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Il est assez curieux de placer à côté de l'éloge que fait Blair de l'abondance, delà richesse et de l'harmonie de sa langue, la critique qu'en fait La Harpe, qui lui reproche, au contraire, son extrême pauvreté , et la 4ureté et la bizarrerie de sa prononciation .
c( L'anglais, qui serait presque à moitié français^ i( si son inconcevable prononrïation ne le séparait « de toutes les langues du monde, et ne rendait (( applicable à son langage le vers queVirgile appli- « quait autrefois à sa position géographique :
Et pcnitùs toto divisos orbe Brifai^nos , Les Bretons séparés du reste de la terre ;
DES LITTÉRATEURS FRANÇAIS. a65
a l'anglais est encore plus chargé que nous « d'auxiliaires, de particules, d'articles et de pro- « noms. Il conjugue encore bien moins que nous; « ses modes sont infiniment bornés. Il n'a point « de temps conditionnel. Il ne saurait dire, fejei< rais, /irais, etc. Il faut alors qu'il mette au- « devant du verbe un signe qui réponde à l'un de c( ces quatre mots ,fe voudrais, je devrais, je pour-» « rais 0X1 f aurais à. On ne peut nier que ces signes, i< répétés sans cesse, et sujets même à l'équivoque, « ne soient d'une pauvreté déplorable, et ne reste semblent à la barbarie. Mais ce qui, pour tout « autre que les Anglais, porte bien évidemment « ce caractère, c'est le vice capital de leur prononce ciation, qui semble heurter les principes de l'arec ticulation humaine. Celle-ci doit toujours tendre « à décider, à fixer la nature des sons, et c'est « l'objet et l'invention des voyelles, qui ne sauce raient jamais frapper trop distinctement l'oreille, ce Mais que dire d'une langue chez qui les voyelles ce mêmes, qui sont les élémens de toute prononciacc tion, sont si souvent indéterminées,* chez 'qui ce tant de syllabes sont à moitié brisées entre les « dents, ou viennent mourir en sifflant sur le bord ce des lèvres? L'Anglais^ dit Voltaire, gagne deux ce heures par jour sur nous , en mangeant la moitié' « des mots. Je ne crois pas que les Anglais fassent ce grand cas de ces reproches , parce qu'une langue ce est toujours assez bonne pour ceux qui la parce lent depuis leur enfance; mais aussi vous trouci verez mille Anglais qui parlent passablement
(( français^ sur un Français en étal de parler bien rr anglais; et cette disproportion , entre deux peu- « pies liés aujourd'hui par un commerce si con- (r tinu et si rapproché^ a certainement pour cause i( principale l'étrange bizarrerie de la prononce ciation.
« Au reste, malgré l'indécision de leurs voyelles (( et l'entassement de leurs consonnes , ils préten- (( dent bien avoir leur harmonie tout comme d'au- (( très, et il faut les en croire, pourvu qu'ils nous (( accordent, àleur tour, quecette harmonie n'existe (( que pour eux. Ils ont d'ailleurs des avantages « qu'on ne peut, ce me semble, leur contester. « L'inversion est permise à leur poésie , à peu près « au même degré qu'à celle des Italiens, c'est- « à -dire beaucoup moins qu'aux Latins et aux « Grecs. Leurs constructions et leurs formes poète tiques sont plus hardies et plus maniables que « les nôtres. Ils peuvent employer la rime ou s'en « passer, et hasarder beaucoup plus que nous dans c< la création des termes nouveaux. Pope est celui (( qui a donné à leurs vers le plus de précision , et (( Milton le plus d'énergie. » .
Du Langage figuré.