CONSTITUTION DES AIMANTS. - HTPOTHÈSES DE COULOMB ET D*AMP£RE
Sans expliquer les phénomènes magnétiques, Coulomb transporte simplement dans cette étude l'hypothèse des deux fluides que nous avons faite en Électricité statique : tout corps susceptible d'aimantation contiendrait, selon lui, des quantités indéfinies de fluide neutre, que l'aimantation partagerait en fluide boréal ou positif et fluide austral ou négatif : ces fluides ainsi séparés auraient à la surface de l'aimant une distribution superficielle.
Cette explication avait l'avantage de ne nécessiter qu'une seule hypothèse pour l'électricité et le magnétisme. Mais il y a une expérience fondamentale à l'interprétation de laquelle elle se prête mal : c'est l'expérience classique de l'aimant brisé. On sait que, quand on brise un aimant bipolaire, on n'a pas, comme la théorie de Coulomb tendrait à le faire prévoir, deux moitiés chargées, l'une uniquement de fluide boréal, l'autre uniquement de fluide austral, mais bien deux nouveaux aimants dont chacun a deux pôles, tout comme l'aimant primitif.
Ampère a proposé une théorie mieux en harmonie avec les faits : elle reproduit pour le magnétisme la théorie des molécules polarisées, que nous avons donnée à propos des diélectriques.
Chaque molécule d'un corps magnétique ou diamagnétique possède deux pôles et constitue, en somme, un petit aimant : quand le corps est à l'état neutre, ces petits aimants sont orientés en tous sens 5 mais, quand on le soumet à une action magnétisante, les molécules s'orientent et viennent se placer bout à bout, ne laissant libres, à chaque extrémité du barreau, que des molécules
australes, d*une part, et des molécules boréales, d^autre part
On voit alors que, si nous coupons l'aimant suivant w/i, nous aurons bien, à gauche un pôle austral, à droite un pôle boréal,
Fig. 159.
ru
et cela dans chaque moitié et, plus généralement, dans chaque tronçon.
D'après celte théorie, un barreau aimanté est formé d'une infinité àe Jiles élémentaires de molécules : ces files s'influencent respectivement et, par suite, ne demeurent pas parallèles ; elles s'infléchissent vers les extrémités, de sorte que les pôles ne sont pas sur la surface extrême, mais seulement très voisins de cette surface, comme le montre l'expérience {Jig- i6o).
Une expérience très facile à réaliser matérialise, pour ainsi dire, cette conception; elle consiste à enfermer dans un tube de verre
Fig. 160.
des grains de limaille de fer, de façon à l'en remplir entièrement : le tube est ensuite bouché, et l'on promène à sa surface l'un des pôles d'un puissant aimant : les grains de limaille se polarisent^ s'orientent en file, et le tube est devenu un aimant. Mais cette propriété est toute passagère et tient efiectivement à l'orientation des parcelles de limaille; car, si l'on heurte le tube, on détruit cette orientation et, du même coup, l'aimantation acquise.
On ne peut s'empêcher de rapprocher cette expérience de celle que Faraday a faite pour donner une idée de la polarisation des diélectriques, en électrisant des fils de soie placés dans de la térébenthine : on se rappelle que les fils de soie s'orientent et se placent en file les uns à la suite des autres.