CURARE ET STRYCHNINE
pui fie la théorie de la neulralisalion des poisons les uns par les autres, sur ce fait : que le curare peut empêcher la mort des animaux empoisonnés par la strychnine. Si nous examinons exactement les faits, c'est-à-dire les propriétés de chacun des poisons, nous voyons que le curare, en produisant un degré plus ou moins prononcé de paralysie des muscles dans lesquels la strychnine, par son action médullaire, tendrait à faire éclater des convulsions, permet à l'organisme de gagner du temps, et, par suite, à l'éhmination de la strychnine de se produire avant qu'elle ait pu amener la mort. En outre, le curare, en activant la circulation, favorise à un haut deoré cette élimination.
Puisque dans ce cas, sous l'intluence du curare, l'animal revient d'un empoisonnement strychnicpie auquel il aurait succombé dans toute autre circonstance, il est bien évident que la strychnine n'a rien détruit, n'a rien brisé dans la structure des éléments anatomiques sur lesquels elle ftiit sentir son action. Nous en revenons donc à ce fait d'une double importance, à savoir, que les poisons, et par leurs actions isolées, et par leurs actions combinées, nous présentent des moyens de vivisection infiniment plus délicats que ceux réalisés par les instruments tranchants et par les autres moyens de destruction, puisque, avec les premiers seulement, nous pouvons tour à tour, à notre gré, supprimer et faire réapparaître les fonctions des organes et des éléments que nous devons étudier.
A ce propos, j'ajouterai encore quelquesmots relativement à l'action comparée du curare et de la strychnine.
Le curare agit sur le nerf moteur en atteignant sa périphérie, et il l'épuisé de façon à faire mourir le nerf, selon sa mort naturelle, du centre à la périphérie. Le nerf sensitif reste au contraire parfaitement intact, comme je vousTai montré dans une expérience aujourd'hui classique. Cette action du curare surle nerf moteur, et non sur le nerf sensitif, nous montre, comme je vous l'ai déjà dit, que ces deux nerfs sont distincts, puisqu'un poison arrête les fonctions de l'un et pas celles de l'autre. Mais, pour nous rendre compte de cette action du curare, qui touche le nerf par la périphérie et le rend inactif à son centre, nous sommes porté à admettre que les fonctions du nerf moteur sont le résultat de vibrations dont le centre vibratoire est à la périphérie et qui s'étend, dans l'état fonctionnel, du muscle à la moelle épinière. Ces vibrations, ayant leur centre ou leur point de départ dans l'extrémité nerveuse musculaire (plaque motrice?), s'éteignent graduellement quand le curare touche cette extrémité, en commençant tout naturellement à disparaître dans les points les plus éloignés de leur centre d'irradiation, c'est-à-dire dans la moelle épinière. C'est ce qui a lieu en effet : quoique le curare rende le nerf d'abord inactif à son extrémité centrale, il n'agit pas pour cela sur la moelle épinière.
La strychnine, au contraire, agit essentiellement sur la moelle épinière, ainsi que tout le monde le sait depuis Magendie. Cette action du poison excite des convulsions et épuise rapidement les propriétés de réaction réflexe des nerfs de sensibilité et de mouvement. Le nerf moteur peut être épuisé; mais alors il est atteint