‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 35 sur 53 · LE PREMIER MONTOIR · texte numérisé non relu

LE PREMIER MONTOIR

Je Pai dit; je ne saurais trop le répéter; tout l'art du dressage gîtdansrétudedes individualités, et, quoique nulle ne soit entièrement semblable à une autre, on parvient, à force d'expérience, à classer les diverses organisations en groupes divers dans Pun desquels rentre nécessairement le sujet qui vous occupe actuellement.

Presque tous les poulains répugnent à recevoir l'homme sur leur dos, mais le mode de refus varie : Pun s'effraie et cherche à se jeter en avant, la tête haute, le rein bas et plié, l'an Ire vousse le dos, baisse la tête et se prépare à une suite de sauts de mouton ; un troisième essaiera de frapper en vache avec le pied de derrière. Tous ces divers modes de défense sont prévus de l'homme qui a métho* diquement préparé un poulain par le travail que Ton vient de décrire. Il connaît tous les moyens d'arrêter à l'instant chaque intention de désordre.

Le cavalier doit être, autant que possible, jeune, trèsagile, solide, patient et hardi. Une taille élevée est un grand avantage pour commencer les jeunes chevaux, de même que cela est un grand inconvénient lorsqu'on veut se livrer à un travail académique.

Ce qui ne veut pas dire pour cela qu'on ne puisse arriver en dépit des désavantages naturels ; Pi nlelligence et la volonté triomphent de tout.

On peut essayer le montoir avec une selle, en couver-

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ture ou à poil , peu importe, avec un caractère facile et débonnaire; mais, pour les individus nerveux, susceptibles, impressionnables, commençons toujours par ce qu'il y a de plus simple et par la gradation la plus insensible.

Un aide donne le pied au cavalier qui chercbeà s'appuyer le ventre en travers sur le cheval à poil. Le dresseur essaie de maintenir le poulain calme et immobile ; s'il n'y réussit pas, le cavalier se laisse tomber sur ses pieds et on recommence tout à nouveau.

1er degré, le cheval supporte le cavalier couché en travers et reste en place.

2* degré, il marche pas à pas, le cavalier ainsi placé.

3e degré, il reste en place portant le cavalier en femme.

V degré, il marche sous le cavalier en femme.

5* degré, il supporte en place le cavalier à califourchon et marche avec lui.

Si tout cela a clé fait à poil, il faut suivre la même gradation avec la selle.

Quelque lent et pédantesque que puisse paraître un tel système, c'est le seul qui soit sûr et qui mène à bien ; je dis plus, c'est le plus prompt.

Je n'assigne à aucune de ces gradations ni aucune durée obligatoire, ni aucune répétition. Mais j'exige qu'on s'arrête pas a pas à chacune, et qu'on ne passe à la suivante qu'après un succès complet, certain, constaté.

C'est en localisant les défenses, en les analysant une à une qu'on pourra en triompher avec facilité et avec certitude, sans danger, et sans aucune de ces luttes qui corn-

promettent l'homme, tarent le cheval, retardent l'éducation et la rendent quelquefois à tout jamais impossible.

J'ai moi -môme, en moins d'une heure, bien souvent, fait passer un jeune cheval par tous ces échelons du dressage, et l'ai mis à même d'aller seul sous l'homme et pour toujours; il ne faut pour cela que rencontrer une nature qui s'y prête. Mais alors même , si j'ai réussi , c'est que j'ai toujours scrupuleusement suivi ma lijcrne, observant tout, et ne donnant rien au hasard.

Une fois que le cheval a osé marcher sellé et bridé avec son cavalier , que celui-ci a pu s'emparer de la tête par le filet et le tourner à droite ou à gauche, tout est dit, il ne reste plus qu'à donner la longe du caveçon au dresseur qui, monté sur un cheval tranquille, emmène le poulain promener dans un endroit solitaire.

Au bout de cent pas, le cavalier a pris lui-même la longe du caveçon en main, et il marche à côté ou derrière le dresseur.

On peut, en certains cas, laisser le cavalier dans une cour, dans une allée de jardin, le dresseur étant alternativement à côté du poulain ou éloigné suivant le besoin; car il y a des moments dont il faut se défier.

Un jour, un jeune homme arrive chez moi et demande à monter un jeune cheval difficile; il y avait justement une pouliche de deux ans et demi qui devait être montée ce jour-là pour la deuxième fois. Tenez , montez cette béte-là) en couverture, en bridon, et au pas, tout autour de ce

gazon ; firmes garde surtout de ne pas changer de main et de

suivre toujours la même direction et la même allie, autrement je ne réponds de rien.

