QUATRIÈME PARTIE
somniAiRc.
Moyens de rendre plus rares les tentatives de réforme.
Vaprès les causes de la dernière réforme, on voit que , pour éviter toute tentative pareille , il faut: 1" apprendre de bonne heure les propositions pérennes de la médecine ; 2° se rendre le compte le plus exact de chacune de ces propositions. Pour cela il est indispensable d'étudier les cas rares, sans craindre le reproche d'érudition , car ce n'est pas ici une érudition d'agrément. Un très-bon mojen de donner une connaissance approfondie des propositions fondamentales de la médecine, ce serait une histoire de la civilisation de cette science : développement de cette idée. 3° Lier le présent avec le passé. 1° Avoir un style qui ne soit remarquable que par sa candeur et sa clarté. Tous ces moyens se réduisent en un seul : bien comprendre la doctrine.
Lorsque j'ai entrepris de vous montrer Xidmlité des dogmes fondamentaux de la médecine progressive , depuis quelle a été rédigée en corps de doctrine jusqu à <•« jour , je vous ai dit , dans l'exposition du sujet , que nous examinerions s'il conviendrait d'employer quelques moyens particuliers pour conserver ces dogmes , afin d'en prévenir l'oubli et de rendre moins probables les révolutions futures , prophétisées par ceux qui ont célébré les révolutions passées. C'est celtô question qui va faire le sujet de cette séance.
Les propositions médicales que je vous ai présentées , et beaucoup d'autres aussi difficiles à réfuter, sont dans la bouche des médecins instruits , et dans la tête de tous les praticiens expérimentés , si ce n'est pas d'une manière claire et distincte , du moins d'une manière assez efficace pour qu'elles les dirigent dans leur pratique : et cependant des hommes d'esprit , qui ont des connaissances en médecine , ont attaqué collectivement ces propositions , et ont détracté distributivement de quelques-unes , sans avoir pu leur faire le procès en forme. Ce décri, vous le savez , a obscurci quelques années la médecine dans la capitale, et surtout dans certaines provinces. Mais dans ce moment la mode a passé L'opinion , si souvent ennemie du bon sens , avait élevé une hypothèse qui dispensait les praticiens d'instruction , de lecture et de contention d'esprit : l'opinion la quitte aujourd'hui (1) et la laisse presque sans consolateur. Les anciens propagateurs n'abandonnent pas simplement leur apostolat , mais ils le renient.
Lorsqu'on 1823 je fis un voyage dans quelques dé* partements , je fus étonné de la sensation qu'avait produite la seconde édition de Y Examen des doctrines
(t) Un voyageur médecin dit , en 1835, avoir constaté , à Paris, que Za médecine physiologique est à peu près abandonnée, et il signale le retour des praticiens français à l'iiippocratisme. V. Obser~ rations on the principal médical institutions und practice of France, Itaty and Germany ; with notices of the vniversities , and cases from hospital practice. By Edwin Lee. London , 1835.
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médicales. A mou retour , je me hâtai de lire cet ouvrage. Je me crus obligé de tenir les élèves en garde contre ce prestige général , et je leur prédis que de tout cet appareil il ne resterait rien. Je leur déclarai l'actuel et le futur dans une fable que Boivin cadet avait tirée d'un manuscrit attribué à Jean de Meun (1), et dont voici la substance. « Il y avait autrefois, dans un jardin, .un beau palmier qui était en rapport et fournissait d'excellentes dattes. Le jardinier s'avisa de planter au pied du palmier une courge. Cette plante naît, croît , se développe dans peu de temps. Les rameaux rampent sur la tige , les vrilles embrassent les branches ; les feuilles couvrent le palmier. La courge fleurit. Dans quelques jours les fruits pèsent sur l'arbre et menacent de l'accabler : le pauvre palmier , enterré dans ce feuillage, serré de toutes parts , se sentant étouffé et prêt à mourir , demande grâce à la courge ; mais l'orgueilleuse est sans miséricorde , et ajoute la raillerie au mauvais traitement. Après plusieurs plaintes mal reçues , il s'avise de demander à son heureuse rivale qui elle est , et quel est son âge. La courge décline son nom , et dit qu'elle est née il y a deux mois et demi. A ces mots, le palmier prend courage ; il passe subitement de la terreur à une gaîté folle. Il ne se contente pas de rire , mais il commence à moquer , truffer et rigoler de dame courge, et de {aire lui grimaces et grands despis. Piquée
(1) Apologie (l'IIOiMhuE et bouclier d' Achille ; Paris , 1715,
de ce cliangement , elle en veut connaître îa cause^ Vous m'avez tant fait peur , dit l'arbre , que je me suis cru perdu. Je vous croyais ma contemporaine , ou même mon ancienno. Mais puisque vous êtes si Jeune , et que dans un si court espace vous vous êtes si bien développée , vous ne m'incommoderez pas long-temps ; car la durée de vos pareils est bien courte. » La moralité n'est pas diflicile à déduire. Vous voyez bien que la médecine hippocratique est le palmier , et que la médecine des réformateurs est là courge ; que les doctrines formées avec lenteur , accrues par le temps , fortifiées par le labeur des plus grands hommes , ressemblent à ces arbres de haute futaie qui ont besoin d'un grand nombre d'années pour porter du fruit , qui bravent les siècles , et dont le bois dur est incorruptible ; que les doctrines improvisées , qui n'ont coûté ni accumulation d'un grand nombre de faits , ni longue élaboration des principes , ressemblent à ces plantes herbacées dont la végétation couvre toute la terre pendant la belle saison , qui meurent dans l'automne , et qui se pourrissent aux premières pluies. Convenez que je ne me suis guère trompé dans ma prédiction. Oue resle-t-il à présent de cette citrouille? quelques graines peut-être. Mais elles ne doivent guère nous occuper : toutes celles du même genre sont annuelles.
Des événements de cette espèce sont des éclipses de la raison. Si elles doivent venir de temps en temps, j'aimerais mieux que vous et moi en fussions témoins
que victimes. N'y aurait-il pas moyen de s'en garantir ? L'expérience du passé ne doit pas être perdue. Quelles sont les causes de cette écliaulTourée ? Je crois en reconnaître quatre.
1° Dès le commencement de ces leçons, je vous ai fait voir que les réformateurs ont ignoré un grand nombre dé ces vérités fondamentales dont je vous ai entretenus dans plusieurs séances. Leur première éducation médicale avait été reçue à S'-Côme. Contents de leur point de vue , ils n'ont pas voulu eu changer ; et l'on sait bien que de ces habitudes viennent ces préventions , ces idées fixes qui nous assiègent le reste de la vie , et que Bacon appelait idola specus.
2° Les vérités qui ne leur sont pas inconnues , ne leur sont venues que comme des traditions incertaines , ou plutôt comme des préjugés populaires. Au lieu de les examiner , ils ne les ont nommées que pour en faire des objets de dérision. Ils n'ont eu garde de mettre à profit une pensée de notre GriaiAUD : On a fait , disait-il , plusieurs bons livres pour signaler un grand nombre de préjuges faux, regardés vulgairement comme vrais : il serait à désirer que l'on s'occupât des préjugés réputés faux et que l'on prouverait cire vrais ; ce livre serait peut-être plus grand que les premiers.
3" Avec les préventions qu'ils ont eues contre le passé , ils n'ont étudié que le présent. Ils ont recommandé l'oubli de tout ce qui était ancien. Ils
ont ai-nsi renoncé à une longue expérience. La science a commencé à dater d'eux; ainsi ils se sont exposés à toutes les recherches périlleuses d'un, voyage de découvertes.
4-° Au lieu de proposer leurs idées de manière à provoquer des objections , des éclaircissement* , des discussions , ils ont pris un ton tranchant , et ils ont imposé' leurs opinions. Ils se sont dispensés de les fortifier par des raisons , par une logique sévère ; ils ont compté sur leur style. On aurait dit qu'ils s'adressaient aux masses et non aux individus qui raisonnent. Ils ont eu recours à toutes les formes oratoires : véhémence , conviction factice , persiflage , tours contempteurs qui intimident sans instruire. Pour leur répondre , il n'y avait pas moyen de prendre leur ton. Ce silence les a enivrés jusqu'au moment où le public les a abandonnés.
Voilà l'origine et le résultat de ces réformes. Pi'ofitons de nos réflexions, afin de n'être pas dupes, et jjour n'être pas tentés de devenir sectaires. Aujourd'hui que je vois s'élever cette espèce d'enseignement mutuel, que j'ai tant favorisé à toutes les époques, et dont j'ai toujours désiré faire partie, exhortonsnous, mutuellement à nous mettre en garde contre des défauts scientifiques qui ne nous présentent en perspective que l'alternative de mystifications dérisoires, ou de chutes humiliantes.
I. Les propositions fondamentales de la médecine que j'ai énoncées, et celles qui s'y rapportent et aux-
quelles j'ai fait allusion, sont pour nous, au jnoins provisoirement, une sorte de décalogue avec lequel il faut se familiariser, de manière à en sentir tout l'esprit , et à pouvoir le revêtir sur-le-champ des expressions les plus propres. On les trouve dans les ouvrages de tous les grands médecins ; on les entend dans les conversations médicales de tous les praticiens réellement instruits. On a perdu l'habitude de lire les traités d'institutions de médecine- Cependant tout élève consciencieux doit se persuader que cette étude est indispensable. Quelque opinion qu'il ait de luimême , quels que soient ses projets , il faut qu'il connaisse l'état actuel et réel de la science , et il ne doit pas se permettre de la deviner.
