‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 112 sur 163 · CL. BERNARD. — PllVSiol. Opér · texte numérisé non relu

CL. BERNARD. — PllVSiol. Opér

transformation de la fécule en glycose. Ainsi la théorie de la digestion entrait dans une nouvelle phase; il était reconnu enfin, du moins pour certaines substances, qu'il n'y a pas simplement dissolution, mais bien transformation chimique.

En même temps, les observations que W. Beaumont fit sur un chasseur canadien dont l'estomac était resté ouvert à la suite d'une blessure par arme à feu, ces observations venaient confirmer l'existence du suc gastrique et nous éclairer sur sasécrétion, sur son action. Par cette large fistule, qui mettait au jour la surface muqueuse de l'estomac, W. Beaumont put voir le suc gastrique, sous l'influence de la présence des aliments, suinter en gouttelettes et ruisseler sur la surface muqueuse, comme la sueur suinte et ruisselle sur la peau ; l'origine du suc gastrique était donc évidente, et il n'y avait plus à tenir compte de l'expérience de Montègre.

Un nouveau et important progrès fut accompli en 1834 par Éberle, qui s'occupa surtout des digestions artificielles, c'est-à-dire des digestions effectuées m vitro avec les sucs digestifs empruntés à un animal, et de la fabrication de liquides digestifs artificiels. Éberle montra en eifet qu'en faisant macérer un morceau des parois stomacales on obtient un liquide qui jouit des mêmes propriétés que le suc gastrique : le principe actif est donc formé par le tissu de la muqueuse stomacale, et il peut en être entraîné par macération. Aujourd'hui nous appliquons ce procédé de préparation de liquides digestifs artificiels à toutes les glandes annexées au tube digestif, et nous pouvons ainsi obtenir chimiquement purs les

principes actifs de la salive, du suc gastrique, du suc pancréatique; c'était donc un progrès notable que réalisait Éberle en montrant la possibilité de semblables opérations.

D'autre part, le fait de W. Beaumont et de son Canadien devait naturellement faire penser à réaliser artificiellement chez les animaux des fistules donnant un accès plus ou moins libre dans la cavité stomacale. Blondlot, de Nancy, en i842, fit des expériences dans ce sens avec un plein succès, et depuis cette époque les fistules gastriques chez les chiens sont devenues une opération classique en physiologie expérimentale.

C'est vers cette époque que nous entreprîmes sur lu digestion une série de recherches, publiées ultérieurement dans les Leçons du Collège de France; les procédés opératoires que nous avons mis en usage, que nous avons perfectionnés depuis, et parmi lesquels nous choisirons les expériences types, seront décrits dans les chapitres suivants.

Mais nous devons d'abord indiquer dans quel esprit nous ferons ce choix, et quels sont, parmi les appareils de la digestion, ceux dont l'étude a le plus d'importance au point de vue de la physiologie en général. Ces appareils se divisent naturellement en deux classes : 1° Les uns sont des appareils mécaniques, destinés à la préhension, la division, la trituration des aliments et à leur cheminement dans le tube digestif. Ces appareils sont très-variables selon l'espèce animale considérée, selon que l'animal est herbivore ou Carnivore, en un mot selon les variétés infinie des propriétés physiques des

aliments. — 2° Les autres sont des appareils chimiques destinés à dissoudre et à modifier (transformer) les substances alimentaires. Or, quelles que soient leurs variétés de consistance, de forme, de propriétés physiques en un mot, ces substances sont toujours les mêmes au point de vue chimique, que l'animal soit herbivore ou Carnivore; aussi les appareils chimiques sont-ils les mêmes pour tous les animaux, ou du moins trouvons-nous les mêmes glandes annexées à l'appareil, les mêmes liquides versés dans le tube digestif, chez l'homme, chez le chien, chez le lapin, chez les ruminants; à part des différences anatomiques qui rendent souvent difficile d'établir l'homologie des organes sécréteurs, on peut dire que ces liquides sont les mêmes jusque chez les insectes.

C'est' en vue de ces actes chimiques, actes les plus généraux et les plus essentiels, que nous nous efforcerons d'établir les procédés opératoires les plus propres à nous permettre d'isoler les liquides digestifs et d'en étudier l'action sur les substances alimentaires.

Nous commencerons donc celte nouvelle série de nos études de technique expérimentales par l'examen successif.des liquides du tube digestif, à savoir, de la salive, de la bile, du suc gastrique et de toutes les sécrétions du tube intestinal. Pour se rendre un compte exact de leurs propriétés, il est indispensable de les obtenir tous à l'état de pureté parfaite; nous nous efforcerons donc, par-dessus tout, de décrire, avec le soin le plus scrupuleux, les procédés opératoires qui nous permettent d'atteindre ce résultat.

Page 1