Mon intrépide cavalier commence par exécuter ponctuellement les instructions, et quatre tours se font avec une régularité... ennuyeuse; et de vouloir innover; on change la pouliche de main par un demi-tour; elle ne comprend pas, recule, quitte le sable, se trouve sur le gazon, reste interdite et ne va plus; coup de talon, mouvement de surprise, saccade de filet, bonds, défenses, et voilà la bête emportée dans la direction de l'écurie; une barrière se présente qui servait à garantir un massif, la jument s'arrête court, le cavalier saute seul par dessus la tête du cheval et par dessus la barrière. Il se relève, veut recommencer, et la même scène se reproduit dans les plus petits détails, chute comprise; j'arrêtai les frais, ne voulant ni avoir à me reprocher un accident fâcheux, ni rendre mon poulain rétif.

Lorsqu'une fois le poulain a pris l'habitude de courir avec son cavalier, il n'y a presque plus aucun danger de chute ni d'accident, le jeune cheval tend toujours à suivre son vieux camarade, dont le flegme le rassure.

11 y a loin de tout cela à l'histoire de Bucipkale dompté en une fois par Alexandre : la distance de la poésie à la vérité.

Mais, dira-t-on, les Gauchos des Pampas ! les Cosaques du Don, et même beaucoup de nos jeunes et vigoureux paysans!

Je répondrai d'abord que, quant à mes jeunes et vigoureux paysans, je sais ce qui en est, ce serait trop long et

Irop ennuyeux de réduire la vérité à sa plus simple expression.'

Moi, je ne veux pas d'un danger que je puis éviter; je ne veux pas d'une lutte, quand je puis être obéi par persuasion.

Un poulain très-doux, mais faible de reins et d'aplomb difficile, n'a porté l'homme qu'au bout de trois semaines; au bout de ce temps, il eût porté une femme, tant il était tranquille.

Pendant le dressage on est exposé à des paniques dans lesquelles tout est remis en question. L'important est d'empêcher les causes probables de ces paniques, et, si on ne le peut, empêcher que ces paniques occasionnent la chute du cavalier.

Bientôt arrive le moment où les peurs ne désorganisent plus le cheval ; il ne cherche plus à se débarrasser de son cavalier.

Pour attendre ce moment, doit* on chercher le dehors ou se renfermer dans un manège?

Pour moi, j'aime peu le dedans, a cause des tournants, des retours sur le même terrain qui fatiguent et ennuient le cheval; je préfère une forêt bien percée, avec un terrain doux et sablonneux. — Mais on n'a pas toujours cette forêt dans son voisinage. - — Alors, comme les routes sont dures pour les pieds, et trop fréquentées, que la plaine trouble les chevaux et leur ouvre les yeux trop tôt, je préfère travailler dont les planches, comme disaient les écuyers des anciens temps.

Lorsque Ton sort pour la première fois à cheval avec le poulain monté à sa droite, il faut se rendre compte du caractère du poulain et de sa manière, afin de savoir si on doit, en cas de désordre, le tenir ou non en laisse avec une longe de caveçon.

Ordinairement, cette précaution est bonne ; on ramène à soi le poulain, on le colle le long de son cheval, ce qui l'assujettit et le rassure.

Car il est bon de savoir que les chevaux rassemblés en groupe ont une tendance naturelle à suivre aveuglément un chef. Ce chef est celui dont le caractère est le plus déterminé et le plus courageux.

Un homme monté au milieu d'un troupeau, et bien maître de son cheval, a de grandes chances d'être suivi du troupeau.

Par conséquent, plus vous voulez imprimer de décision aux allures de votre propre cheval, mieux le poulain qui est à côté de vous marchera.

Quelques-uns, d'un caractère entier, sont sujets à prendre un parti à eux et à s'éloigner quand même; avec ceuxlà, pas de longe en main.

Ce n'est pas sans motifs que j'ai tant appuyé sur les principes variés de l'éducation équestre à donner aux hommes.

Lorsqu'un jeune cavalier se trouve sur un poulain neuf, brut et peu rassuré, il estlui-même fort embarrassé, s'il n'a, comme on dit vulgairement, plusieurs cordes à son arc.

