AUTRES ESPÈCES
Je suis forcé ici, par exemple, de mettre au même rang et au premier, sous le rapport de la difficulté du dressage, tout ce qui sort de l'étalon de pur sang.
Les cock-lails, les navarrins, les limousins (s'il y en avait), les 3/4 de sang, c'est-à-dire ceux qui sont réelle ment nés d'un étalon pur et d'une mère fille elle-même d'un étalon pur et d'une jument de trait, se montreront généralement hauts et farouches , je ne dis pas indociles et méchants ; mais il faut se donner la peine de les apprivoiser, saisir avec attention le mode de traitement qui leur convient, analyser leurs résislanccs.
Les poulains de pur sang cleveland, carrossiers normands, issus de Norfolk, ne se montrent difficiles que quand leur conformation est défectueuse. Dans ce cas, le sang qu'ils ont les rend irritables, et leur masse musculaire est maladroite : double obstacle à l'éducation. Beaucoup de chevaux normands sont impossibles pour celte raison. Quand l'individu est bien né, c'est-à-dire qu'il
tient de ses père et mère une bonne santé et une conformation normale, il est peu difficile de réussir.
Les animaux issus de notre gros trait et de fortes races anglaises rentrent dans la catégorie lourde qui doit aller toute seule, et ne mérite pas de nous occuper ici.
Mettre le cheval hou» l'homme,
J'ai vu, dans ma jeunesse, procéder ainsi pour commencer le dressage.
Selle à piquer, bien sanglée avec croupière et poitrail. Caveçon, et longe tenue par plusieurs bommes. On hissait un jeune homme en selle et le chef chassait devant lui en cercle à coups de fouet.
Chacun avait sa tâche, celui-ci de porter en avant , les cinq ou six hommes à la longe de tenir ferme, le malheureux cavalier de ne pas tomber.
Et il arrivait infailliblement que le cheval fatigué restait tranquille sous l'homme ; pure affaire de temps.
Le lendemain on recommençait, il fallait bien que tôt ou tard on pût se passer de longe , et que le cheval renonçât à balancer son cavalier dans les airs comme le premier jour.
11 est vrai que d'abord le cavalier se tuait ou se blessait quelquefois.
Que le cheval était éreinlé; qu'il conservait longtemps et quelquefois toujours un certain penchant à essayer son homme en partant.
Qn'ih n'avait presque jamais de fraîcheur de mouvement, de gentillesse ni de dévouement.
Mais bah ! il n'y a pas de remède universel ; on ne peut pas tout avoir, et (railleurs on en voit bien d'autres chez les Cosaques du Don, et les Gauchos, ces admirables cavaliers de la nature, et les Bédouins donc !
Qu'on n'aille pas objecter que ces intrépides casse-cou n'ont affaire qu'à des chevaux sans force et sans moyens, que les chevaux anglais de pur sang leur donneraient plus d'embarras; cela serait dangereux à soutenir auprès de certaines gens.
Moi, tout le premier, j'ai commencé comme cela, et, un beau jour, j'ai rencontré une 611c de Paradox qui s'est roulée six fois sous un jeune homme de vingt ans, hardi, solide et vigoureux à plaisir, et a renversé, les uns sur les autres, en tas, six hommes cramponnés après la longe.
Le combat a fini après trois cordes cassées.
Le lendemain , comme il n'y avait rien de gagné, j'ai cherché une autre route.
Comme la jument allait bien à la longe, je l'ai mise nue et calme le long d'un mur.
Un palefrenier a commencé à prendre les crins et à s'appuyer sur le dos.
A chaque saut, un coup de caveçon proportionné à l'énergie déployée, à la colère manifestée.
Au calme, des caresses.
Le palefrenier se fit donner le pied et se coucha en travers sur le dos.
On fit un pas, puis deux.
— >ÎC4 —
A chaque sottise, l'homme retombait sur ses pieds et le coup de caveçon arrivait.
La jument comprit que la chute de l'homme était un tort de sa part à elle-même.
Un vieil écuyer que j'ai connu, et qui aurait aujourd'hui cent ans, rossait ses élèves quand ils tombaient, afin, disait-il, qu'ils fussent plus malheureux par terre qu'en selle.
C'était le même principe avec une variante dans l'application.
Mon palefrenier alla bientôt a poil, posé en femme, afin de tomber plus facilement sur ses pieds.
Plus tard il se mit à califourchon, la bête ne bougeait plus.
Au bout de huit jours j'allais où je voulais sur ma jument sellée et bridée à l'ordinaire, en toute sécurité.
Il n'y avait plus qu'à lui faire les aides.
J'oubliais de dire qu'un écuyer de profession, témoin du premier essai, me tint ce discours.
Celte betc a sur les cotes, à la place de la selle, de légères exostoses en pointe qui, sons le poids de l'homme, entrent dans la chair des reins et y causent des douleurs intolérables. Voilà la cause de la défense.
Ces exostoses passeront-elles? — Jamais.
Faut-il renoncer à la jument, l'atteler ou la tuer? — Silence.
Quand on la vit docile? — Silence.
J'ai toujours continué depuis, et je n'ai jamais échoué.
Mais f ai souvent mis plus de hait jours.
Pour plus de clarlé, je vais formuler nia méthode comme une manœuvre.