‹ Leçons de psychologie [microforme]Chapitre 11 sur 27 · C. UN RÈGLEMENT DE Vie. Un règlement de vie · texte numérisé non relu

C. UN RÈGLEMENT DE Vie. Un règlement de vie

est pour la volonté une sentinelle sévère dont la consigne est de ne la pas laisser faire à sa guise. A chaque instant du jour il la suit dans ses va-et-vient et la sauve de bien des dangers que lui fait courir la recherche de ses aises. L'obéissance à cette discipline exigeante requiert de la part de la volonté beaucoup d’abnégation. Mais à force de s’y soumettre de bon gré, il vient un moment où, grâce à l’habitude acquise, elle exécute les ordres avec promptitude, voire avec joie. Alors on dit qu’elle est formée. — Ces trois moyens nécessaires à l’éducation de la volonté sont — il va sans dire — subordonnés à un autre, le plus efficace celui-là, la prière. Il faut recourir à Dieu dans la lutte contre les obstacles que nos rencontrons sur le chemin du devoir. Lui seul est capable de donner la force de vaincre à notre faible vouloir. (!

107. Le caractère. — Le caractère est le trait moral qui prédomine chez un individu. C’est une certaine manière d’être et façon d’agir qui le distinguent des autres; c’est, pour ainsi parler, sa marque de fabrique. Ainsi l’on dit d’une personne qu’elle a un caractère noble ou vil, sérieux ou léger, gai ou triste, optimiste ou pessimiste, etc., selon que dans l’ensemble de ses actes il y a une tendance prodominante digne de l’une ou de l’autre de ces épithètes. Il y a trois facteurs principaux qui donnent à chacun son caractère : l’hérédité, l'éducation et la volonté. Pour former le caractère, il faut donc tenir compte de ces trois facteurs. C’est sur eux que doivent se concentrer tous les efforts de l’éducateur, mais plus spécialement sur la velsnté qui est comme la maîtresse-pièce du caractère.

Mais si chacun ici-bas a son caractère, c’est-à-dire

() Cfr. L. Désers, L'éducation morale et ses conditions, p. 139.

sa façon de faire, sa manière de se conduire dans les circonstances différentes où il se trouve, chacun, cependant, n’a pas du caractère, n’est pas une personne de caractère. Entendu en ce sens, le caractère est une volonté forte qui commande aux qualités comme aux défauts naturels, qui subjugue les difiicultés rencontrées sur la route, qui les surmonte et va droit au but. Et donc manquer de caractère, c'est manquer de volonté. Aussi bien l’éducation du caractère est celle de la volonté (106).

108. La liberté. — La liberté est «la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé ». ® Il ressort de cette définition que la liberté concerne les moyens et que son acte propre est le choix.

D'autre part, la liberté et la volonté, parce que leur objet — le bien —est le même, ne sont pas deux facultés distinctes. La volonté veut le bien, la liberté le choisit. Mais la volonté qui veut et la volonté qui choisit, c’est la même faculté. La volonté qui veut tend vers la fin, elle la désire nécessairement. La volonté qui choisit tend vers les moyens, elle les prend /ibrement. Par conséquent la liberté est la volonté qui choisit les moyens capables de conduire à une fin.

109. Différentes espèces de liberté. — Il y a la liberté physique et la liberté morale. La liberté physique est l’absence de contrainte physique. Celle-ci peut pro-

‘r d’une cause extérieure ou de la nature même de & i qui agit. Par exemple, le prisonnier enchaîné pieds et mains dans sa cellule n’a pas la liberté physique

(1) Cfr. Guibert. Le Caractère.

(2) Léon XIII, Encycl. Libertas præstantissimum.

extérieure. En présence d’un objet que depuis longtemps il convoite, l’animal n’est pas libre d’une liberté physique intérieure. Il en est de même pour nous en face du bonheur. Nous voulons être heureux irrésistiblement, c’est la constitution même de notre nature raisonnable qui nous y porte. La liberté morale est l’exemption d'une contrainte morale. L'écolier au pensionnat n’a pas la liberté morale. Il est soumis au règlement (contrainte morale). La liberté se divise encore en politique, civile, religieuse, domestique, personnelle, industrielle, etc.

110. Les adversaires de la liberté. — Les adversaires de la liberté sont connus sous le nom de déterministes. Pour eux, nos actes sont irrésistiblement déterminés par des causes, des antécédents qui relèvent de la mécanique, de la psychologie et de la Physiologie, d’où le déterminisme mécanique, psychologique et physiologique. Le déterminisme mécanique ramène tous les actes de la volonté à des phénomènes physiques, obéissant aux lois fatales de la mécanique. Le déterminisme psychologique soutient que la volonté ne se détermine pas mais est toujours déterminée par le motif prépondérant. Le déterminisme physiologique attribue toutes nos actions au tempérament. L'influence du physique sur le moral est la cause nécessaire de nos volitions.

111. Existence de la liberté. — Lorsque nous voulons démontrer l'existence de la liberté, nous ne parlons pas de la liberté de contrainte ou de coaction (nécessité physique venant de l’extérieur) ni de la liberté morale. Il est trop évident que la volonté n’est pas toujours libre d’une liberté de coaction. D'autre part, la liberté morale, elle ne l’a pas aussi, puisqu'elle est toujours

soumise à la loi morale. Nous revendiquons la liberté physique intérieure, nommée liberté d'indifférence ou libre arbitre. En d'autre termes, quoique tendant nécessairement à une fin ultime, la volonté est cependant libre, dégagée de toute nécessité intrinsèque résultant de sa constitution intime, vis-à-vis des moyens.

