque suspendues , l'affection morbide s'anéantisse , et qu'au retour Aeè forces, l'ordre se rétablisse. Comment peuvent raisonner , sur ce point de thérapeutique , ceux qui dérivent toute maladie d'un point irrité, qui substituent la sympathie à l'individualité , et qui , à la place d'une force active , autonomique , munie de facultés primordiales , mettent une force de réaction purement subordonnée à l'impression des modificateurs ?
Au reste , tous les médecins n'ont pas voulu admettre dans la pratique les méthodes perturbatrices ; mais pourquoi ? C'est à cause du danger. Ils ne les trouvent ni étrangères ni contraires à la raison. Staiil , par exemple , les proscrit formellement , parce que leur action tumultuaire l'épouvante. Mais les effets de ces causes survenues par hasard , ou employées à dessein, ont été depuis long-temps appréciés de sang-froid, La plupart en connaissent les avantages et les inconvénients. Ils savent à peu prés , à priori et indépendamment du résultat , quels sont les cas où la prudence devient pusillanimité et le courage témérité.
XXXIII. Qu'est-ce que la métasyncrise thérapeutique ? C'est une commotion légère , suffisante pour changer le mode actuel des fonctions vitales , et trop faible pour amener une perturbation. Cette expression , tirée de la doctrine des anciens méthodistes , rappelait autrefois quelques idées hypothétiques ; mais aujourd'hui elle se réduit à ce qui est renfermé dans cette définition.
D'après cela , vous devez bien penser que les moyens de métasyncrise thérapeutique sont bien variés et bien nombreux. Toute impression insolite , toute action inaccoutumée , tout changement introduit dans une diète journalière , toute rupture dans les habitudes , soit animales , soit vitales , peuvent exécuter une métasyncrise.
La métasyncrise thérapeutique , considérée dans le sens le plus général , est donc une disiraclion du sys-
tème individuel dans l'intention qu'a le médecin d'interrompre une propension vicieuse de la force vitale. Or, ce point de pratique est ce qu'il y a de plus ancien , de plus constant dans l'art. Il n'y a pas de jour où le praticien n'ait l'occasion de l'appliquer. Quelque variées que soient les formes de ces moyens , vous saurez reconnaître l'identité du but. Le diatriton, le cycle résomptif, le cycle métasyncri tique des anciens méthodistes , peuvent avoir une apparence superstitieuse qui vous paraît suspecte ; mais en définitive , ils ont servi de type à la méthode métasyncritique de Barthez , qui consiste dans les emplois alternatifs de toniques et de relâchants. Ces pratiques ont été suggérées par l'espérance de voir le système vital éprouver quelque temps une oscillation imprimée par les modificateurs , obéir tantôt à une impulsion , tantôt à une autre opposée , et finir par rentrer spontanément dans l'état normal , lorsqu'il ne serait plus soumis à de semblables causes.
J'ignore comment les organicieus conçoivent ce principe ; je ne sais pas môme s'ils l'admettent en spéculation ; mais je vois bien qu'ils s'en servent implicitement en pratique. Voici d'où je le déduis.
Barthez parle quelque part d'un Stahlien qui a dit que les moyens thérapeutiques s'appliquaient trèsrarement aux maladies que l'on combat. A entendre cet animiste , nous ne savons le plus souvent ce que nous faisons quand nous prescrivons des remèdes ; mais il n'y a pas grand mal ; car, en agaçant le sys-
tème par des impressions ou incommodes, ou pénibles, et toujours insolites, nous excitons l'âme à sortir ou de sa paresse ou de ses mauvaises habitudes , et nous la déterminons à s'occuper sérieusement de l'administration de son système : quelle qu'ait été notre théorie , elle n'en fait ni plus ni moins ; elle se met en action et opère suivant ses besoins réels, et non suivant ceux que nous lui supposons. En dégageant cette satyre de l'hypothèse stahlienne qui l'orne ou la dépare , il est évident qu'en langage hippocratique , cela veut dire que les remèdes sont principalement bons pour changer indéterminément le mode actuel de la force vitale , et de ramener les allures normales de cette puissance. N'estce pas dire que toute la thérapeutique se réduirait à peu prés à la métasyncrise ? Eh bien ! les médecins physiologistes paraissent avoir raisonné implicitement de la même manière dans un cas grave. En parlant du choléra asiatique , leur chef , après avoir exposé sa méthode, dit que quelque parti qu'on prenne touchant le traitement de cette maladie, le premier précepte est qu'il faut agir ; que l'expcclalion est la conduite la plus funeste , et que les méthodes les plus éloignées de la sienne sont préférables à l'inaction. Quoique je n'admette pas plus cette règle particulière que je n'admets l'opinion du Stahlien , je prends acte de ce précepte ; car on ne peut y méconnaître l'aveu du principe de la métasyncrise mé-
dicalc. Cette recommandation ne peut être justifiée que par celte idée.
