DE L'EMPLOI DES POISONS. 9'J
que que nous parvenons à l'explication des phénomènes élémentaires. Parmi les exemples précédemment donnés, il en esl un où cette analyse est aujourd'hui parvenue très-loin : je veux parler de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone. Nous savons aujourd'hui que le globule sanguin renferme une substance particulière, l'hémoglobine, qui se combine chimiquement avec l'oxygène, et que c'est grâce à cette combinaison, dite oxyhémoglobine, que cet élément anatomiquese charge d'oxygène et en devient le véhicule dans l'intimité des tissus. Nous savons aussi que cette hémoglobine jouit d'une grande affinité pour l'oxyde de carbone, et que la combinaison qu'elle forme avec ce gaz est plus stable que celle qu'elle forme avec l'oxygène. Nous concevons donc bien comment, en présence d'un milieu renfermant de l'oxyde de carbone, les globules rouges se chargent de ce gaz, et, devenant impropres à transporter l'oxygène, ne le fournissent plus à la respiration des tissus, d'où résulte la mort de l'organisme total par asphyxie.
Vous voyez combien ici nous avons pénétré profondément dans la localisation du phénomène et dans son mécanisme chimique; pour faire plus encore il nous faudrait parvenir à connaître les réactions à l'aide desquelles nous pourrions déplacer l'oxyde de carbone fixé sur le globule; nous serions alors en complète possession du phénomène, maître de le provoquer, de l'empêcher et même de le supprimer, c'est-à-dire de détruire la combinaison chimique, et vous concevez facilement que cette connaissance entière du phénomène, cette notion
scientifique expérimentale, est la seule condition d'une application médicale rationnelle.
Les considérations que je vous ai exposées sur les vivisections, sur l'analyse physico-chimique des fonctions des organes, et enfin sur l'emploi des poisons comme agents de recherches physiologiques, nous permettant de localiser les phénomènes vitaux clans les éléments anatomiques, ces considérations ont dû vous faire voir que la vie de l'organisme n'est pas une entité telle que la concevaient les anciens, c'est-à-dire une force unique ayant un siège unique plus ou moins localisable.
Gomme les phénomènes que nous devons étudier sont les phénomènes de la vie, il importe que nous nous fassions dès maintenant une idée bien nette de la vie, et que nous sachions ce que nous recherchons en en faisant l'étude.
Certes je ne me propose pas de vous rappeler ici combien ont été diverses les idées que les philosophes et les naturalistes se sont faites de la vie. Je vous dirai seulement qu'aujourd'hui nous la définissons ï ensemble des phénomènes qui existent chez les êtres vivants. Ces phénomènes obéissent à des lois qui ne sont nullement propres à l'être vivant, qui sont en dehors de lui, puisque ce sont les lois de la physique, de la chimie, de la mécanique; mais les conditions dans lesquelles se manifestent ces lois sont propres à l'organisme; ces conditions constituent les mécanismes particuliers de ce qu'on appelle les fonctions.
Au commencement de ce siècle, on cherchait à reconnaître, dans les parties diverses de ces mécanismes,