‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 54 sur 163 · ET LYMPHATIQUE · texte numérisé non relu

ET LYMPHATIQUE

Il ne peut entrer clans notre plan de donner une description , même sommaire , de l'appareil circulatoire. Nous rappellerons seulement son type général, pour nous borner ensuite à quelques indications spéciales sur les dispositions particulières (ju'il présente chez les animaux qui sont le plus souvent l'objet de nos viYisections.

Rappelons donc que, chez 1 homme, le ventricule droit donne naissance à un gros vaisseau (aorte), dont les ramifications (artères) s'étendent dans toutes les parties du corps pour y porter le sang rouge, ou sang iirU'riel.

Que, d'autre part, l'oreillelte droite reçoit deux veines, les veines caves^ qui apportent tout le sang qui

servi à la nutrition [sang veineux ou satig noir). '

Cet ensemble (artères et veines), réuni par les capillaires généraux, forme ce que l'on appelle le cercle de la grande circulation : c'est sur ce cercle, généralement accessible à nos investigations directes, que portent le plus souvent nos expériences, tant sur les artères que sur les veines ou les capillaires.

xMais pour aller de l'oreillette droite vers le ventricule gauche, le sang parcourt un cercle analogue au précédent : car il est formé d'une artère (artère pulmonaire)

TOPOGRAPHIE GËNÉR.VLE. 545

qui le conduit vers le poumon, d'un syslèuie de capillaires (capillaires pulmonaires) qui le met à même d'acconjplir ses échanges avec l'air extérieur, et enfin d'un ensemble de veines (veines pulmonaires) qui le rapportent à roreilletle et par suite au ventricule gauche. Ce second cercle est moins accessible à nos moyens d'expérience ; mais il est très-important d'insister ic' sur son interposition entre les veines et les artères du système général, car nous serons ainsi bien fixés sur ce tait capital que toute substance, introduite dans une veine, va passer par les capillaires pulmonaires avant de pénétrer dans le sang artériel, dans le véritable nîiiieu intérieur. Nous comprendrons ainsi que si cette substance est un gaz, elle pourra s'éliminer au niveau du poumon, et par suite n'exercer en définitive aucune action sur les éléments anatomiques, puisqu'elle ne sera pas parvenue jusqu'à eux.

Les modes de division des artères, les modes de convergence des veines sont tout k fait analogues chez l'homme et chez les mammifères sur lesquels portent nos expériences. Les figures 75-73 et 78-79 montrent la disposition générale des gros troncs veineux et artériels chez le chien et chez le lapin. Les particularités que présentent ces animaux seront indiquées avec soin à propos d'opérations particulières pour lesquelles leur connaissance est indispensable; nous nous contenterons de fixer ici quelques notions d'un usage plus général, qui ne pourraient trouver place à propos de telle ou telle expérience, et qui nous permettront enfin d'étendre, avec connaissance de cause, nos investigations

LCvili-L^ OLL.

£. l/tr/fMJ/^CIflf^. i c

l'iG. 7:2. — Disposition de l'ensemble des gros vaisseaux chez le cliicn.

C, le cœur; I, \, veine cave iiifcrieure ; c, )', vaisseaux cruraux; b, b, vais,seaux axillaires ; J, veine jugulaire (externe); S, veine cave supérieure ; A, crosse de l'aorte ; A', aorte abdominale ; R, les reins ; C, C, artères carotides de chaque côté de la trachée.

F'iG. 73. — Parties ceii des gTos troncs artéri veineux du chien.

0 et V, oreillette et vc cule droits ; V, veine inférieure; S, veine supérieure ; Z, graiule azygos ; m , veines i maires ; b, veines .■ clavières; JetJ', jugul externes ; 0' et i', o lettc et ventricule gauc A, crosse de l'aorte; aorte abdominale ; 1, s clavière gauche ; 2, c lide gauche ; 3, can droite ; 4, sous-chr droite.

sur un plus grand nombre d'animaux : nous voulons parler de la disposition des gros troncs artériels qui partent de la crosse de l'aorte pour se distribuer aux membres antérieurs, au cou et à la tête (fîg."^73). Il était nécessaire de rapprocher les descriptions de ces parties chez les divers animaux, car les différents types qu'elles offrent présentent entre eux des analogies et des transitions faciles à saisir.

Ainsi, chez quelques animaux peu nombreux, tels que la taupe et la chauve-souris, on voit se détacher de la crosse de l'aorte deux troncs brachio-céphaliques symétriques, qui se divisent bientôt symétriquement en sousclavières et carotides (fig. 74).

l'ir.. 7i. — Taiiiir. Cli:iii\('->nm is.

l'Ki. 75. — lloiiHiii'. Ca loi-.