Premièrement, le poulain est toujours mal sellé, son

dos est rond, son garrot déprimé, ses reins voussés,son ventre gros. Il est presque toujours nécessaire de mettre une couverture entre le dos et la selle, précaution utile en ce que le contact est moins sensible, et en ce que la chaleur qui se développe, essouffle doucement et calme le poulain.

Les sangles ne peuvent être fortement tendues, elles causeraient de l'inquiétude et feraient bondir.

De la sorte, le cavalier roule, coule sur les oreilles et ne trouve nulle part son aplomb; il faut cependant qu'il soit fixe et qu'il ne cherche sa solidité, ni par la pression des jambes auxquelles il ne sait pas comment on répondra, ni par une position qu'il faut peut-être changer à chaque instant.

11 est donc indispensable d'avoir à la fois du moelleux et de la solidité.

Il faut encore être familier avec toutes les manières d'aller qu'un cheval peut avoir, puisque ce poulain aura la sienne, et, avant de la montrer, pourra les prendre toutes Tune après l'autre de moment en moment

Les cavaliers qui se préoccupent sans cesse d'assouplissement, seraient bien attrapés si on les mettait sur des poulains tout à fait neufs.

Je ne sais pas trop ce qu'ils trouveraient à assouplir.

On n'a rien dans la main qu'un morceau de cuir qui cède à tout, ou qui se tend tout à coup d'une façon incohérente, et qu'il faut tenir ou lâcher suivant l'occurrence, sous peine d'être emmené tout de travers, ou arraché hors de sa selle.

Quant aux jambes, elles n'ontaucun effet, et l'éperon, si on était assez imprudent pour le garder, aurait toutes les conséquences possibles, excepté celle de porter en avant.

Il faut donc se borner à suivre ou à accompagner le maî tre d'école, comme on peut, sans aller ni où on veut, ni comme on veut, et surtout sans s'impatienter d'être dépourvu de tout moyen d'action.

Peu à peu, cependant, l'animal se débrouille, et à certains indices Phomme expérimenté commence à préjuger ce qu'il sera un jour.

Mais les idées que se forme le novice sont bien loin de la vérité.

Si, par exemple, le poulain va droit, ferme et franc, avec un appui fidèle et sûr, des allures calmes et carrées, adroit sur ses lignes, en un mot, comme un excellent cheval fait, on sera tenté d'espérer un cheval facile à dresser, commode et sage.

J'ai toujours vu débuter ainsi ceux qui, plus tard, étaient fiers, vigoureux, entreprenants et d'une chaleur inquiétante.

L'homme timide les monte avec délices à deux ans, en a peur à trois et y renonce à quatre.

Les quinteux, indociles, les marche- à regret, les poltrons ont des chances de devenir chevaux de femme.

J'en ai vu qu'on ne pouvait remuer qu'en les accablant de coups, se montrer par la suite très-actifs.

Les plus maladroits finissent quelquefois par être les plus sûrs, et souvent ceux que Ton croirait bons nedoi.

vent cette apparence qu'à une première facilité de porter l'homme, qui n'a pas de suites avantageuses.

Dans les premières promenades, il n'y a pas d'allures à chercher; la progression se fait par n'importe quel moyen. C'est au jeune cheval à s'y prendre comme il peut pour suivre son camarade, et le cavalier n'a à s'occuper qu'à développer en lui cette volonté.

Le pas, tant qu'on tourne le dos à l'écurie; en revenant, quelques tentatives d'aller plus vite, mais seulement pendant quelques toises, voilà à quoi se borne le travail des premiers jours.

Comment on forme le* poulains aux aides.

Tout cavalier a commencé d'ordinaire sur un cheval dressé, on lui a fait fermer les jambes et il a pris l'habitude de ce mouvement, de ce moyen : le gras de jambe, le mollet, le bas de la jambe et l'éperon ; et il a acquis une certaine puissance avec laquelle il détermine en avant.

Lorsque ce cavalier se met sur un poulain , il a beau fermer les jambes avec gradation , avec puissance, avec énergie, donner des coups de talon, rien n'y fait. Avec l'éperon, il pourrait provoquer des sauts de mouton, mais il ne porterait pas en avant davantage. Il a appris à appuyer vigoureusement un coup de cravache derrière la botte ; cet autre moyen pourrait effrayer le poulain et le faire sauver : mais il n'y a pas de raison pour que cela le fasse avancer.

La difficulté se résout de plusieurs manières, chacun a

la sienne qui réussit plus ou moins, que Ton discute, à laquelle on trouve des inconvénients > ou qif on prône comme une panacée universelle.