Quand nous sommes remplis des propositions générales qui composent la science commune , il ne faut pas craindre de lire les livres de toutes les sectes , sans répugpance ni prédilection. Mais pour qu'il n'y ait pas de confusion, il faut bien distinguer les idées qui appartiennent à la secte , et celles qui entrent dans la médecine de vingt-deux siècles. En séparant les idées, on s'accoutume à bien comprendre leurs, langages respectifs. Après un peu d'habitude , les notions acquises se placent dans l'esprit sans trouble et sans mélange.
II. Les propositions pérennes nous viennent d'abord €omme des traditions reçues , dont nous ne nous sommes pas rendu compte. Mais lorsqu'elles pous sont devenues familières , nous sentons le besoin d'en cou-
naître la source", et même d'apprendre quels sont les auteurs qui les ont énoncées et mises en crédit. Ce n'est qu'après les avoir soumises à cet examen , que nous pouvons les considérer comme nôtres. Tant qu'elles sont placées dans notre esprit comme en dépôt , elles peuvent être expulsées par le premier venu. Ne nous y trompons pas : une proposition inductive ne ressemble pas à une formule de mathématique. Comme cette dernière a été construite en vertu d'une démonstration , et que dans tous les temps nous sommes à portée de nous la rappeler promptcment , ou de l'acquérir à volonté, nous n'avons jamais un instant de doute sur le théorème , et quoi qu'on puisse nous dire , Uous vivons dans la même conviction. Mais , je vous l'ai déjà dit, une proposition inductive est l'expression d'un grand nombre de faits qui s'accordent sur une vérité : il peut arriver qu'elle ne pénètre dans notre entendement qu'au moyen d'une insinuation lente , comme fait quelquefois la conviction de la culpabilité d'un accusé dans une cour d'assises , c'est-à-dire par la multiplicité des dépositions, variables dans diverses circonstances , mais analogues en ce point , que toutes lappellent une vraisemblance de ce fait. Il s'ensuit de là que , pour trouver dans notre âme une persuasion suffisante d'une proposition générale , il faut que nous connaissions un très-grand nombre de faits qui s'y rapportent , et que nous en déduisions nousmêmes dos conséquences pareilles à celles que nous avions adoptées de confiance. De sorte que cette opé-
ration mentale doit être une seconde découverte deg vérités , une invention de notre part.
Ne nous laissons pas émouvoir par le reproche que quelques-uns ont fait à l'École de Montpellier, de trop philosopher. Elle a trop à se louer de sa conduite pour qu'elle s'avise d'eu changer. C'est grâce à sa philosophie qu'elle a su se garantir des invasions des novateurs de tous les temps. Lui conseiller d'y renoncer, c'est conseiller au lion amoureux de se laisser couper les griffes et les dents. Faute d'avoir tout étudié c^vec cette profondeur, une dénégation audacieuse de la part d'un ignorant fanatique , ou d'un charlatan, suffît pour nous faire renoncer aux principes primitivement adoptés.
Cette obligation de se rendre compte des propositions doctrinales, est ce qui nous force à étudier avec le plus grand soin tous les faits médicaux , non pas seulement ceux que l'on appelle journaliers ou communs, mais encore les rares, les singuliers. Les principes n'ont de la solidité que lorsqu'ils embrassent tous les phénomènes sans exception. Les novateurs, qui ne veulent dater la médecine que de leur réformation, dédaignent les faits rares et singuliers. Ils appellent cela de Vénidilion , et ils trouvent que l'admission de ce qu'ils n'ont pas vu est une foi robuste (1).
Il faut remarquer que le mot cnulilion est pris dans des sens assez indéterminés pour qu'il puisse être
(1) M. BnoussAis, Examen des (loclrincs, p, 360.
280 DOUZIÈSIE LEÇON. ,
une censure ou un éloge. A la lettre , il signiOe savoir, connaissance; dans l'usage le plus commun, l'érudition est l'acquisition des connaissances de détail qui piquent la curiosité. Il me semble qu'on ne l'emploie guère pour la recherche des phénomènes naturels qui entrent dans le sujet d'une science physique. Les seules circonstances de ces recherches qui pourraient porter le nom d'érudition , seraient la détermination historique du fait , et l'appréciation de l'historien. Comme ceux qui qualifient Barthez d'érudit n'ont pas l'intention de le louer sous le rapport médical , ils veulent faire entendre que la recherche des cas rares est un objet de curiosité , et non d'utilité scientifique. Mais parler ainsi est mal connaître l'esprit de la science de l'homme , qui est toute fondée sur l'induction. La recherche des manières d'agir de la nature humaine est un des objets les plus importants. Or, pour constater ses allures, il ne suffit pas de signaler ses actes journaliers ; il faut la surprendre dans les circonstances singulières où elle a pu se montrer quelquefois. Les propositions doctrinales doivent tenir compte de ces phénomènes, et par conséquent les faits de ce genre ne sont pas de V érudition , mais des besoins de première nécessité.
Pénétrons-nous bien de l'importance de ces études. Loin de les négliger sur la foi des auteurs dont nous voulons éviter et les fautes et les désappointements, appliquons-nous-y avec zèle; et restons persuadés que , sans une connaissance profonde de tous les faits
(le la nature humaine , des phénomènes les plus rares comme des plus ordinaires , il est impossible d'être physiologiste, et par conséquent d'être médecin. Ce qu'ils appellent la foi se fortifie à mesure que l'on s'instruit; ou, pour mieux dire, elle cesse de porter ce nom , puisque cette connaissance une fois acquise , s'appelle science. L'incrédulité des esprits forts qui ont du dégoût pour ces recherches , ressemble k celle des paysans qui ne veulent pas croire aux antipodes.
Un des meilleurs moyens d'apprendre les propositions doctrinales , ce serait de fondre cette étude avec celle de l'histoire intrinsèque de la médecine. Entendons-nous bien sur la valeur de cette expression.
Vous savez , Messieurs , que la société humaine a perpétuellement une tendance au bien-être individuel du sens intime , tendance dont le concours de tous les membres amène tôt ou tard , et après diverses fluctuations, des améliorations successives dans cette société- L'amélioration est le résultat des idées acquises, des sentiments qui se sont développés, des événements fortuits, des révolutions, de l'influence de certains hommes extraordinaires. La connaissance des idées successives qui ont dominé les nations dans l'ordre moral , est ce que l'on appelle l'histoire de la civilisation. Il existe dans le monde médical une tendance à introduire dans l'ordre physiologique un service pareil à celui que reçoit l'ordre moral , c'està-dire une amélioration de l'humanité' prise "dans le sens médical. Cette amélioration est aussi le résultat
des idées acquises par les méditations , les observations, les intérêts particuliers, les commotions scientifiques, les erreurs, les guerres intellectuelles des hommes qui habitent cette sphère. Ne vous scmblef-il pas que cette suite d'idées médicales qui tendent au perfectionnement , comme par ondées , constitue une sorte de civilisation susceptible d'une histoire?
L'histoire des nations, appliquée à l'histoire de la civilisation, est une invention moderne du plus grand intérêt. Vous savez quel est le parti que M. Guizot a su tirer de cette idée pour en l'aire l'âme de l'histoire moderne. Dans cette biographie de la civilisation, il a trouvé l'origine et les progrès de tout ce qui occupe le plus aujourd'hui les hommes pensants , -la morale , la liberté , le principe de l'ordre , le droit naturel , le droit de la société , l'art de combiner l'un et l'autre de la manière la plus heureuse. Il a su faire voir les résultats avantageux pour la société des perturbations , des secousses violentes que les nations ont dû essuyer. Ainsi des hommes que les propositions didactiques ennuient , ont appris des principes de morale , de droit politique , de législation , grâce à la forme historique et presque dramatique de ces attachantes leçons. Réciproquement , ceux pour qui l'histoire purement narrative n'est qu'une série de contes , si elle n'est pas animée d'une intelligence qui motive tout, et d'une sagesse qui instruit continuellement , ont senti que les histoires oiit leur prix lorsqu'elles sont disposées d'une manière convenable ,
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puisqu'ils se voient en élat d'en déduire , ou une connaissance profonde de l'homme civilisé , ou une régie de vie plus juste ou plus utile.
Si la médecine a une civilisation comme l'histoire morale, qu'est-ce qui empêcherait de faire concorder le récit des travaux des médecins avec celui des propositions doctrinales qui font l'objet le plus important de notre art? En recherchant l'origine, les progrès , les formes de ces propositions , l'influence qu'elles ont exercée sur la pratique, les formes qu'elles ont dû subir de la part des révolutions excitées par la vanité, l'intérêt, l'ignorance, la perversité de caractère de certains hommes ; les résultats scientifiques de ces commotions ; la désignation des hommes qui ont ajouté des vérités nouvelles à la science, de ceux qui les ont disposées et conservées , de ceux qui les ont obscurcies ou méconnues : une pareille histoire de la médecine serait d'un autre intérêt que celles qui ont été faites jusqu'à présent. Pour la plupart , les propositions fondamentales , abstraitement présentées , sont fastidieuses , vagues , incertaines. Dans un temps oii elles ont été vilipendées, ils ne veulent pas se soumettre à les étudier. L'histoire, faite comme je la conçois, doit les leur avoir apprises avant qu'ils s'en doutent. Ils ont cru lire ou entendre des biographies, des anecdotes, des discussions polémiques, et ils ont sucé ce qu'il y avait d'essentiel; ils l'ont apprécié , et ils ne sont plus à temps de s'armer d'opposition pour le repousser. De même, ceux qui
se mettent en garde contre les faits extrordin aires , mais qui sentent la nécessité de s'appuyer sur les propositions doctrinales de la science, trouvent dans la singularité de certains phénomènes, l'explication et la justification des dogmes et des préceptes que le vulgaire n'a pas voulu accepter.
