NERFS VASO-MOTEURS
Mais s'il est aujourd'hui important de tenir compte de la contraction des vaisseaux, il est non moins indispensable d'étudier les effets de la paralysie de ces parois contractiles; ici le système nerveux agit en cessant d'intervenir, la tonicité du muscle artériel est supprimée comme par une section expérimentale, et les vaisseaux se laissent distendre en donnant passage à une quantité bien plus considérable de sang. Cette paralysie est un procédé physiologique de l'organisme, et les nerfs vaso-moteurs agissent aussi bien et plus encore par la suppression de leur action que par leur influence excitante de la contractilité vasculaire.
Ces phénomènes sont si importants et en même temps si évidents, surtout dans certains états pathologiques, qu'ils n'avaient pu échapper à la sagacité des médecins observateurs. Depuis longtemps on avait remarqué que dans nombre d'inflammations, le sang paraît trouver un passage plus facile à travers les tissus enflammés; que non-seulement le malade sent les pulsations cardiaques dans les capillaires des parties malades, mais que ces pulsations s'observent jusque dans les veines, tant la vis à fer go agit ici avec intensité, de façon à porter jusque dans le système veineux non-seulement le résultat général de la force impulsive du cœur, mais encore chaque battement de celte impulsion .
Mais à l'époque où les médecins s'inquiétèrent de l'explication de ces phénomènes, ils en cherchèrent la cause uniquement dans des changements de composition du sang, et non dans une dilatation paralytique des vaisseaux, dilatation sur laquelle la physiologie
expérimentale était seule capable de fournir les données nécessaires à la théorie. Comme dans ces circonstances le sang des veines était presque aussi rouge que celui des artères, on vit dans ce fait une nouvelle confirmation de l'idée d'une altération du liquide sanguin, tandis que nous n'y voyons aujourd'hui qu'une preuve de plus de ce fait que le sang passe plus facilement des artères dans les veines, et y passe si rapidement, qu'il n'a pas le temps de perdre, au contact intime des l issus, ses propriétés de sang artériel pour prendre les caractères du sang veineux.
Après l'action du cœur et l'action des parois vasculaires, nous devons encore tenir compte d'autres puissances capables de favoriser et de modifier la circulation du sang veineux.
La respiration ne saurait être oubliée à ce point de vue : le vide thoracique qui tend à se produire à chaque inspiration, et qui appelle par suite le sang dans le cœur droit, produit une aspiration, une pression négative dans les gros troncs veineux qui sont à la base du système de la circulation de retour aussi bien lymphatique que pulmonaire. Nous ne nous arrêterons pas à analyser en détail les effets de cette influence aspira trice, bien connue dès longtemps, et dont on avait même exagéré l'importance, puisqu'à une certaine époque on avait voulu faire du jeu mécanique du poumon la cause des mouvements du cœur.
L'influence pulmonaire ou, pour mieux dire, thoracique, n'existe que chez les animaux pourvus d'une cage thoracique, se dilatant et se resserrant alternative-
COEURS VEINEUX il LYMPHATIQUES. o81
ment pour appeler Pair dans les alvéoles du poumon. Chez les autres animaux, chez les batraciens, par exemple, cette influence n'existe pas; mais nous trouvons alors, pour v suppléer, des appareils tout aussi Lces el dans un rapport plus immédiat encore avec le système circulatoire : ci; sont des cœurs accessoires ou supplémentaires. Ces cœurs sont annexés au système veineux ou bien au système lymphatique.
Chez l'anguille, nous pouvons observer un cœur ac- • essoire de ce genre placé sur le trajet de la veine caudale. Chez les grenouilles, nous trouvons de nombreux cœurs lymphatiques : une paire est située dans la région pelvienne dorsale, de chaque côté de la pointe de l'os sacrum. Une seconde paire est placée vers la partie dorsale de l'origine des membres antérieurs. Ces cœurs accessoires ont été découverts par Millier (1833), puis étudiés par Panizza d'une part, Weber et Valentiu d'autre part. Ces cœurs sont très-intéressants à étudier: les auteurs que nous venons de citer en ont décrit les caractères anatomiques; ils ont montré que ces petites cavités contractiles sont pourvues de fibres musculaires striées, et que, grâce de plus aux nombreux éléments élastiques qu'elles renferment, elles doivent agir alternativement comme des pompes aspirantes et foulantes. Mais les faits les plus intéressants que présentent ces cœurs accessoires se rapportent à leur physiologie, et principalement à l' influence qu'exerce sur eux le système nerveux. Ces cœurs battent sans aucune espèce de synchronisme ni entre eux ni avec le cœur sanguin, organe principal de la circulation. Ils ne réagissent pas
de la même manière que ce dernier aux agents toxiques : ainsi le curare, qui n'arrête pas le cœur sanguin thoracique, paralyse rapidement les cœurs lymphatiques. Vous voyez ici deux grenouilles, dont l'une est curarisée. Sur celle qui n'a reçu aucun poison, vous voyez parfaitement battre le cœur sanguin et les quatre cœurs lymphatiques, surtout les deux pelviens, dont les pulsations sont parfaitement apparentes à l'œil nu. Sur l'autre, chez laquelle tous les mouvements volontaires ont été abolis par le curare, vous voyez également battre le cœur sanguin, mais il est impossible de constater la moindre pulsation dans la place occupée par les deux cœurs lymphatiques pelviens. Chose remarquable, j'ai constaté que le cœur caudal de l'anguille, lequel est un cœur sanguin, puisqu'il est placé sur la veine caudale, n'est pas paralysé par le curare. Ainsi la sensibilité à ce poison serait l'un des caractères des vaso-moteurs lymphatiques.
Lorsqu'on isole le cœur thoracique, on voit ce viscère continuer à battre, parce qu'il renferme dans ses parois des ganglions nerveux qui peuvent suffire dans ces circonstances à son innervation : il en est de même lorsqu'on coupe tous les nerfs qui se rendent au cœur. Pour les cœurs lymphatiques, l'isolement produit aussitôt la cessation de tout mouvement. Ainsi ces cœurs ne peuvent continuer à fonctionner s'ils n'ont pas conservé leurs connexions avec le système nerveux général. Aussi s' arrêtent-ils également quand on coupe les nerfs qu'ils reçoivent. Dans ce cas on les voit de plus remplis non plus de lymphe pure, mais d'un liquide san-