‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 77 sur 163 · ABSORPTION DES GAZ · texte numérisé non relu

ABSORPTION DES GAZ

nous a montré que la nature du gaz influait puissamment sur la rapidité avec laquelle disparaissait la masse gazeuse répandue dans le tissu cellulaire ; mais nous avons vu en même temps que la plus ou moins grande solubilité du gaz n'était pas la seule condition qui dût, sous ce rapport, entrer en ligne de compte. Si l'hydrogène sulfuré et l'acide carbonique sont très-vile absorbés dans les mailles du tissu cellulaire, ce fait peut facilement s'expliquer par la grande solubilité de ces gaz, qui se dissolvent dans le sang des capillaires avec lesquels ils sont en contact. Si Tazote, par contre, résiste longtemps à 1 absorption, nous pouvons invoquer comme explication le peu de solubilité de ce gaz. Mais pour l'oxygène, nous observons une absorption trop rapide pour que le degré de solubilité suffise à nous en donner l'explication : cela tient, nous le savons aujourd'hui, à ce qu'il ne s'agit pas ici seulement d'une simple solution de ce gaz dans le liquide du sang, mais encore et surtout d'une véritable combinaison avec les éléments figurés du sang, avec les globules rouges : un phénomène particulier d'affinité nous rend compte de ce que ne pouvait nous expliquer la solubilité seule.

Mais en expérimentant avec l'hydrogène, nous nous sommes trouvés en face de phénomènes imprévus : ce gaz que les chimistes considèrent avec juste raison comme un des plus diffusibles; ce gaz qu'il est si difficile d'enfermer dans des ballons, dans des poches membraneuses, s'est au contraire conservé très-longtemps dans les mailles du tissu cellulaire; et lorsqu'il a disparu, la masse gazeuse qu'il formait primitivement

subsistait encore en grande partie sous la peau des animaux mis en expérience. En poursuivant, en effet, dans le laboratoire les recherches que nous avions commencées ici sous vos yeux, dans nos leçons expérimentales, nous avons constaté qu'au bout de quatre jours le volume d'hydrogène injecté sous la peau d'un lapin avait été remplacé par un volume presque égal d'azote. Ce phénomène particulier de diffusion est très-remarquable. Où était allé l'hydrogène? D'où était venu l'azote? Ce sont là des questions que nous chercherons à résoudre, mais que nous ne pouvons que poser pour le moment.

L'étude de l'absorption des liquides nous a présenté deux cas bien distincts. D'abord l'absorption des liquides susceptibles de se transformer facilement en vapeur (éther, chloroforme), ou contenant leur principe actif sous la forme de gaz en solution, nous a permis de constater comment ces substances actives peuvent sortir de l'organisme, au niveau de la surface pulmonaire, après avoir été transportées par le courant veineux, sans entrer dans le sang artériel en quantité suffisante pour aller agir sur les éléments des tissus. Nous avons déjà particulièrement insisté sur ces questions intéressantes dans le cours de cette leçon.

Les autres liquides, les liquides proprement dits, nous ont fourni l'occasion de discuter l'importance relative du système veineux et du système lymphatique dans l'absorption. Nous avons été amené à accorder aux veines un rôle sinon exclusif, du moins très-prépondérant.

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