‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 22 sur 52 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LES PRINCIPALES QUESTIONS DE LITTERATURE DISCUTÉES PAR H. BLAlR.

a52 OPINIONS

le style ne paraît pas avoir été faite par les littérateurs français, et cependant elle est de quelque importance. On doit en effet considérer les objets sublimes, ceuk qui, par leur nature , produisent sur notre àme une impression vive et profonde , comme les sources du sublime dans le style; car il n'y a de style sublime que celui qui nous fait éprouver une impression analogue à celle que produiraient les objets décrits s'ils étaient devant nos yeux» Notre critique range dans la classe du sublime dans les objets celui qui a sa source dans l'exercice de nos facultés intellectuelles, dans nos propres affections , ou dans les actions de nos semblables, parce que Témotion qu'il nous fait sentir est la même, c'est-à-dire que nous sommes également confondus d'étonnement et d'admiration à la vue d'un grand objet et d'une belle acr tion, d'un objet terrible et d'une pensée sortie d'une âme en proie à quelque agitation violente. Les objets sont la source des pensées sublimes, le style sublime est l'expression .de ces pensées. Si V objet qui s^offre à noire vue ou tombe sous quelques - uns de nos sens ne peut faire naître en nous des idées grandes ^ élevées ^ imposantes y idées auxquelles nous aidons donné le nom de sublimes, quelque belle qu'en soit la description , jamais elle ne sera empreinte de ce noble caractère. L'éteodue, la grandeur, les ténèbres, la solitude, lesilence, le mouvement, le bruit, sont les élémens du sublime dans les objets inanimés; l'héroïsme, l'élévation, la magnanimité, le désintéressement, le mépris du

DES LITTERATEURS FRANÇAIS. a53

danger^ de la mort^ conslituent le sublime dans les affections; et les descriptions sublimes sont celles dont les expressions ont tant de vérité^ de force, d'énergie, qu'elles remplissent notre âme des impressions que lui font éprouver les objets sublimes. Le style de ces descriptions est ce qu'on doit appeler le st^le sublime. Une tempête est dans la nature un objet sublime; toutes les circonstances qui t'accompagnent, le mugissement des flots, le tonnerre, les éclairs, sont sublimes : si un vaisseau battu par la tempête est sur le point de périr, on entend lès cris des matelots effrayés, le sifflement des cordages, et l'impression de terreur est portée à son comble. Virgile a décrit cette tempête ;

Venti , velut agmîne facto , Quà data porta ruunt , et terras turbine perflant. Incubuére mari , totumque à sedibus imis Uuà £urus Motusque ruunt, creberque procellis AfricuSy et yastos volvunt ad littora fluctus. Insequitur 4:lamorque vîrûm , strîdôrque rudentûm : Eripiunt subito nubes cœlumque diemque Teucrorum ex oculis : ponto nox incubât atra. Intonuêre poli , et crebris micat ignibus œlber, Praesentemque vîris intentant omnia mortem.

Voilà une description sublime, voilà du style sublime.

Médée est en horreur à son pays et à son époux, mais elle se sent au-dessus de tous les malheurs qui peuvent l'accabler; voilà lé sublime dans les

affections; Corneille Ta exprimé par un moi sublime :

Dans un si grand revers que vou9 reste-t-il?

Moi !

Moi) dis- je; et c^est assez.

Le sublime dans les affections est celui qui s'exprime de là manière la plus simple ; un mot ou deux suffisent; il se présente à Tâm^ a^ee la rapidité de l'éclair, il doit être traduit avec la même rapidité ; quelquefois même le stleiice en est l'expression la plus énergique. Busdi-Leclerc, fameux ligueur, se présente au parler ment , suivi de ses satellites ; il ordonne aux magistrats de rendre un arrêt contre les droits de la maison de Bourbon, ou de le suivre à la Bastille; aucun ne lui répond, et tous se lèvent pour le suivre. Dans Sophocle, OEdipe, à qui l'on amène les enfans qu'il a eus de sa. mère , leur tend les bras, et leur dit : «Approchez, embrassez votre...» Il n'achève pas; le sublime est dans l'horreur qu'OEdipe éprouve à la vue des fruits de son mariage incestueux ; l'expression sublime est dans la réticence.

Voici comme Marmontel a traité l'article su-* blime dans ses Élémens de littérature; il n'a eu en vue que le sublime dans le style ou dans les descriptions.

