DIXIÈME LEÇON
Sommaire : Opérations d'un usage général ilan^ les vivisections. — Des inci~ sions (maniement du scalpel, des ciseaux, etc.). — Des sutures, — Manuel opératoire des injections. — Injections hypodermiques. — Injections souscutanées de gaz. — • Quelques considérations générales sur les résultats obtenus par les injections sous-cutanées.
Messieurs,
Connaissant les instruments que nous aurons à mettre en usage dans k plupart des vivisections, nous nous proposons de donner dans cette leçon quelques indications générales sur la manière de s'en servir. C'est ainsi que nous indiquerons rapidement les différentes manières de tenir le scalpel : ces détails, en apparence insignifiants, ne sont pas sans importance, car s'il s'agit de faire une légère incision à un organe délicat, par exemple à un vaisseau dans lequel on doit introduire une canule, et que l'on manie le scalpel comme s'il s'agissait de développer plus de force que d'adresse, on s'expose presque à coup sûr à dépasser le but que l'on se propose, et par suite à manquer l'opération, à sacrifier inutilement l'animal. Il est bon de connaître ces règles et de s'habituera agir régulièrement. Nous indiquerons ensuite rapidement les di/férentes espèces d'incisions que l'on peut pratiquer, incisions qui sont toutes
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justifiées d'une manière générale par le but que Ton se propose d'atteindre. Après avoir coupé, il faut souvent recoudre, réunir les parties; nous dirons donc quelques mots des sutures. Enfin nous préciserons les manœuvres opératoires applicables aux injections les plus générales, c'est-à-dire aux injections sous-cutanées.
Nous compléterons ces études par quelques règles générales relatives à des questions opératoires qui sont du ressort d'un grand nombre de vivisections ou d'expériences; c'est ainsi que nous indiquerons les procédés les plus avantageux pour sacrifier un animal chez lequel on a à rechercher les modifications des organes internes ; nous nous arrêterons queUiues instants sur ces autopsies pratiquées sur l'animal sacrifié, et dont les éléments anatomiques sont encore vivants. Toute une série d'appareils est nécessaire pour étudier les modifications dynamiques que présentent ces tissus; c'est surtout l'électricité qui sert de réactif dans ces circonstances, de sorte que nous indiquerons les appareils électriques qui nous sont les plus usuels.
Enfin, chez un animal réduit à l'état de cadavre apparent, soit par la section du bulbe, soit par l'absorption du curare, on peut encore entretenir la vie en rétablissant artificiellement les mouvements respiratoires, et par suite l'hématose, puisque la circulation persiste dans ces cas. L'élude de la respiration artificielle devra donc suivre et terminer ces détails sur les manœuvres opératoires d'un usage général.
A. Maniement du scalpel. — Sans insister ici sur le maniement de ces instruments classiques, nous ne pou-
vous cependant nous dispenser d'indiquer comment il faut tenir le scalpel : inutile de dire que cet instrument doit être tenu solidement, ici encore plus que dans les dissections simples, puisque nous avons affaire à des sujets qui peuvent remuer et nous déranger brusquement; mais, de quelque manière qu'on manie le scalpel, ses positions peuvent se réduire ta trois.
1° On le tient comme un couteau à découper (fig. 43), c'est-à-dire le manche en plein dans la paume de la
Fie 43. — Scoljiel tenu comme un couloau à déconpcr
main, l'index appliqué sur la partie dorsale de la lame. C'est la position prise pour développer beaucoup de force , pour appuyer avec énergie. On peut varier cette position en tournant le tranchant en haut; alors l'index vient appuyer un peu plus en arrière, vers la jonction du manche et de la lame : c'est ainsi qu'on
tient rinstrument pour couper un pli fait à la peau
(fig. 44).
FiG. 41. — Antre position ihi scalpel tenu comme un rouleau à découper. Incision de dedans en deliors.
2" On le tient comme une plume à écrire (fig. 45). Celte position présente encore une certaine solidité;
FiG. 45. — Scalpi'l tenu comme une plume à ccrn-e.
niais elle est surtout utile par sa légèreté : c'est ainsi que l'on dissèque une artère, un nerf, et en général les
organes délicats. On varie cette position en tournant en liant le tranchant de la lame, et c'est ainsi qu'on opère pour percer une cavité, pour traverser la paroi d'un viscère, d'un réservoir ou d'un canal (fig. 46).
