CHAPITRE XVII
L Classification des sens. — On reconnaît généralement cinq sens, le toucher, la vue, Touïe, Todorat et le goût. Quelques-uns y ajoutent le sens musculaire et ie sens vital que d'autres considèrent comme de simples divisions du toucher.
Le toucher est sans contredit le sens fondamental; tous les animaux le possèdent, môme ceux dont l'organisation est la plus simple et la plus grossière, et il est lui-même répandu dans toutes les parties de l'organismei tandis que les autres sens sont pour ainsi dire ramassés dans certains organes spéciaux. Aussi Aristote considérait-il le toucher comme le plus général et en quelque sorte le plus ancien des sens, celui dont dériveraient tous les autres : le goût, par exemple, serait le toucher particulier delà langue et du palais, l'odorat le toucher particulier de la muqueuse nasale ; et même Touïe et la vue ne pourraient-ils pas être considérés con\me des formes extrêmement subtiles et délicates du toucher correspondant aux vibrations également subtiles et délicates du son et de la lumière ?
Le toucher étant mis à part et au-dessus des autres sens, ceuxci peuvent se diviser en deux groupes, selon qu'ils servent plutôt aux fonctions de la vie purgent animale, et tels sont le goût et l'odorat, dont les sensations sont presque entièrement affectives, ou qu'ils concourent plutôt au développement de la vie intellectuelle et morale, et telles sont l'ouïe et la vue, dont les sensations sont principalement représentatives.
Dans le toucher lui-même, on pourrait distinguer un toucher passif, lequel a pour organe la peau qui recouvre le corps tout entier et même les muqueuses qui tapissent intérieurement tous les organes et qgi constituent une sorte de peau interne, et un toucher actif qui a pour organe la main. Le premier doit se rapprocher du goût et de l'odorat : c'est comme eux un sens affectif,
LBS SENS
plus Yoisin de Tinslinct que de Tiiîtelligence ; le second doit se rapprocher de l'ouïe et de la vue : c'est comme elles un sens sui>tout représentatif, plus voisin de. Tintelligence qwe de l'instinct. Au toucher passif se rattache cette sensibilité des muqueuses, sensibilité interne ou viscérale, dont on a quelquefois fait un sens à part sous le nom de sens interne ou de sens vital. Nous étudie-rons successivement le toucher, Je goût, l'odorat, l'ouïe et la vue.
II. Le toucher. — Les perceptions propres du toucher sont celles de résistance (distinction des corps solides, liquides, gazeux), de température, de forme et de poids. Le toucher nous fait donc connaître les propriétés essentielles des corps, les propriétés « pi'emières », celles sans lesquelles on ne peut se représenter l'existence d'un objet matériel. La couleur, l'odeur, la saveur, etc., sont des propriétés a secondes », car il existe des corps, comme l'oxygène par exemple, qui sont incolores, inodores et insipides, 'mais on ne peut pas concevoir un corps qui ne serait pas résistant à un degré quelconque, qui n'aurait aucune forme et n'occuperait pas une partie de l'espace. Aussi est-ce surtout par le toucher que nous contrôlons le témoignage des autres sens. C'est lui seul qui nous rend définitivement certains de la réalité des objets ; car ce que nous voyons sans pouvoir le toucher nous semble être un fantôme, un mirage, ce qu'on appelle une apparence.
11 faut toutefois distinguer entre le toucher actifs où nous avons conscience d'exercer volontairement notre activité musculaire en même temps que d'éprouver les sensations produites par le contact des corps, et le toucher joasse/, où nous avons simplement conscience d'éprouver ces sensations sans aucun mélange d'activité. Il y a toucher actif, quaud nous palpons et soupesons un objet, toucher passif, quand cet objet presse lui-même notre peau sans résistance ni réaction de notre part.
La main est l'organe principal du toucher actif. Elle est composée de doigts disposés pour saisir les corps, pour glisser le long de leurs arêtes et pénétrer dans tous les creux, pour en fouiller enfin toute la surface. « C'est un compas à cinq branches », a dit Blainville. C'est par l'extrémité périphérique des nerfs, ramifiés sous la peau de la main, que la sensibilité tactile s'exerce. Ces nerfs sont terminés, dans certaines parties du corps, par de petits organes, les corpuscules de Meissner, qui sont, paraît-il, les organes spéciaux du tact.
186 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'ÉDUGATION
Suivant Tabondance et l'état de santé de ces organes nerveux, la sensibilité tactile est plus ou moins vive et délicate ; c'est surtout aux extrémités des doigts que ces organes abondent et que le tact est développé. La peau qui recouvre le corps est Torgane du toucher passif, qui ne nous donne que des impressions purement organiques et d'ordinaire confuses.