Si nous trouvons un jour un historien qui fasse pour la médecine ce que M. Guizot a fait pour la science du progrès de l'esprit humain , ne manquons pas de l'entendre. En attendant , étudions nous-mêmes dans cette direction. Nos tentatives ne seront jamais perdues.
Puisque l'on parle d'érudition, voilà un point de vue sous lequel il peut nous être utile. Souhaitons que l'historien que j'appelle de mes vœux en ait beaucoup, pour qu'il ait une grande connaissance individuelle des auteurs , et qu'il puisse nous dire quels sont ceux qui méritent notre confiance, soit comme observateurs , soit comme médecins ; et quels sont ceux dont nous devons nous méfier. Cette critique empêchèra peut-être les paresseux de tomlier dans une sorte de prahahilisme médical , aussi dangereux que le prohabilismc introduit autrefois dans la morale , et qiK3 Pascal a immolé au ridicule.
III. J'ai reproché aux réformateurs médicaux d'avoir interrompu la succession du passé au présent, et d'avoir voulu former une nouvelle science qui n'eût rien de commun avec la précédente. Quand leur nouvelle direction pourrait être tolérée , cette affectation
ÈOUZlÉMlî LEÇON. 285
serait insupportable. Dans un vrai progrès, il n'y a point de saut. L'actuel doit être la continuation du passé , comme le futur sera la continuation du présent. Dans une science naturelle inductive , on n'est BÙr du présent qu'en vertu de la connaissance que nous avons du passé. Aussi les médecins qui ont le plus illustré la science , se sont piqués d'unir toujours les découvertes de leur temps avec le passé , de manière que la chaîne ne fût jamais interrompue. Les Épîtres médicinales de Jean Langius , les ouvrages de Sexnert , l'Histoire des principaux médecins de Za- CUTDS , les Commentaires d<; Mercurialis sur les pronostics , les Prorrhétiques et quelques autres livres d'HippocRATE (1) , les consultations de Baillou, semblent avoir été faits particulièrement dans ce but. Nous devons imiter ces auteurs sur ce point comme sur beaucoup d'autres. Nous y sommes plus intéressés que jamais , puisque tous les échos ne cessent
de nous crier : progrès , avenir ! Songeons a.n prO'
(jrès , mais cela ne se peut que par la loi de continuité. Songeons à Vavcm'r ; mais si le présent est gros
(1) M. DorBT.E semble se plaindre de ce que Mehcuriams n'a presque rien ajouté à la science du pronostic, et qu'il s'est contenté d'accorder entre elles les diverses scnicnt es , cl de les rai)i)roclicr de celles qui se rapportent aux mômes sujets dans les livres des autein's les plus illustres. M. Doible, qui s'occupait du progrès de la sémciolique , a dii faire des reprocbes à jMivnciiiUAi.iF. Mais pour moi , qui ne m'occupe que de la conslaiice des idées i'ondanicnlalcs de Ea médecine, ces travaux sidïisont.
de l'avenir , comme nous l'a tant dit Leibniz , nous ne pouvons prédire le temps de l'accouchement , et conjecturer la nature du part, qu'en connaissant l'époque, l'âge et les symptômes de la grossesse.
IV. Comme vous et moi ne voulons que la vérité , tant pour nous que pour les hommes honœ volunialis , nous n'avons pas besoin d'en orner l'expression. Candeur, simplicité, clarté, voilà les seules qualités qui conviennent à notre style. Ne négligeons rien pour entourer la pensée émise de tous les appuis qui la soutiennent dans notre esprit. Tout autre accompagnement serait un artifice , et un artifice n'est pas digne de nous. Si nous étions exposés à quelque tentation , le style dont je parle contribuerait à nous préserver- Nous craindrions d'avoir à rougir de la nudité de notre péché.
Les anciens , dont les préceptes sont tous allégoriques , ont adoré deux dieux de l'éloquence qui sont fort différents, et entre lesquels il faut choisir. Je doute qu'on puisse les servir tous deux à la fois. L'un est Mercure , dont vous connaissez les emplois et les attributions. Il est à la fois le dieu des orateurs , des marchands et des voleurs. L'emblème est frappant : chrétiennement nous le reconnaissons le démon de la séduction , de la ruse , de l'astuce , de la fraude.
A quoi cette divinité peut-elle nous servir ? Quelques-uns ont voulu que Mercure pût orner la sagesse , et c'est vraisemblablement ce qu'a voulu nous dire un
de nos peintres les plus poètes , le grand Le Sleur , dans un dessin intitulé le Parnasse (1). Dans un bocage délicieux de l'IIélicon se trouvetit les Muses , les Grâces , Pégase , des Génies ; Minerve est en cette compagnie ; à ses pieds sont des livres. Elle considère une production de son ressort , c'est une tablette où sont écrites des paroles. Mercure , assis derrière elle, paraît y faire des remarques. Il est proba^ile qu'il trouve à redire à un discours trop sévère où il n'y a que de la raison , et où il fallait répandre de l'agrément. Il lui dit peut-être ce qu'un philosophe ancien disait à un de ses disciples trop austère : songez ù sûcrifier aiix Grâces. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable , que les Grâces sont là présentes. Mais , malgré ce conseil , je ne puis pas me résoudre à invoquer ce dieu. Ses secours nous rendraient suspects aux lecteurs expérimentés. Nous n'aurions besoin de lui que si nous voulions faire passer une hypothèse. Or , ce n'est pas notre projet.
L'autre dieu de l'éloquence est Heiicule Gaulois. Celui-ci est l'emblème de la vertu , du labeur , de la candeur , et d'une force irrésistible. Voyez-le tel que l'ont conçu Raphaël (2) et Jean Goujon (3). Des formes mâles , agrestes , régulières , sans grâce , sans
(1) OEuvre de Le Si'i;cn , par Landon; n"
(2) Dessin grav('; dans le Recueil d'cslampes de CnozAT, n" 38,
(3) Voyez IcCiiamp l'ieury, de Geofi o.y Tory de Doirrgcs, feuillee IIL. verso.
aucun charme qui puisse émouvoir les sens , voilà sa figure. Autour de lui sont des auditeurs attentifs, dont aucun n'a envie de s'éloigner. Il part de la bouche d'HEUcuLE des liens indissolubles qui traversent l'oreille des assistants pour pénétrer dans leur intelligence. Que sont ces liens? Ce ne peut être que ceux de la vérité , de la conviction interne , de la raison : ce sont les seuls qui entraînent sans fascination , et qu'il est impossible d'éluder s'ils sont entrés jusqu'à l'entendement.
Messieurs, n'est-ce pas là la Déité qui nous convient ? N'implorons qu'elle dans le commerce scientifique auquel nous nous livrons , pour notre instruction et pour nos échanges de services intellectuels (1).
(1) Si nous devons être sincères dans l'expression de nos propositions doctrinales , nous ne devons pas l'être moins dans l'exposition des opinions de nos antagonistes. On pourra juger par un trait si les réformateurs se sont piqués de la racrac justice à l'égard dei'école d'HiPPOCRATE. On sait que , dans le langage philosophique , l'idée d'une chose est la réunion de tout ce qui la constitue; Galien a donc pu appeler idée d'une maladie tous les symptômes actuels et successifs qui lui donnent sa forme, ou même la cause qui les dispose ainsi. Aussi les mots idée de la maladie et nature de la maladie sont synonymes dans les ouvrages de Sennerx , de Baii.lou , et des autres grands auteurs de la même école. Vax-Hei.moxt , considérant cette cause des symptômes dans la puissance unitaire qui anime l'agrégat, a dû préférer le mot «dee à celui de na (h ce, comme plus propre à rappeler ïindividualité du syslèiue. Par un motif pareil , Uauthez a pu employer quelquefois la même expression. Ce mot s'accordait parfaitement avec le fait de l'unité , et n'emportait pas avec lui la suhstantiulisadon de Vak-Uelmont. M. Buoussais a voulu ridiculiser le mot de Galien dans la doctrine de Uarthez. Mais ce qu'il a dù trouver plaisant, et qui l'eit en cffel dans un autre sens,
DOrZiÈJIE LEÇON. 289
Le style qu'elle nous inspirera sera pour nous ce que sont les habits attachés à certains états , à certaines corporations ; ces marques extérieures apprennent au public quelles sont les qualités de la profession ; et à l'homme qui les porte quelle est la conduite qu'il doit tenir pour qu'il n'y ait pas un contraste révoltant entre le vœu qu'il a fait et la vie qu'il mène. Ainsi , l'utilité la plus générale des insignes , c'est la conservation des vertus et des maximes dont ils sont les emblèmes , afin qu'elles ne tombent pas dans l'oubli. Faisons donc en sorte que la candeur, la simplicité et la clarté de notre style didactique soient l'emblème de la science à laquelle nous nous sommes voués.
c'est qu'ayant à parler le langage du professeur de Montpellier , au lieu de dire une idée morbide , il dit une pensée morbide ( Exara. des doctr. , p. 363 ). Je ne soupçonne pas M. Bboussais de reg.irder comme synonymes idée et pensée ; j'y reconnais une intention. La substitution du mot pensée à la place du mot idée, n'est-elle pas une figure de la rhétorique de Mehccbe ? IlEncuLE Gaulois ne veut pas de cette éloquence-là.
CINQUIÈME Eï DERNIÈRE PARTIE.
SOMMAIRE
La constance dé la doctrine de Montpellier prouve que, pour conserver les propositions fondamentales de la médecine , il suffit de les bien comprendre.