FiG. 46. — Aulrr position du scalpel tonu comnio une plume à e'crire
3° Enfin on le tient comme un archet [Ç\^. 47) : c'est
Fig. 47. — Scalpel tenu comme uji archet.
la position qui donne le plus de légèreté et de délicatesse
au mouvement. C'est ainsi que l'on coupe des parties délicates sur un organe à ménager; c'est ainsi que l'on sectionne un reste d'aponévrose sur un organe déjà dénudé. On peut porter la lame en avant ou en arrière, de façon à inciser en ramenant vers soi (fig. 48).
Fin. -48. — Aulru iiositioii du scalpel tenu comiiu' un arrlict. Incision (a) sur la soiule cannelée d'une aponévrose (h),
B. lncisio7is. — Nous ne nous arrêterons pas longuement sur les incisions et les différentes formes que l'on peut leur donner : les chirurgiens, dans leurs traités de médecine opératoire, décrivent des incisions simples et des incisions composées en T, en V, en croix, en croissant, en quadrilatère. Nous insisterons seulement sur la distinction des incisions selon qu'elles se pratiquent de dehors en dedans ou de dedans en dehors.
Les incisions de dehors en dedans se pratiquent de préférence avec les scalpels à tranchant plus ou moins convexe : c'est d'ordinaire le tégument externe, ou l'enveloppe, ou les membranes superficielles que l'on incise ainsi; à cet effet, la peau, par exemple, est
tendue entre les indicateurs et les autres doifj-ts ou bien on la fait soulever par les deux mains d'un aide en un pli que l'on divise perpendiculairement (%. 49).
Les incisions de dedans en dehors se pratiquent avec ou sans conducteur. Si Ion ne se sert point d'un conducteur, on se contente (fig. 46) d'enfoncer plus ou moins perpendiculairement le scalpel au travers des téguments, puis on l'incline sous un angle d'environ 45 degrés; pressant alors sur l'instrument en le ramenant à soi, on donne à l'incision la longueur voulue et on la termine nettement en relevant la lame à anole droit. On peut encore enfoncer , comme le
montre la figure 44, la lame de part en part au travers d'un pli cutané, et faire ensuite agir le tranchant soit de manière à tailler un lambeau, soit de façon à pratiquer un trajet analogue à celui que les chirurgiens ou les vétérinaires mettent en usage pour passer un séton. Si l'on se sert d'un conducteur, c'est-à-dire de la sonde cannelée (fig. 37, n° 10), on introduit l'extrémité de celle-ci («, fig. 48) au-dessous de la portion de tégument ou de la lamelle aponévrotique que Fou veut diviser [h, fig. 48), puis on porte la pointe du bistouri sur la cannelure, et, après avoir incliné la lame en la
Fig. 49. — Incision de dcliors en dedans.
rapprochant de la sonde, on la fait glisser sur celle-ci, de telle sorte qu'elle divise les parties qu'elle soulève.
C. Sutures. — Les sutures ne méritent guère de fixer longtemps notre attention : nous employons généralement la suture à surjet ou à points entrecoupés. Mais nous devons déclarer tout de suite qu'il est rare que les sutures réussissent, en physiologie opératoire, pour obtenir une réunion par première intention ; nous n'avons, du reste, que rarement occasion de désirer une réunion de ce s-enre.
L'instrumentation nécessaire pour faire une suture quelconque se conqiose : i" de fils de lin, de soie, ou de fils métalliques ; 2" d'aiguilles de formes diverses, les unes droites, les autres courbes (fig. 50, 3), mais toujours bien effilées et tranchantes à leur extrémité, car les téguments des animaux, encore plus que ceux de
FiG. 50. — Aigiiillos et portc-aigiiilk'.
1, portc-aig'uillo (ou pinces à manclic) droit ;
2, portc-aig-uillo à bec ; 2' détails de la face interne des mors du porte-aig'uille ;
3, aiguilles droites et courbées.