Éducation du toucher. — Cette éducation a pour but d'exercer les enfants à distinguer par le toucher seul la nature des corps, leur température, leur forme, enfin et surtout leur poids.
Ces exercices, qui trouvent naturellement leur place dans les leçons de choses, donnent lieu à des vérifications faites par les enfants eux-mêmes, sous le contrôle du maître* qui fait comprendre, s'il y a lieu, à ses élèves les causes des erreurs commises par eux.
D'autre part, les exercices d'écriture et de dessin méthodiquement dirigés donnent à la main une dextérité particulière. Le dessin d'après nature est surtout recommandé.
<K Je veux, dit Jean-Jacques Rousseau, que mon élève n'ait d'autre maître que la nature, ni d'autres modèles que les objets; qu*il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un arbre, un homme sur un homme, etc. Je sais bien que, de cette manière, il barbouillera longtemps sans rien faire de reconnaissable, qu'il prendra tard l'élégance des contours et le tracé léger des dessinateurs ; en revanche, il contractera un coup d'œil plus juste, une main plus sûre, la connaissance des vrais rapports de grandeur et de figure qui sont entre les animçiux, les plantes,, les corps naturels, et une plus prompte expérience du jeu de la perspective. »
Enfin, les exercices de travail manuel et de modelage contribuent, concurremment avec le dessin, à donner à la main de la sûreté et de l'adresse. Les enfants du cours élémentaire plient, découpent du papier colorié, font avec des figures géométriques de bois, de carton, des constructions plus ou moins compliquées ; les élèves du cours supérieur font du modelage, travaillent le bois et le fer.
Les uns et les autres exécutent leurs travaux, autant que possible, d'après des croquis préalablement tracés par le maître au tableau noir et reproduits dans leurs cahiers. Parfois les enfants construisent d'abord des objets qu'ils représentent ensuite par le dessin, dans des conditions déterminées par le maître lui-même.
m. Le goût. — Le goût nous donne la notion de cette propriété des corps qui constitue leur saveur. Ce sens tient beaucoup
US SBNS JST
du toucher, car les molécules sapidos des eorp» j^Hm^Ult^mt^iU dissoutes dans la salive doivent être misos en couluol t^vt^o \w langue, organe affecté aux perceptions guslttUvon, il \\y a iW corps doués de saveur que ceux qui sont solubloH d^nn U littliv», L'action de ce sens se rapporte surtout à la via orgAni(|ua, mais elle n'en a pas moins son importance.
« Tout n'est pas aliment pour Thomme, a dit BoumieMu, 0i Ank substances qui peuvent Tètre, il y en a de plun ou ntoiriH oofiy^- Dables, selon la constitution de son espécOi nelon la (îlirn^t habite, selon son tempérament particulier et «alort 1a muniM'n ria vivre que prescrit son état. La suprême bonté, qui d foit du lt\hMr des êtres sensibles rinstniment de leur connerviiUon, muf^ pfé¥its^^
I par ce qui plaît à notre palais de ce qui convient  ooira fsuUfmfifh De nos sensations diverses, le goût eut une de e4^iU(fk qui uoi$fi affectent le plus. Ainsi, sommeft-nous plus iftiéfftn^ k hMi jtf^étf des substances qui doivent laire partie de fMnit uium qui ne font que raiTironner. Mille cboM»» n/mi iu*UtiMté:hiJ^k h*^ U/fé-cher, à la vue, à l'ooie ; mais il n'y a prei^^iw^ ri^ ^'vt^^ytU-jkui
I goût >
! A de ca^aiD& éf»^, le g»crtït ^ uo li^^i^. U U^fMi^K, noonissaait dafianeate fort dir^ï, a ^ j/vur «?f^tvU .^-^^ ^< ;«>
de se tranffparifir àais Içj régi'^n* i** ^^u^ ;vhrUt«*** j^uf j»' acbe&er des proàuiis îiim>euUûj** eu il xi*r iîwvv pt»hft paysetpanrjimpQriar dauii^ ti^^uu^ 4»ubti i ' aU-
plîcaîian âfs écbîmg=^ J a!ieî'uii>t>*;ai<nit tj»^t i^'nniiMitt ^iw*. tt/ut I les peigike ei jirftçrèc Ji«çrjî;uuuf*:, tit i iiitiurfv**; e ui
Enfin 1» ln3m^uet$ eua^-^ni^m^Jt tit i»otr., «; vra! M*^ è 0yInpatlli{^ff^.
r'Jiffiir. lui fc umm-
*^ailbe très Iléikai' ict^^r;: ; - :/ . ^ T ^
188 PSYCHOLOGIE APPUQUÉE A L'ÉDUCATION
trè& sains et peu coûteux, et des désirs trop onéreux à satisfaire; on doit habituer les enfants à manger de tout ce qui est sain et proprement servi.