J'ai vu faire prendre doucement le cheval à la 'bride par un homme à pied, ou chasser en avant avec un fouet derrière.

On objecte, dans ce cas, que le moyen est illusoire , que le cheval obéira tant qu'il verra employer ce moyen, mais que libre et sans fouet il recommencera indéfiniment.

On réplique qu'il n'en est pas ainsi, que le cheval commence par obéir aux agents extérieurs, et finit par obéir au cavalier.

La raison est des deux côtés , car il arrive tantôt une chose, tantôt faulre, dans la pratique.

Ceux alors qui ne veulent devoir leurs victoires et leurs progrès qua eux-mêmes, emploient tout seuls la cravache et l'éperon jusqu'à ce que le cheval se porte en avant, et cela réussit quand le cheval ne se met pas à se renverser ou à reculer en ramingue. Mais comme la progression est toujours un mouvement naturel au cheval, il arrive souvent qu'il prend d'abord son parti en désespéré, et ensuite l'habitude d'aller.

11 y en a encore qui mettent le cheval à la longe avec un homme qui poursuit en fouettant et un autre qui monte en éperonnant. On appelle cela, rendre franc sur V éperon.

La vérité est à côté de tout ça. Si un jeune cheval est

restant ou s'il résiste en place, il faut d'abord savoir pourquoi.

Commençous par écarter un cas très-fréquent, celui où le cavalier a tiré sur les rênes assez pour mettre le cheval derrière la main, c'est-à-dire, dans l'impossibilité absolue de se tendre en avant , et il est très-difficile de ne pas se mettre dans cette position-là avec les poulains.

Dans ce cas-là et dans tous les autres , si le cheval ne . marche pas de lui-même, il faut trouver d'abord le moyen de le porter en avant, et ensuite celui de lui signaler que c'est cela qu'on veut de lui.

J'emploierai donc l'homme à pied à la bride, et l'homme derrière s'il le fallait pour opérer d'abord la progression; à mesure qu'elle deviendra facile, le cavalier joindra l'in dication des jambes et de la cravache, à l'impulsion donnée par les deux autres moyens, et, l'habitude aidant, on substituera graduellement les moyens du cavalier aux moyens étrangers.

11 est facile de voir que cette méthode est la meilleure, puisqu'elle explique comment et pourquoi les autres sont efficaces ou nuisibles, en un mot incertaines, ne reposant pas sur un principe rationnel.

Lorsque le jeune cheval est en état d'en accompagner un autre, on profite de l'impulsion naturelle donnée par le désir de suivre le camarade.

On l'habitue à se sauver sur la pression des jambes en les fermant dans les circonstances où l'on prévoit qu'il obéira , et on n'éprouve l'aide enseignée que lorsque le

premier mouvement du cheval est de se livrer dans le sens indiqué.

La cravache et l'éperon sont rendus familiers par le même esprit de méthode.

Le système d'obéissance par intimidation est une absurdité. On ne doit employer l'intimidation que pour proscrire la colère ou la méchanceté.

Châtier pour augmenter l'activité, lorsque le cheval agit mollement ou résiste par mollesse , est une bonne chose à employer, mais seulement dans le cas où ce qu'on • demande est tellement familier, que l'obéissance immédiate n'est plus en doute, et alors le châtiment devient superflu.

D'où il résulte que la patience intelligente, d'abord dictée par la prudence , finit par suffire parfaitement et presque dans tous les cas.

L'art de dresser les poulains n'est point une affaire de patience apathique ou d'audace téméraire, c'est le résumé le plus complet de toutes les connaissances que l'on peut acquérir en équi talion.

Il s'agit d'entrer en rapport avec le jeune animal pour qui presque tout est surprise, répugnance ou douleur.

Chez un cheval fait, si mal dressé qu'il puisse être, un cavalier routiné trouve toujours un certain nombre de signes convenus pour se faire obéir. Les résistances mêmes d'un cheval ramingue ont leur raison d'être, bien tranchée et ordinairement assez facile à analyser.

Chez le poulain, rien de fixe, point d'analogies, pas de

points de répère, il faut créer entre vous et lui un langage et se faire parfaitement comprendre avant d'espérer la moindre obéissance.

La, il n'y a pas de règle donnée à suivre ; chaque individu a sa clef , qui lui est particulière; et il n'est jamais semblable à un autre.

