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CHAPITRE VII

La faculté intellective appétitive.

101. La volonté. — Comme dans le domaine de la sensibilité (76), il existe aussi dans l’ordre rationnel, spirituel, une faculté qui tend vers l’objet connu par l’intelligence. C’est la volonté ou la faculté appétitive intellective. Mais ce vers quoi une faculté incline, ce qui l’attire, s’appelle bien. Et de même que l’objet de l’intelligence est la vérité, celui de la volonté est le bien. Or la faculté appétitive intellective est inorganique parce qu’elle est totalement distincte de l’appétit sensible qui est organique (52). Par conséquent, la volonté est une faculté inorganique qui poursuit le bien connu par l'intelligence.

102. La volonté et l'intelligence. — La volonté et l'intelligence sont certainement deux facultés distinctes puisque leur objet n’est pas le même (101). Cependant, l’une exerce son influence sur l’autre, et réciproquement. Le bien que poursuit la volonté a d’abord été connu par l'intelligence : on ne désire pas ce qu’on ignore. D'autre part, le bien et la fin s’identifient parce que tous les deux sont ce qui attire, ce vers quoi nous tendons. Et donc, la volonté cherche le bien ou la fin que lui présente l'intelligence : c’est dire que celle-ci, s.nrès de celle-là, joue le rôle de cause finale. — De son cité la volonté agit sur l’intelligence. N’est.il pas vrai que j’étudie a plutôt que b (opération de l’intelligence) parce que je le veux? La volonté fait que l'intelligence se met en exercice, et c’est pourquoi, vis-à-vis de celle-ci, elle remplit la mission de cause eficiente. — Mais il y a certaines vérités — comme les premiers principes — que l’intelligence admet, auxquelles elle adhère sans le concours de la volonté. Ces principes par leur évidence sont capables de mettre en opération la faculté intellectuelle et d’entraîner son adhésion. Dans ces cas la volonté n’a aucune influence sur l'intelligence.

103. Les actes de la volonté. — Les actes de la volonté sont de deux sortes : ceux qui procèdent immédiatement, directement de la volonté, de sorte qu'entre elle et eux il n’y a pas d’intermédiaire, comme vouloir, choisir. Il y a ensuite ceux qui procèdent immédiatement, directement d’une faculté commandée par la volonté, comme marcher. Cet acte est immédiatement accompli par la faculté locomotrice qui obéit à l’ordre de la volonté, Les actes qui procèdent immédiatement de la volonté sont au nombre de six dont trois ont pour

objet la fin, et trois concernent les moyens. Les premiers sont la volition, l’intention et la jouissance. Les . autres sont le consentement, l’élection et le commandement. — L'intelligence connaît l’objet et le présente à La volonté comme jin à atteindre. La volonté se complaît dans ce bien, elle le désire, elle l’aime (volition ou amour) et se propose de le posséder (intention). Mais pour réussir il faut des moyens. *Ceux-ci, c’est encore l'intelligence qui les découvre. Alors la volonté les approuve (consentement), elle fait son choix (élection) et met en œuvre les autres facultés (commandement) afin d’arriver à la possession du bien ardemment désiré (jouissance). Quant aux actes accomplis par les facultés agissant sous le commandement de la volonté, ils sont très nombreux, et c’est pourquoi il est quasi impossible de les classer et surtout de les nommer.

104. Le rôle de la volonté auprès des autres facultés. -- Toutes les facultés, végétatives, sensitives et intellectives, sont soumises à l’empire de la volonté. Chacune, cependant, ne subit pas son influence au même degré. Parmi elles, il y en a—comme la faculté locomotrice — qui, généralement, ne peut pas ne pas obéir au commandement de la volonté. Celle-ci, en effet, au moyen de l'effort musculaire, suscite et dirige le mouvement des organes locomoteurs. Quant à la nutrition et au tempérament, la volonté a sur eux une action indirecte, soit en réglant la nourriture, soit en modérant ou en augmentant les exercices corporels. A cause de sa complète et nécessaire subordination, on dit que la faculté locomotrice subit le pouvoir despotique de la volonté.

Les facultés sensibles — l'imagination par exemple— ne sont pas aussi soumises, aussi obéissantes. Et

c’est pourquoi, en raison de cette résistance que souvent ces facultés opposent aux injonctions de la volonté, le gouvernement de celle-ci sur celles-là est appelé politique. Tout de même, les sens n’en sont pas pour cela des émancipés, et, pour une très large part, ils suivent fidèlement les ordres de leur supérieure. Ainsi la volonté peut amener et amène les facultés sensibles à exercer leurs opérations propres. Ne refuse-t-elle pas parfois son consentement aux propositions de l’appétit sensitif? Elle le maîtrise, cet appétit, en dirigeant l'imagination et la pensée vers d’autres objets. Et ces mouvements déréglés de l’appétit concupiscible et irascible, elle les modère par la vertu de tempérance (concupiscible) et la vertu de force (irascible).