2*^ Il faut prémunir les enfants contre la gourmandise, un de leurs défauts naturels. Pour cela, il s'agit de ne pas favoriser leur tendance à manger à l'excès, et surtout vers l'âge de deux à trois ans, où ils ont une flexibilité très grande à contracter des habitudes ; de ne pas les tenter en mettant à leur portée des friandises, des confitures, des fruits, etc., dont ils raffolent; en leur promettant trop souvent des gâteaux, des sucreries, etc. , pour les engager à être sages.
3** Il convient d'éviter à tout âge les excitations trop fortes du goût, et de mettre en garde les enfants contre les dangers du tabac et surtout contre les terribles effets de Yalcoolisme. L*usage du tabac et de l'alcool pervertit le sens du goût.
(( L'alcool est un caustique qui émousse à la longue la sensibilité gustative ; et le buveur perd, avec l'acuité du goût, Tappétence pour les matières sucrées, appétence physiologique, comme on le voit chez les enfants dont la sensibilité gustative est intacte. Or l'importance physiologique de ce goût pour les choses sucrées est considérable puisque le sucre est la" source delà force musculaire. » {L'Alcool^ par P. Sérieux et F. Mathieu, p. 78.)
Au point de vue des perceptions acquises, on pourrait exercer les enlfants, pendant les leçons de choses, à distinguer certains corps sapides en les leur faisant goûter. Les liquoristes, les cuisiniers et principalement certains dégustateurs de vins fins ont, à cet égard, une sensibilité remarquable.
IV. L'odorat. — L'odorat nous donne les perceptions des odeurs. Les particules émanées des corps odorants se dissolvent dans la mucosité sécrétée par la membrane pituitaire, exerçant ainsi sur les nerfs dont elle est sillonnée des impressions transmises par ces nerfs au cerveau.
L'odorat est une annexe du goût et lui sert pour ainsi dire d'avant-coureur. Les animaux flairent les corps avant de les goûter.
<K Le sens de redorât, a dit Rousseau, est au goût ce que celui de la vue est au toucher : il le prévient, il Tavertit de la manière dont telle ou telle substance doit l'affecter, et le dispose à la rechercher ou à la fuir selon Timpression qu'on en reçoit d'avance. La nature a rendu l'action de ces deux sens presque inséparable en rendant leurs
organes voisins, et en plaçant dans la bouche une communication immédiate entre les deux, en sorte que nous ne goûtons rien sans le flairer. »
L'odorat est encore le sens de l'imagination ; c'est ainsi que la perception de certains parfums peut contribuer, dans une certaine mesure, à TafiSnement des mœurs en développant le sentiment de ' la propreté, de la délicatesse, de l'élégance et même des bonnes manières.
! Éducation de V odorat, — 1® En général Timpressionnabilité trop grande de Torgane de Todorat serait plutôt nuisible qu'avantar
I geuse. Il faut habituer les enfants à supporter sans faiblir les odeurs les plus répxignantes.
^ On doit éviter les excitations trop énergiques ; elles diminuent la sensibilité de cet organe et peuvent même occasionner des troubles nerveux, de violents maux de tête, par exemple. A ce point de vue, les inconvénients du tabac et les dangers de la présence des fleurs dans les appartements méritent d'être signalés.
3o On peut exercer les enfants à discerner certains corps d'après leur odeur. Les cuisiniers, les parfumeurs et les chimistes se distinguent sous ce rapport par la délicatesse de l'odorat.
I V. L'ouïe. — L'ouie est un sens esttiétique, puisqu'elle' nous
I fait percevoir les sons musicaux et leurs qualités : hauteur, intensité et timbre.
La perception de ces sons évoque dans notre âme des senti- I ments qui, sans elle, resteraient cachés dans les profondeurs de la conscience, et qui ont, en éducation surtout, une importance toute particmlière.
L'ouïe, en nous faisant percevoir le langage, est, par excellence, un sens social. C'est par elle que l'enfant fait l'apprentissage de la parole. Grâce à l'instinct d'imitation, il reproduit les sons, les articulations, les mots, qu'il entend prononcer; il associe ensuite, dans son esprit, le souvenir de ces mots à celui des objets qu'ils représentent.
