‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 40 sur 163 · APPRÉCIATION DES MOYENS DE CONTENTION · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DES MOYENS DE CONTENTION

môme du chlorotbraie ; quoique ici cet effet soit moins marqué, on l'avait observé depuis longtemps, et on s'était même servi de ce fait pour étayer la théorie qui attribue le diabète à une combustion incomplète, à une sorte d'asphyxie : le chloroforme aurait agi en diminuant la respiration. Mais nous avons dès longtemps démontré que, si le chloroforme produit le diabète, ' c'est uniquement par une action sur le système nerveux.

Il était à supposer que la morphine n'agirait point sur la composition du sang : ici encore l'observation directe est venue contredire les hypothèses a 'priori. Nos plus récentes expériences nous ont montré que la morphine rend souvent les animaux diabétiques, et qu'en tout cas elle augmente toujours fortement la quantité de sucre contenu dans le sang.

Bien plus, la simple compression cérébrale produit les mêmes effets, et cet agent, qui par sa nature toute mécanique, semblait a priori nous mettre à l'abri des troubles produits parles autres moyens de contention, nous présente au tnême degré les inconvénients des divers anesthésiques.

Du reste, ce fait ne doit pas nous étonner, si nous tenons compte de ce que l'observation nous a appris depuis longtemps sur l'influence qu'exerce la durée des expériences. Un animal, placé simplement et maintenu sur une gouttière, est singulièrement impressionné par la longue durée de cette position : il se refroidit. Si nous l'y plaçons aujourd'hui avec une température de 41 degrés, nous l'y retrouverons demain à 31 degrés, abaissement

considérable, qui correspond souvent à une modification profonde du sang, quoique dans les cas semblaljles nous n'ayons que rarement trouvé du sucre dans l'urine (seulement les urines étaient devenues acides, ce qui prouve que la digestion s'est arrêtée). — L'immobilité ne produit pas seule cet effet; en soumettant des animaux à un balancement monotone, à une sorte de bercement, on les refroidit également à la longue.

Ces quelques considérations nous permettent de mesurer dans toute leur étendue les difficultés qui s'attachent à l'étude de la physiologie expérimentale. Nous avons dit précédemment que ces troubles apportés dans l'organisme, par le fait même de la vivisection ou des simples préliminaires de contention, avaient servi de prétexte aux objections de toute sorte que l'on avait faites de tout temps aux expériences pratiquées sur les animaux vivants; nous avons vu que Gelse repoussait les vivisections, en disant que la souffrance trouble et change complètement les phénomènes ; nous avons vu que même de notre temps un grand naturaliste, Cuvier, s'était prononcé contre ces expériences en invoquant des raisons semblables. Mais aujourd'hui nous ne pouvons tenir compte de ces objections vagues. Du moment que des modifications existent chez le sujet opéré, et que nous connaissons exactement ces modifications, nous n'avons qu'à en tenir compte, dans l'interprétation des expériences , pour que celles-ci soient légitimes. Ces conditions n'ôtent rien à la valeur de la vivisection, elles ne font qu'en multiplier les difficultés; mais, loin de nous rebuter, ces difficultés doivent au contraire

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nous engager à multiplier nos efforts pour nous en rendre maîtres.

C'est dans ce but que nous n'avonspas craint de passer en revue des circonstances en apparence insignifiantes et de préciser toutes les conditions que nous devons connaître. Mais cette histoire générale n'est qu'un premier aperçu, et, entrés dans l'étude de la véritable physiologie opératoire appliquée à chaque système de Torganisnie, nous aurons soin, à propos de chaque expérience particulière, d'indiquer exactement le choix de l'animal et les circonstances qui doivent présider à l'expérimentation.

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