La métasyncrise est donc encore une des lois éternelles de la thérapeutique.
XXXIV. ir Après avoir porté une attention suffisante sur l'aflection soit temporaire soit indéfinie d'une maladie soumise à notre traitement ; après avoir vu l'étendue et les bornes de l'art sur cette cause première du système, notre esprit se porte sur les symptômes, et particulièrement sur ceux qui altèrent les organes. Vous savez que nous pouvons exercer sur eux des changements utiles. La saignée , en diminuant la fièvre et la fo/ce vitale, peut enrayer l'inflammation et la fluxion. Car ces opérations pathologiques ont besoin d'un certain degré d'activité. Des attractions puissantes peuvent faire avorter des mouvements fluxionnaires internes. Les antispasmodiques , les stupéfiants , les délayants , les adoucissants , les résolutifs , servent à aff'aiblir d'autres symptômes et à préserver les organes essentiels.
Mais en cherchant à modérer les symptômes inrquiétants , l'expérience nous a appris à demeurer dans certaines bornes , au-delà desquelles le système court le plus grand danger. La saignée diminue la douleur d'une pleurésie, et l'on serait tenté de la répéter jusqu'à ce que le malade ne soufl*re plus. Mais ce soulagement est perfide : la suppression des syraptomes, par un affaiblissement subit, devient la cause d'une mort inattendue. C'est par cette faute théra-
peu tique que sont morts le grand Raphaël , et le philosophe Gassendi. Cette pratique a dû être suggérée par les avantages qu'elle nous procure dans le traitement des maladies réactives. Mais au premier coup d'oeil , vous voyez la différence qui existe entre ce cas et celui des maladies affectives. Dans le premier, le chirurgien n'avait rien à faire que de calmer l'exaltation du système lorsque la cause vulnéraute avait disparu; dans le second, le médecin ne doit pas perdre de vue une affection présente , dont on opprime la manifestation, mais qui doit ou s'évanouir, ou reproduire ses symptômes.
M. Brocssats, pour qui le symptôme inflammatoire est la première cause du mal , dit : « ce qu'il y a » .de naturel (mot employé ici pour faire opposition » aux méthodes naturelles de B arthez ) , c'est de calmer » une irritation le plus tôt possible par les moyens les » plus propres à produire cet effet (1). » Je n'entends rien à une pareille médecine. Si un homme souffre de la podagre, calmerai-je ses pieds avec des stupéfiants , au risque de lui causer une goutte remontée ? Quand je vois des enfants atteints d'une fièvre d'incubation d'une petite vérole, dois-je chercher à supprimer par la saignée la fièvre, les convulsions, le vomissement, afin que le système n'ait pas assez de force pour opérer l'éruption ? Je suis persuadé que le même moyen calmerait les céphalalgies , la fièvre ,
(1) Ibid. , p. 367.
les convulsions qui précèdent la formation de la plique polonaise , et l'éruption deviendrait impossible. Nous conseillez-vous de soigner ainsi nos malades? Je suis bien convaincu que M. Broussais ne fait rien de semblable dans sa pratique, et que sa thérapeutique en action vaut mieux que ses livres.
Une saignée affaiblissante peut suspendre une maladie , en rendant impossible le développement des symptômes. Mais il doit arriver souvent que l'affection morbide reste , et que , peu de temps après , elle reproduit les mêmes phénomènes. Le fils aîné de notre appariteur se trouvant à Beaucaire pendant la foire, éprouve cet orgasme de l'estomac que l'on nomme fièvre gastrique. Un médecin du pays applique à l'épigastre un assez grand nombre de sangsues , pour que la fièvre s'éteigne. Mais le malade se trouve toujours indisposé , ne peut plus s'occuper de ses affaires, et il revient pâle, sans appétit, sans force, et avec tous les symptômes de l'orgasme dont je parlais, moins la fièvre. Je lui prescris un vomitif. Il rend une grande quantité de bourbe bilieuse , et le lendemain il est guéri. Toutes les suspensions ne sont pas toujours réparées avec la même facilité , et tant pis pour les malades.
