INJECTIONS INTR\-VE1M<:USES
au-dessus (en cl) , elle s'est affaissée dans toute la partie au dessous (en <?}.
ô" ~^ Cj £
— ^ C ^ CJ '/) — ,~ ~^
i^ "^ tc-n =
11 s'agit alors de pratiquer l'injection dans cette veine ; on y introduit à cet effet une canule. Pour cela on sou-
264 APPAREIL CIUCULATOIUK.
lève sur l'index de la main gauche la portion de veine qui est vide, et avec de fins ciseaux on pratique sur la paroi vasculaire une incision oblique (fig. 80, n° 2). Introduisant alors dans la lumière du vaisseau l'une des pointes des ciseaux, pointe qui est boutonnée précisément pour pouvoir être introduite sans éraillure des tuniques vasculaires, on incise de nouveau la paroi vasculaire parallèlement à l'axe du vaisseau (fig. 86, n" ^2') : il en résulte une incision à trois branches, ayant la forme d'un fer de flèche et très-propre à laisser pénétrer avec facilité l'extrémité d'une canule, comme le montre le numéro 3 de la figure H6. C'est alors que l'anse de fil restée libre est utilisée {/i, h) pour fixer fortement en i la paroi vasculaire sur la canule qui y est engagée. Si l'injection était faite avec une petite seringue à ca-
Fig. 87, — Injection inlra-vciiicuEe avec une soringuo à petite canule acére'e (a).
nule acérée, comme celles que nous avons décrites à
INJECTIONS INTRA-YEINEUSES. 565
propos des injections sous-cutanées (p. '515), on pourrait simplifier beaucoup ces diverses opérations. Alors, après avoir mis la veine k nu, on se contente de la comprimer en un point avec un doigt (le médius par exemple, fig. 87), afin de la faire se gonfler au-dessus de ce point; comprimant alors avec Tindex un peu au-dessus de l'endroit où est appliqué le médius, on fait saiUir une portion [a) de vaisseau, portion très-gonflée de sang et dans laquelle il est très-facile d'introduire pai' ponction directe la canule acérée (fig. 87).
C'est ainsi que l'on peut pratiquer les injections les plus variées, sur lesquelles nous aurons à nous expliquer longuement par la suite. Si, par exemple, nous choisissons comme expérience type une injection tX hydrogène sulfuré, après les manœuvres précédentes, nous injecterons une solution de gaz avec une grande lenteur ; poussée trop vite, une injection, ne fût-elle composée que d'eau pure, pourrait tuer subitement l'animal. Si la lenteur de rinjection est suffisante, on voit à peine noircir le papier d'acétate de plomb placé sous le nez de l'animal au contact de l'air expiré ; si l'on pousse un peu plus rapidement, le papier noircit Irès-vite et très-fort. C'est ({ue l'hydrogène sulfuré, pénétrant très-lentement, est détruit avant d'arriver au poumon ; mais s'il pénètre en plus grande abondance, il arrive jus(|u'à la surface pulmonaire où il est exhalé ; enfin, s'il y en a un grand excès, l'air du poumon en est saturé, l'animal le respire, et il meurt cette fois empoisonné par ce gaz, ou du moins il présente dans tous les cas les symptômes de l'empoisonnement. Ainsi cet exemple est excellent pour montrer
(jne, dans les expériences de ce genre, tout, môme la mort de l'animal, dépend de la vitesse et de la régularité avec laquelle est pratiquée rinjection.
On peut aussi expérimenter en injectant dans le sang veineux un gaz à l'état de gaz libre, pourvu que ce gaz soit soluble dans le sang: ainsi on n'injectera ni de l'azote, ni de l'air ordinaire ; mais on pourra injecter des quantités énormes iVhi/droyènc sulfuré ou iVacide carbonique à l'état de gaz.
Nous avons pris comme type l'opération pratiquée sur la veine jugulaire d'un chien, elle se fait de môme sur le lapin. La figure 88 montre que chez cet animal la
l'io. 88. — Vciiio jugulaire (lu Inpin : tliroclion do l'iucisiou [a,b) par laquelle 'ou arrive sur celle veine.
direction de la veine est la même, et que, par suite, celle de l'incision tloit être semblable.
Les opérations faites sur la veine jugulaire doivent être rapprochées ici de celles que nous faisons sur le vaisseau artériel du cou^ sur la carotide. Cette artère est
INJKCTIONS INÏRA-VKINEUSIiS. '267
profondément située sur les côtés de latracliée, accompagnée par le pneumogastiiipie, avec lequel le grantl sympathique se trouve confondu (chez le chien) ; nous avons déjà dit ([ue sa veine satellil(^ la jugulaire interne, est très- petite.