Il est cependant possible de réussir complètement et toujours, je dis toujours, car tout manque de succès peut s'expliquer par une faute, et celte faute peut-être évitée.

Le moyen est l'analyse, résultant de la connaissance de tous les cas qui peuvent se présenter. L'homme qui a bien pratiqué n'est jamais surpris ; tout ce qu'il rencontre n'est pour lui qu'un souvenir, une occasion d'appliquer tel ou tel procédé qu'il trouve dans le répertoire de son expérience.

Ici, doit se présenter naturellement une énorme différence entre celui qui professe et celui qui exécute. Le premier est obligé de tout dire, de tout analyser, de tout prévoir; il est prolixe, interminable.

L'autre, au contraire, agit vivement et avec concision, aux yeux du moins de l'ignorant ou même du novice, qui essaie prudemment l'application des principes qu'on lui a donnés.

Une longue expérience fait voir de haut et de loin, elle vous apprend à négliger un détail en apparence effrayant et réellement sans conséquence pour vous arrêter à un rien signiOcatif. De là, vient que l'homme habile est exposé à passer tantôt pour un sorcier, taulôt pour un homme timide et empêtré.

Toutes ces généralités seront comprises par le lecteur, mais elles ne seront senties qu'en se mettant à l'œuvre. Et l'œuvre est facile, quand on a acquis l'expérience ; mais les commencements sont très-difficiles, très-longs , il faut se donner beaucoup de peine pour apprendre ; ce n'est plus qu'un jeu quand on sait.

On me reprochera, sans doute, l'importance extrême que j'attache au dressage des poulains.

Qu'on me taxe de pédantisme et de ridicule, peu m'importe, on ne m'en dira jamais tant que j'en ai lu.

Et Xénophon, qui renvoie les jeunes gens à leurs études, les hommes faits au soin de leur maison et des affaires publiques, et dit d'abandonner les poulains à un piqueur (1).

M. de Newcastle abandonne le jeune poulain au cavalcador, et MM. les anciens écuyers de Versailles laissaient aux palefreniers et aux sous-piqueurs la tâche désagréable et infime de débourrer les jeunes chevaux qui ne savaient rien.

Que répondre à de telles autorités !

Tout simplement ceci : Dans tous les haras, dans toutes les écuries, dans tous les établissements publics ou particuliers, quelle que fût la méthode que l'on suivit, j'ai vu

(1) Au lieu de se consacrer au dressage des poulains, on fera mieux, tant qu'on est jeune, de s'occuper de son instruction ; d'apprendre à monter à cheval, on si on le sait déjà, de se perfectionner dans cet exercice. Plus âgé, on s'occupera de sa maison, de ses amis, des affaires publiques, de la guerre, plutôt que de l'élève des chevaux. Ainsi quiconque pensera comme moi à cet égard donnera ses poulains à dresser.

Xénophon, de VÈquitation.

des chevaux mauqués dans leur dressage. Les uus devenaient rétifs et ramingues, et, par conséquent, perdaient toute leur valeur; les autres restaient difficiles et dangereux, convenables tout au plus pour des cavaliers exceptionnels, et, par conséquent, d'uue défaite difficile ; un plus grand nombre n'atteignaient pas au degré de perfection que Pou aurait dû attendre de leur race et de leur forme.

Mécontent d'un pareil résultat, j'ai voulu approfondir moi-même la question et j'ai la prétention de l'avoir convenablement résolue.

Je ne me crois pas inventeur; je n'ai pas à aunoncer des procédés particuliers; tout le secret consiste à bien observer les circonstances qui se présentent et à employer à propos les moyens connus de tout temps en équitation.

Principes généraux et cas particulier».

Nous avons supposé le poulain convenablement apprivoisé dès l'enfance.

Mais il peut arriver que l'on rencontre un jeune cheval farouche et déjà gâté, de même que le médecin n'arrive souvent qu'après l'administration d'une drogue pire que la maladie.

11 faut tout prévoir.

Si ce jeune cheval ne souffre pas les approches de l'homme, arrêtons-nous loin de lui, c'est par là qu'il faut commencer.

La peur est toujours la première cause des défenses du

cheval que Ton veut aborder, mais la peur se manifeste de diverses manières et se change souvent eu des sentiments d'un autre ordre.

Le premier mouvement de l'animal qui a peur est de fuir; s'il se sent retenu, il cherche à briser ses liens, et» s'il en désespère, il devient audacieux par peur et revient sur l'homme pour l'attaquer.

