‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 60 sur 163 · CONTRACTILITÉ DES VAISSEAUX. '-JS · texte numérisé non relu

CONTRACTILITÉ DES VAISSEAUX. '-JS

Quoiqu'il en soit, ignorant les phénomènes physiologiques quant à leur essence, nous devons nous attacher d'autant plus à les étudier dans leurs manifestations.

C'est pour répondre d'une manière précise aux plus importantes des questions qui se posent relativement à ces divers ordres de phénomènes, que nous allons essayer de poser quelques expériences types, notamment .sur la circulation capillaire et sur les poisons.

Il est, par exemple , à propos de l'appareil circulaton'e, une question capitale et longtemps controversée: on sait que le cœur se contracte et préside ainsi à la circulation; mais qu'en est-il des vaisseaux? sont-ils de purs tuyaux remplissant le rôle uniquement mécanique de conduits, ou bien jouissent- ils aussi de la propriété de modifier leur calibre, de se contracter et de réagir ainsi sur leur contenu? On a bien longtemps discuté celte question ; chacun apportait des arguments et non des démonstrations, et l'opinion des physiologistes oscillait tous les jours vers les argumentations les plus brillantes qui se produisaient. Magendie et Poiseuille ne voyaient dans les vaisseaux que de simples tubes identiques à ceux dont on ferait usage dans un appareil de physique. Mais aujourd'hui nous avons une expérience qui tranche la question, et ne permettra plus désormais aucune discussion à ce sujet. Nous voulons parler de la section du grand sympathique.

Vous savez en effet que si l'on prend un lapin, que l'on découvre le cordon cervical du sym.pathique et qu'on le sectionne, on voit immédialement se dilater les vaisseaux de l'oreille du môme côté : cette hyperhémie

est accompagnée d'une augmentation très-sensible de température : en même temps on \oit que les petits vaisseaux sont tellement dilatés, que le sang passe dans les veines en conservant la couleur du sang artériel. — Si maintenant nous prenons le bout périphérique de ce sympathique sectionné et que nous le galvanisions, nous voyons aussitôt les vaisseaux diminuer de volume, l'oreille pâlir, la température diminuer. Si l'on coupe le bout de l'oreille du lapin, le sang coule par gouttes nombreuses après la section du sympathique ; dès que l'on galvanise le filet nerveux, les gouttes deviennent plus rares et l'hémorrhagie finit môme par s'arrêter complètement. Il y a donc des nerfs qui président au resserrement et à la dilatation des parois vasculaires; il y a des vaso-moteurs : les parois des artères sont contractiles.

Mais c'est surtout l'étude de la circulation capillaire qui nous amènera à discuter les questions les plus essentielles, celles qui ont trait au problème intime de la physiologie générale, à la vie des tissus et des éléments anatomiques.

Vous le savez, Messieurs, de même que la chimie ne s'arrête pas à préciser les propriétés d'un corps plus ou moins complexe, et qu'elle décompose ce corps en ses éléments ou corps simples, de même la physiologie ne s'arrête pas aux propriétés des organes ou des tissus ; elle pousse plus loin l'analyse physiologique et descend dans la profondeur des tissus jusqu'à X élément anatomique. De plus, chose très-importante, elli étudie cet élément non-seulement à l'état achevé, parfait, adulte.

EMPLOI DlîS POISONS. 289

si nous pouvons ainsi nous exprimer, mais elle veut encore en connaître l'évolution. Pour ne citer qu'un exemple de l'importance de ce dernier point de vue, je vous rappellerai que la connaissance plus précise de l'évolution des éléments anatomiques a permis d'abandonner en pathologie la théorie de l'hétéromorphisme, en montrant que les tissus normaux et anormaux ne sont que des modalités d'une même loi.

Le problème de la physiologie et de la pathologie générales est ainsi posé ; il a pour objet les parties les plus intimes et les plus essentielles des organes, les éléments des tissus.

Le jour où tous les éléments anatomiques seront parfaitement connus, et dans leur évolution, et dans leurs formes, et dans leurs propriétés physiologiques, et enfin dans les actions que peuvent avoir sur eux les différents agents physiques, toxiques, médicamenteux, etc., ce jour-là, et ce jour-là seulement, la médecine scientifique sera fondée.

En effet, dans tout état pathologique, c'est toujours spécialement l'un des éléments anatomiques du corps qui est atteint : c'est le trouble de cet élément particulier qui amène consécutivement le trouble général de

organisme.

j Danstout empoisonnement, par exemple, et j'ai rendu i la chose évidente, surtout par l'étude de l'action du I curare et de l'oxyde de carbone, ce n'est pas l'organisme entier, ce n'est pas le sujet, l'individu qui est empoisonné, c'est tel élément anatomique: ici le globule rouge du sang, là le nerf moteur, qui est primitivement at-

Page 1