Nous l’avons dit (102), l'intelligence accepte aussi la direction de la volonté. Considère-t-elle une vérité plutôt qu’une autre, y fixe-t-elle son attention plus ou moins longtemps, cela dépend, d’une façon variable, de la volonté.

105. Les maladies de la volonté. — On constate souvent que la volonté subit certaines influences qui lui font perdre son équilibre et la jettent hors de ce juste milieu dans lequel elle doit normalement se mouvoir. Ces influences qui sont d’ordre physique, intellectuel ou moral, la paralysent dans son action, et l’on dit alors qu’elle est malade. Quelquefois, elle n’a pas la force nécessaire pour se décider à poser tel ou tel acte. Elle est hésitante ct s’épuise à trouver le moyen de sortir de son indétermination sans pouvoir réussir. L'intelligence a beau lui montrer l'opportunité, voir la nécessité d'agir, rien n’y fait. Cet état extrême s’appelle aboulie. Par contre, avec des caractères tout

opposés, il est une autre maladie dont souffre encore cette faculté. C’est la monomanie. Quand elle est atteinte de ce mal, la volonté est comme malgré elle, entraînée à commettre certains actes que, par ailleurs, elle réprouve. Sont assez fréquents les cas de personnes, en tous points respectahles, poussées presque irrésistiblement, qui au vol, qui à l'incendie, qui au suicide, etc. ® Il va sans dire que l’aboulie et la monomanie ne se soignent pas de la même façon. Les remèdes varient avec les causes qui les ont produites.

106. L'éducation de la volonté. — La valeur d’un quelqu’un vient en grande partie de sa volonté. Aussi . bien le plus bel éloge que l’on puisse faire de lui, c’est dire qu’il est un homme de volonté. Il importe donc de travailler à la formation de cette noble et précieuse faculté. Et pour arriver sûrement à ce but, trois choses sont nécessaires : Un idéal, la pratique des petits sacrifices et un règlement de vie.

A. UN 1DÉAL. Comme son nom l'indique, l'idéal est une idée, mais non pas quelconque. C’est une idéeforce, c’est une idée-mère bien au-dessus des basses vulgarités de la vie, toute rayonnante de beauté et de splendeur, capable de donner le branle à notre volonté engourdie. Il est le phare lumineux qui la dirige et l'empêche de faire naufrage. La nécessité de l’idéal s’impose. Sans lui, en effet, la volonté n’a plus de but digne d’elle et mène une existence où le caprice le dispute à la futilité Mais quel sera cet idéal que l'intelligence doit proposer à la volonté? Sans doute il ne peut pas être le même pour tout le monde. La diversité des vocations exige que l'idéal à atteindre, si noble, si élevé soit-il, diffère dans chaque état de

() Cfr. Lahr, ouv. cit., I vol., p. 264.

vie. Toutefois, où que nous soyons, quel que soit le port où immédiatement nous conduisons notre barque, tous, nous pouvons avoir un commun idéal qui sera d’abord la pratique des vertus chrétiennes et ensuite la chasse à la médiocrité. Etre les imitateurs du divin maître, être supérieurs en tout, dans les plus humbles comme dans les plus hautes fonctions, faire de son mieux, voilà un idéal dont la réalisation demandera quotidiennement des efforts on ne peut plus aptes à éduquer la volonté.

B. LA PRATIQUE DES PETITS SACRIFICES. Si pour former sa volonté, chaque homme ici-bas attendait l’occasion de faire des actes d’héroïsme, les gens au caractère bien trempé seraient beaucoup plus rares qu’ils ne le sont. Nos existences sont faites de menues choses, sans cesse répétées, uniformément les mêmes. Nous nous débattons sur un théâtre où les spectateurs ne viennent pas Notre moi, voilà à peu près le seul témoin de nos faits et gestes. C'est dire que les actions d’éclat, que les grands sacrifices ne sont pas les devoirs ordinairement rencontrés sur notre route.

Nous sommes condamnés, le plus grand nombre, aux humbles besognes. Les sacrifices, les renoncements qu’elles comportent, ces petites fonctions, sont des maîtres incomparables pour notre volonté. Ils la forgent, ils lui donnent cette force d'endurance, cette tenacité qui seront les meilleurs garanties de succès dans toutes ses entreprises. Au reste, notre volonté fut-elle appelée à jouer un rôle plus honorable, comment pourrait-elle s’en acquitter dignement, si, au préalable, elle n’a pas acquis cette maîtrise, cette souplesse que seule donne la fidélité à l’accomplissement des obscurs devoirs journaliers ?

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