FISTULES S ALI V AIRES
bouche de L'animal, et l'on voit aussitôt la salive s'écouler goutte à goutte par le tube. On remplace ensuite le vinaigre par une solution alcaline, et l'on n'obtient aucun résultat appréciable.
Examinons maintenant la salive que nous avons recueillie chez ces deux animaux. Chez le chien, comme vous le voyez, c'est un liquide limpide, incolore, d'une réaction fortement alcaline.
Mais il n'en est pas toujours ainsi. Nous trouvons, en effet, dans le grand ouvrage de Tiedemann et Gmelin, sur les liquides digestifs, qu'après avoir divisé le conduit parotidien d'un chien et avoir plongé son extrémité dans un petit flacon de verre, ils ont recueilli dix grammes d'un liquide visqueux, ressemblant beaucoup à première vue à l'albumine. Telles seraient, suivant ces observateurs, les propriétés caractéristiques de la sécrétion parotidienne. Leur conclusion , vous le voyez, diffère absolument de celle à laquelle nous venons d'arriver, et si vous répétiez l'expérience sur dix ou douze animaux, vous auriez probablement une ou deux fois le même résultat.
Comment expliquer cette contradiction apparente? La raison en est clans une disposition anatomique spéciale. Il arrive quelquefois qu'avant de s'ouvrir dans la bouche, le canal de Sténon reçoit l'anastomose des canaux excréteurs de deux ou trois petites glandes mucipares (a, fîg. 111), qui mélangent ainsi leur propre sécrétion au liquide parotidien. Rien n'est plus facile à démontrer que cela. Il suffît , chez les animaux qui présentent cette conformation, d'ouvrir le canal
au-dessus du point où il est rejoint par ces conduits accessoires, et vous obtiendrez la sécrétion normale et pure de la glande, telle que nous venons de vous la
■ Glande parotidienne (a, a) du chien, et glandes inucipares (a', a") qui s'abouchent parfois dans le canal parotidien (b, b).
montrer. Cette disposition anatomique, qui est exceptionnelle chez le chien, est au contraire normale chez l'homme.
Notre salive parotidienne , au moment qu'elle se déverse dans la bouche, jouit donc toujours d'un certain degré de viscosité. De tous les animaux, c'est le chien qui, sous ce rapport, se rapproche le plus de notre propre organisation.
Quant k la salive recueillie chez le cheval, vous voyez qu'elle offre au contraire une apparence visqueuse; comme celle du chien, elle a une réaction fortement alcaline; mais la chaleur et l'acide nitrique en précipitent une substance albumineuse, laquelle paraît spéciale à la race chevaline, bien (pie sa composition chimique n'ait pas encore été exactement reconnue.
FISTULES SAL1VAIRES. 511
Examinons maintenant quelques-uns des caractères les pins importants de la sécrétion en elle-même, en dehors de la nature du liquide sécrété.
Lorsqu'on a introduit un tube dans le conduit parotidien sur un animal vivant (fig. J 12 et 143) , on constate facilement que la salive ne s'écoule que par
FlG. 112. — Fistule parotidiciine chez le cheval, avec canule et petit sac pour recueillir la, salive.
h. canal de Ste'non dans lequel est engagé le tube e ; b, branche du nerf facial ; c, artère faciale; f, g, h, détails du robinet et de l'ajutage du petit sac qui reçoit la salive du tube e.
intervalles. Chez le cheval, qui en émet des quantités prodigieuses pendant la mastication, la sécrétion cesse brusquement de temps
à autre, et cela alors ///lÊÊÊàLii
même que la mastica- /j^p^lli
tion continue. La raison de ce singulier phénomène est longtemps demeurée incertaine : nous savons maintenant que l'IG- ll3- - Pîstu,e pu*aienne chez ic chien.
. , , , (Lettres comme dans la figure i 12.)
la glande placée du côte
de la bouche où a lieu la mastication suffit presque
entièrement à l' insalivation des aliments; quand donc, ainsi que cela a été pratiqué sur l'animal que vous avez sous les yeux, on a placé un tube dans les deux conduits, il est clair que, pendaut la mastication, les deux parotides entrent alternativement en action; pendant que l'une sécrète, l'autre est au repos. Le cheval sur lequel nous avons opéré est en train en ce moment de satisfaire sa faim; et vous voyez que la salive, bien qu'abondante, ne s'écoule que d'un seul côté à la fois. A l'état normal, la composition chimique de la salive, pour une même glande, demeure invariablement la même : elle peut cependant renfermer accidentellement des substances étrangères, Nous saisissons avec empressement cette occasion de vous montrer, dans tout son jour, l'action élective des glandes : la sécrétion que nous étudions en ce moment offre un exemple remarquable de cette singulière propriété. Parmi les différentes substances introduites dans le sang, nous en trouvons qui passent presque instantanément dans la salive; l'iode et ses divers composés jouissent de cette propriété. D'autres substances n'y pénètrent qu'avec la plus grande difficulté: les sels de fer appartiennent pour la plupart à cette dernière classe. Une expérience directe va vous permettre d'en juger par vous-mêmes. Nous ouvrons la veine crurale d'un chien et nous introduisons dans le vaisseau l'extrémité d'une petite seringue. Par cette seringue, nous injectons une certaine quantité (cinq centimètres cubes) d'une solution au centième de prussiate jaune de potasse, en même temps qu'une quantité égale d'une solution semblable d'iodure de po-