‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 100 sur 163 · OXYDE DE CARBONE · texte numérisé non relu

OXYDE DE CARBONE

partie inférieure du cou, à son entrée dans la poitrine, on voit à chaque insufflation d'air (ce qui répond à l'inspiration) un reflux considérable avoir lieu dans la veine, et, si Ton vient à l'ouvrir, un jet de sang est lancé au dehors. C'est qu'en effet la dilatation du poumon par compression de l'air agit en sens inverse de la dilatation du poumon par dépression de l'air. Ce reflux du sang veineux se manifeste anssi dans les veines rachidiennes et cérébrales, et peut amener certainement des modifications dans la circulation des centres nerveux.

Nous vous avons parlé, dans les leçons précédentes, des agents toxiques comme moyen d'étude et d'investigation physiologique. A propos de la respiration, je désire vous dire quelques mots d'un agent très-intéressant, en ce qu'il peut nous faire pénétrer plus profondément dans l'étude des propriétés respiratoires du globule sanguin : je veux parler de l'oxyde de carbone.

L'empoisonnement par l'oxyde de carbone a été depuis longtemps, de notre part, l'objet de nombreuses recherches; parmi les lacunes que laisse encore celte étude, l'une des plus intéressantes et des plus difficiles à combler est celle du mécanisme par lequel les animaux incomplètement intoxiqués peuvent revenir à la vie en éliminant le poison. Nous terminerons cette leçon par l'exposé de quelques recherches que nous avons faites à ce sujet dans le laboratoire, et, en répétant devant vous les principales expériences, nous chercherons à pousser encore un peu plus loin l'analyse physiologique des propriétés du globule sanguin.

Mais rappelons d'abord très-rapidement les faits déjà établis relativement à l'action de l'oxyde de carbone. Ce gaz, qui est essentiellement l'agent toxique de la vapeur de charbon, exerce son action en se portant sur le globule sanguin; il a pour cet élément anatomique une affinité très-grande : nous pouvons dire affinité, car il s'agit là d'une véritable combinaison chimique. Vous savez que Y hémoglobine^ qui constitue essentiellement le globule sanguin au point de vue de la respiration, c'est-à-dire de la fixation et du transport de l'oxygène, forme avec ce gaz une combinaison, l'oxyhémoglobine, ou hémoglobine oxygénée. Mais j'ai démontré que celle môme substance forme une combinaison analogue avec l'oxyde de carbone, combinaison plus stable, et qui prend naissance toutes les fois que le sang se trouve en présence de ce gaz; alors l'oxygène n'est plus fixé, il est même chassé du globule rouge sur lequel se fixe l'oxyde de carbone. Tel est le mécanisme si simple de l'intoxication, mécanisme qui nous offre un des exemples les mieux définis de l'analyse physiologique poursuivie jusque dans les éléments anatomiques; au dernier terme de cette analyse, nous nous trouvons en présence d'un simple phénomène chimique : le déplacement par affinité chimique de l'oxygène par l'oxyde de carbone.

Je dois encore vous rappeler le procédé que l'on emploie le plus souvent pour constater la présence de l'oxyde de carbone dans le sang : je veux pai'ler de la speclroscopie. — Quand on examine au spectroscope une dissolution de sang artériel, on voit apparaître dans le spectre deux bandes d'absorption situées a peu près

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aux deux extrémités de la partie jaune du spectre : c'esl là le spectre du sang oxygéné, caractérisé en outre par ce fait, que si l'on agite cette dissolution sanguine avec un agent réducteur (sulfhydrate d'ammoniaque), on voit les deux bandes précédentes disparaître et être remplacées par une seule bande noire plus large placée à peu près au milieu de la région jaune. On a ainsi le spectre du sang réduit. Ainsi la présence de l'oxygène est caractérisée par l'observation du spectre de l'hémoglobine oxygénée, et par la possibilité de substituer immédiatement à ce spectre celui de l'hémoglobine réduite.

Or, si l'on examine de même une solution de sang oxycarboné, on observe, comme précédemment, deux bandes d'absorption. Ces deux bandes diffèrent à peine de celles de l'hémoglobine oxygénée, et il serait difficile, au premier abord, de distinguer si l'on a affaire au spectre de la combinaison oxygénée ou oxycarbonée ; mais on est fixé aussitôt que l'on emploie un agent réducteur. Malgré l'addition de sulfhydrate d'ammoniaque, les deux bandes persistent lorsqu'on est en présence du sang intoxiqué par l'oxyde de carbone : la combinaison de l'hémoglobine avec l'oxyde de carbone n'est pas réductible, et présente toujours deux raies au spectroscope.

Ainsi il ne nous est pas possible, avec les agents réducteurs ordinaires, de chasser l'oxyde de carbone qui s'est fixé sur le globule sanguin ; même sur le sang déjà putréfié d'un animal ayant succombé à cette intoxication, nous retrouvons encore au spectroscope les deux

raies produites par l'oxyde de carbone : la combinaison de ce gaz avec l'hémoglobine a résisté à la décomposition du sang.

Nous allons vous rendre témoins d'expériences relatives à cette question.

Voici un chien auquel nous faisons respirer de l'oxyde de carbone. Vous voyez d'abord se produire de grandes inspirations, et l'animal ne tarde pas à succomber. Aussitôt que les mouvements respiratoires ont cessé, nous prenons de son sang artériel : ce sang est encore poussé par le cœur, dont les mouvements ne sont pas tout à fait éteints. Nous en extrayons les gaz par la pompe à mercure que vous voyez ici, et nous trouvons :

50 centimètres cubes de sang artériel contiennent :

19",3 de gaz, dont j 2==,2 de 0.

L'acide carbonique est à peu près en même quantité qu'à l'état normal (30 pour 100) ; mais, vous le voyez, l'oxygène est en très-faible proportion; il y en a 4,4 pour iOO, tandis qu'à l'état normal on en trouve de 20 à 24 pour iOO. C'est que l'oxyde de carbone a pris la place de l'oxygène.

Nous devons cependant nous arrêter sur ce fait ([ue nous trouvons encore cette légère proportion d'oxygène dans le sang de cet animal asphyxié. Nous verrons plus loin que cette proportion peut être encore bien pUis faible. D'après les expériences de Setschenow, on ne trouve plus trace de ce gaz dans le sang d'un animal asphyxié par strangulation : ce résultat n'a rien de

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