Les carotides naissent de la crosse de l'aorte, mais cette origine ne présente pas chez le chien les mômes dispositions que chez l'homme. Rappelons que chez le chien, ainsi que nous l'avons déjà vu page "2 48, on trouve à droite un tronc unique pour la sous-claviôre droite, la carotide droite et la carotide gauche; puis à gauche, un tronc isolé qui est la sous-clavièrc gauche. Cette artère (la carotide) a pour direction celle d'une ligne qui de l'angle de la mâchoire se porterait vers la partie externe du sternum. Elle forme donc, avec la direction précédemment indiquée de la jugulaire externe, les deux côtés d'un triangle qui aurait pour base la moitié de l'espace qui sépare le sternum de l'articulation de l'épaule.
On peut mettre l'artère à nu en pnititpiant une incision d'après la direction que nous venons d'indiquer; mais ce procédé est assez délicat, car il nous force de contourner ou de couper le sterno-masloïdien ; il est aussi très-peu avantageux, car il ne nous donne accès que sur un seul vaisseau, sur la carotide elle-même.
Il est un autre procédé d'incision ({ui nous permet d'atteindre à la fois tous les organes importants du cou, y compris la carotide : il consiste à couper verticalement sur la ligne médiane, sur le raphé du cou, en prenant la saillie de la trachée comme guide. Une fois la trachée à nu, on n'a qu'à détacher le tissu cellulaire qui se trouve
"iiiS AIM'AUhlL CiRCULATOllU:.
sur ses côtés, et l'on arrive aussitôt sur tous les organes importants de la région cervicale antéro-latérale. C'est ainsi qu'on arrive sur la carotide. On agit alors sur ce vaisseau à peu près comme sur la veine : on l'isole, on place une serre-fme sur sa partie centrale, on saisit le vaisseau sur le doigt, on l'incise avec des ciseaux, d'abord en bec de flûte, |)uis parallèlement à l'axe du canal, et enfin on y introduit un petit tube ou une canule sur laquelle on le lie avec les fils préalablement passés audessous de lui.
On peut alors pratiquer une injection, mais le plus souvent l'opération que nous venons de décrire a un autre but : c'est de lirer du sang que l'on vent analyser; ou plus souvent encore d'étudier certains phénomènes mécaniques de la circulation. Ainsi, par l'incision que nous avons pratiquée, nous pouvons introduire tous les instruments employés pour expérimenter sur la pression, sur la vitesse, sur les pulsations de la colonne sanguine artérielle. Quand ces expériences sont terminées, on relire les instruments et l'on fait une ligature sur le vaisseau.
Nous l'avons dit, on préfère généralement les veines aux artères pour pratiquer les injections vasculaires. Cependant nous savons que les substances injectées n'agissent que lorsqu'elles sont parvenues dans le système artériel, pour être portées par lui vers les éléments anatomiques. Il n'est donc, en somme, rien de plus rationnel que de pratiquer des injections dans les vaisseaux à sang rouge; et c'est ce que l'on fait, en effet, dans certains buts spéciaux. Ainsi, nous avons déjà dit que le
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES. 569
prussiate de potasse est éliminé par les reins et par l'estomac, mais peu ou pas par la salive. Il est cependant à supposer qu'il passerait par la salive si l'on en injectait beaucoup plus; mais on ne peut forcer la dose dans le sang veineux, car une injection de plus de 1 gramme tuerait l'animal. Est-ce à dire que nous ne puissions faire arriver une grande quantité de cette substance au niveau de la glande sans empoisonner tout l'organisme? Nullement; etc'est ce que nous obtenons précisément en dirigeant spécialement l'injection vers un département sanguin, vers celui de la glande sous-maxillaire, en injectant dans l'artère de cette glande une quantité de prussiate très-considérable pour cet organe, mais relativement insignifiante lorsqu'elle est répandue dans tout l'organisme.
Nous obtenons les mêmes résultats pour le curare. Certains nerfs, par exemple ceux de la glande sousmaxillaire , résistent fort longtemps à l'action de ce poison ; mais en faisant directement l'injection dans les artères de cette région, nous portons une dose relativement énorme de curare sur les parties périphériques de ces nerfs, et nous les frappons directement.