Les divisions qui ont existé entre les médecins de Montpellier se rapportaient à la partie conjecturale de la science, et non à la partie substantielle. Celle-ci s'est toujours conservée chez nous: 1° sans secours supérieurs; 2" malgré les circonstances locales, que l'on disait être défavorables ; 3° malgré des causes divcUenles extérieures , c'est-à-dire malgré les théories médicales à la mode ; 4° malgré des principes internes de dissolution, c'est-à-dire, en dépit des désirs et des intérêts des membres de la compagnie. Théorie hypothétique du professeur Baumes. Clameurs contre Barthez, qui ne pouvait pas être bien compris de ses contemporains. Querelle entre Bartuez et Dumas. Conclusiou de cette leçon. Conclusion de toutes.
Quand j'ai cherché les moyens de conserver les propositions fondamentales de la médecine interne, tout s'est réduit à dire qu'il fallait qu'elles fussent bien comprises. Je n'ai parlé ni de secours extérieurs , ni de l'appui de l'autorité civile , ni de l'harmonie des personnes qui en ont le dépôt et qui doivent les perpétuer. Qu'elles ne soient pas simplement crues, mais bien sues ; qu'elles ne soient pas dans notre esprit
une foi, mais une connaissance apodictique dans l'ordre induclif : et elles seront éternelles , inaccessibles aux modes et aux révolutions — C'est dire qu'elles sont vraies.
Tout ce que j'ai dit est le résultat du raisonnement. Pour confirmer ma thèse, vous pouvez désirer une preuve de fait. Je vais vous en citer une qui me paraît convaincante : c'est la constance de la doctrine de» Montpellier. Qu'est cette doctrine ? C'est celle qui a été conçue à Cos, qu'HipPOCRATE a conduite jusqu'à l'enfance, qui, aujourd'hui adolescente, prospère dans cette École , et que les maîtres de cet établissement travaillent à mener à l'état adulte , si l'esprit humain peut aller jusque-là. Elle est toujours la même, et quoique par le cours de l'âge et de l'accroissement, les proportions aient un peu changé , que quelques parties soient oblitérées , que quelques autres se soient formées , un homme attentif y reconnaît toujours l'identité du sujet.
La doctrine de Montpellier s'est conservée par ellemême, uniquement parce qu'elle était suc, et que ceux qui la savaient ont pu la perpétuer. Elle s'est conservée : 1° sans des secours supérieurs; 2° malgré les circonstances locales ; 3° malgré des causes divcllentes extérieures; 4° malgré des principes internes de dissolution.
N'oubliez pas que la doctrine dont je parle ne se compose que de propositions nommées suhstanllelles; qu'elle est formée des faits , des lois induclives ,
292 TREIZIÈME Leçon.
des règles générales qui s'accordent avec ces lois c( avec l'expérience. Elle est dégagée des propositions conjecturales, c'est-à-dire des théories hypothétiques, des suppositions sur le progrès caché des phénomènes vitaux, et des thérapeutiques proposées d'après ces idées. Cette distinction est indispensable pour expliquer deux choses en apparence contradictoires, que le public a dites de cette Ecole; savoir : que , d'une part, elle enseigne une doctrine qui lui appartient; que , de l'autre, les anciens médecins de Montpellier étaient fort divisés d'opinions; que même leurs dissensions allaient quelquefois jusqu'au scandale. Il est aisé de concevoir que les deux rapports ont pu être Trais dans le même temps , puisque les mêmes hommes qui différaient d'opinion sur les parties conjecturales, pouvaient être tout-à-fait d'accord sur les parties substantielles.
I. Aucune puissance extérieure ne s'est jamais immiscée dans le choix et la direction des propositions doctrinales internes. Si l'autorité a exigé autrefois de la part des docteurs quelques formules religieuses, elles n'ont aucun rapport avec les idées purement médicales; et il faut avouer qu'en cela elle a imité Dieu , et qu'elle a livré aux savants ce petit monde comme objet de leurs disputes.
Dans l'éloignement où cette Ecole est de l'autorité, on voit qu'il lui a manqué bien des encouragements, quand on la compare aux établissements didactiques qui sont plus à sa portée. Quoiqu'elle doive de la
reconnaissance pour les bienfaits qu'elle a reçus sous le ministère de Chaptal , elle peut se glorifier ellemême de la conservation de sa doctrine , dont les supérieurs ne se sont pas mêlés au moins pour la favoriser.
II. Les principes fondamentaux de la médecine se sont conservés lorsque des circonstances locales menaçaient la Faculté ou de sa suppression , ou de son exil , sous prétexte qu'elle ne pouvait pas avoir tous les moyens qu'on croyait nécessaires pour l'étude de l'anatomie, A cette époque , l'opinion générale était que la dissection des cadavres , ïautolomie , était une partie indispen^ sable de l'éducation médicale , sans discerner les destinations des divers candidats. Celui qui avait le projet de ne jamais exercer les opérations chirurgicales , était soumis aux mêmes exercices que celui qui devait so livrer spécialement aux grandes opérations. Cette vogue a mis l'École en danger. Les localités ne lui permettaient pas de lui fournir ce que la mode exigeait. La médiocrité de la population , la douceur du climat, la brièveté des hivers ordinaires, l'aisance générale de la classe la plus pauvre , et qui laisse presque vides nos beaux hôpitaux, l'usage des secours à domicile, l'indifTérence des notabilités pour un établissement dont la considération semble faire ombrage : voilà des causes suffisantes pour expliquer cette disette relative. On parlait de transporter la Faculté dans des villes beaucoup plus grandes : et qui sait quel aurait été le résultat scientifique d'une IcUo
294 T11EIZIÈ3IE LEÇON.
dislocation ? La doctrine l'emporta sur la mode. Elle nous fit apprécier l'anatomie à sa véritable valeur. Au moyen de la distinction des diverses parties de la science , nous pûmes déterminer les vrais services que cette analomic pouvait nous rendre. Il nous fut aisé de la faire rentrer dans les limites qu'elle ne peut pas légitimement franchir, et de répéter avec courage ce que l'on savait ici depuis long-temps , et que l'on professe aujourd'hui à Paris. Après ces réflexions , nous fîmes voir que nos hôpitaux nous fournissaient tout ce qu'il fallait pour l'étude autopsîquc de ceux qui ne veulent pratiquer que la médecine interne, et ce qu'il fallait pour les exercices aulolomiques de ceux qui se proposent de se livrer à la chirurgie.
III. La doctrine dont je parle a résisté à l'action des causes divellentes externes. Vous faites-vous nue idée de l'influence que peut exercer sur une corporation une opinion que la masse a adoptée ? Quoique les idées scientifiques soient resserrées dans une sphère où l'on n'a pas à craindre ordinairement des violences physiques , ceux qui ne veulent pas les recevoir sont exposés à des épreuA es diflîciles. La fermeté est traitée d'entêtement , d'ignorance , d'obscurantisme ; les sarcasmes , les railleries les percent de toutes parts; des sobriquets burlesques les humilient. La Faculté a dû essuyer tout cela ; mais elle a trouvé son courage dans la solidité de ses principes. Elle a repoussé avec dédain les prétentions contraires aux
propositions fondamentales, telles que le brownia-. nisme , le cliimisme , le physiologisme ; mais elle n'a jamais censuré des essais prudents de pratique , tels que l'inoculation , la vaccination, les préparations pharmaceutiques nouvelles.
Quelque courage qu'il faille pour résister à une opinion générale, il en faut davantage pour n'être pas ébranlé par les sollicitations de personnes estimables qui viennent dans l'intention de vous détromper. La Faculté s'est trouvée dans de pareilles conjonctures. La doctrine est restée la même ; bien plus , elle a converti les missionnaires , sans exercer d autre action sur eux que celle de les instruire , en se montrant telle qu'elle est , et non telle qu'on la leur avait représentée.
A une époque où l'enseignement languit quelque temps , par la négligence ou les empêchements des maîtres, des ennemis profitèrent de l'occasion pour attaquer les dogmes essentiels. Ils tentèrent une sup-r plantation ; ils ne leur épargnèrent ni dénigrement , ni plaisanteries. Aujourd'hui l'École a su recouvrer ses forces ; elle recommence ses exercices avec calme, sans apologie, sans polémique. La doctrine reprend son attitude , et les ennemis disparaissent. On a pu lui appliquer la fable du cygne et des oiseaux jaloux , de l'abbé Fragoter. Un cygne était l'objet de l'envie d'un millier d'oiseaux. La blancheur de ses plumes , qui causait tant d'admiration , les mettait au désespoir. Un jour qu'il s'était éloigné du bassin où il prenait
ordinairement ses ébats , ils s'entendirent pour lui " ravir les avantages qu'ils jalousaient tant : à coups de bec et de pattes , ils jetèrent sur lui tant de fange , que le bel animal devint méconnaissable. Les conjurés étaient dans l'enchantement. Mais ce triomphe Be fut pas de longue durée. Le cygne, après sa promenade, retourne tranquillement au bassin. Il s'élance dans l'eau , et sans penser à ses ennemis , il se livre à ses exercices de natation qu'il aime. L'eau dissout la boue , et l'élégant oiseau reparaît plus beau que jamais.
IV. Vous êtes persuadés , Messieurs , que les membres d'une compagnie doivent trouver dans leur intérêt commun la cause de la conservation d'une doctrine par laquelle ils existent. Vous pensez qu'ils ont dit : « réunissons-nous pour soutenir un certain nom- » bre d'idées , dont le système , naturel ou factice , » doit être le principe de la durée et de la réputation » d'un corps dont nous sommes parties. » C'est ce qu'il y a de plus raisonnable. Cependant je suis convaincu que, dans aucun temps, les individus qui ont composé cet établissement n'Ont fait cette convention , ni explicitement, ni tacitement. Vous faites plus d'honneur à l'esprit humain qu'il n'en mérite. L'intérêt du corps n'est pas le premier qui occupe le membre ; c'est l'intérêt particulier. Celui de la vanité l'emporte sur tout autre dans la caste scientifique. Se distinguer, avoir plus de succès que tout autre, voilà ce qui dirige. La subordination de l'inlérêt par-
tlcHlier à l'intérêt général , est une vertu qu'on ne rencontre que dans des sociétés réunies par des sentiments religieux , ou dans des corps politiques nouvellement formés , où les vertus civiques vont jusqu'au fanatisme.
