DIX-NEUVIÈME LEÇON
Sommaire : De la respiration artificielle comme moyen d'analyse pliysiolugir|ue. — Effets mécaniques de l'insufflation pulmonaire. — De l'apnée produite par la respiration artificielle. — De foxyde de carbone comme moyen d'analyse physiologique. — Recherche du mode d'élimination dil'oxyde de carbone. — Nouvelles expériences.
Messieurs,
Parmi les moyens qui nous permettent de réaliser ce que nous pouvons appeler une sorte de dissection des phénomènes physiologiques, je dois attirer particulièrement votre attention sur un moyen que nous employons très-souvent, et dont un laboratoire bien installé doit avoir les appareils prêts à entrer en jeu au premier besoin : je veux parler de la respiration artificielle .
Vous savez que lorsque nous disons qu'un animal est mort, cela signifie le plus souvent que cet animal se trouve dans un état de rupture d'équilibre entre ses diverses fonctions, tel que, cet état persistant, la v ie s'éteindra successivement dans les divers éléments anatomiques : l'animal ne reviendra plus à la vie, si Ton n'aide pas artificiellement au rétablissement de l'équihbre; mais la mort n'est pas tout de suite absolue et complète. Tel animal dont la respiration est arrêtée présente en apparence tous les symptômes de la mort,
et cependant ses éléments de tissus vivent encore, et il suffira de ramener les échanges gazeux, supprimés par la cessation de la respiration, pour que cette vie latente se manifeste par ses phénomènes extérieurs. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'expression de rappeler à la vie, de ranimer un animal mort en apparence, et qui de fait ne recouvrerait pas spontanément l'équilibre physiologique rompu; c'est ainsi que de tout temps on s'est efforcé de rappeler à la vie les individus noyés ou asphyxiés. Mais, pour que ces moyens puissent réussir, il faut • avant tout que les dernières actions réflexes ne soient pas éteintes; sans cela, le retour à la vie serait impossible.
Or, de tous les moyens dont se sert le médecin dans les circonstances indiquées, aussi bien que le physiologiste dans les circonstances nouvelles créées par l'expérimentation, de tous les moyens employés pour rappeler les animaux à la vie, le plus précieux et le plus employé est sans contredit la respiration artificielle. Vous nous l'avez vu appliquer sur les animaux curarisés, et nous avons pu ainsi mettre ces animaux dans des conditions où s'est effectuée l'élimination du poison, de sorte que nous les avons vus revenir à la vie. Nous avons pu alors établir que les animaux curarisés sont tués non par le curare, mais par l'asphyxie : le poison n'est pas l'agent immédiat de la mort; en supprimant le jeu de tous les muscles, et par suite celui des muscles de la respiration, il arrête l'une des fondions les plus indispensables, et l'asphyxie devient la cause immédiate delà cessation de la vie. Mais que l'on s'oppose à l'asphyxie, que la respi-
ration artificielle soit pratiquée aussi longtemps que l'animal ne peut lui-même dilater et resserrer son Ihorax, et vous verrez la vie se continuer, pour reprendre bientôt toute son intégrité et toutes ses apparences extérieures par le retour de la respiration spontanée. Dans ce cas, le curare n'aura donc pas tué l'animal, et si l'on a affaire à des animaux inférieurs, dont la respiration se fait à l'air par toute la surface du corps, h curare ne les tue pas non plus.
Il est une inflnilé de cas identiques avec l'exemple que je viens de vous citer, et dans lesquels la respiration artificielle nous est très-précieuse en nous permettant de distinguer la subordination de certains phénomènes, d'étudier isolément certaines propriétés de tissus ou d'organes, de faire, en un mot, l'analyse physiologique. Ce retour à la vie des animaux empoisonnés, par la respiration artificielle, prouve, ainsi que je vous l'ai déjà fait remarquer, que les lésions produites n'étaient que passagères et fugaces, que par conséquent l'anatomie pathologique, quoique perfectionnée par le microscope, est bien loin de saisir dans les tissus les causes immédiates de la mort.
Dans les Leçons préliminaires (ci-dessus, page ':2^24) sur les appareils qui constituent l'arsenal du laboratoire, je vous ai donné la description détaillée des appareils employés pour pratiquer la respiration artificielle ; je vous en rappellerai donc simplement le principe général.
La respiration artificielle peut se pratiquer de plusieurs manières : sur des noyés, en rabsence do toute instru-
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mentalion spéciale, on a pu la pratiquer simplement de bouche à bouche; l'air ainsi insufflé dans le thorax contient encore assez d'oxygène pour suifire à un commencement d'hématose. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'imperfection de ce procédé primilit'.
En physiologie, nous faisons pénétrer l'air par le mécanisme d'un soufflet, plus ou moins modifié, qui aspire l'air extérieur, puis le chasse dans le poumon de l'animal (voy. ci-dessus les (ig. 63 et 64, p. 225 et 227) . Le mécanisme de cette respiration artificielle est précisément l'inverse de ce qui se passe dans la respiration naturelle; les conditions de pression sont interverties : dans la phase de pénétration, l'air, au lieu d'être aspiré par le jeu de la cage thoracique, vient, en vertu de la tension propre qui lui est communiquée par le soufflet, dilater activement le poumon et le thorax. Quanta Texpiration, elle se fait toujours par la réaction élastique du thorax et du poumon, qui reviennent à leurs dimensions premières et expulsent l'air introduit.
Il serait certainement préférable de réaliser une respiration artificielle dont les conditions mécaniques se rapprocheraient davantage de ce qui se passe normalement. Par des pressions exercées méthodiquement et à intervalles égaux sur le thorax, on a bien essayé de simuler le jeu normal de la respiration, de même que par le soulèvement des bras. Mais les résultats ainsi obtenus sont insuffisants et ne produiraient, surlout au point de vue de nos expériences de longue durée, qu'une aération imparfaite du poumon. On a également essayé de reproduire les mouvements inspiratoires par la gal-