CHAPITRE PREMIER La substantialité de l'âme humaine
115. Le phénoménisme. — En philosophie, on appelle phénoménisme la doctrine qui a pour dogme principal la négation de la substantialité de l’âme humaine. Pour les phénoménistes l’âme n’est pas une réalité stable qui demeure toujours la même. Elle n’est qu’un assemblage de joies, de tristesses, de pensées, de désirs, de velléités qui se succèdent sans cesse en nous. Ces pensées, ces vélléités, etc., ils les nomment phénomènes, parce qu’elles sont des choses qui apparaissent
en nous. Quant à cette réalité qui n'apparaît pas, laquelle semble jouer le rôle de soutien des joies, des tristesses, des désirs, réalité réputée substance et que l’on croit être l’âme, elle n’existe pas. («Il n’y a rien de réel dans le moi, dit Taine, sauf la file de ses événements ».
116. L'âme humaine est une substance.—Nous voulons prouver que l’âme humaine est une réalité stable pouvant se soutenir elle-même, distincte réellement des joies, des tristesses, des désirs, etc., qui sont autant d’accidents incapables d’exister sans elle.
D La conscience affirme qu’en nous-mêmes il y a un principe unique, indivisible, toujours le même, auquel se ramènent et dont proviennent tous les phénomènes qui se succèdent en nous : pensées, désirs, joies, etc. Or ce principe unique, simple, cette réalité qui ne change pas, c’est l’âme. Notre âme est donc le soutien des accidents, c’est-à-dire une substance.
9 L'âme humaine est la marque distinctive entre l’homme et l’animal. En supposant qu’elle ne fût pas une substance, elle serait un accident. Alors entre l’homme et l’animal il n’y aurait plus qu’une distinction de degré ou accidentelle, ce qui est faux (113).
3) C’est une constatation scientifique que nous nous renouvelons continuellement. «Au bout d’un certain temps notre corps a complètement changé.
«Et cependant nous sommes toujours les mêmes.
« Pourquoi ?
« C’est que derrière ce changement qui est de pure forme, il y a le moi, qui est la personnalité permanente. La personnalité est restée.
« Ce moi, c’est l’âme une, simple, indivisible et indécomposable ». ()
117. L'ême humaine, en elle-même, est une substance complète. — En elle-même, abstraction faite du corps à qui elle donne la vie, l’âme humaine est une substance complète, c’est-à-dire capable de faire les opérations propres à sa nature. En effet, elle peut penser indépendamment du corps. A ce point de vue elle est dite complète en raison de substantialité.
118. Par rapport au corps qu'elle fait vivant, l'âme humaine est une substance incomplète. — Avec le corps l’âme humaine forme l’homme qui est le tout complet. Et donc, s’unissant à un autre, elle est partie d’un composé, et partant, incomplète. Aussi bien on l’appelle incomplète dans l’ordre spécifique parce qu’elle est un élément constitutif de l'espèce humaine. ll