Non, l'esprit de corps n'a pas été le principe de la conservation de la doctrine médicale de Montpellier : elle s'est perpétuée en dépit des désirs et des intérêts des individus. On a entendu , dans les salles de cette École , toutes les théories hypothétiques des diverses époques , présentées avec éclat , soutenues et controversées avec une chaleur qui semblait provenir de la conviction. Mais après ces disputes animées , si l'on voulait connaître la profonde pensée de chaque professeur, il fallait le voir auprès du lit du malade. Il en faut convenir , à cette épreuve redoutable , le sentiment de la conscience faisait taire la vanité. Le praticien oubliait ses sophismes, elles propositions pérennes de la médecine inductive se présentaient à son esprit, dégagées de tout le prestigQ des opinions. Figurez-vous le juré de jugement dans une cour d'assises , prêt à prononcer sur la vie ou l'honneur d'un accusé , descendant dans le fond de son âme , se rappelant toutes les dépositions , et se débarrassant de l'éloquence suspecte des deux avocats antagonistes. La thérapeutique n'était ni animiste , ni mécanique , ni chimique , ni solidislc : c'était l'empirisme raisonné. Demandez tout cela à mou honoré collègue M. Broussomet, qui possède
mieux que personne la tradition de cette partie de l'Iiistûire médicale de cette École , et il vous prouvera par là que la seule chose de laquelle on fût sincèrement pénétré , était la doctrine dont je parle ; et que les théories hypothétiques dont les amphithéâtres retentissaient , n'étaient que des fleurets dont les maîtres et les élèves se servaient pour une sorte d'escrime.
Une chose bien remarquable et qui vous fait voir qu'à toutes les époques les professeurs qui parlaient le plus des théories hypothétiques du temps , étaient nourris de connaissances plus sérieuses dont ils ne parlaient jamais , c'est que , dans une École qui date de plus de sept siècles , et où ont enseigné avec éclat des hommes de la plus grande force , il n'y en a pas eu un , jusqu'au commencement du XIX"'" siècle , qui se soit avisé de créer un système hypothétique. Réflexion faite , vous n'en serez pas surpris. Une théorie hypothétique est d'autant plus facile à créer que l'on connaît moins de faits. Une poignée de matériaux se disposent et se coordonnent aisément autour d'une idée imaginaire. Mais lorsque les matériaux sont immenses , et que ceux qui ne trouvent point place au système sont presque aussi nombreux que ceux qui ont été préférés, l'auteur finit par plaindre son temps et sa peine. Voilà ce qui a découragé les médecins de Montpellier, d'autant que la première éducation que l'on reçoit dans cette École est de s'imbiber des faits médicaux de tous les genres , et de s'exercer à rédiger les dogmes avec assez de sévérité pour qu ils
n'aient pas à redouter l'embarras d'un phénomène contradictoire.
On sait que feu M. Baumes n'eut pas autant de timidité ou de circonspection que ses devanciers , et qu'il essaya de faire un système hypothétique de médecine , système dont la base était l'application des lois de la chimie nouvelle à la théorie de tous les phénomènes vitaux. On sait aussi que le public médical fit justice de cette production dès qu'elle parut, et que , malgré le talent professoral de l'auteur , les élèves de cette École , toujours attentifs , toujours assidus, toujours respectueux, pensèrent qu'ils étaient obligés d'écouter les leçons , mais non pas d'en adopter les idées particulières. Je ne sais pas si M. Baumes s'est sincèrement repenti de son travail ; ce que nous savons bien, c'est qu'après quelques essais pour l'établir, il l'abandonna. Sa théorie n'a plus été que comme un enfant de l'amour : son père l'avait faite avec volupté et délire ; après sa naissance il en a rougi , et quoiqu'il eût conservé pour elle de la tendresse , il ne voulut plus ni en parler , ni en entendre parler. Au reste , l'on peut assurer que , dans l'exercice de la médecine, et spécialement dans les consultations , il n'est jamais sorti de sa bouche ou de sa plume , ni une prescription, ni une théorie qui ne fût conforme aux idées enseignées dans cette École : preuve qu'il croyait plus à la médecine ancienne et constante qu'à celle qu'il venait de créer.
Vous voyez donc dans cette École une doctrine qui
se conserve , et à laquelle ses membres sont forcés de rendre un hommage muet , lorsque leur goût les porte vers des idées fort différentes. Mais ce qui me semble prouver le plus la faculté conservatrice interne de la médecine hippocratique , c'est l'impuissance où se sont trouvés des hommes qui , de dessein prémédité, voulaient établir un schisme, sans trouver un moyen pour le justifier.
Rappelez-vous que , dans une science induclive , on trouve des propositions d'ordres différents. Celles qui ont été tirées immédiatement des faits sont du premier ordre. Celles qui découlent des premières sont du second ordre. Vous concevez: qu'il en est du troisième , du quatrième , etc. , suivant le rang des propositions d'où elles ont été tirées. La médecine interne , telle que la conçoivent les médecins hippocratiques , est construite de faits et de propositions successives , tirées par des sorites. Seriez-vous surpris que , dans l'acquisition de cette science , des hommes de différentes portées s'arrêtassent à diverses hauteurs de la série ; qu'un grand, nombre , par faiblesse naturelle ou par paresse , se bornassent au premier étage ; que d'autres montassent jusqu'au second et pas plus haut, d'autres jusqu'aii troisième, et successivement? Dans cette supposition , quel doit être le résultat de cette inégalité ou d'efforts ou de réussite ? Pour quelque homme que ce soit, les propositions qui sont audessus de sa portée sont des paradoxes. Mais comme, dans une science , une proposition paradoxale vraie
ne peut pas, au premier aspect, être distinguée d'avec «ne proposition fausse, cet homme s'arrangera avec «on amour-propre, pour accuser la proposition paradoxale de fausseté, d'arbitraire, d'iuintelligibilité , et pour rabaisser ainsi le confrère , qui est son supérieur, et qu'il veut regarder comme son adversaire. Vous conviendrez bien que des disputes de ce genre ne sont pas des variations de la science , et n'infirment pas la constance de la médecine.
Ce que je viens de dire en général est précisément l'histoire de l'espèce de scission qui exista quelque temps entre les praticiens de Montpellier d'une part, et Barthez de l'autre. Tous marchaient dans la même direction , mais tous ne marchaient point du même pas. Les praticiens , d'ailleurs fort estimables , allaient lentement ; Barthez avait toujours l'avance par rapport à ses contemporains. Ceux-ci , arrivés à certaines bornes , s'arrêtèrent ; celui-là les passa : bien plus , il franchit les termes qui avaient été assignés dans la médecine interne inductive ; c'est-à-dire que , pour parler sans figure , il établit des propositions d'un ordre supérieur à celles qui étaient connues dans la science , sur divers points importants. A l'aide de ces ressources, il put classer convenablement un grand nombre de faits , soit pathologiques , soit thérapeutiques, qui étaient auparavant isolés (1).
(1) Outre les propositions essentielles directement destinées à épurer , enrichir , fortifier, éclairoir la doctrine hippocratlque, qui par
Dès que les confrères le virent si loin d'eux , ils le regardèrent comme un esprit singulier, ce qu'on appelle un esptit systé malt que. Il avait beau leur dire qu'ils appartenaient tous à la même doctrine ; qu'il ne faisait qu'ériger en principes généraux , réguliers et corrects, ce qu'ils faisaient tous les jours dans leur pratique , soit par routine , soit par des raisons insoutenables : mais ils n'en tinrent pas compte , et ils ne 'cessèrent de dire qu'il avait dévié de la route.
Une des pièces de conviction dont ils se prévalaient pour le faire regarder comme un novateur bizarre et téméraire , ce fut le mot qu'il avait adopté pour désigner la cause collective et individuelle qui distingue le corps vivant d'avec le cadavre. Barthez, pour ôter de la science médicale les opinions particulières que l'on a eues sur cette cause , et qui fréq^uemment embarrassent les propositions doctrinales , voulut employer un mot abstrait qui n'emportait avec lui aucune hypothèse , et qui , par conséquent , permettait à chacun de le rendre concret , à part soi , suivant ses fantaisies ; en un mot , il crut rendre à ta médecine le service que Viette rendit à l'algèbre
là lui est presque devenue propre, Barthez a rendu le service de jeler dans ses leçons publiques et particulières une quantité prodigieuse d'idées médicales, de tous les temps et de tous les lieux , curieuses ou utiles, jusqu'alors peu connues, énoncées avec un charme iuconcevable , que les disciples ont exploitées , mais qui , étant restées traditionnelles , semblent se perdre à mesure que les auditeurs primitifs disparaissent.
Treizième leçon'. 303
en exprimant les propositions d'une manière aussi abstraite qu'il était possible. Les retardataires , qui se croyaient ses antagonistes, prirent ce mot dans un sens concret, s'imaginèrent qu'il exprimait une substance inventée à plaisir : et ainsi ils crurent voir une nouvelle hypothèse dans le mot qui avait été fait pour les exclure toutes. Cette prévention a duré longtemps à Montpelliet" même , et il semble qu'il ait fallu une cerlaioe progression de la civilisation, pour que l'on ait pu généralement comprendre ces notions, «t pour sentir la liaison des anciennes avec les plus r<!centes.
