‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 70 sur 163 · CL. BERNARD. — Physiol. opér · texte numérisé non relu

CL. BERNARD. — Physiol. opér

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sont compris dans l'anse de rinsliument; la peau est seclioiince au scalpel, car elle briserait la chaîne sanscédera la compression ; nous arrivons ainsi, en serrant lentement Tanse du consti icteur, à sectionner les parties molles sans produire d'hémorrhagie sensible. Nousopérons de même sur les masses musculaires postérieures, puis sur les masses externes : il ne reste plus^ eu dehors du paquet de la veine et de l'aitère, que IVjs. Il est sectionné, en dernier lieu, entre les deux branches d'une forte pince double (fig. 96) destinée à mainienir fixes les deux bouts de l'os divisé, afin d'éviter le tiraillement des vaisseaux. Alors nous introduisons st)us la peau de la patte 1 centigramme de chlorhydrate de strychnine dissous dans 2 centimètres cubes d'eau: au bout de quatre minutes les convulsions éclatent, l'animal roidil ses quatre membres, il est mort.

Kn relisant ces jours derniers le mémoire dans lequel Magendie rapporte dans tous leurs détails ses expériences mémorables, j'ai été frappé d'un fait qu'il signale sans en donner l'explication, et dont l'étude rentre précisément dans les considérations de l'ordre de celles que nous avons entreprises et que je vous ai exposées particulièrement.

En opérant son ajutage de plume d'oie, et au moment où l'animal avait ressenti les effets de l'empoisonnement, Magendie eut l'idée de mettre le bout périphérique de la veine en communication, non plus avec le bout correspondant de la veine de l'animal opéré, mais de la faire se déverser dans la veine d'un autre animal. Or, dans ces conditions, le sang portant le

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poison était introduit, en apparence, comme chez le premiei' chien, et cependant le second animal ne fut pas empoisonné.

A quoi lient ce résultat? Dans le premier cas, Ma- L;endie avait vu l'empoisonnement se produire, et, n'observant rien de sembhible dans le second au moment où le sang empoisonné était transfusé, en inféra l'absence de Tempoisonnement, sans chercher davantage. Or, dans iT cas, l'empoisonnement était absent (1), parce qu'on n'avait pas assez attendu. Qu'indique en effet cet intervalle de quatre minutes, auquel, d'après ses premières recherches, Magendie semblait pouvoir se tenir pour apprécier le temps de l'absorption? Il indique non pas seulement le temps nécessaire à l'absorption du poison, à sa pénétration dans le sang, pénétration qui est presque immédiate, mais aussi le temps nécessaire pour que le sang se soit chargé de matière toxique en quantité suffisante pour agir sur les éléments nerveux centraux, pour les pénétreret produire en eux l'excitabilité extrême qui est le propre de l'intoxication strychnique. Or, pour que cette satiuMtion eût été obtenue sur le second animal, dont la quantité de sang est augmentée par un nouvel apport, et qui, du reste, n'a rien ou peu perdu parhe'raorrhagie, il auraitfidlu attendre uncertain temps. Magendie pensait que dès que le sang du premier chien empoisonné arrivait dans les vaisseaux du second, celui-ci devait présenter les symptômes de l'empoisoimement; mais je vous ai dit <|u'il fallait bien distinguer l'intro-

(1) Voy. Magendie, Mémoire sur les organes de Vabsorption chez hs^ mammifères {Journal de Magendie, 18:21, t. I, p. 19).

diictioii du toxi(jue dans le sang, son transport au capillaire, son accumulation, et enfin sa pénétration jus- (ju'aux élémenls anatomiques: or, ce sont ces dernières phases du phénomène qui sont la condition indispensahle de rernpoisonnement. Ainsi, quoique nous jugions le plus souvent de la réiilité de l'absorption d'une substance toxique en voyant éclater les symptômes de l'empoisonnement, il ne faut pas confondre les diverses phases bien distinctes du phénomène: quand l'empoisonnement a lieu, l'absorption s'est produite déjà depuis longtemps, et elle s'est continuée jusqu'à amener la saturation du sanaf.

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Cette distinction est rendue bien évidente par nos expériences sur l'action de l'oxyde de carbone: lorsqu'un animal respire le gaz toxique du charbon en combustion, ce n'est d'ordinaire qu'au bout de huit minutes que se manifeste rempoisomiement; et cependant, après la première inspiration d'air chargé de vapeurs méphitiques, le sang contient déjà de l'oxyde de carbone: l'examen sj)ectroscopi(iue permet de l'y constater.

