JAN 1B
« Il ne s'agit pas de donner des préceptes^ ou d'enseigner des directions et adresses... c'est assez qu'en considérant le procédé de notre âme, on Toie la source de nos faiblesses, dont la connaissance donne eo même temps celle des remèdes. »
LEiBrrrrz, Nouveaux Etaaû.
Ces leçons de Psychologie ont été professées, presque telles qu'on les donne ici, àTécole normale supérieure d'iuslitutrices de Fontenay-aux-Roses. Si le public les juge utiles, elles pourront être suivies avant peu des leçons de Morale qui font, celt^ année, Tobjet de mon enseignement dans cette même école. On aurait de la sorte, dans un an, un cours complet de Psychologie et de Morale appliquées k Tôducation, cours composé tout exprès pour les écoles normales, et répondant (je le crois du moins) à tous les besoins qu'ont fait nattre les récents programmes, en introduisant ces études nouvelles presque à tous les degrés de renseignement primaire.
Ceci, pourtant, n'est rien moins qu'un manuel. Les manuels de philosophie abondent, et les instituteurs n'y ont que trop recouru depuis deux ans. Il le fallait bien, puisqu'ils étaient pris au dépourvu, subitement forcés par les règlements de s^lnitier, tant bien que mal, à des questions auxquelles rien ne les avait préparés. Mais ils pensent bien que l'intention du Ministre et du Conseil supérieur, en leur demandant ce surcroît de travail, n'a pas été de condamner des hommes mûrs, dont le temps est précieux, k l'ingrate besogne par laquelle certains candidats au baccalauréat suppléent au défaut d'études sérieuses. Apprendre par cœur des formules, répéter, à propos ou hors de propos, des termes abstraits dont ils comprendraient imparfaitement le sens, ce ne serait pas seulement pour eux la pire manière de perdre leur temps et leur peine; le dommage serait d'autant plus
grand, que tout leur enseignement ne pourrait que souffrir do rhabitude qu'ils auraient prise ainsi de se payer de mots, et de présenter des pensées mal digérées sous une forme qui en impose. Rien au monde ne serait plus contraire à ce qu'on attend de cette réforme.
Dans l'esprit de ceux qui l'ont faite, elle a un double objet : avant tout, compléter par des études philosophiques élémentaires, mais de bon aloi, la culture générale des instituteurs; en second lieu, les faire remonter aux sources vives de la pédagogie, et leur apprendre à trouver, dans des connaissances théoriques solides et élevées, la raison des règles pratiques. Pour ces deux fins, de sèches notions de manuel ne sont d'aucun usage ; un enseignement véritable est nécessaire, ample et clair, simple à dessein, familier à l'occasion, et autant que possible vivant.
Il est notoire que les études classiques, et, parmi elles, les éludes philosophiques sont particulièrement propres à cultiver et affiner l'esprit. Entre les instituteurs, à qui cette éducation proprement libérale a presque toujours fait défaut, les plus instruits et les mieux doués étaient les premiers à reconnaître ce q ui leur manquait de ce côté : c'était aller au-derant de leurs vœux, que de développer en ce sens le programme des Écoles normales. La philosophie passe à tort aux yeux de ceux qui n'en connaissent que le nom, pour une étude abstruse et rebutante: il n'en est pas de plus humaine. Parmi les questions qu'elle agite, beaucoup sont d'un intérêt immédiat pour tout esprit refléchi, et de nature à être comprises sans nulle difficulté des élèves-maîtres.
Pour faire qu'ils y prennent goût, il suffit de les leur présenter humainement, sans recherche savante, en ayant soin d'éviter non seulement le jargon, mais les termes trop techniques, en assurant leur marche, au début surtout, par de complaisantes explications. A cet égard il est désirable que cet enseignement soit donné par des professeurs de philosophie sincèrement soucieux de le faire goûter, ou mieux encore, et le plus tôt possible, par un maître appartenant au personnel même des Écoles normales, également bien instruit et des matières à enseigner et des besoins spéciaux de son auditoire. C'est pour former ces maîtres, qu'ont été établies les Ecoles normales supérieures d'instituteurs et d'institutrices, et que, ^««« -^--ine d'elles, on a donné une si grande part au cour» 'ie et de Morale.
Ces deux branches de la philosophie ont un rapport particulièrement étroit avec la pédagogie, ainsi quMl est expliqué dans la première leçon de ce cours. La Morale Oxe l'idéal vers lequel doit tendre l'éducation ; la Psychologie nous fait connaître le jeu naturel de nos facultés intellectuelles et morales/ ce qui est la première condition pour en diriger le développement. Savoir comment les phénomènes se passent, connaître la liaison des causes et des efifets, est nécessaire, en toutes choses, et avant tout, à qui veut intervenir pour produire des effets déterminés.
La Psychologie spéciale de Tenfant serait surtout utile h rinstituteur : c'est ce qu'on a tâché de ne pas perdre de vue dans ces leçons. Mais cette partie de la Psychologie est encore peu avancée : elle commence à peine à être l'objet d'écrits spéciaux. Aussi n'occupe-t-elle pas ici dès maintenant toute la place qu'elle pourra réclamer dans la suite. Le plus pressé était d'apprendre aux futurs maîtres comment les questions se posent» de les initier au vocabulaire et à la méthode. Quant ils manieront l'un et l'autre avec aisance et précision, quand ils auront pris goût à l'observation psychologique, il n'est pas douteux qu'ils ne fassent béfnéûcier à leur tour la théorie de l'expérience qu'ils doivent à leur continuel commerce avec l'enfant. Je serais très heureux quant à moi qu'ils voulussent bien me confier leurs remarques personnelles, et m'adresser les observations que leur suggéreraient tel et tel passage dp, ce ivre. Je leur en serais également reconnaissant, soit que leur témoignage vint confirmer ma pensée et la rendre plus précise, soit qu'une critique nette et bien motivée m'invitât à la corriger en quelque point. Par une telle collaboration, ces leçons se trouveraient, au bout d'un certain temps, singulièrement enrichies et amendées.
J'en dirai autant des applications pédagogiques à tirer des lois de la Psychologie. Ces applications sont loin d'être épuisées dans le présent ouvrage, elles y sont indiquées chemin faisant plutôt que développées. Forcé par mon ignorance de la pédagogie technique et par le peu de temps dont je disposais, de me restreindre sur ce point, je l'ai fait sans regret ni scrupules, parce qu'il m'a semblé que, pour cette partie surtout de la tâche, je pouvais m'en fier à mon auditoire, puis h mes lecteurs. Les institutrices auxquelles je m'adressais, les instituteurs qui me liront, savent aussi bien, et même mieux que moi les préceptes donnés par les pédagogues ; beaucoup m'en
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