SEIZIÈME LEÇON
Sommaire : Étude expériiaenl;ile de l'appareil de la circulation.-- Du système capillaire. — Rapports des vaisseaux lymphatiques avec les capillaires sanguins. — Nerfs vaso-niûteurs. — Par les capillaires sanguins, les agents toxiques portent leur action sur les éléments dos tissus.
De l'absorption : absorption interne; absorption externe. — Des divers actes de l'absorption : elle comprend trois phases. — Nouvelles expériences pour déterminer la durée relative de chacune de ces trois phases. — Expi'riences sur l'absorption des gaz. — Expériences sur l'absorption du curare.
Messikurs,
Les vaisseaux lymphatiques communiquent-ils, à leur origine, avec les vaisseaux sanguins? Cette question a été longtemps controversée, et, aujourd'hui encore, elle est l'objet des recherches constantes des analomistes.
Autrefois on n'hésitait pas à répondre affirmativement, et l'on se rendiiit très-simplement compte de cette communication. Les vaisseaux artériels, disait-on, au niveau de leurs capillaires, se continuent en deux ordres de vaisseaux : les uns, assez larges pour laisser passer les globules rouges du sang, ne sont autre chose que les capillaires veineux, les origines des veines ; les autres, infiniment plus minces, ne pouvant laisser passer les globules rouges du sang, ne contiennent que du plasma sanguin : ce sont les vaisseaux séreux ; ce sont les origines des lymphatiques. Mais, ajoutait-on, ces vaisseaux étroits peuvent se dilater, dans l'inflammation par exemple : ils admettent alors des globules rouges ; ils
OUIGINES DliS LYMPHATIQUES. ,S45
deviennent de vrais vaisseaux à sang rouge, et c'est ainsi que l'on s'expliquait la rougeur et la vascularisation inflammatoire. r.
Ce n'était là qu'une hypothèse qu'aucun fait anatomique, rigoureusement observé, ne venait démontrer. (Cependant, Texpérimentation physiologique n'était pas contraire à cette hypothèse : au point de vue expérimental, les choses se passent, en effet, absolument comme si les lymphatiques communiquaient avec le système artériel. Que Ton injecte du prussiate de potasse dans le cœur, ou directement dans une artère, on retrouvera ce sel avec la même rapidité, c'est-à-dire au bout de vingt à vingt -trois secondes, aussi bien dans les lymphatiques que dans les veines de la région où se distribue l'artère sur laquelle on a opéré. Avec l'iodure de potassium, le même fait se constate et se produit même avec plus de rapidité encore. Queh que soient les résultats que donneront les recherches anatomiques. nous pouvons considérer, au point de vue des substances chimiques en dissolution introduites dans le sang, le système artériel comme se continuant à son extrémité périphérique, pour donner simultanément naissance aux lymphatiques et aux veines.
A l'époque oi!i je commençais mes études anatomiques, la mode était aux injections par double décomposition, c'est-à-dire que, pour faire des préparations anatomiques des vaisseaux d'un tissu, on injectait successivement ou simultanément, par deux vaisseaux différents, deux substances en dissolution ; ces substances, sur les points où elles se rencontrent, c'tst-à.-dire au
niveau des capillaires, subissent une double décomposilion, d'où résulte un précipité coloré qui remplit et rend évidents les petits vaisseaux. C'est ce que l'on obtient en injectant, par exemple, du prussiale ou du ohromate de potasse d'une part, et un sel de fer ou de plomb de l'autre : les petits vaisseaux sont alors remplis de bleu de Prusse ou de chromate de plomb. Or, dans ce cas, on obtient une injection semblable et des vaisseaux veineux et des vaisseaux lymphatiques. Seulement, ces préparations ne sont pas ordinairement transparentes et ne peuvent être étudiées que par i<i lumière réfléchie.
Ces données, qui nous montrent ({u'au point de vue physiologique, c'est-à-dire au point de vue de la pénétration et du transport des substances, les vaisseaux lymphatiques peuvent être considérés comme faisant suite au système artériel aussi bien que les vaisseaux veineux, ces données sont cependant insufîisantes à nous éclairer sur le fait anatoniique. Le passage des artérioles aux lymphatiques est évident ; mais comment a-t-il lieu? Se fait-il directement ou succède-t-il à une extravasation de la partie liquide du sang dans les lacunes interorgani(|ues, dans lesquelles ce liquide serait ensuite pompé par les radicules lymphatiques?
Cette dernière manière de voir paraît aujourd'hui s'appuyer sur des faits anatomiques d'une grande valeur. On a pu, en plusieurs régions, constater que les lymphatiques naissent directement par des ouvertures comparables à ce qu'on désignait sous le nom de bouches absorbantes. Sans invoquer les anciennes recherches de