CL. BERNARD. - Phvsiol. Opér
ne se réchauffe pas, comme le croyait Lavoisier, mais qu'ils' y refroidit au contraire, ainsi que cela a Heu quand il circule au contact de l'air à la surface du corps.
Ces résultats sont absolument constants, et nous pouvons les représenter par le tracé graphique (fig. 103), qui les rend saisissantes au premier coup d'oeil.
La température de l'aorte étant fixe peut servir d'abscisse, tandis que les températures de la veine cave servent d'ordonnées.
Fig. 103. — Graphique.
Fig. 103. — Ao, aorte; SS, surface à l'air; a, rein; l G G, cœur gauche ; P, poumon. — Toute la partie au-dessus qu'elle; celle au-dessous, plus froide.
Le schéma (fig. 104) traduit en degrés ces différences.
foie ; G D, cœur droit ; e l'aorte est plus chaude
Un dessin schématique (fig. 104) peut traduire le graphique en le rapportant topographiquement aux divers territoires du système sanguin. La légende qui accompagne ces deux figures leur sert d'explication.
En résumé, nous arrivons à conclure, d'après ce qui précède, que la question si longtemps controversée de
la température du sang avant et après le poumon est aujourd'hui résolue. 11 reste expérimentalement démontré que le poumon n'est pas le foyer de la chaleur animale; mais existe-t-il d'autres foyers? et dirons-nous, parce (pie nous avons trouvé le sang- veineux plus chaud que le sang artériel au sortir des reins, des intestins et du foie, dirons-nous que ce sont là les vrais foyers de la chaleur animale? Évidemment non. Il se fait de la chaleur en réalité dans tous les organes; seulement les organes abdominaux sont mieux protégés que les autres contre la déperdition de la chaleur. De cette inégalité des parties profondes et des parties superficielles du corps, résulte une sorte de compensation harmonique de la chaleur qui est réglée par l'influence du système nerveux.
En définitive, il faut renoncer aujourd'hui à l'idée émise par Lavoisier d'une localisation dans le poumon ou ailleurs d'un foyer quelconque de chaleur. La chaleur animale ne saurait pas plus se localiser que la nutrition, dont elle est une conséquence directe. Tous les organes, tous les tissus, tous les éléments se nourrissent, fonctionnent et engendrent de la chaleur.
C'est ce que nous allons vous montrer d'abord pour le tissu musculaire.
Depuis longtemps déjà on sait que le travail musculaire développe de la chaleur. Becquerel et Breschet l'ont démontré sur l'homme lui-même, dès 1835. Depuis, un nombre considérable d'expérimentateurs ont mis le fait hors de doute. C'est donc un fait acquis à la science, et l'expérience que nous allons faire devant
vous ne fait que réaliser des conditions de simplicité et de facilité pour cette démonstration.
On prépare un train postérieur de grenouille à la manière de Galvani (voy. ci-dessus, fig. 99, p. 405) , et on sépare les deux cuisses sur la ligne médiane en laissant intacts, tle chaque côté, les nerfs qui s'y rendent. On a ainsi deux pattes qui sont exactement dans les mêmes conditions de température. La circulation étant supprimée, on n'a pas à redouter que des effets vasomoteurs viennent troubler l'expérience, comme lorsqu'on agit sur un animal dont la circulation n'est pas interrompue.
Fu.. 105. — Expérience sur la contraction musculaire avec les aiguilles thermo-électriques.
Voy. la figure 102 ci-dessus, p. 472, pour les détails de la construction de ce* aiguilles à soudure centrale (G, tube externe en fer; S, sa soudure avec' le tube interne en caoutchouc). — On voit ici ces sondes (o, a) introduites dans deux trains postérieurs (l cl 1') de grenouilles, dont l'un (1) est mis eu contraction par l'excitation électrique (appliquée en n).
On plante alors (fig. 105) dans chaque cuisse un
aiguille thermo-électrique à soudure cylindrique, et ou électrise une des pattes par l'intermédiaire du nerf. Les
muscles entrent en contraction, et aussitôt on voit le galvanomètre indiquer un échauffeuient qui peut aller à un demi-degré et plus.
Pour avoir la contre-épreuve, on électrise la seconde patte, et vous voyez alors que la déviation change de sens.
Enfin, pour montrer que la déviation n'est pas due à une dérivation du courant produisant l'excitation, nous avons attendu que les muscles eussent perdu leur excitabilité, et alors on a beau électriser, le galvanomètre n'indique rien, quelle que soit l'intensité du courant.
Il reste donc bien démontré que la chaleur produite est le résultat de la contraction musculaire.
Je vous ai parlé déjà de l'appareil à température fixe de M. d'Arsonval. Je vais vous donner la description sommaire de l'étuve qui a servi à nos recherches et dont les dimensions ont été réduites pour cet usage.
Cette étuve se compose de deux vases cylindroconiques concentriques limitant deux cavités : l'une centrale qui est l'enceinte qu'on veut maintenir constante, l'autre annulaire que l'on remplit par la douille et qui constitue le matelas liquide soumis à l'action du foyer. Ce matelas d'eau distribue régulièrement la chaleur autour de l'enceinte et l'empêche de subir de brusques variations de température; il mérite donc bien le nom de volant de chaleur que lui a donné M. Schlœsing.
M. d'Arsonval a eu l'idée d'utiliser les variations de
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volume de cette masse énorme de liquide pour régler le passage du gaz allant au brûleur. C'est là ce qui constitue l'originalité de ses appareils en même temps que leur exquise sensibilité.
Pour cela, la paroi externe de l'étuve porte une tubulure latérale qui, communiquant avec l'espace annulaire (°2, fig. 106), se trouve fermée à l'extérieur par
une membrane verticale de caoutchouc; cette membrane constitue, une fois la douille du haut (3, fig. 106)