Chez l'homme, on voit le tronc brachio-céphalique droit se conserver; mais le gauche se dédouble de telle sorte que la sous-clavière et la carotide de ce côté naissent isolément, c'est-à-dire directement, de l'aorte (fig. 75).

^^48 APPAllEI]. CIRCULAÏOIUE.

Si nous examinons les mêmes vaisseaux sur le chat ou le chien (%. 76), nous trouvons que la carotide gauche est venue prendre naissance sur le tronc brachiocéphalique droit, qui devient ainsi générateur de trois grosses artères, tandis que la sous-clavière gauche est seule à naître directement de l'aorte.

Enfin, comme dernier terme de cette tendance à la fusion en un seul tronc, nous trouvons la disposition que représente la figure 77 et qui est celle du cheval

Flij. 70. — Chioii rt Cli.it Pure.

l-'iu. 77. — Cheval. Mouton (1).

et du mouton. Ici la sous-clavière gauche elle-même naît d'un tronc commun à toutes les artères de la réçfion antérieure du corps. Ce tronc porte le nom d'aorte antérieure : il se divise en deux branches qui constituent

(1) Dans toutes ces figures, A, A, désigne la crosse de raorte ; S, la sousclavière droite ; S', la sous-clavière gauche ; G et C, les carotides primitives droite et gauche ; B ou B, B, le ou les troncs brachio-céphaliqujs ; A", raorte antérieure, quand elle existe (cheval).

TOPOGUAPHII- GJiiNLRALE. 549

les troncs bmchiaiix ou artères axillaires : le tronc l)t'acbial droit est un peu plus fort que le gauche, parce qu'il fournit les artèi'es de la tétc. Celles-ci naissent, en effet, à très-peu de distance de son origine, par un tronc commun, le tronc céphalique, qui, vers l'entrée de la poitriniî, se ijifurque en deux carotides primitives.

Les oiseaux présentent un type particulier dans la disposition de cet appareil aorlique. L'aorte, presque aussitôt après sa naissance, se divise en trois grosses branches. Celle de droile se recourbe pour former la véritable aorte postérieure ou descendante ; la branche moyenne constitue la sous-clavière droite et la branche gauche la sous-clavière gauche. De chacune de ces deux sous-clavières part une grosse branche qui se divise plus tard en carotide primitive et en vertébrale. Notons encore que les axillaires, comme les sous-clavières auxquelles elles succèdent, présentent chez les oiseaux un volume relativement très-considérable, disposition en rapport avec le développement et l'importance des membres thoraciques, c'est-à-dire des ailes, appareil capital pour la locomotion de l'oiseau.

Les particularités importantes à connaître dans la disposition des gros troncs veineux seront indiquées à propos de l'étude plus spéciale de certaines régions. Cependant nous devons indiquer en deux mots, renvoyant pour plus de détails aux figures 75-73 et 78-79, la disposition des gros troncs veineux du cœur droit chez le chien et chez le lapin.

Chez le chien il y a une veine cave supérieure et une veine cave inférieure ; comme chez l'homme, cette

dernière résulte de la confluence de deux troncs brachiocéphaliiiues.

Chez le lapin, au contraire, les deux troncs brachiocéphaliques veineux ne se réunissent pas en une veine cave supérieure unique, ils vont seulement s'aboucher simultanément dans l'oreillette droite; de sorte qu'on peut dire que le lapin présente deux veines caves supérieures (fig. 78 et 79).

Le système lymphatique est très-important, non-seulement par lui-même, mais par ses rapports avec le système sanguin. S'il est difficile de résoudre, au point de vue anatomique, la question de savoir si les vaisseaux lymphatiques communiquent, à leur origine, avec les vaisseaux sanguins, il n'en est pas moins vrai qu'au point de vue physiologique, c'est-à-dire au point de vue de la pénétration et du transport des substances, les vaisseaux lymphatiques peuvent être considérés comme faisant suite au système artériel, aussi bien que les vaisseaux veineux. Tout porte cependant à croire que ce passage ne se fait pas directement, mais succède à une extravasation de la partie liquide du sang dans les lacunes interorganiques, dans lesquelles ce liquide serait ensuite pompé par les radicules lymphatiques.

Chez les mammifères, le système lymphatique a été divisé, au point de vue physiologique, en deux parties : d'une part, les vaisseaux lymphatiques généraux, qui ramènent vers le cœur la lymphe des diverses pai'ties du corps; d'autre part, les lymphatiques de l'intestin grêle, dont le contenu est, à certaine période de la di-

gestion, formé par un liquide blanc et laiteux, le chyle :

FiG. 78. — Pai'lies ccntI■i^le:^ des gros troncs artériels el veineux du lapin.

