‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 26 sur 163 · DÉFINITION DE LA VIE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA VIE

des pièces principales, des organes privilégiés, présidant au jeu des autres parties: telle était la conception connue sous le nom de trépied vital de Bichat, d'après laquelle trois organes principaux étaient comme les trois rouages essentiels de la vie, et amenaient la mort par l'arrêt de leur fonction : on meurt, disait Bichat, par le cerveau, par le poumon ou par le cœur. Cette manière de s'exprimer est exacte quand on parle de Thomme et des animaux supérieurs, mais il ne faut pas comprendre par là que le cerveau, le cœur, le poumon soient le siège d'un principe sppcial de la vie. La vie est indépendante, d'une manière absolue, de l'existence d'un cœur, d'un poumon, d'un cerveau : une infinité d'animaux inférieurs vivent sans poumon, sans cerveau, sans cœur ; mais chez les animaux supérieurs les échanges des divers tissus avec le milieu extérieur se fout par le jeu de l'appareil pulmonaire et cardiaque, ei la suppression de ces organes amène la mort des éléments de tissu, parce qu'elle détruit leurs conditions d'existence.

La vie n'est donc pas dans le poumon ni dans le cœur; elle est dans les cellules, dans les éléments anatomiques de l'être vivant. Pas plus que nous n'admettons le trépied de Bichat, nous ne saurions admettre \q point vital ou nœud vital de Flourens. Par une blessure d'une région bien circonscrite delà moelle allongée, ce physiologiste produisait la mort subite des animaux; celte expérience était du reste connue depuis Galien et avait été plus récemment répétée parLegallois. Galien expliquait la mort subite par la lésion de la dure-mère, hypothèse en rapport avec la haute importance que les anciens

attachaient aux prétendues fonctions des méninges, et dans l'iiistoire desquelles nous n'avons pas à entrer ici. Flourens semble vouloir faire de cette région du bull)e le centre de la vie ; or nous savons aujourd'hui que cette partie de substance grise de la moelle allongée est le centre d'origine des nerfs de la respiration et de l'innervation cardiaque: en détruisant ce centre, on supprime les fonctions du cœur et des poumons; onariète la vie, non pas paice qu'on atteint cette entité métaphysique dans son siège uniipie et central, mais parce qu'on supprime deux des fonctions ou, comme nous avons dit, des mécanismes qui, chez les animaux supérieurs, sont indispensables aux échanges entre le milieu extérieur et les éléments anatomiques, c'est-à-dire indispensables cà la vie des innombrables éléments anatomiques dont la somme constitue la vie de l'organisme entier.

La physiologie cherche donc aujourd'hui la vie dans les cellules mêmes des tissus, ou dans les éléments dérivés plus ou moins directement de la forme cellulaire (fibres musculaires, nerveuses, etc.). La pathologie suit la même direction ; elle ne se contente plus de l'inspection des organes ; l'examen microscopique est appelé ii fournir de précieux renseignements sur l'état des éléments anatomiques des tissus malades.

Tous les organes, tous les tissus, ne sont en somme qu'une réunion d'éléments anatomiques, et la vie de l'organe est la somme des phénomènes vitaux propres à chaque espèce de ces éléments. Ceux-ci ne vivent pas, comme l'organisme entier, dans le milieu extérieur; ils n'ont aucun rapport direct avec ce milieu ; ils vivent dans

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