‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 28 sur 163 · CL. BERNARD. — Physiol. opér · texte numérisé non relu

CL. BERNARD. — Physiol. opér

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reur trop facile, et qui consisterait à conclure de la nature, (le la forme et des besoins de la vie totale de l'individu, à la nature, à la forme et aux J)esoins de la vie des éléments anatomiques. Ainsi on sait que l'oxygène est indispensable à la vie des animaux; c'est là une dés notions les premières acquises depuis la découverte de Toxygène, notion fondamentale aujourd'hui de toutes nos connaissances sur la respiration et de toutes nos praliquesd'hygiène. iMais de ce que l'organisme entier doit vivre au contact de l'oxygène, soit dans l'air, soit dans l'eau, s'ensuit-il que des conditions semblables soient nécessaires aux éléments anatomiques? Au premier abord, par le simple raisonnement, en vertu de fortes analogies, on n'hésiterait pas à répondre par l'affirmative, mais la réponse devient très-douteuse lorsqu'on s'en rapporte aux résultats de l'expérimentation, c'està-dire à la réalité des choses.

En effet on voit, d'une part, que les phénomènes organiques, qui se traduisent en définitive par des oxydations, ne se produisent réellement pas par de simples combustions, mais par des dédoublements infiniment plus complexes : nous avons, dans la leçon précédente, insisté sur cette question. D'autre part, nous voyons que les éléments anatomiques vivent non pas directement au contact du sang chargé d'oxygène, mais au contact du liquide interstitiel, delà lymphe, c'est-à-dire qu'ils sont plongés non dans le sang rouge, mais dans le sang blanc, et de même pour les invertébrés et les vertébrés. Or, dans cette lymphe, les éléments de tissus sont dans un milieu chargé d'acide carbonique et pauvre en oxy-

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gène, comme le démontrent tous les travaux récents sur les gaz de la lymphe.

Bien plus, il semble que lorsqu'on fait arriver l'oxygène jusqu'au niveau des cellules des tissus, en saturant l'organisme de ce gaz, on provoque dans ces cellules des troubles qui sont incompatibles avec la vie : tels sont les résultats des expériences de P. Bert sur la respiration de l'oxygène pur et de l'air comprinie's à de hautes tensions. Toutes ces questions sont encore fort obscures au point de vue de la physiologie générale ; en y faisant allusion ici, nous n'avons d'autre but que de vous montrer, je le répète, combien il faut se garder de conclure des conditions d'existence de l'organisme entier aux conditions d'existence de ses éléments anatomiques constituants, et nous devions insister sur ce fait, en apparence paradoxal, que l'oxygène, indispensable à la vie de l'organisme entier, est peut-être moins directement utile, et même, dans certaines circonstances, devient nuisible à la vie des éléments anatomiques.

Nous dirons donc, pour résumer toutes les vues précédentes, nous dirons que la physiologie expérimentale doit porter son investigation jusque dans la profondeur intime, microscopique, de l'organisme, jusqu'aux éléments anatomiques; que dans cette étude de physiologie générale il faut procéder comme dans celle des fonctions des organes, c'est-à-dire localiser d'abord et expliquer ensuite; etqu'enfln, pour établir ces explications, il ne faut pas se contenter de conclure par analogie des fonctions et propriétés de l'organisme aux

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fonctions et propriétés de ses éléments de tissus, mais toujours rechercher directement, c'est-à-dire par le procédé expérimenta], quelle est la réalité des phénomènes, et quels sont les processus qui, tout en obéissant aux lois de la physique et de la chimie, sont, quant à leurs formes, spéciaux aux éléments anatomiques vivants.

Avec un semblable programme tout sentiment d'impatience serait absolument ftital. Quand on a bien compris la complexité et l'étendue des phénomènes à analyser, on est nécessairement pénétré de la nécessité de marcher lentement, mais sûrement, de se contenter du peu qu'on trouve, pourvu que ce peu constitue définitivement une pierre, si petite soit-elle, pour l'édifice scientifique qu'il s'agit d'élever sur des bases solides.

Tel est le but de la physiologie, de la médecine expérimentale. Malheureusement il est difficile au médecin de se pénétrer de ce besoin de patience: il lui faut attendre les lentes conquêtes de la science, et cependant le malade est là, dans un état dont on veut au plus vite se rendre compte et auquel plus vite encore on désire porter remède. Pour répondre à ce double desideratum^ la médecine a eu depuis longtemps recours à l'empirisme, et sur bien des points c'est encore à l'empirisme qu'elle devra longtemps encore s'adresser ; mais cet empirisme aura, même au point de vue scientifique, ses résultats incontestables : il fait surgir des questions que l'étude expérimentale aborde et dont elle fournit la solution, remplaçant alors les notions vagues et indéterminées par les données d'un déterminisme exact. Et c'est ainsi que,

la science exp]i([uaiit reinpirisme, renipirisme offrant à la science des points de vue nouveaux, médecine et physiologie iront simullanénient s'entr'aidant et se fusionnant de plus en plus en une seule et véritable science, la médecine expérimentale o\\ p/ujsiuhgie expérimentale, car les phénomènes de [organisme malade seront expliqués par les phénomènes de l'organisme sain, et la physiologie, dans le sens le plus large, dans le sens vrai du mot, comprendra nécessairement, en une seule et même étude, les fonctions de l'organisme sous leui's formes diverses dites physiologiques et pathologiques.

Si nous avons confiance dans cet avenir de nos études expérimentales, nous devons, en raison lueme de la grandeur du but, donner tous nos soins aux moindres détails des efforts qui nous permettront de l'atteindre; nous devons, en un mot, nous préoccuper avant tout d'une bonne discipline expérimentale, et précisera cet effet les conditions rigoureuses d'une technique et d'une critique expérimentale qui, en fixantles procédés propres à contrôler les résultats déjà obtenus, nous permettent de marcher plus loin dans l'analyse des phénomènes de la vie. Dans une étude de ce genre, aucun détail ne saurait être insignifiant : c'est pourquoi nous commencerons, dans la prochaine leçon, cet exposé de technique expérimentale par l'indication rapide des moyens de préhension, de fixation, d'anesthésie, etc., des animaux mis en expérience.

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