Telle est la marche inévitable de tous les désordres de ce genre.

Les uns tirent en renard, mettent toute leur force à reculer, secouent la tête, brisent tout, ou se renversent et roulent par terre.

D'autres se retournent et se prennent dans leurs longes, au risque de se rompre les reins en s'enchevêtrant.

J'en ai connu un qui bondissait de manière à s'élever verticalement des quatre pieds, le plus haut possible, et, dans ce mouvement, il levait la tête avec secousses pour briser ses longes.

Il en est qui attaquent l'homme bravement en face avec le pied et la dent.

Il en est qui cherchent toujours à fuir, appuyant leur retraite de ruades désespérées.

Peu importe le mode d'expansion, la cause est d'abord la terreur, et, quand la terreur est à son comble, le cheval perd le sentiment de sa conservation ou plutôt le jugement, car le cheval a le sien, tout aussi bien que l'homme.

Lorsqu'il a senti ses forces, éprouvé qu'il faisait peur,

il s'habitue au danger, à la victoire, et peut devenir un terrible animal.

Remontons au principe : on trouve dans Xénophon un conseil qui a plus de profondeur que Pauteur lui -même ne Ta peut-être pensé :

Apprenez-lui que cela ne lui fait pas de mal.

Pour cela, restez à distance, complètement immobile, quoi qu'il fasse. Tôt ou tard, il se calmera par réflexion ou par diversion. Le Vaillant raconte que les Hottenlols et les Caffres approchent les animaux les plus sauvages et les plus défiants jusqu'à portée de fusil par ce moyen; ils s'immobilisent jusqu'à ce que Panimal cesse de penser à eux et de lis regarder; ils avancent alors sans bruit, de manière à avoir repris leur immobilité quand ils sont regardés de nouveau.

S'il arrive que le cheval s'offense et veuille charger, il faut tout d'abord Pen dégoûter.

Un jour, un de mes voisins de campagne arrive chez moi, suivi d'un domestique menant par la figure une pouliche de trois ans. — Je serais bien heureux que vous voulussiez vous en occuper un peu (on cherche toujours à dorer la pilule ou à diminuer le service quon demande), afin que je pusse m'en servir; je ne suis plus jeune, mon domestique non plus, et, ma foi, elle nous fait un peu peur.

— Une confidence a plus de mérite quand elle est entière. Votre pouliche a pour père un cheval de pur sang ou à peu près, que je connais ; le mal ne vient pas de là, mais la mère est une vraie normande baie, qui, dans sou

jeune temps, a causé plusieurs malheurs chez vous, entre autres celui de vous casser la jambe , et aujourd'hui qu'elle est vieille, on ne l'attelle pas facilement, vous voyez que je sais le secret de la comédie. Je vais essayer, à deux conditions : 1° que je ne serai responsable de rien ; 2° que je ferai tout ce que je voudrai. On me l'accorda; il le fallait bien.

En approchant de la pouliche déjà placée dans mon écurie, je la vois tourner la croupe vers moi, serrer la queue, plisser les reins : la ruade allait venir. Abrité de la stalle, je casse sur les reins de la jument un fort manche à balai; elle se précipite de l'autre côté vers le mur, soufflant, renâclant et regardant; j'étais devenu immobile et inoffensif. Elle ne s'attendait pas à cet acte de violence, on l'avait toujours prise par la douceur, c'est-à-dire qu'on lui avait toujours laissé avoir le dessus.

J'en approchai à la toucher, elle me respecta, c'était cela de gagné. Pour lui mettre le harnais, même menace de ruade, même sacrifice de manche à balai, même solution. A l'approche du timon , il y eut une troisième menace et un troisième manche à balai ; puis ce fut tout, et 15 jours après, la jument s'attelait convenablement.

Ce moyen eût été brutal et stupide s'il ne se fût pas agi d'une créature farouche, méchante et lâche. En voici un autre que je tiens d'un officier prussien employé aux remontes, du temps où l'on allait chercher des chevaux russes pour remonter la cavalerie légère dans le nord de l'Allemagne.

Une jument des plus sauvages était confiée à un vieux

sous-officier hongrois qui passait sa journée à fumer sa pipe à côté d'elle. Après avoir soufflé, renâclé, sué, battu du pied, elle se tendait sur ses longes pour se jeter sur lui, tant sa présence lui était odieuse; et lui, tranquillement prenait un verre, le remplissait dans un seau d'eau qu'il avait à côté lui, et le lui lançait sur le dos ou sur le nez. File en avait si peur qu'elle restait quelques instants tranquille; puis elle recommençait, et le vieux Hongrois aussi.