L'enfant sourd de naissance, n'entendant rien, ne peut pas reproduire le langage articulé ; il est donc muet par suite de l'infirmité non de sa langue, mais de son oreille.
Hygiène de Voûte. — 1** 11 faut éviter autant que possible les bruits soudains et trop intenses. Ainsi le bruit du canon peut déchirer le tympan. ^
2° Les parents et les maîtres doivent recommander aux enfants
190 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'ÉDUGATION
de ne pas trop enfoncer leurs coiffures, de telle sorte qu'elles n'appliquent pas étroitement sur les côtés de la tête le pavillon de Toreille. Des physiologistes ont en effet prouvé que le pavillon doit faire un angle de 30** environ avec le crâne pour que les conditions de l'audition soient normales.
3^ Enfin la propreté la plus minutieuse favorise l'audition. Des cas de surdité n'ont souvent pas d'autre cause que Tobstruction du conduit auditif par le cérumen durci.
Éducation de Vouïe. — Les perceptions propres de l'ouïe sont les perceptions des sons et de leurs qualités. De là, l'importance de la lecture à haute voix et du chant.
La lecture à haute voix doit être accentuée, ni trop rapide, ni trop lente. Le maître corrigera Taccent de ses élèves, il veillera à ce que leur prononciation soit aussi nette et leur diction aussi pure que possible.
Le son de voix d'une personne la rend au premier abord sympathique [ou antipathique. La sonorité et le charme de la voix sont d'ailleurs les conditions premières du succès de l'orateur; « Le doux parler ne Quit de rien, » a dit La Fontaine.
Les exercices de chant seront individuels et collectifs. Les enfants exécuteront des chants à l'unisson et des chœurs à deux ou plusieurs parties. II. faut les habituer à chanter avec intelligence et avec goût, et lutter d'abord et surtout contre leur tendance à crier :
« Apprenons à Tenfant, a dit J.-J. Rousseau, à parler aisément et clairement, à bien articuler, à prononcer exactement et sans affectation ; à connaître et à suivre Taccent grammatical et la prosodie, à donner toujours assez de voix pour être entendu, mais à n'en donner jamais plus qu'il n'en faut. »
En ce qui concerne les perceptions acquises, on peut exercer les écoliers à distinguer les divers bruits qu'ils entendent, la nature des objets qui les ont produits, à reconnaître la cause de ces bruits, à se rendre compte de la distance de ces objets et à s'orienter d'après la direction des sons.
Les enfants s'habitueront ainsi, par l'expérience, à distinguer même l'âge, le sexe, l'état moral et certaines particularités du caractère d'une personne uniquement par l'audition de sa voix.
VI. La vue. — La vue est le plus parfait et le plus important de tous les sens, celui qui, grâce à la mobilité de son organe (mouvements propres des yeux, mouvements de la tçte à droite et à
gauche, en haut et en bas), nous donne Jes perceptions les plus nombreuses et les plus variées.
Elle est le sens esthétique par excellence. — C'est surtout pjar la vue des merveilles de la nature et des chefs-d'œuvre de l'art que s'éveille et se développe en nous le sentiment de la beauté. Elle est plus encore peut-être que Touïe un sens social, car, en nous faisant percevoir les signes de l'écriture, elle nous permet de communiquer avec les hommes de tous les temps et de tous les pays.
Hygiène de la vue. — Au point de vue scolaire, cette hygiène comprend :
1*^ L'éclairage de la salle de classe, qui doit être tel que la lumière arrive aux enfants obliquement et de gauche à droite. Les fenêtres du mur de gauche doivent occuper le tiers des parois ; il suffit que le mur de droite soit percé de petites baies. D'après le D' Guillaume, il convient que les fenêtres soient garnies de rideaux d*un vert mat et que les murs aient une teinte analogue.
L'insuffisance de la lumière et la petitesse des caractères des livres contribuent à produire la myopie. L'excès de la lumière peut être plus dangereux encore et produire la cécité, très fréquente chez les verriers, les fondeurs, etc. Aussi doii-on conseiller aux enfants de ne pas regarder en face le soleil, la lumière électrique, etc.
Pour la même raison il sera bon de substituer au papier blanc ordinaire un papier légèrement teinté en bleu ou en beige.
2® Les soins de propreté donnés à l'organe de la vue n'ont pas une moindre importance. On doit recommander aux enfants des ablutions fréquentes à l'eau fraîche.