Pour juger de l'absorption et de sa rapidité, il faut donc renoncer à prendre pour critérium la manifestation des symptômes d'empoisonnement. Il vaut mieux, au lieu de substances toxiques, employer des substances chimiques dont la présence dans le sang sera révélée par des réactions délicates et certaines: tel est l'iodure de potassium, ou le prussiate dépotasse, avec lequel on peut démontrer qu'il suffit de vingt à vingt-cinq secondes chez un cheval pour que la substance introduite en un point de la peau se retrouve dans le sang veineux général. Il

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a doncfiillu ce laps do temps presque infiniment court pour que la substance pénétrât clans le sîing et parcourût le double cercle de la circulation pulmonaire et de la circulation générale. Mais l'empoisonnement ne survient que plus tard, parce qu'il faut que la substance s'accumule dans le sang en ({unntité sulfisante.

Magendie, avons-nous dit, répéta sur Tintestin l'expérience qu'il avait faite sur un membre. Après avoir compris une anse intestinale entre deux ligatures, il détruisit tous les lymphatiques, c'est-à-dire tous les cliylifères qui partaient de cette anse. De l'extrait de noix vomique fut injecté dans l'anse intestinale, et l'animal, réduit aux vaisseaux veineux comme moyen d'absorption et de transport, ne t<irda pas cependant n succomber à l'empoisonnement. Une expérience faite comme contre épreuve donna un résultat qui parlait dans le môme sens: toutes les veines d'une anse intestinale ayant été liées et les lymphatiques réservés, l'injection d'extrait de noix vomique dans cette anse ne donna lieu à aucun phénomène d'empoisonnement. Nous ne voulons pas dire qu'il n'y ait pas eu absorption par les chylifères, mais elle n'avait pas amené une quantité suffisante de toxique pour empoisonner : on peut voir, en effet, que du prussiate de potasse injecté dans l'intestin se retrouve dans leschylifères.

Nous voilà bien loin de l'opinion qui, à l'époque de Bichat, faisait des lymphatiques les voies essentielles, indispensables, exclusives, de l'absorption. Pour l'absorption intestinale, leschylifères eux-mêmes nous paraissent d'une importance secondaire. Autrefois, on re-

gardait le liquide blanc etlaiteux qu'ils renferment comme le produit essentiel de la digestion, et l'on n'hésitait pas à définir la digestion : la fontion qui fait le chyle. Or, ce chyle, sous l'aspect qu'il nous présente chez les mammifères, est une chose si peu importante en réalité, qu'il existe ou n'existe pas, selon les animaux que Ton considère. Rien n'est plus facile que de l'observer che? le chien ou le chat; il existe également chez l'homme, ainsi que j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de m'en convaincre sur des cadavres d'individus qui s'étaient suicidés en pleine digestion. Chez le lapin on n'aperçoit de vaisseaux blancs lactés, c'est-à-dire de chyle, que lorsqu'on fait digérer de la graisse à l'animal. Mais chez les oiseaux on ne voit janmis rien de semblable, même chez ceux qui sont exclusivement carnassiers; il en est de même pour les batraciens, les reptiles. J'insiste sur ce dernier fait, car j'ai mis en œuvre tous les moyens possibles pourfaire apparaître deschylifèreschezles oiseaux, sans jamais y réussir. J'avais, comme je vous l'ai déjà dit, observé que de l'éther, tenant de la graisse en dissolution et injecté dans le tube digestif, est un moyen excellent de faire presque instantanément apparaître des cbylifères pleins de leur contenu blanc et laiteux caractéristique : ce procédé, qui m'a toujours réussi chez le chien, le chat et même chez le lapin, ne ma jamais donné aucun résultat chez les oiseaux.

Nous voyons donc que si les chylifères, que si les lymphatiques absorbent, et le fait est incontestable, cette absorption n'a rien d'essentiel, ce rôle n'a rien d'indispensable. Le rôle essentiel revient aux veines; et du reste

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la rapidité même de l'absorpliGii nous prouve qu'elle se fait surtout par le torrent sanguin, et que le cours de la lymphe est trop lent pour nous expliquer cette rapidité (les intoxications dont je vous parlais précédemment, rapidité qui, ainsi que je vous l'ai démontré, est plus grande encore que ce que pourrait faire penser l'apparition des symptômes de l'empoisonnement.

On n'a jamais eu l'idée d'attribuer un rôle important aux vaisseaux lymphatiques dans l'absorption des gaz au niveau de la surface pulmonaire. Ici les veines sont bien les vaisseaux essentiels à l'absorption et au transport. Nou5 verrons qu'il en est de même pour les absorptions qui se font dans les autres régions du corps.

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