Le grand Frédéric disait : la victoire définitive dans une guerre est à celui qui a peur le dernier. Quand l'homme engage avec un animal une lutte sans danger ni pour l'un ni pour l'autre, comme dans tout dressage bien entendu, Thomme n'a qu'à s'appliquer à être le plus entêté, et à garder sa tranquillité, il ne peut pas ne pas triompher.

Les cas varient, mais la méthode est toujours la même quant à son esprit. Examinez seulement quelle est réellement la raison de la répugnance de l'animal. Il en est de craintifs pour leurs oreilles, leurs yeux, leurs naseaux, quelques-uns ne veulent pas se laisser manier la bouche j j'ai eu une jument dont on ne pouvait toucher le garrot, toutes ses filles et la plupart de ses fds héritèrent de cette particularité. Quand vous saurez en quoi consiste cette cause particulière de répugnance, vous approcherez en Técartant d'abord, quitte à y revenir plus tard.

Dans tous les cas, garez-vous soigneusement afin de ne

jamais être obligé de fuir; vous ne rencontrerez jamais

un cheval farouche et dangereux qui n'ait l'habitude de

faire peur à tout le monde ; en vous voyant rester, cela le

changera, cela lui donnera de la considération pour vous;

s'il vous regarde (oui étonné, ne le maltraitez pas, il en sera presque à vous aimer.

J'ai vu des chevaux doux et inoiïeusifs s'obstiuer à rester en place et ne pas venir à la main. Quelquefois cela a peu d'importance, surtout dans les commencements; il se présente cependant quelquefois des singularités.

Une pouliche de deux ans, que déjà on montait facilement, se mit un jour à refuser complètement de sortir de récurie ; prise à la main, elle sortait sans hésiter, à la condition qu'un autre homme fût dans l'écurie même sans faire aucun mouvement; seul, on n'en serait pas venu à bout autrement qu'en la faisant sortir à reculons ; cela devenait sérieux. Je lui mets un licol à toute épreuve avec une longe de cuir forte et longue ; une barre d'écurie est disposée en travers de la porte et la longe enroulée à l'entour et tendue de manière a indiquer à la jument de venir à moi. Elle tire à elle, mon appareil tient bon, elle tire davantage , elle se campe en arrière, glisse, roule et se relève tout effrayée. Pendant ce temps-là, j'avais raccourci ma longe, rien n'était changé si ce n'est que j'avais gagné un pied.

Les forces de la pouliche se fatiguèrent à ce jeu, d'autant plus vite, qu'elle était déjà fort apprivoisée. Je paraissais étranger à la question, elle s'arrêta, réfléchit. La leçon et le défaut durèrent trois jours.

On pourrait multiplier les exemples particuliers, et ehaque exemple est utile pour tous les cas qui lui ressemblent.

En thèse générale, il faut commencer le poulain soi-

même dès le commencement; autrement, on a plus de peine, en cela qu'aux difficultés que ranimai présente naturellement il faut ajouter le résultat du mauvais traitement et les nouvelles difficultés auxquelles ranimai n'avait pas songé, et que les hommes ont créées en lui par des procédés cruels, timides ou saugrenus.

Cependant le contraire arrive fort souvent. Un homme habitué à commencer tons ses poulains, se voit présenter un jeune cheval et il s'en sert immédiatement sans précaution.

Et on arrive à en conclure autour de lui qu'il est méticuleux, tracassier, nerveux, qu'il agace ses élèves, les rend difficiles et hérisse à plaisir sa besogne de difficultés. Il peut arriver à le croire lui-même. L'homme est ainsi fait, dit Pascal, qu'à force de lui dire qu'il est un sot il le croit.

Et chacun de se dire de toules parts à côté de lui, M. un tel est bien savant, ou mieux, il se croit bien malin, et moi qui ne sais rien, qui n'ai pas la science (tic), phrase officielle d'un vétérinaire, (historique), avec ma petite, manière de douceur, des mors en bois, je viens à bout tout de même des jeunes chevaux, petit à petit, et en quelques jours l'affaire est faite.

Et dans toutes ces absurdités, il y a précisément autant de vérité qu'il en faut pour arriver à la conclusion la plus ridicule : il faut se passer de science.