0 et V, oreillette et ventricule droits ; I, veine cave inférieure ; S , veine cave supérieure droite; a, grande veine azygos ; J el J', veines jugulaires droite el gauche : cette dernière, après avoir reçu la soiisclavière lorrespondante, va se jeter directement dans l'oreillette. ( Il y a donc deux longs troncs bracliiocéjdialifiucs veineux, et, à proprement parler, pas de veine cave supérieure.)

A, crosse de l'aorte ; A', aorte aijdouiiDalc ; G , C, carotides ; b , b', artères sous-clavières.

LEIT/Lllr.

c.vLrKor.crco.so

l'iG. 7'J. — Disposition de l'eiisiMiible des groj troncs artériels et veineux chez le la|iiii. (Lettres comme dans la figure 72 ci-dessus, page 240j.

d'où le nom de chylifères ou vaisseaux /^/c^^'^ donné à ces

55*2 APPPAREIL CIRCULATOIRE.

canaux. Or, les chyliièrcs n'existent pas chez les oiseaux, même chez ceux qui sont exclusivement carnassiers ; il en est de môme pour les batraciens, les reptiles. Nous tenons à rappeler ces faits anatomiques, et nous y insistons, après avoir mis en œuvre tous les moyens possibles pour faire apparaître des chylifères chez les oiseaux sans jamais y réussir. Nous avions, par exemple, observé que de l'éther tenant de la graisse en dissolution, et injecté dans le tube digestif, est un moyen excellent de faire presque instantanément apparaître des chylifères pleins de leur contenu blanc et laiteux caractéristi(|ue; or ce procédé, qui nous a toujours réussi chez le chien, le chat, et môme chez le lapin, ne nous a jamais donné aucun résultat chez les oiseaux.

Il est encore quelques dispositions particulières aux vertébrés à sang froid que nous devons signaler ici. De même que chez l'anguille on observe un cœur accessoire placé sur le ti'ajet delà veine caudale, de môme chez les batraciens on trouve de nombi'eux cœurs lymphatiques périphéri(iues. Chez la grenouille il en existe deux paires : l'une est située dans la région pelvienne dorsale, de chaque côté de la pointe de l'os sacrum; l'autre est placée vers la partie dorsale de l'origine des membres antérieurs. Ces cœurs accessoires sont trèsintéressants à étudier : ce sont de petites cavités contractiles, pourvues de fibres musculaires striées, et qui, grâce aux nombreux éléments élastiques qu'elles renferment, agissent alternativement comme pompe aspirante et foulante. Ces cœurs battent sans aucune espèce de synchronisme ni entre eux ni avec le cœur sanguin,

organe principal de la circulation. Ils ne réagissent pas de la même manière que ce dernier aux agents toxiques: ainsi le curare, qui n'arrête pas le cœur sanguin thoracique, paralyse rapidement les cœurs lyuîphatiques. Nous reviendrons ultérieurement sur ces particularités dont nous ne saurions développer ici l'étude.

Quant à l'appareil lymphatique des mammifères sur lesquels portent le plus souvent nos expériences, il rappelle, par ses dispositions générales, celui de l'homme. Un canal thoracique et une çjiwide veine lymphatique en sont les deux troncs principaux. Chez le chien, le réservoir de Pecquet est considérable, de forme ovoïde, et remonte jusque entre les piliers du diaphragme. Le canal thoracique, qui lui fiiit suite va s'ouvrir, dans la sous-clavière ou à l'extrémité de la jugulaire gauche, après avoir reçu les afférents de la moitié gauche de la tête et du membre thoracique correspondant ; mais dans ce trajet, et surtout vers sa terminaison, il se divise souvent en plusieurs branches, qui se réunissent de nouveau : ces branches s'anastomosent plusieurs fois entre elles de manière à former des plexus. Parfois il vient aboutir au système veineux par des insertions multiples diversement disposées. — Ces irrégularités dans l'insertion du canal thoracique sont encore plus fréquentes chez le bœuf : on voit souvent chez cet animal le canal, simple à son origine et dans la plus grande partie de son étendue, se bifurquer dans le tiers supérieur du thorax; de ces deux branches, Tune passe alors à droite de l'œs(>phage et de la trachée, tandis que l'autre se porte à gauche de ces parties, en suivant la direction

ordinaire, et, à l'entrée du thorax, elles se terminent, soit séparément, chacune dans l'angle de réunion de h. jugulaire et de l'axillaire correspondante, soit ensemble au menie point, c'est-à-dire au golfe des deux jugulaires (Colin). — Le canal thoracique présente des variétés du même genre chez le cheval et chez les solipèdes en général.

