‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 25 sur 52 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Qu'il mourût.

u Ce qui est sublime dans cette scène, ce n'est pas seulement cette réponse, c'est toute la scène, c'est la gradation des sentimens du vieil Horace , et le développement de ce grand caractère, dont le (ju'il mourût n'est qu'un dernier éclat.

« Cki voit, par cet exemple, ce qui distingue les deux genres du sublime , ou plutôt ce qui les réunit en un seul.

(( On attache communément l'idée du sublime à la grandeur physique des objets, et quelquefois elle y contribue; mais ce n'est que par accident, et en vertu de nouveaux rapports , ou d'un caractère singulier et frappant que l'imagination ou le sentiment leur imprime; leur point de vue habi* tuel n'a rien d'étonnant ni pour l'âme ni pour l'imagination; la familiarité des prodiges de la nature les a tous avilis; et dans une description qui réunirait tous les grands phénomènes du ciel et de la terre , il serait très -possible qu'il n'y eût pas un mot de sublime.

(c Ce qui , du coté de l'expression , est le plus favorable au sublime, c'est l'énergie et la précision; ce qui lui répugne le plus, c'est l'abondance et l'ostentation de parole.

« En éloquence on a distingué le sublime , le simple et le tempéré, ou , comme disaient les Grecs, l'abondant; le grêle et le médiocre. Dans l'un, se

DES LITTERATEURS FRANÇAIS. a6i

déploient toutes les pompes de l'éloquence; dans l'autre , c'est le langage nu de la raison et du sentiment; dans le troisième , une beauté noble et modeste y une parure ménagée et décente. Au pre-» mier appartient la grandeur des pensées, la majesté de l'expression, la véhémence , la fécondité, la richesse, la gravité, les grands mouvemens pathétiques; tantôt avec une austérité triste, une âpreté sauvage et dédaigneuse de toute espèce d'élégance; tantôt avec un soin industrieux dépolir, d'arrondir les formes du discours. « Nam et « grandiloqui, ut ila dicam , fuerunt, cum amplâ « et sententiarum gravitate, et majestate verbo- << rum, véhémentes, varii, copiosi, graves, ad perce movendos et convertendos animos instrueti et u parati : quod ipsum aliiasperâ, tristi, horridà i( oratione, neque perfeçtâ, neque conclusâ; alii « !œvi, et instructâ, et terminatâ. » (Cic. Orat.)

« Le second s'attache , au contraire , à la fînesse> à la justesse d'une expression châtiée et subtile, où les mots pressent la pensée et la rendent avec clarté; satisfait de tout éclaircir, il n'amplifie et n'agrandit rien; et dans ce genre, les uns déguisent leur adresse sous un air d'ignorance et de grossièreté; les autres, pour cacher leur indigence, affectent un air d'enjouement, et se parent de quelques fleurs, ce Et contra, tenues, acuti, omnia do- « centes, et dilucidiora, non ampliora facientes, (( subtili quâdam et pressa oratione limati; in « eodemque génère alii callidi, sed impolîti, et « consulté rudium similes et imperitorum ; alii in

(( eàdem jejunitate coDcinniores , id est faceti^ « florentes etiam et leviter ornati. » (Cic. Orat.)

(( Le troisième n'a ni la force et l'élévation du premier , ni la subtilité du second ; il participe de l'un et de l'autre; et; d'un cours uni et soutenu , il coule sans rien avoir qui le distingue que la facilité et l'égalité; seulement^ çà et là^ il se permet quelques reliefs dans l'expression et la pensée y dont il se fait de légers ornemens. « Est « autem quidam interjectus y inter hos médius^ et « quasi temperatus ^ nec acumine posteriorum , (c nec fulmine utens superiorum , in neutro excel-

(( lens, utriusque particeps isque uno tenore^

(( ut aiunt^ in dicendo fluit^ nihil afferens praeter « faciliiatem et aequabilitatem.... omnemque ora- (c tionem, ornamentis modicis verborum sentenw tiarumque distinguit. » (Cic. Orat.)

« Le premier de ces trois genres était celui de Démosthènes; il a été souvent celui de Cicéron ; il est celui de Bossuet.

«Écoutons Longin parlant de Démoslhènes.Âprés lui avoir reproché ses défauts, comme d'être mauvais plaisant y de i;ie pas bien peindre les mœurs ^ de n'être point étendu dans son style (ce qui n'est pas un vice dans un fort raisonneur), d'avoir quelque chose de dur ( ce qui, dans Démosthènes comme dans Bossuet, tient peut-être au caractère d'une expression brusque et forte) , de n'avoir ni pompe ni ostentation ( ce qui est un éloge plutôt qu'une critique); «Démosthènes, ajoute Longin, « ayant ramassé en soi toutes les qualités ^'un

u orateur véritablement né pour le sublime, et t( entièrement perfectionné par l'étude, ce ton de « majesté et de grandeur , ces mouvemens animés , i< cette fertilité, cette adresse, cette promptitude, et « ce qu'on doit surtout estimer en lui , cette véhéi< menée, dont jamais personne n'a su approcher; « par toutes ces grandes qualités , que je regarde « en effet comme autant de rares présens qu'il \ a avait reçus des dieux, et qu'il ne m'est pas permis i< d'appeler des qualités humaines, il a effacé tout « ce qu'il y a eu d'orateurs célèbres dans tous les « siècles, les laissant comme abattus et éblouis, pour

« ainsi dire , de ses tonnerres et de ses éclairs »

Et certainement il est plus aisé d'envisager fixement, et les yeux ouverts, les foudres qui tombent du ciel, que de n'être point ému des violentes passions qui régnent en foule dans ses ouvrages.

C'est là, dans son plus haut degré, le sublime de l'éloquence; étonner, enlever, transporter l'àme des auditeurs, les ébranler, les terrasser, ou par des coupa imprévus et soudains, ou par la force et la rapidité d'une impulsion qui va croissant, jusqu'à cette impétuosité entraînante à laquelle rien ne résiste ; bouleverser l'entendemeht , dominer, maîtriser la volonté, contraindre l'inclination, la passion même, la gourmander , si j'ose le dire, et tour à tour la forcer d'obéir au frein ou à l'éperon , comme un cheval fougueux que dompterait un maître habile; voilà les fonctions du sublime. Il sera aisé de le reconnaître

partout où il se trouvera, même inculte, agreste, sauvage : asperâ , tristij horridâ oratione.

a Lamotte^ en définissant le sublime, y a demandé do. l'élégance et de la précision. Le sage Rollin a très -bien observé que l'élégance y est inutile, quelquefois nuisible ; et que la précision , nécessaire à un mot sublime, est absolument le contraire de ces beaux développemens d'où résulte la sublimité d'un discours. Il n'y a point d'élégance dans \ejiat lux ; il n'y a point de précision, comme l'entend Lamotte , dans la dernière partie delaMilonienne.»

Langue anglaise.

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