(c > Ce qu'on appelle le style sublime appartient aux grands objets, à l'essor le. plus élevé des sentimens et des idées. Que l'expression réponde à

la pensée I elle en a la sublimité. Supposez donc aux pensées un baut degré d'élévation; si l'expression est juste^ le style est sublime; si le root le plus simple est aussi le plus clair et le plus sensible 9 le sublime sera dans la simplicité; si le terme figuré embrasse mieux l'idée et la présente plus vivement, le sublime sera dans l'image* m — xt Tout était Dieu , excepté Dieu même. » (Bossdet.) Voilà le sublime dans le simple : ce L'univers allait fc s'enfonçant dans les ténèbres de l'idolâtrie. »(BossuET.) Voilà le sublime dans le figuré.

// n^jr 'a point de style sublime ^ a dit un philosophe de nos jours ; c^est la chose qui doit Uêtre. Et comment le sijle pourrait ^ il être sublime sans elle y ou plus qu'elle ? En effet , de grands mots et de petites idées ne font jamais que de l'enflure :.la force de l'expression s'évanouit, si la pensée est trop faible ou trop légère pour y donner prise :

Yentus ut amittîs vires , nisî robore densse Occurraiit sylvae, spatîo diffùsus inani.

(LtICRET.)

a De ce sublime constant et soutenu, qui peut régner dans un poème comme dans un morceau d'éloquence , on a v.oulu , en abusant de quelques passages de Longin , distinguer un sublime instantané, qui frappe, dit-on, comme un éclair; on prétend même que c'est là le caractère du vrai sublime, et que la rapidité lui est ù naturelle, qu'un mot de plus l'anéantirait. On en cite quel-

ques exemples^ que l'on ne cesse de répéter^ comme le mot de Médée , le qiCil mourût du vieil Horace , la réponse de Porus en roi y le blasphème d'Âjax, le^^ lux de la Genèse; encore n'est -on pas d'accord^ sur l'importante question^ si tel ou tel de ces traits est sublime. Laissons là ces disputes de mots.

i< Tout ce qui porte une idée au plus haut degré possible d'étendue et d'élévation; tout ce qui se saisit de notre âme et l'affecte si vivement , que sa sensibilité y réunie en un point, laisse toutes ses facultés comme interdites et suspendues; tout cela, dis -je, soit qu'il opère successivement ou subitement, est le sublime dans les choses ; et le seul mérite du style est de ne pas les affaiblir, de ne pas nuire à l'effet qu'elles produiraient seules , si les âmes se communiquaient sans l'entremise de la parole.

(( Howines ad deos nidlâ re propiàs accedunt quant salutem hominibus dando. (Cic.) Il y a peu de pensées plus simplement exprimées, et certainement il y en a peu d'aussi sublimes que celles-1^; et celle-ci, qui en est le développement, est sublime encore: ail est au pouvoir du plus vil, w comme du plus féroce des animaux, d'ôter la w vie; il n'appartient qu'aux dieux et qu'aux rois « de l'accorder. » Cette maxime d'Aristote : ce Pouf cr n'avoir pas besoin de société, il faut être un « Dieu ou une brute, » est encore sublime 'dans la pensée, quoique très -simple dans l'expression.

« Dans le Macbeth de Shakespeare, on annonce

à Macduff que son château a été pris, et que Macbeth a fait massacrer sa femme et ses enfans. Macduff tombe dans une douleur morne : son ami veut le consoler, il ne l'écoute point; et, méditant sur le moyen de se venger de Macbeth , il ne dit que ces mots terribles : Il n^ a point d' enfans^

a En général, comme le sublime çst communément une perception rapide, lumineuse et profonde , un résultat soudainement saisi de sentimens^ ou de pensées , il est bien plus dans ce qu'il fait entendre que dans ce qu'il exprime; c'est quelquefois le vague et l'immensité de la pensée ou de l'image qui en fait la force et la sublimité. Telle est cette peinture de l'état du pécheur après sa mort : fc. IN'ayant que son péché entre Dieu et lui, et se H trouvant de toutes parts environné de l'éternité.» (Larue.) Telle est cette belle expression de Bossue t, déjà citée , pour peindre le règne de l'idolâtrie: « Tout était Dieu, excepté Dieu même ; » tel est Yerrai^it sine voce dolor, et le nec se Rofna ferens de la Pharsale ; tel est Xuûnam timerem ! d'Andromaque , et cette réponse encore plus belle de la Mérope de Maffei :

OGariso, non avrian giammai gli dei Gio commendato ad una madré.

(c Dans un voyage ^e Pinto, je me souviens d'avoir lu ce récit terrible d'un naufrage : <c Au milieu « d'une nuit orageuse, nous aperçûmes, dit-»il, à H la lueur des éclairs, un autre vaisseau qui,

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