On peut dire qu'à cette époque on n'était pas assez généralement capable de lire les ouvrages de Barthez, Ce qui me le prouve , c'est la manière dont on a interprété quelques passages de ses livres.
Il y a des personnes qui se récrient sur le mot de principe , et qui se figurent qu'il emporte toujours avec lui l'idée d'une substance. En parlant de cette acception du mot , elles soutiennent que cette formule exprime une véritable hypothèse. Cette erreur fait voir que ces adversaires ne connaissent pas toutes les acceptions de cette expression. Entre les divers sens que nous présente le mot principe , les dictionnaires de Trévoux et de Richelet nous donnent celui-ci : la cause , l'auteur , la source , l'origine de quelque chose. €e mot désignant ici seulement le commencement générateur des elTets dont on s'occupe , s'emploie «■•gaiement pour les forces physiques, pour les forces
spirituelles , pour les facultés et les qualités attachées à un suhslratum. L'air , l'eau , la terre et le feu étaient les principes des anciens chimistes. Dieu est le principe de tout ce qui existe. L'honneur est le principe d'un grand nombre de belles actions. Ainsi , principe étant souvent synonyme de cause , est également employé dans l'ordre physique , dans l'ordre spirituel et dans l'ordre abstrait. Il se joint sans peine à l'idée d'un corps, à celle d'un esprit , et à une notion indéterminée d'une source génératrice dont on ignore la nature (1).
Quiconque n'est pas étranger au langage de la philosophie , doit voir que , chez Barthez , le mot principe a. été emi^loyé dans cette dernière signification. Pour s'y tromper , il faut manquer ou d'attention , ou d'impartialité , ou d'une instruction suffisante dans l'idiome des sciences.
La chicane qui s'est reproduite le plus fréquemment, c'est celle qui a pour objet un petit article du troisième chapitre des Éléments de la science de l'homme. Comme Barthez s'était piqué de n'admettre aucune hypothèse dans sa doctrine , on crut le surprendre en fla-
(1) J'ai entendu quelqu'un dire (fu'àl.i place de principe, Baktiiez aurait dû mettre qualilé; que le premier de ces mots exprimait une hypothèse , et que le second exprimait un fait. Ce qu'il y a de vrai , c'est l'opposé de ce qu'il a dit. Le mot principe est inattaquable, puisqu'il ne veut dire que cause indéterminée ; tandis que le mot qualité spécifie la nature de cette cause. Or, celui qui parle ainsi avance implicitement une assertion qu'il lui serait impossible de prouver.
grant délit dans ces mots : « dans tout fe cours de cet » ouvrage , personnifie le principe vital de l'homme , » pour pouvoir en parler d'une manière plus com- » mode. Cependant, comme je ne veux lui attribuer » que ce qui résulte immédiatement de l'expérience ; » rien n'empêchera que dans mes expressions qui pré- » senteront ce principe comme un être distinct de tous les » autres, et existant par lui-même , on ne substitue » la notion abstraite qu'on peut s'en faire comme » d'une simple faculté vitale du corps humain , qui » nous est inconnue dans son essence , mais qui est » douée de forces motrices et sensitives. » Dans les mots que j'ai soulignés moi-même , les critiques virent nne déclaration d'une substantialisation de la force vitale , et l'admission d'une hypothèse faite par l'auteur avec intention. Voilà le fondement de l'accusation d'avoir renouvelé l'archéc de Paracelse et de Van-Helmoxt , et d'avoir bâti cette doctrine sur une supposition.
Cependant , si le passage est susceptible de deux interprétations, le premier devoir du critique est de se conformer à la règle fondamentale de ïhermc'neutique, qui est d'expliquer un auteur par lui-même (1). Bartuez a fait son livre pour faire en sorte qu'aucune proposition essentielle de la physiologie ne soit
(1) Cela suppose que l'auteur est un homme grave , qui s'entend arec lui-môme. L'horméncntique n'a clé faite que pour des auteurs de cette espèce.
306 ' TRElZlÉ3iE LIÏÇOX.
exposée à. des contestations; et l'on veut qu'il soif tombé dans l'inconcevable inadvertance d'asseoir la science sur une bypothèse ? Cela ne peut pas être. C'est au lecteur à ne voir dans ce passage que ce qui est en harmonie avec l'ensemble des propositions de l'auteur.
Il ne faut pas oublier que la force vitale de l'animal est le principe de son hypostase, de sa suppositalité , pour parler le langage des philosophes du moyen âge , c'est-à-dire de l'individualité , de la constitution de son moi. Nous pouvons même dire qu'elle est le principe de la pcrsonnaïûè zoologique , si vous n'exigez pas l'intelligence pour employer cette expression (i). Dans la plupart des propositions doctrinales où il s'agit d'expriinér Topération de la force vitale , il importe de rappeler cette personnalité du système vivant. Pour faire entendre cette idée complexe » on est obligé de dire proprement : tels effets ont pour cause active le système en tant qu'il est vivant , et en tant qu'il est doué de l'individualité. Or , une expression aussi longue , souvent répétée , rendrait les propositions insupportables. Comment abréger cette formule ? L'auteur le fit par une des métonymies les plus ordinaires, par un seul mot qui représentait dans cette phrase la circonstance qui l'intéressait le plus, savoir : la vertu qu'a la force vitale de donner au système Vunité, le moi, l'incom-
(1) V. PoLMANNi Breviariim theolugicum , § 371 et seq.
iniinioabii;lé , en un mot la personnalité vitale. Cette dénomination , employée sans précaution , pourrait tromper un lecteur inattentif; mais qui devrait l'en plaindre , quand Barthez nous a avertis que c'est un trope grammatical dont il a défini et motivé le sens ?
Le passage attaqué se réduif donc à cette déclaration : « Dans le cours de cet ouvrage, je désigne » assez souvent la force vitale par une expression » courte qui doit rappeler conventionnellement les » attributs essentiels de cette puissance , et qui est » ici plus commode que n'en serait la dénomination » analytique. Cependant , comme je ne veux attri- » huer à celte force que ce qui résulte inimédiate- » ment de l'expérience ; si , par ces raisons , je l'ex- » prime au moyen d'un mot qui semble présenter un » être substantiel distinct, n'oubliez pas que cette. » erreur doit disparaître en vous souvenant du sens » conventionnel de ce mot ; et dans les propositions » où se trouvera l'expression principe vital , je m'en- » gage à vous faire voir qu'elle ne nécessite jamais » la supposition d'un être substantiel, et qu'elle vous » permet d'y substituer la notion d'une simple fa- » culté, si cette opinion vous accommode. Je ne » suis occupé que de la force et do ses manières d'a- » gir : je suis aussi indifférent qu'ignorant sur lo » subairalum de celte force. Si un lecteur ne sait pas » rester dans l'équilibre qui me coûte si peu , je ne » veux pas qu'il m'accuse de l'avoir fait pencher
308 TKtlZlliME LEcm,
» d'un côté ni de l'autre. » Dans cette paraphrase d« passage , voit-on une ombre d'hypothèse ?
J'entends rabâcher encore une vieille turlupinad® qui fut faite lors de la publication de la première édition des Eléments de la science de l'homme , et que des malveillants font semblant de prendre au sérieux. Je la reproduis dans votre intérêt , mais avec quelque pudeur , comme dit un de nos écrivains les plus spirituels (1), parce qu'il n'y a rien de plus fâcheux à répéler qu'une hélise solennelle. L'auteur ^ quel qu'il soit, a prétendu que Bartuez s'était occupé fort soigneusement de chercher ce que devenait le principe vital lors de la mort de l'homme. Voici le passage qui a été l'occasion de ce trait satyrique^
L'auteur ayant toujours voulu demeurer dans le scepticisme le plus strict touchant la nature de la cause de la vie , parle ainsi de la dissolution du système au moment de la mort : « Autant qu'est seu- » sible cette métamorphose de la partie terrestre de » l'homme, autant est douteux le sort du principe » vital après la mort. Si ce principe n'est qu'une » faculté unie au corps vivant, -il est certain qu'il » périt avec le corps. S'il est un être distinct du corps » et de l'âme , il peut périr lors de l'extinction de » ses forces dans le corps qu'il anime : mais il peut » aussi passer dans d'autres corps humains , et les » vivifier par une véritable métempsycose. Il est
(1) JVI. Ch. NoDiEB , Notice sui- Gil Blas.
)j possible que la fin du principe vital soit relative à » son origine. Ainsi , en supposant qu'il soit émané » (l'un principe que Dieu a créé pour animer les » mondes, il peut, à la mort, se rejoindre à ce principe )) général. Mais dans cette supposition même , il peut M périr sans que la puissance dont il est dérivé en » soit affaiblie : de même que les rayons du soleil se » réfléchissent et se perdent dans l'ombre des corps » opaques, sans que celte source de lumière puisse » jamais être épuisée. » Que trouvons-nous dans ce passage , vous et moi ? Le voici. L'auteur qui voulait faire bien distinguer la cause vitale d'avec le sens intime, a dû rappeler cette distinction, lorsqu'il parle du moment de l'extinction de l'agrégat. Il ne doit pas s'occuper du principe du sens intime , puisque les dogmes religieux fondus , à cette époque , avec les lois de l'état et la morale publique, nous avaient assez dit en quoi consistait son essence , et quelle était sa destinée. Quant à la force vitale , ou à Vénormon d'HippocRATE , il répète la déclaration de son ignorance touchant sa nature, et par conséquent de son mode de résolution. Il rpppelle les conjectures que d'autres ont pu faire sur la première de ces questions , et il fait voir quelles sont les conjectures correspondantes qui se rapporteraient à la seconde.