D Le témoignage de la conscience est un critère irrécusable de vérité. Or il atteste d'une façon évidente que la volonté jouit du privilège de la liberté. Et cette attestation se manifeste avant, pendant et après l’action. Avant d'agir, n’est-il pas vrai que la volonté est mattresse de l’acte à poser? Nous conservons le pouvoir de décider l’accomplissement de cette action, ou non. Bref, avant d'agir, nous délibérons, et « qui délibère sent que c’est à lui de choisir ». (Bossuet). Là où il y a choix, il y a liberté. La même conscience qui, avant l’acte, ne laisse aucun doute sur la présence du libre arbitre, pendant l’action nous dit encore qu'il est en notre pouvoir de cesser ou de continuer. Et après l’action comment expliquer le remords ou la joie ressentis ? Ce remords, cette joie, ne sont-ils pas l’indice infaillible que nous pouvions agir autrement ?

® La nature de la volonté prouve aussi l’existence de la liberté. Faite pour le bonheur, cette faculté le veut nécessairement. Ce bonheur capable de la satisfaire complètement c’est Dieu lui-même, le bien suprême et universel. Or en ce monde il n’y a que des biens particuliers, limités, finis. Et donc, en leur présence, la volonté garde son pouvoir d’autodétermination, elle peut les accepter ou ne les accepter pas.

Le consentement universel est encore un critère que nous devons admettre dans une question comme cellelà. En effet partout et toujours on a cru à la liberté.

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Une telle unanimité n’a pas d’autre cause que la vérité de cette doctrine,

® Les conséquences de la négation du libre arbitre sont encore une preuve plus que suffisante de son existence. Si la liberté n’est pas, il n’y a plus de responsabilité, et sans responsabilité, plus de moralité. Ce serait du même coup le renversement de toute religion.

112. La faculté de faire le mal. — Le pouvoir que nous avons de faire le mal n’est pas de l'essence de la liberté mais plutôt un défaut de la liberté, Dieu et les saints dans le ciel jouissent d’une liberté parfaite, et cependant ils ne peuvent pas commettre le mal. Au reste, la volonté dans l'ordre pratique est comme la raison dans l’ordre spéculatif. Celle-ci, faite pour la vérité, agit contre sa nature si elle embrasse l'erreur. De même la volonté, lorsqu'elle choisit le mal, se trompe, va à l’encontre de sa tendance naturelle dont le terme est le bien. Faire lc mal est de la licence, car « être libre, c’est faire ce qu’on veut, en faisant ce qu’on doit ». (Auguste Nicolus).

113. L'homme et l'animal. — L'homme et l’animal sont spécifiquement distincts. On peut ramener à deux groupes les différences qui existent entre ces deux vivants : Différences anatomiques et différences Psychologiques.

A. DIFFÉRENCES ANATOMIQUES. « Les organes chez l’homme et l’animal se correspondent, il est vrai, mais le plan de structure est tout différent : l’homme a l'attitude verticale, l’animal a l'attitude horizontale. L'homme est preneur, l'animal est grimpeur. Alors que la colonne vertébrale de l’homme présente les trois

courbures, cervicale, dorsaire et lombaire, aussi bien marquées que possible, ces courbures sont à peine perceptibles chez l'animal.

« La tête humaine est également très caractéristique.

« Toutefois, le caractère physique différentiel le plus important est le développement inégal du cerveau. Tandis que le poids du cerveau représente chez l’Européen deux ou trois pour cent du poids total du corps, chez l'animal, chez l’orang-outang, par exemple, il ne représente qu’un demi pour cent ». (!

B. DirFrÉRENCES PSYCHOLOGIQUES. a) L'homme parle, et le langage suppose qu’il a des idées. L'animal ne parle pas, et partant, il n’a pas d'idées. b) L'homme a le pouvoir d’abstraire, c’est-à-dire, dans plusieurs choses connues, il découvre des propriétés communes, distinctes de ces mêmes choses, extraites d'elles, mais spiritualisées, immatérialisées. L'animal n’a pas ce pouvoir. Dans son imagination s'associent des fantômes qui ne dépassent pas l’ordre sensible, c) L'homme progresse, l’animal reste stationnaire, L'instinct qu’il apporte en naissant esi complet (74). d) L'homme est un être religieux et moral, l’animal ne l’est pas. e) L'homme seul peut être enseigné. Il est susceptible de recevoir une éducation. Celle-ci est le développement des facultés d’un être intelligent, elle le met à même de s'améliorer, de faire du nouveau. L'animal est tout au plus bon au dressage dont le but est de « faire reproduire ce qui a été montré.» En d’autres termes « l'éducation apprend à apprendre, à chercher et à trouver ; le dressage apprend à répéter.» Dans l’homme fait on trouve plus que ce qu’a reçu l'enfant. Dens l’animal dressé il n’y a jamais que ce

() Mercier. Ouv. cit., p. 181.

qu’on y a mis. ® f) Toutes ces différences nous permettent de conclure que l’homme est intelligent et que l’animal ne l’est pas. Et puisque la volonté suit la faculté intellectuelle, l’animal en est donc aussi privé, et par suite, il n’est pas libre. Entre ces deux vivants — l’homme et la brute — la distinction n’est pas seulement de degré mais bien spécifique ou essentielle.

(1) Cfr. Études, 5 déc. 1913. A propos des chevaux « pensants » d’Elberfeld.

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