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CHAPITRE II La simplicité et la spiritualité de l'âme humaine

119. Définition de la simplicité. — La simplirité est la négation des parties. Les parties composantes d’un tout peuvent être de deux sortes : constitutives ou essentielles, quantitatives ou intégrantes. La simpli- Ÿ cité essentielle est la négation des parties essentielles, et la simplicité intégrante, la négation des parties quantitatives. C’est une doctrine solidement prouvée en philosophie scolastique que certaines créatures ont leur

(1) Poulin et Loutil. L'âme, p. 47.

essense constituée par deux éléments dont l’un s’appelle matière et l’autre forme. La matière est comme la partie passive qui reçoit en elle la forme et par laquelle elle devient telle ou telle chose, par exemple, bois, or, ete. — Elle est la source de la quantité et, pour cela, on l’appelle première. La forme joue un rôle actif. Elle s'empare de la matière et lui donne une marque, un caractère qui la met dans une classe distincte. À part ces parties essentielles — matière et forme — il y a les parties nommées quantitatives, intégrantes. Par ces parties un être devient tel corps, c’est-à-dire matière étendue, située dans un lieu de l’espace. Les parties intégrantes supposent donc les parties essentielles. Quand nous revendiquons la simplicité pour lâme humaine, c’est de la simplicité essentielle et de la simplicité intégrante qu'il s’agit.

120. L'âme humaine est essentiellement simple. — L’âme humaine n’est pas composée de matière et de forme : c’est le sens de la proposition. — 1 Premier principe de vie, l'âme ne peut pas avoir, comme éléments constitutifs de son essence, deux parties dont l’une joue le rôle de matière, et l’autre, de forme. La matière, en effet, élément passif, comme telle, ne peut pas être principe de vie (14). En admettant qu’elle est une partie essentielle de l’âme, il faudrait conclure qu’elle ne donne pas la vie. Celle-ci viendrait donc de la partie appelée forme, ou encore, élément actif, Alors — dans l'hypothèse — l’âme ne serait plus le premier principe de vie, mais plutôt un éfre vivant, c'est-à-dire une matière animée par la forme, laquelle est vraiment la première source de la vie. —? Les opérations de l'âme humaine nous renseignent sur sa nature. Or l’âme humaine comprend des choses simples, indi-

visibles, comme la justice, la science, etc. Elle est donc une substance simple.

121. L'âme humair n’est pas composée de parties quantitatives Parce que l’âme humaine n’a pas la matière comme partie constitutive, elle ne peut pas être composée quantitativement ou intégralement. En effet la matière est la source de la quantité, de l'étendue. —® L'âme humaine se connaît, par voie de réflexion elle se replie tout entière sur ellemême. C’est ce que ne peut faire un corps étendu. Une de ses parties s'applique sur une autre. Mais il est impossible de le superposer tout entier sur luimême. L’âme humaine n’a donc pas d’étendue, et partant, pas de parties quantitatives.

122. La simplicité de l'âme humaine n'est pas absolue. — Tout en étant simple essentiellement et intégralement, l'âme humaine n’exclut pas pour cela toute espèce de composition. Aussi bien sa simplicité ne peut pas être assimilée à la simplicité divine. Non, l’âme humaine ne possède pas la simplicité absolue, parfaite, qui est le privilège de Dieu seulement. Elle est composée d’essence et d’existence, de substance et d'accidents. Ce par quoi elle est ce qu’elle est, son caractère distinctif, ce qui la sépare des autres êtres, bref, son essence, ne se confond pas avec ce qui la fait passer de la possibilité à la réalité, c’est-à-dire, son existence. De plus, toutes les pensées, les volitions, tous les désirs qui sont dans l’âme, sont des accidents avec lesquels, elle-même substance, compose un tout.

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