Au lieu de cela , quelqu'un de ces hommes qui craignent les esprits, et dont le zèle pour le matérialisme va jusqu'à la persécution , outré de voir Baiiïhez demeurer dans le doute sur la nature de la
force vitale, et dans la persuasion de l'immortalité de l'âme , lui décocha le sarcasme de le voir gravement travailler à éclaircir le sort futur du principe vital, et il trouva assez de lecteurs qui parlèrent sincèrement de même.
Voilà , Messieurs , comment on lisait et comment on comprenait à cette époque. Trouvez-vous dans cet article un mot iqui suppose l'adoption d'une hypothèse substantielle , un mot qui vous fasse penser que l'auteur fait des recherches pour savoir quel est le sort de cette âme en peine ?
Quand Barthez s'est astreint à considérer abstractivement le principe vital comme une force , il n'a certainement pas voulu dire qu'il existait des forces "pans suhslralmn. Cette puissance est une qualité d'une substance. Mais comme il n'est pas possible eu ce moment de déterminer cette substance , à l'imitation d'HippocRATE , il a refusé de la rechercher , afin de ne pas suivre les ferrailleurs sur ce terrain, et de les forcer à l'attaquer sur un théâtre plus digne de lui. C'est ce que n'ont pas su voir beaucoup de médecins français, qui ont appelé ce, nom une hypothèse. MM.
IIUFFELAND , BiCIIOFF , SpRENGEL , TlEDEMANN , OUt
très-bien senti que les travaux de Bartiiez avaient pour but d'étudier les lois de la force vitale chez
l'homme On se souvient de l'impertinente question
que le père Boliiours imprima dans le temps , et qui indigna tant Leibniz , savoir si un Allemand pouvait avoir de l'esprit. J'ai tremblé quelquefois que ,
par représailles , im Allemand , nous aj)prêciant uniquement d'après les médecins nos compatriotes dont je viens de parler , ne demandât au monde savant si un Français peut avoir assez d'intelligence pour comprendre la différence qui existe entre une désignation abstraite et une hypothèse.
Quoique Barthez soit mieux compris aujourd'hui qu'il ne l'était il y a vingt ans, je ne répondrais pas que tous les lecteurs saisissent exactement ses pensées. Sa doctrine exige pour sou intelligence une connaissance étendue de l'état antérieur de la science, de la sagacité et beaucoup d'attention. Nous pourrions dire de Barthez ce que Scaltger, Bouhier (1) et M. le professeur LuERaiiMER ont dit d'HÉRODOTE : les ouvrages de cet auteur devraient être toujours entre les mains des vrais savants, et devraient n'être jamais lus des ignorants, des demi-^-savanls , ni des pédants (2).
Il m'en coûte de parler encore des faiblesses humaines ; mais je dois tout dire quand il s'agit de votre instruction.
Tout le monde sait que la diversité des opinions sur des objets d'une certaine importance empêche la réunion des cœurs, et même divise les plus unis.
(t) Recherches et disscrlations sur Ili:noDOTE , chnp. I.
(2j Une pédanterie que l'on rcmarcjue quelquefois chez les détracteurs de IJ,vnTUEZ, consiste en ce qu'ils prétendent lui en remontrer au sujet de sa manière de pliilosopher on médecine, et lui reprocher (le n'avoir pas ccrnnu et suivi des règles qu'ils n'avaient apprises que de lui-uièinc.
312 TREIZIÈîtfE LEÇON.
Mais une vérité qui n'est pas si commune , c'est que l'antipathie accidentelle des cœurs sépare quelquefois deux têtes qui étaient auparavant réunies dans un même avis. On a dit que , lors de la découverte de l'Amérique , les Indiens se convertirent facilement dès le commencement; mais que, lorsqu'ils eurent tant à se plaindre des Espagnols , ils renoncèrent au paradis , pour n'être pas obligés de se trouver avec les âmes de leurs persécuteurs. On voit parfois des ruptures scientifiques équivalentes ehez des individus qui ne sont point sauvages. La raison explique , et semble autoriser jusqu'à un certain point, l'éloignement des cœurs par la diversité antérieure des opinions. C'est naturel, excusable. Mais que deux hommes qui ont adopté une proposition doctrinale , et qui l'ont renforcée dans leur esprit par les mêmes raisons , changent d'avis postérieurement à l'époque où les cœurs se sont repoussés : il est clair que leur dissension inattendue a été produite à dessein , et qu'au moins l'un des deux a meati à sa conscience.
C'est ce que l'on trouve dans une querelle médicale qui a existé entre Bauthez et Dumas. Tous les deux élevés dans celte École , ils étaient pénétrés des mêmes idées fondamentales. Dumas, qui est né trente ans après Bartiiez , a étudié lors((ue son devancier avait cessé l'exercice de l'enseignement ; mais cela ne l'a pas empêché de suivre ce que l'autre avait ajouté à la science. Devenu professeur , il s'est avancé sur les pas de ce maître , et il a fait en sorte de rendre le chemin
plus aisé. Ces deux hommes se brouillent- Barthez accuse Dumas d'avoir marché sur son sentier, sans dire que c'est lui qui l'a ouvert. Là-dessus , Dumas cherche , dans une longue préface , à faire voir qu'il y a une grande différence entre ses idées et celles de
son prédécesseur Les gens du monde ont pu croire
que ces idées respectives étaient en effet très-diverses; mais si les connaisseurs veulent examiner cette comparaison, ils verront que les différences ne sont que des nuances , et qu'elles sont plutôt dans les mots que dans les pensées.
Je vis avec peine une mésintelligence entre deux hommes que j'aimais. Après plus de trente ans , je puis dire sans blesser personne , que Barthez aurait bien fait de n'être pas si exigeant dans l'intérêt de sa vanité; et Dumas de ne pas affecter tant d'importance à la substitution d'une expression à une autre , lorsqu'elle ne changeait en rien l'essentiel de la science. Dumas voulait mettre sous le nom de force de résistance vitale à peu près tout ce que Barthez mettait sous le titre de principe vital. Or, je vous le demande , pen-» sez-vous que l'on doive beaucoup de reconnaissance pour celui qui aura fait une pareille mutation de syllabes? Notez que Barthez n'inventait pas un nouveau titre : celui qu'il avait préféré était fort ancien. J.-J. lloussEAu , dans son Dictionnaire de Musique , s'occupe de l'histoire du septième son de la gamme. La détermination de ce son est très-ancienne ; le nom si dont nous nous servons est beaucoup plus récent. L'au-
teur de ce nom est un Le Maire , qui n'est connu que par l'invention de celle syllabe. Il fait cette réflexion à ce sujet : « Toute la prétendue invention de Le » Maire consiste , tout au plus , à avoir écrit et pro- » noncé si , au lieu d'écrire ou prononcer hi ou ha , » m ou di ( que d'autres avaient proposé ) , et voilà « avec quoi un homme est immortalisé. » En supposant que le public eût préféré l'expression force de résistance vitale , à celle de principe vital , ou à celle de nature vivante , je n'aurais pas voulu qu'un hialin vînt faire une épigramme pareille contre l'auteur.
Au reste , la science ne. tient aucun compte de ces petits scandales. Elle force les deux contcndauls à lui faire un même hommage : c'est le supplice qu'elle impose à deux ames qui veulent se fuir, et que l'inexorable vérité étréint d'une chaîne indissoluble.
Conclusion que je tire de mes remarques.
Les propositions fondamentales de la médecine construite d'après la méthode iuductive d'HippocRAiE , doivent être vraies , puisqu'elles se conservent malgré les causes externes et internes qui semblaient devoir les détruire. Quand cette doctrine a bravé tant de révolutions , elle peut se rire de celles que l'on a prédites. Elle trouve en elle le principe de sa pérennité : on ne peut donc rien souhaiter pour elle, sinon que, dans tous les temps , les maîtres la connaissent. Un corps savant , disait Colhert , n'est pas d'une grande utilité, si les membres ne peuvent pas s'unir et former une individualité. Multiplier les confrères, c'est mettre
pierre sur pierre : ce qui m'importe le plus , c'est d'y insuffler une âme, C'est ainsi qu'il parlait au sujet d'une société académique : il devait le penser à plus forte raison quand il s'agissait d'une Ecole. Ici l'âme s'y trouve , et désirons que , dans tous les temps , ceux qui doivent remplir les places vacantes soient promptement assimilés au système entier, c'est-à-dire soient * parfaitement éclairés sur la doctrine. Quand ils la connaîtront , il ne dépendra point d'eux de la rejeter : le sens commun régit tous les hommes qui ne sont pas malades. Elle peut tirer de la concorde des membres des moyens de progrès ; mais elle n'a rien à perdre dans le fond quand des antipathies les séparent. Pour la dénigrer, il faut ou l'ignorer ou la calomnier. Quand il lui plaît, il ne lui est pas difficile de convaincre l'ignorant et le calomniateur , et de leur infliger le châtiment qu'ils méritent (1).
(1) Au momem de livrer cette feuille à l'impression, je lis dans le jVIoniteur du 27 Octobre, un rapport de HI. le ministre de l'instruction publique au Roi , en date du 25 Octobre 1830, qui a pour objet la création, dans la Faculté de ÏMédccino de Montpellier, d'une chaire d'institutions de médecine , sous le nom de Pal/wlo(jis r.t Thérapeutique générales. Les motifs sont exprimés dans ces termes : « Sire, » la Faculté de Médecine de Montpellier , déjà célèbre dans le moyen » âge, a été pendant plusieurs siècles sans rivale en Europe. Sau-
» VAGES, ASTRtC, BOUDEU, (iRIMAlJD, FOUQIJET , lÎAUTIir.Z , Ct tant
» d'autres médecins illustres , versés dans l'étude des lettres ct de la » philosophie, ont iinprifué à son enseignement un caracière parti- » culierquien fait la force. C'est par la recherche des prin(!ipes les plus )) élevés de la médecine, considérée comme science ct comme art, et » par la haute critique historique et philosophique des divers sys-
A MM. les Elèves , en terminant le cours de celte anncc. Messieuhs ,
Lorsqu'en 1803 je visitai à Paris le musée des monuments français , un bas-relief antique fixa mon attention. Le sujet était allégorique (1). Sur une mer tranquille , on voit un vaisseau qui vogue. Trois personnages cherchent aie diriger, mais ils ne paraissent pas bien d'accord entre eux.