Charleval, bel esprit célèbre du XYII""" siècle, paraît être mort de saignées faites dans l'intention de supprimer la fièvre. « Les médecins, dit un historien, » comptaient avoir chassé la fièvre à force de saignées ; > ils disaient entre eux , en présence de Tiiévenot,
y) son ami ( fameux voyageur, bibliothécaire du Roi , » auteur de VArl de nager) : enfin, voilà la fièvre qui » s'en va. El moi , dit Tuévenot, je vous dis que c'est » le malade : et Charleval mourut une ou deux » heures après. »
Galien ayant à traiter une fièvre synoque simple, s'avisa de la supprimer par une saignée excessivement abondante. Ses confrères le félicitèrent d'avoir ainsi jugulé une fièvre : jugulasli fehrem. Depuis cette époque , la saignée abondante , dans toute fièvre , a été la routine banale de beaucoup de médecins. Botal , Patin, Sylva, Bosqcillon en ont fait la base de leurs traitements. Vous savez bien que leur thérapeutique n'a pas été donnée comme un modèle par ceux qui s'y entendent.
La saignée jusqu'au blanc est le knout de la thérapeutique. Elle met ceux qu'elle n'a pas tués dans l'impossibilité de présenter des symptômes pendant quelque temps ; mais tout comme les Russes , ainsi fustigés , retombent souvent dans la faute qui leur avait mérité cette punition , de même l'alTeclion qui avait donné lieu à la saignée reproduit les mêmes symptômes dès que le système a assez de force pour les former. Ne vous semble-t-il pas que ces correcteurs et ces thérapeutistes sont à peu près de la même force ?
Vous croyez peut-être que ces notions générales de thérapeutique sont modernes , et qu'elles n'ont pas subi l'épreuve des siècles. Détrompoz-vous : il
VOUS est aisé d'en reconnaître les germes assez développés dans les écrits même d'HippocRATE. Lisez la livre de locis in homine , et vous y trouverez nonseulement la multiplicité des méthodes qui doivent entrer dans l'art de guérir , mais encore une distinction k peu près semblable à celle qui nous est ici familière ; de sorte que les modernes n'aient presque dû y ajouter que des dénominations. Vous savez combien il a de conliance pour les forces médicalrices (1) ; néanmoins il entre dans beaucoup de détails pour assigner les cas où il nous convient d'agir contre certaines fluxions , et pour spécifier les moyens applicables à chaque cas (2). Les méthodes métasyncriliques sont toutes représentées par cette proposition : « Tout ce qui opère un changement dans l'état actuel » de l'homme , peut être regardé comme des remè- » des (3). » Les perturbatrices sont directement indiquées (4) . Les homœopathes ont trouvé dans ce livre la sentence dont ils ont excipé (5), et peut-être abusé.
(1) Pour la commodité du lecteur , j'ai cru devoir indiquer les idées principales de l'auteur dans les articles correspondants que quelques traducteurs ont numérotés. J'aurais pu me servir des divisions de CoKNARius ; mais comme celles de Gakdeil sont plus nombreuses , je les préfère dans ce moment. N" 34.
(2) . 16 et suivants.
(3) Medicamenla suut omnia quœ prœsentem slatum transmovent. Interpr. Cornario. Trad. de Gakdeil , n" 71.
(5) 68. « Les maladies viennent quelquefois par les semblables, » et les choses qui ont causé 1,0 mal le guérissent. »
L'importance et la distincliou de la révulsion et de la dérivation y sont rendues en termes non équivoques (1). Les méthodes spécifiques y sont mentionnées , et elles y sont conçues comme nous les concevons. Il est donc facile de voir que les principes de thérapeutique relatifs aux méthodes , sont de la plus haute antiquité , si nous en exceptons les méthodes analytiques dont l'esprit ne paraît pas avoir été saisi comme il l'est dans cette École , quoiqu'elles aient été pratiquées de tout temps. Car, qu'est l'analyse en thérapeutique , si ce n'est l'art d'empêcher la formation des manifestations dangereuses , en attendant que l'affection morbide s'épuise et se résolve , ou par le temps , ou par des spécifiques d'une activité lente ? Loin que les méthodes de ce genre soient des chimères , comme l'ont dit quelques organiciens , leur thérapeutique , hors les cas des maladies réactives inflammatoires , et de la fièvre inflammatoire exquise , n'est rationnelle que comme une réunion de moyens analytiques. Quand elle est poussée au plus haut degré , c'est une méthode perturbatrice qui a depuis long-temps été appréciée , et dont on connaît les avantages et les dangers.