Éducation de la vue. — Les données naturelles de la vue sont les perceptions de la lumière, de l'ombre et des couleurs. Par suite, on peut et on doit exercer les enfants à distinguer le plus exactement possible les couleurs et leurs nuances qui varient avec l'éclairage des objets et selon le fond sur lequel ils se détachent. Ainsi à la lumière du gaz on peut confondre le bleu avec le vert. D'autre part, un objet gris placé sur un fond rouge, bleu ou noir, a des reflets grisâtres variables suivant la couleur du fond. Les peintres et les tapissiers doivent être habitués à discerner ces changements.
L'éducation frœbelienne produit ici d'heureux résultats. Les
192 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'kdUCATION
plus jeunes enfants sont, en effet, exercés, d'après la méthode Frœbel, à plier, à découper des papiers diversement coloriés, à. faire des travaux élémentaires de tissage et de passementerie avec des bandelettes de papier préalablement découpées par eux et des bandelettes de laine de couleurs différentes, à exécuter aussi des dessins variés où la distribution des couleurs est faîte avec un goût qui s'accentue de jour en jour et qui prouve la justesse grandissante de leurs perceptions visuelke.
Mais, par l'expérience, la vue nous fait aussi connaître la nature des objets, leur grandeur, leut forme, leur distance et même leur véritable position. Il faudra donc exercer les enfants à distinguer les objets (bois d'un arbre, minéraux, terrains!) d'après les seules impressions de la vue, à apprécier la grandeur, la forme des objets situés à distance, en tenant compte des illusions mêmes de la perspective et des rapports qui unissent la distance et la forme des corps à certaines apparences colorées, à certaines dégradations d'ombre et de lumière.
« Sans les fausses apparences, a dit Rousseau, nous ne verrions rien dans Féloignement; sans la gradation de grandeur et de lumière, nous ne pourrions estimer aucune distance ou plutôt il n'y en aurait pas pour nous. Si de deux arbres égaux, celui qui est à cent pas nous paraissait aussi grand et aussi distinct que celui qui est à dix, nous les placerions à côté l'un de Tautre ; si nous apercevions toutes les dimensions des objets sous leur véritable mesure, nous ne verrions aucun espace et tout nous paraîtrait sur notre œil. »
Rousseau ajoute encore :
a Sans le toucher, sans le mouvement progressif, les yeux du monde les plus perçants ne sauraient nous donner aucune idée de rétendue. L'univers entier ne doit être qu'un point pour une huttre. Ce n'est qu'à force de marcher, de palper, de mesui^r les dimensions qu'on apprend à les estimer. »
L'aveugle-né, opéré de la cataracte par Ghesdden, ne percevait point la grandeur, la distance et la forme des objets. Il ne voyait que des « taches colorées », qui lui paraissaient être situées contre ses yeux et non à distance, à l'extérieur. Il fallut qu'il «'exerçât à discerner, par la vue seule, les objets dont il s'était servi jusqu'alors, et à juger, par les seules données de ce sens, de leur distance, de leur grandeur et de leurs formes.
Le maître multipliera, en les variant, ces expériences intéressantes et provoquera l'émulation parmi ses élèves pour les exciter à observer les objets attentivement, avec justesse, et à commettre le moins d'erreurs possible. U variera les unités de
mesiire, de comparaison ; tantôt il se servira du mètre, tantôt du pas de rhomme ou de l'étendue de ses bras, ou de sa stature, etc. y et, comme le conseille Rousseau, les estimations seront
' faites par les élèves eux-mêmes sous le contrôle du maître. Ces vérifications auront pour objet de faire connaître la nature et rétendue des erreurs commises.
Enfin le dessin linéaire, et surtout le dessin d'imitation d'après nature, conformes aux préceptes élémentaires de la perspective, et les travaux manuels exercent et affment particulièrement le sens de la vue, en exerçant aussi le toucher qui en est le cor-
' rectif.
€ On ne saurait apprendre, dit encore Rousseau, à bien juger de rétendue et de la grandeur des corps, qu'on n'apprenne aussi à connaître leurs figures et même à les imiter. Les enfants, grands imitateurs, essaient tous de dessiner ; je voudrais que le mien cultivât cet art, non pour Tart même, mais pour se rendre l'œil juste et la main flexible. »
LECTURES
Bersntein. Les sens, — James Sully. Les illusians des sens et de Vesprit. — A. Bain. Les sens et ^intelligence, II, traduction Gazelles. — Fonssagrites. L'éducation physique des garçons, — J.-J. Rousseau. Emile, liv. II, édit. Steeg, p. 140. 200. — G. GoMPATRÉ. Vévolution intellectuelle et morale de Venfant, ch. m et ir.
SUJETS A TRAITER
1. De l'importance et de la nécessité de l'éducation des sens.