‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 78 sur 163 · ABSORPTION DES LIQUIDES · texte numérisé non relu

ABSORPTION DES LIQUIDES

Nous avons vu que certaines substances salines métalliques, injectées clans le tissu cellulaire, s'y fixent et semblent ne pas être absorbées. Tels sont les sels de fer. Si nous injectons, par exemple, du lactate de fer sous la peau, nous constatons que le lendemain il est encore à la place où nous l'avions déposé; car en touchant le lieu de l'injection avec une baguette de verre trempée dans le prussiate de potasse, et en rendant la réaction légèrement acide, nous voyons aussitôt apparaître la couleur du bleu de Prusse. Si nous injectons, dans le tissu cellulaire d'une région éloignée , du prussiate de potiisse sous la peau, nous voyons la combinaison du bleu de Prusse se faire dans le point oii le fer a été déposé, mais non au lieu d'injection du prussiate. Nous avons constaté encore que certaines substances dissoutes, appartenant à la classe des ferments solubles, présentent des particularités intéressantes dans leur absorption. En injectant séparément dans des points distincts de l'émulsine et de l'amygdaline dans le tissu cellulaire sous-cutané, la réaction des deux substances n'a pas été apparente en donnant naissance à de l'acide prussique, comme cela a lieu dans le sang; mais de l'émulsine paraissait se retrouver dans le foie, comme si certaines substances organiques de cet ordre étaient capables de s'emmagasiner dans le foie à la façon des substances métalliques. Quant aux substances solides, nous voulons parler seulement des solides divisés en particules très -fines, nous ne nous sommes pas arrêté longuement à l'étude de leur absorption; pour ces corps, il y a non pas absorption proprement dite, mais pénétration

mécanique, plus ou moins lente, selon des conditions difficiles à préciser.

Mais de nos études sur l'absorption il est résulté ce t'ait général et de première importance en physiologie expérimentale, à savoir, qu'il ne suffit pas, pour qu'une substance manifeste son action sur l'organisme, qu'elle ait pénétré dans le sang; il faut encore qu'elle ait été portée par celui-ci aux capillaires des tissus, et enfin qu'elle soit arrivée au contact immédiat des éléments anatomiques sur lesquels elle manifeste son action.

Il y a donc trois actes qui se passent depuis le moment 011 une substance est déposée par exemple sous la peau, jusqu'à celui où. elle manifeste sa présence par des troubles généraux; ces trois actes sont : J" la pénétration dans le sang des capillaires avec lesquels le contact est établi; '2" le transport par le sang de la substance absorbée; -V' enfin, l'exsudation ou la |)énétration tie la substance au niveau des capillaires généraux. En termes plus physiologiques et plus précis, nous avons pu nommer ces trois actes par les désignations suivantes : absorption externe; transport; absorption interne.

Nous voudrions aujourd'hui , après avoir bien fixé dans nos expériences précédentes la réalité et l'indépendance de chacun de ces actes, en apprécier la durée relative.

Déjà des faits de connaissance presque vulgaire nous montrent que certaines circonstances peuvent modifier ces durées : ainsi nous savons que le curare n'atteint pas l'animal aussitôt qu'il a été pris : il faut le plus souvent

DURÉE RELATIVE DES PHASES DE L ABSORPTION. o67

près de quatre minutes pour que la paralysie se produise et que l'animal succombe. Mais certaines conditions peuvent raccourcir cet espace de temps : ainsi nous possédons des récits de chasse qui nous montrent que les animaux d'une certaine taille, les sangliers par exemple, succombent d'autant plus vite que leur blessure a excité en eux un état prononcé de fureur. C'est que dans ce cas la circulation est devenue chez eux plus active et plus précipitée, et que par suite la durée totale des trois phases de l'absorption a été considérablement restreinte par la diminution de l'une d'elles, par la diminution de la durée de la phase intermédiaire ou de transport; de plus, le poison absorbé sur la flèche est absorbé à l'état de concentration aussi grande que possible, ce qui accélère l'empoisonnement, parce que la quantité maximum du poison dissous est directement introduite.

Occupons-nous d'abord de la première phase que nous avons désignée sous le nom d'absorption externe : c'est elle qui prend le plus de temps, ou dont la durée égale au moins celle des deux phases suivantes : il nous sera facile de le démontrer.

Vous avez vu comment nous pouvions, en liant fortement la cuisse d'un lapin qui avait reçu une injection de curare sous la patte correspondante, arrêter les phénomènes d'empoisonnement, en mettant obstacle au transport de l'agent toxique par le courant sanguin. Nous avons modifié l'expérience de la manière suivante, pour répondre au problème spécial que nous avons en vue.

368 APPAREIL CIRCULAïOlRIi.

Voici un lapin dont la cuisse a été liée très-forternenl il y a trois quarts d'heure; aussitôt après une soluliou de curare a été introduite sous la peau de la patte correspondante (3 centimètres cubes d'une dissolution à 1 pour iOO). La ligature ayant été placée avant l'injection, nous avions opposé une barrière à tout phénomène de transport dans l'organisme général. Depuis trois quarts d'heure il n'a pu se produire que la pénétration dans le sang de la patte isolée de fait du reste de l'animal. Nous enlevons à l'instant la ligature et nous observons le temps qui s'écoule jusqu'à ce que se manifestent les symptômes de l'empoisonnement. Lorsque l'on fait cette observation sur un animal dont le membre n'a reçu aucune ligature, il s'écoule quatre minutes entre le moment où l'injection est déposée sous la peau de la patte et celui où la paralysie se manifeste : ces ({iiatre minutes représentent le temps nécessaire à labsorption externe, au transport et à l'absorption interne; mais dans le cas actuel, l'absorption externe est déjà effecluée en partie; lorsque nous enlevons le lien, il n'y a presque plus à compter qu'avec le transport et l'absorption interne pour voir se produire les signes de paralysie ; nous aurons donc moins à attendre que précédemment, et la différence de temps nous indiquera à peu près la durée qui doit être attribuée à la phase que nous avons supprimée ici , c'est-à-dire à l'absorption externe. Cette expérience démontre donc qu'en l'absence de la circulation, le liquide toxique s'est infiltré dans le tissu cellulaire et a pénétré dans les vaisseaux capillaires par imbibition. C'est donc un fait qui vient à l'appui

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