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COEURS LYMPHATIQUES

guinolent ou même de sang presque pur. On observe la môme chose lorsque les cœurs, paralysés par certains agents toxiques, sont restés quelque temps dilatés; ils sont alors gorgés d'un liquide rougeâtre dans lequel le microscope permet de reconnaître les globules rouges du sang. Nous avons dans ces cas des modifications trèsintéressantes de la circulation lymphatique et des phénomènes d'exsudation capillaire qui y paraissent directement liés.

J'ai observé autrefois que la destruction de la moelle épinière et l'épuisement par le curare font cesser les pulsations des cœurs lymphatiques de la grenouille (1). Ce fait de la dilatation des cœurs lymphatiques sous l'influence de la paralysie est à rapprocher des résultats récemment observés par M. Tarohanoff (2), relativement à l'influence du curare sur la composition du sang chez ces animaux. Chez les grenouilles curariséeson observe une abondante exsudation du plasma sanguin clans toutes les cavités lymphatiques. Ce plasma est accompagné de nombreux globules blancs ; de sorte que la numération de ces globules, faite sur le contenu des vaisseaux sanguins, y montre une forte diminution dans la proportion des globules blancs : on croirait volontiers, et celte interprétation avait été proposée, que le curaiv a pour effet de détruire les globules blancs; en réalité il n'y a pas destruction, mais simple déplacement. Ces

(1) Claude Bernard, Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, p. 310.

(2) Voyez J. Tarchanoff, De l'influence du curare sur la quantité de la lymphe et l'émigration des globules blancs du sang (Archives de phijsiol., 1875, p. 33).

éléments anatomiques ont passé en masse clu système sanguin dans le système lymphatique, par un mécanisme sur lequel nous ne nous arrêterons pas aujourd'hui.

Ce que je veux surtout vous faire remarquer pour le moment, c'est l'énorme accumulation de lymphe dans les diverses cavités lymphatiques; parmi ces cavités, celle qui est située sous la langue de la grenouille est surtout remarquable par la manière dont elle est gorgée de liquide. Vous voyez ici plusieurs grenouilles curarisées depuis un certain temps. Dès que nous plaçons ces animaux dans une position verticale, de manière que la langue, sortie de la cavité buccale, forme la partie la plus déclive du corps, vous voyez la face inférieure de cet organe former une grosse saillie transparente : c'est comme une énorme goutte de liquide. Ce liquide est de la lymphe accumulée dans le sac lymphatique sublingual, dont on soupçonne à peine l'existence sur une grenouille normale. Quand on retourne l'animal, ou qu'on le place simplement dans la position horizontale, cette bosse lymphatique s'efface et disparaît : la lymphe a reflué dans les espaces lymphatiques péripharyngiens et sous-crâniens.

Ces faits, nettement mis en évidence par M. Tarchanoff, nous ont rappelé que depuis longtemps nous avions observé, sans y attacher toute l'importance qu'ils méritaient, des faits nombreux d'accumulations semblables de lymphe chez des animaux curarisés. Nous voyons dans ces cas, chez les chiens ou les lapins, pritexemple, les surfaces des plaies ou des vésicatoires si

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