Au milieu du navire est un vieillard ailé qui plane sur une sphère terrestre , qui s'appuie de deux longues béquilles sur quelques points du globe ; qui , d'une main , montre son sablier au personnage antérieur ,
» tèmes, que la Faculté de Médecine (le Moutpelliei s'esl cousUimmeni » distinguée des autres grandes Écoles médicales. Il importe , Sire, de » lui conserver cette originalité propre, tout en assurant le continuel » progrès des études spéciales pathologiques, physiologiques et chi- » miques, qui occupent si justement aujourd'hui, dans Icnseigae- » ment de la médecine, une si grande place. C'est pour atteindre ce » but , qu'il nie paraît nécessaire de créer , à HlonlpcUier , une chaire ^ de Pathologie et de Thérapeutique générales , dont l'objet serait » l'enseignement philosophique des vérités générales de la science. » Cette chaire a déjà existé dans la Faculté do Monii)ellier , sous 1» » dénomination d'Inslituts de médecine. » Je prie h» lecteur de se souvenir que celui qui parle ainsi do la Faculté de Montpellier , de sa doctrine, de sa philosophie, de son enseigneiuent , de son rang, cl qui s'intéresse si vivement à la prospérilc de celle École, est M. GrizoT.
(1) M, A. Let<oir l'a gravé et expliqué à sa manière dans son Mrtsée des monuments français , t. I , p<ïge 90. 11 a éié copié dans la lithographie présente.
avec un ton de reproche ou de remontrance ; qni , de l'autre , saisit des cordes capables de retenir la partie inférieure de la voile fortement enflée.
Sur la poupe est un squelette ailé qui tient un gouvernail configuré en manière de faulx , et qui fait uu geste menaçant à la figure la plus avancée.
Celle-ci , placée sur la proue , est une fille nue dont les cheveux noués forment deux sortes de flammes au-dessus du nœud. Cette fille tient des deux mains la vergue de la voile , et paraît la disposer à son gré , sans s'émouvoir beaucoup des reproches qu'elle reçoit.
En essayant d'interpréter cette composition et de pénétrer l'intention de l'artiste , j'ai vu dans la première figure le Temps — , non pas le triste Saturne , cet impitoyable dieu qui détruit tout , qui dévore même ses propres enfants — : mais ce Temps fantasque que l'on appelle le siècle, le temps qui court , que les anciens appelaient mos ( la mode ) , opinalus ( l'opinion ) ; ce pouvoir qui prétend asservir le monde entier, et qui fait souffler les vents suivant la direction qu'il lui plaît de préférer. Il n'a d'autre support que ses deux potences. Il n'a point de base de sustentation ; il est toujours forcé de marcher. Si vous voulez lui demander les titres de l'autorité qu'il s'arroge, il est loin de vous avant que vous ayez terminé votre question. En montrant à la jeune viorgc l'horloge dont il est muni , il lui rappelle toute la puissance attachée à son nom de Temps. Ses manches singulières ^le vous semblent- elles pas charlalanesquesl En te-
nant dans sa main les rênes de la voile qui est si enflée , il veut qu'on sache quel est le rumb qu'il a ouvert. Il s'indigne qu'elle ne seconde pas ses volontés , et qu'elle élude ses commandements.
Le timonier est un de ces êtres malfaisants qui agissent moins par l'instinct de leur bien que par celui du mal d'autrui. C'est une espèce d'ARuiANE, ou de génie du mal. Il n'est pas toujours d'accord avec le siècle , parce que ses intérêts sont assez souvent en opposition avec la volonté de ce pouvoir. Mais dans ce voyage , il s'unit au maître pour gronder la vierge , ce qui fait penser que la tendance est perverse.
La troisième figure est de l'ordre des puissances amies de l'humanité , qui contrarient assez souvent le siècle et la malfaisance , non en leur déclarant la guerre , mais en faisant tournera bien les entreprises dangereuses de ces antagonistes. On y voit un mélange de vérité , d'in-* telligence , de sagesse , de sincérité , de simplesse , où vous reconnaissez ses intentions et ses penchants. Elle sait à qui elle a alïiiire. Elle ne veut pas lutter, mais elle ne veut pas s'associer aux caprices et aux mauvais desseins de ses compagnons. Elle cherche le vrai et l'utile. Les vents suscités par le Siècle, et l'aviron qu'agite la Malveillance, font voguer la nacelle : que ferait-elle sans le secours de l'un et de l'autre ? Mais comme ces impulsions seules l'éloignent de sou but , elle s'applique à orienter la voile , afin que ces mêmes impulsions maintiennent Iç vaisseau dans la vraie route.
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Voilà , Messieurs , ce que j'ai cru voir dans cet emblème : un siècle bizarre, inconstant, dirigeant les affaires du monde ; la malfaisance profitant de l'occasion pour nuire : là vertu intelligente , vivant tranquillement et sans inimitié avec eux, profitant même de leurs efforts , mais trompant leur intention en s'en servant pour arriver au bien.
Cette leçon de morale , applicable à toute la conduite de la vie, me parut être la règle que doit suivre l'homme chargé d'enseigner publiquement une science pratique, et particulièrement la médecine. Il se tromperait bien s'il croyait que , dans sa course , il ne serait contrarié que par les événements physiques. Ce qu'il a le plus à craindre , c'est l'esprit du temps et la malveillance. S'il ne se prémunit pas contre la tyrannire capricieuse de l'un, et la constante perfidie de l'autre , il n'arrivera jamais au but que la raison et la conscience lui avaient assigné.
Mais quelles sont les défenses dont il doit se pourvoir ? Seront-ce des moyens hostiles qui attaquent les ennemis , pour prévenir leurs projets ? Non , cette méfiance armée serait pénible pour lui; elle l'exposerait â être injuste ; elle lui ferait perdre de vue ses devoirs essentiels , qui sont de conduire à bon port les voyageurs qui lui ont été confiés. La meilleure défense, ce sont : la connaissance des lieux qu'il parcourt et de ceux qu'il doit toucher; l'intelligence des avantages qu'il peut tirer des impulsions suspectes ; et enfin l'habileté nécessaire pour les accommoder à son
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objet. De cette manière , il vit en paix avec ses consorts , il profite de leurs efforts utiles , et il se dérobe à ceux qui le détourneraient de sa route.
Quand je suis entré dans la carrière didactique, j'ai connu de bonne heure cette importante leçon. Vous aurez pu vous apercevoir de temps en temps que j'avais l'intention de m'y conformer. Si je n'ai pas toujours réussi , c'est que l'attention , la vigilance , le soin , ne suffisent pas , et que malheureusement ces qualités sont les seules qui dépendent de moi.
La confiance que vous m'avez témoignée en fréquentant mes leçons , m'honore et me flatte : mais il me tarde de savoir de vous si j'en étais digne. Je n'attends pas des éloges ; mais je suis impatient de savoir si mes conseils ont fructifié. Si un jour je reconnais que mes auditeurs ont résolu d'approfondir toutes les vérités médicales qui existent, avant d'aller à la recherche d'opinions nouvelles ;
Voient la science dans tous les temps comme une chaîne continue , et se gardent bien de mettre en rivalité les chaînons des diverses époques;
Travaillent à perfectionner cette chaîne , ou en y ajoutant un anneau , ou en fortifiant quelqu'un de ceux qui la composent, mais en silence, et en attendant que le public apprécie leurs services ;
Cherchent à être réellement utiles, sans se vanter de leurs découvertes;
Sont attentifs aux observations nouvelles d'oii qu'elles proviennent , et indifférents pour les suppositions arbitraires ;
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Ei pour retourner à l'allégorie que je cherche à expliquer , si je les vois occupés de leur but , insouciants pour les exigences du Siècle, lors même qu'ils sont froissés par ses échasses , et pour les intentions de la Malveillance , lors même qu'elle les gourmande et les menace :
Je n'aurai pas perdu mon temps. Ou ils auront suivi mes conseils , ou ils les auront trouvés identiques avec leurs résolutions. Dans tous les cas , mon nom sera quelquefois associé au souvenir des études sévères de l'art où ils veulent s'exercer. Quelque importante^ que soient les grandes navigations auxquelles ils sont peut-être destinés, ils n'oublieront pas , j'espère, les leçons qu'ils ont entendues dans le modeste périple que j'ai entrepris pour eux, et ils se souviendront des sentiments qui m'animaient pour mes compagnons de voyage.
IIN.
TABLE DES MATIÈRES
SOMMAIRE
11 importe aux élèves que la réalité de la science hiédicale ne soit pas mise en problème. Bien des gens ne regardent la médecine interne comme vaine, que parce que ses succès ne sont pas aussi sensibles que ceux de la chirurgie. Mais, de tout temps, sa réalité s'est trouvée surtout compromise par la diversité des théories hypothétiques; elle l'est pariiciiliércment parles novateurs de notre époque, qui déclarent nulle la médecine de vingt-deux siècles, soutiennent qu'il n'existe pas encore de médecine arrêtée , et ajoutent que la médecine future im> sera que provisoire. C'est donc une occasion opportune de faire voir que la médecine a des principes. Division de ce travail en cinq parties. — Page 5