La grande veine lymphatique reçoit les vaisseaux lymphatiques de la moitié droite de la poitrine, du membre antérieur droit, et de la moitié droite de la .tête et du cou. Ce tronc va s'ouvrir dans la sous-clavière droite ; quelquefois une ou deux des branches qui concourent à le former, décrivent des circonvolutions autour du tronc veineux sous-clavier avant de rejoindre les autres. Enfin, chez le cheval, il n'est pas rare de voir ce tronc lymphatique s'anastomoser avec le canal thoracique par des branches collatérales volumineuses, puis se réunir avec lui, de telle sorte que les deux vaisseaux s'insèrent ensemble par un orifice siujple audessus du confluent des jugulaires (Colin).

Vaisseaux du cou et du pli de l'aine. — Opérations quon y pratique. — Il est deux régions que nous devons plus particulièrement étudier : le cou et le pli de raine. C'est là en effet que nous agissons le plus souvent sur les parties périphériques de l'appareil circulatoire, soit pour puiser du sang dans une artère, soit pour injecter un poison dans une artère ou dans une veine, soit enfin pour appliquer sur ces vaisseaux les divers instruments que la physiologie emprunte à la physique afin de déterminer les conditions mécaniques de la circulation.

INJECTIONS INTRA-VEINEUSES. 255

Nous nous occuperons ici du procédé opératoire nécessaire pour découvrir des vaisseaux, pour y pratiquer des injections, et plus spécialement des injections intraveineuses. Nous compléterons donc ainsi l'étude des moyens les plus efficaces d'introduction de substances étrangères dans l'organisme, puisque nous avons précédemment étudié les injections faites sous la peau ou dans les cavités séreuses (voy. ci-dessus, p. ^215).

L'injection intra-veineuse supprime toute question d'absorption ; par cette méthode, nous pénétrons directement dans le système sanguin, dans le milieu intérieur, qui va aussitôt porter les substances actives sur les tissus, c'est-à-dire sur les éléments anatomiques.

L'injection intra-veineuse a été pratiquée même chez l'homme : Magendie injecta de l'eau dans les veines d'un sujet atteint d'hydrophobie; le malade fut calmé, mais n'en succomba pas moins bientôt après. Depuis lors plusieurs médecins, et entre autres Lorain, ont injecté de l'eau à des cholériques, et le succès a couronné cette tentative. Lorain a réussi en faisant cette injection dans la dernière période du choléra, alors que le cœur bat à vide, les veines étant pleines d'un sang poisseux et épais, tandis que les artères ne contiennent plus rien.

Les injections intra-veineuses, au point de vue des expériences physiologiques, se font dans un grand nombre de circonstances : elles peuvent du reste se pratiquer dans toutes les veines des animaux; maison choisit d'ordinaire les veines les plus faciles à atteindre, c'està-dire les veines du cou et les veines du membre postérieur.

APPARLIL CmCUI.ATOIRE.

Il nous faul donc donner ici quelques rapides indications sur la disposition anatomique du système veineux,

Fic. bO. — W'iiics du cou chez Ii^ cIu:mi.

C, eceiir (oreillette droite); T, T, trachée; A, aorte (la crosse de l'aorlo est vue par son bord droit, de sorte qu'on n'aperçoit pas l'ciiseniLilc de sa courbe) ; S, S, artères sousclavières ; C, C, artères carotides.

V, veine cave supérieure; 1, 1', veines sous-clavièrcs ; 2, 3. et 2', 3, veines jugulaires externes (en dedans desquelles on aperçoit les jugulaires internes, sous forme d'un vaisseau trcs-grèle; on voit notamment la jugulaire interne gauche se jeler eu 2 dans la jugulaire externe).

afin de bien savoir dans quelles conditions nous nous plaçons en agissant sur tel ou tel vaisseau, et d'èlre à même de retrouver et de découvrir en toute sûreté le vaisseau auquel nous voulons nous adresser.

Chez le chien, comme chez l'homme, le système vei-

INJECTIONS INTRA-VEINEUSES. 257

ueiix du cou se compose de veines superficielles eUle veines profondes; mais ces vaisseaux présentent chez le chien, quant à leur volume, une disposition inverse : tandis que la veine profonde, \d, jugulaire interne^ est la plus volumineuse chez l'homme, c'est la jugulaire

FiG. 81. — Cavité crânienne du chien ouverte par le côté droit pour montrer la disposition dos sinus veineux (a, b, c) et leur confluence vers le pressoir d'Hdropliile, en c, au niveau duquel doivent être faites les ouvertures pour puiser le sang veineux cérébral, comme le montre la (itrnro suivant?.

externe qui, chez le chien, présente le volume le plus considérable, l'interne étant réduite à un mince filet veineux qui accompagne la carotide. Cette différence s'explique facilement si l'on tient compte des régions d'où viennent ces vaisseaux. Chez le chien, la face est très-développée relativement au cerveau : de là la prédominance de la veine qui résume la circulation externe de la tête. Le volume considérable de la masse encéphalique, chez l'homme, nous rend compte des dimensions

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