Après avoir fait la revue de toutes les connaissances médicales acquises à son époque, et réfléchi sur la coordination des parties fondamentales théoriques et pratiques de cette science, IIipi'Ocrate ne craignit pas de dire : « Tl me semble qu'aujonrd'iiiii la médecine
» a fait tous les progrès qu'on peut attendre ; y]Te » apprend à connaître la nature de toutes les maladies , » et à saisir le moment de l'occasion (1). » Cette déclaration, qui est mon épigraphe, et qui est l'expression abrégée de ces leçons , est trop concise pour qu'une paraphrase vous soit tout-à-fait superflue.
<c A ne considérer la médecine que comme l'art » de guérir , il me semble quelle est faite , c'est-à-dire » qu'elle contient en elle un germe complet qui doit » se développer et acquérir tôt ou tard le dernier » terme de son accroissement , sans avoir besoin de » nouvelle fécondation. Les faits anatomiques con- » servés, dans ma famille , les observations patholo- » logiques recueillies dans les temples et dans les » fastes de l'École de Cos , les cas notés par moi- » même et par mes contemporains , nous ont mis en » état d'établir la vraie philosophie de la médecine » pratique ; de distinguer les catégories naturelles des » maladies ; de les séparer , non par des symptômes » inconstants et accidentels , comme le font trop fré- » quemment les médecins de l'École gnidicnne , mais » par les causes internes, c'est-à-dire par les affec- » lions (2) morbides de la nature vivante ; de signaler
(2) Cette expression est une sorte de prolepse de mots , peut-èlre même une anticipation de sens, puisque IIippocrate ne paraît pas avoir eu une idée claire des affections morbides : mais comme il a clé sur le point d'arrêter et d'énoncer celte notion absirailc , j'ai cru pouvoir lui prêter un langage qui , dans cette acception , est postérieur , mais que ce grand Uomme n'aurait certainement pas repoussé.
» la marche de ces maladies , les allures et les habi- » tudes de la nature dans l'évolutiou de ces phéno- » mènes; enfin, d'indiquer, dans le cours de chaque » maladie, les occasions d'y introduire un change- » ment, et de désigner le mode de cette altération. » Toute la science est là. Multipliez les observations ; » épiez la progression des affections ; accumulez les » moyens thérapeutiques : selon toute apparence, vos » acquisitions y trouveront leurs places et leurs em- » plois. »
Les trente-quatre articles que j'ai tirés de la médecine universelle , ne suffisent certainement pas pour former des Institutes ; mais j'ai fait en sorte que , par leur succession , ils constituassent une sorte de symbole ou d'exomologèse hippocratique , capable de faire concevoir l'esprit de la science. Je désirais que , dans une exposition aussi resserrée , on pût se faire une idée de la pensée fondamentale de chacune des parties , et que , nonobstant les distances énormes de ces jalons , on pût reconnaître dans le plan la régularité, l'harmonie, la durée probable de l'édifice médical. Je voulais que vous pussiez voir que ceux qui avaient le projet de le renverser de fond en comble n'ont pas su comment s'y prendre ; qu'au lieu de cela, ils l'ont décrié ; qu'en concurrence, ils en ont construit d'autres de leur façon qui sont tombés de vétusté avant d'être achevés. J'aurais trouvé du plaisir à vous faire remarquer la manière dont les réformateurs vantent leur nouvelle construction en
opposition avec l'ancieu monument ; font des hymnes pour des procédés ingénieux, avantageux même dans quelques cas particuliers , et prétendent les rendre si éclatants qu'ils éclipsent les grands dogmes de la science ; décernent l'apothéose à certains moyens d'exploration pour effacer les travaux d'HippocRAXE , de Ga- LiEN , de Baillou , de Stahl , de Bartiiez , ce qui est à peu près se mettre en admiration devant un escalier utile, ou devant un boudoir commode, pour anéantir les chefs-d'œuvre de Démocrate , de Vitruve , de Bramante , de Palladio , de Perrault. Si je n'ai pas réussi à vous faire sentir ce contraste , et à vous en faire apprécier l'intention , mon insuccès ne serait pas de nature à me décourager. L'entreprise n'est point difficile : elle ne demande que du temps.