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entendu, car pour moi un pur-sang n'est pas un carrossier.
J'avoue que la récitation du pedigree avec les noms sonores qu'il contenait parut faire quelque impression sur les auditeurs, mais je ne persuadais pas, c'était le boute-entrain !
J'ajoutais : sur les cinq étalons composant la station, il y en a trois réservés exclusivement aux juments de pur sang, ils n'existent donc pas pour moi ; l'argument parut faible. Le quatrième n'a aucune allure au trot, et mon poulain doit être un cheval à deux fins; je ne lui passerais donc pas une mauvaise marche. Le cinquième étalon est corneur et poussif. Il ne me convient pas de risquer d'avoir un poulain de demi-sang avec ces tares, tandis qu'avec une jument de pur sang, je me résignerais à la chance d'obtenir Taurus ou Dangerous (I).
Tout cela ne parut pas concluant.
Je terminai en faisant valoir le bas prix de la saillie de Caméléon en faisautobserver que 40 fr. sont bien mieux employés que 200 lorsqu'il s'agit de faire naître un cheval qui ne peut jamais avoir qu'une valeur commerciale assez bornée; que d'ailleurs le prix était aventuré, car il arrive fréquemment qu'une jument âgée, tirée du travail pour être mise à la reproduction, ne retient pas la première année, chose que l'expérience m'a apprise. Les pouliches de
(i) Deux chevaux de course de grand mérite en Angleterre, qui tous déni étaient corneurs.
3 ou 4 ans retiennent presque toujours tout d'abord, ou seront stériles toute leur vie.
Ce dernier argument me fit taxer d'avarice, et je restai sous le coup d'avoir choisi le boute en-train.
C'est ainsi que les raisonnements les plus rigoureux échouent contre les préjugés, l'irréflexion et l'engouement. Il faudrait au contraire beaucoup raisonner, ou mieux beaucoup se raisonner avant de commencer uu élevage, dût l'entreprise se réduire à l'éducation d'un seul cheval.
Vouloir décider soi-même par intuition, et d'après ce que vous inspire le raisonnement sans expérience, c'est se perdre à coup sûr, s'exposer aux désappointements les plus ridicules.
S'en rapporter à l'opinion générale, à la voix publique, est tout aussi trompeur, car la mode exerce son capricieux empire sur la réputation des étalons, mais moins que sur l'opportunité des crinolines.
Un jour S. M. Louis-Philippe reçut en présent, de l'émir Abd-el-Kader, une douzaine de chevaux d'Afrique. On se mit à s'en moquer, et peu à peu, le journalisme aidant, on en fit des rosses.
Les cadeaux de chevaux sont généralement supprimés entre Gouvernements, car nous ne comptons point pour tels ce qu Abdel-Kader nous adressa en 1837. On se rappelle encore le rire homérique qu excita le défilé des 40 ou 50 rossinantes algériennes si déplorablement essoufflées, fourbues et décharnées. Certes, ce n était point là de la munificence amicale, c était une dérision, nous ne dirons pas en chair, mais en os.
Ainsi parlait Alb. Cler, spirituel et drolatique auteur
de la Comédie à c/i«va/, et, en cela, l'écho fidèle des bruits publics.
J^ai vu passer ces chevaux, un jour d'eiercice, aux environs de Neuilly, ils notaient ni 40, ni 50, mais une douzaine à peu près.
Grands pour des barbes, gras et bien portants, ils avaient de beaux membres, de vilaines têtes et de mauvaises croupes, ni plus ni moins que tous les chevaux que j'ai vus venir d'Afrique, et parmi lesquels ils auraient tenu un rang plutôt bon que mauvais.
On en vendit à vil prix, on en donna, et le tout disparut assez promptement, comme il arrive toujours des collections de chevaux envoyés aux souverains comme spécimens des espèces étrangères.
Les écuries royales ont chacune son type particulier, on y méprise tout ce qui s'en écarte. On se le renvoie de l'un à l'autre, c'est à qui s'en débarrassera et hâtera son expulsion.
Peu de temps après arrivèrent les chevaux du pacha d'Égypte. Pour ceux-là, la voix du peuple, vox populi, mais non pas vojc Dei, fut favorable. Il y en avait un gris, nommé Durzi, qu'on avait payé très-cher, et en singulière monnaie, dit-on : on en aurait donné 1500 chameaux. On ne parlait que de lui, quand tout à coup le vent souffla pour Hamdany Blanc, cheval blanc à quatre balzanes, n'en déplaise à certaines classifications de robes, d'abord boiteux, puis bientôt impotent.
La vérité impartiale est que ce cheval, assez petit, même pour son espèce, régulier et assez joli, mais sans