Nous voyons donc que les injections dans le système artériel sont un précieux moyen d'agir dans des circonstances particulières. Il va sans dire que dans ce cas on pousse toujours l'injection vers la périphérie. Cependant, dans des circonstances spéciales et sur lesquelles nous reviendrons plus lard, on pousse même l'injection artérielle de la périphérie au centre. Nous ne voulons indiquer ici que les grandes précautions qu'il faut
prendre, dans ces cas, de pousser l'injection avec lenteur, si Ton ne veut voir l'animal succomber subitement par apoplexie du cœur. C'est que l'injection trop brusque et trop considérable produit un reflux qui tient les valvules sigmoïdes baissées, et amène dans les artères coronaires une pression qui produit des ruptures et des hémorrliagies au milieu des fibres musculaires du cœur.
VaisseaKx du pli de laine. — Les vaisseaux nous présentent, au pli de l'aine, exactement les mêmes dispositions chez l'homme et les animaux. Nous ne nous arrêterons donc pas sur l'anatomie de cette région (voy. fig. 89), ni sur les procédés opératoires employés pour aller à la recherche des vaisseaux. On pratique, comme pour le cou, une incision longitudinale; on dénude les vaisseaux, on les isole avec une sonde cannelée, et Ton passe au-dessous d'eux une double anse de fil.
On peut alors pratiquer sur la veine crurale les mêmes injections que sur la jugulaire. Ici on n'a plus à craindre l'introduction de l'air dans les veines. Nous avons ainsi maintes fois injecté diverses substances dans la veine, chez des animaux immobilisés par le curare, afin de pouvoir placer plus commodément des canules dans les canaux des glandes (sous -maxillaire, rein, pancréas, etc.) au niveau desquelles nous voulions étudier l'élimination du poison, du prussiate de potasse par exemple. Si l'injection de ce sel est trop concentrée, l'animal succombe ; mais même les cas de ce genre sont très-instructifs. Ils nous permettent de voir que le sang jaillit encore de l'artère, quoique le cœur soit arrêté : c'est que la respiration artificielle, les mouvements du
INJECTIONS INTRA- VEINEUSES. 271
poumon, entretiennent encore un très-léger degré de circulation, vu les compressions et les dilatations successives de la cage thoracique. Ils nous montrent, de
FiG. 89. — Pli de l'aine chez le chien.
a, veine crurale; 6, arlère crurale; c, nerf crural; d, peau et lèvres de l'incision, e, aponévrose crurale et 'gaine des vaisseaux incisés ; f, f, muscles adducteurs ; (j, le couturier; II, h, fil passé au-dessous de la partie supérieure (centrale) de la veine ; h', h', fil passé au-dessous de sa partie périphérique.
plus, que ce sang sortant des artères est encore rouge, et que celui des veines est noir ; tandis que, en général, chez tous les animaux qui viennent de succomber, le sang est noir dans tous les vaisseaux et dans toutes les
272 APPAREIL CIRCULATOIRK.
cavités du cœur. Ici, au contraire, nous trouvons du sang noir dans le cœur droit et du rouge dans le gauche. C'est qu'ici la mort est arrivée par un mécanisme particulier, par l'arrêt du cœur, et que les mouvements du poumon se sont continués après cet arrêt. Nous avons autrefois indiqué cette présence d'un sang noir dans le cœur droit et rouge dans le cœur gauche, comme le caractère le plus frappant de la mort par les poisons du cœur; c'est alors le cœur qui meurt le premier, et la respiration continue encore quelques instants.
\J artère crurale, mise à nu parla même opération que la veine, peut nous servir à des expériences analogues à celles dont nous avons parlé pour la carotide : on peut y puiser du sang ou y diriger des injections qui seront poussées vers le bout périphérique. Ces injections dans le bout périphérique se font ici plus fréquemment ; elles ont un but particulier: c'est de faire pénétrer dans l'artère des substances solidifiables ou de petits corps (poudre de lycopode) qui iront oblitérer toutes les arlérioles. On pourra alors étudier parfaitement quels sont, sur les muscles, sur les nerfs du membre, les effets de la suppression complète de la circulation ; une ligature sur le tronc principal ne donnerait pas une suppression absolue de la circulation, qui dans ce cas se rétablit trèsvite et très-complètement par les vaisseaux collatéraux. On peut aussi injecter de l'air pour obtenir cet effet : l'oblitération est si bien effectuée alors, que dans des cas semblables Magendie a souvent produit la gangrène du membre; mais nous avons déjà parlé des expériences récentesquiont montré que parfois l'air peut franchir les