TOME m
ti comme nous, luttait contre la tempête; tout à (( eoup^ dans l'obscurité, nous entendîmes un cri « épouvantable; et puis nous n'entendîmes plus « rien que le Jbl^uit des vents et des flots. »
u Quelquefois même le sublime se passe de paroles; la seule action peut l'exprimer : le silence alors ressemble au voile qui, dans le tableau deThimante, couvrait je visage d'Agamemnon; ou ces feuillets déchirés par la Muse de l'histoire , dans le fameux tableau de Chantilly. C'est par le silence que, dans les enfers, Âjax répond à Ulysse, et Dîdon à Énée; et c'est l'expression la plus sublime de l'in-» dignation < et du mépris. Cela prouve que le su^ blime n'est pas dans les mots : l'expression y peut nuire sans doute, mais elle n'y ajoute jamais. On dira que plus elle est serrée, plus elle est frappante; j'en conviens , et l'on en doit conclure que la précision est du style sublime , coînme du style énergique et pathétique en général ; mais la précision n'exclut pas les gradations , les développemens , qui font euxnmèmes quelquefois le sublime. Lors* que les idées présentent le plus bâtit degré concevable d'étendue et d'élévation , et que l'expression le soutient , ce n'est plus un mot qui est sublime ^ c'est une suite de pensées , comme dans cet exemple : « Tout ce quenous voyons du monde <c n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein « de la nature; nulle idée n'approche de l'étendue (c de sea espaces; nous avons beau enfler nos con»^ H ceptious, Aousk n'enfantons que des atomes au V prix de la réalité des choses ; c'est une sphère
« infinie dont le centre est partout , et la circonfé- « rence nulle part. » (Pascal.)
« On cite comme sii>blime^ et avec raisoil^ le qu^il mourût du vieil Horace ; mais on ne fait pas réflexion que ces mots doivent leur force à ce qui les précède ; la scène où ils sont placés est comme une pyramide dont ils couronnent le ^mmet. On vient annoncer au vieil Horace que^ de ses trois fils f deux sont morts j et l'autre a pris la fuite ; son premier mouvement est de ne pas croire que son fils ait eu cette lâcheté :
Non , non , cela n'est point , on vous trompe , Julie ; Rome n'est point sujette, ou mon fils est sans yié; Je connais mieux mon sang; il sait mieux son devoir.
« On l'assure que^ se voyant seul ^ il s'èat éôbappë du combat; alors à la confiance trompéia sttccèdè l'indignation :
Et nos soldats trahis ne Tont point achevé!
a Camille , présente à ce récit , donne des larmes à ses frères : ' ,