Voilà ce qu'il y a de vrai, c'est que le poulain qu'un ignorant amène à un homme véritablement expérimenté est réellement très-doux, très-facile, et nécessairement de la catégorie qui va tout seul.

Sans cela, il aurait causé des accidents, et il arriverait précédé d'une réputation pareille à celle d'Attila, roi des Huns.

Car il n'est pas un ignorant qui n'ait eu la présomption d'essayer par lui-même, et ce n'est que lorsqu'il est arrêté qu'il s'adresse à autrui.

Être mal essayé par un homme brutal ou timide, quand ce n'est pas un poltron cruel, être manqué, contracter tous les vices que le hasard peut amener, voilà la destinée ordinaire des chevaux depuis deux ans jusqu'à cinq, et voilà une des principales causes de notre pénurie en chevaux.

Généralement , il est regardé comme plus facile de dresser un cheval au tirage qu'à la selle ; et, cepeudant, je crois qu'il est moins rare de rencontrer un sujet tout à fait rebelle au trait qu'un sujet indomptable sous l'homme.

Pour bien juger la question, il est nécessaire et suffisant de bien examiner en quoi consiste chacun de ces deux services, et quels sont les difficultés ou les sujets de frayeur que rencontre l'animal pendant le dressage.

Le travail de la voilure est moins compliqué : dans

Dressage a la Toiture.

i remier au krr.0* {sentencieusement).

Tous les cheraui s'attellent.

deuxième amateur {d'un ton acerf*).

J'en connais qui ne s'attellent pas.

(Conversations comme on est souvent à même d'en entendre).

beaucoup de cas, la bride n'a aucune exigence el tout se réduit à tirer une masse donnée avec les épaules. Tout cheval pesant, mou, lymphatique et paresseux, se trouve naturellement dressé par ressence même de son tempérament. Les traits, le limon ou les brancards, le corps même de la voiture qui le heurte, s'il s'en trouve trop près, il n'y a rien dans tout cela qui l'effraye ou le contrarie. Qu'on l'attelle à un très-petit poids ou avec des compagnons capables d'enlever la masse sans sa participation , il est à peu près impossible qu'il ne parte pas d'abord et qu'il ne s'utilise ensuite en très-peu de temps. Aussi, pour les chevaux de gros trait communs, le dressage est complètement nul ; pour y échouer, il faut absolument le paysan français des contrées où Ton n'élève jamais de che vaux ; celui-là a quelquefois l'idée d'atteler le poulain à une charrette trop lourde pour qu'il puisse l'emmener, et là, de le frapper vivement et avec acrimonie, il arrive alors à le faire reculer, ruer ou coucher, mais cela même est rare.

Si maintenant, nous voulons nous adresser à des poulains d'un ordre un peu plus élevé, des carrossiers , par exemple, ou des demi-sang issus d'étalons anglais ou arabes et de juments de gros trait, nous rencontrerons plus d'âme, de ce que les anglafs appellent spirit, et cette qualité sera pour nous une source de satisfaction ou de difficultés, selon notre maladresse ou notre jugement.

H faut d'abord se rappeler que le cheval est un animal craintif et impétueux; que, par conséquent, son premier mouvement est de se délivrer violemment de tout ce qui l étonne ou l'effraie.

Mettre un harnais au jeune cheval est absolument la même chose que de l'accoutumer au surfaix et à la selle, opération que nous avons trop minutieusement décrite pour y revenir. J'ajouterai ici seulement qu'il est bon d'accoutumer le poulain a sentir les traits sur ses jambes plus bas que le jarret ; car si on le met à la charrue, cela est indispensable, et même à la voiture, avec les volées aussi hautes que nous avons aujourd'hui l'habitude de les avoir, il est dangereux qu'un cheval fasse, attelé, l'apprentissage du frottement du trait sur ses cuisses..

A la première impression il peut ruer, s'enchevêtrer ou se coucher dessus ; tandis qu'au contraire, il doit apprendre à fuir le trait.

Rien de plus simple, au reste, mais je ne dirai pas de plus facile que ce travail préparatoire.

Vous tenez le poulain au cavecon , et un aide tenant le bout d'un trait long de 5 à 6 mètres, de manière à être hors de toute portée, le tend doucement et l'appuyé avec précaution sur la cuisse du poulain que, pendant ce tempslà, vous excitez à céder dans le même sens. Vous proportionnez la leçon à la susceptibilité et à la crainte ; quelquefois une première leçon même est inutile; dans d'autres cas, il vous faudra trois semaines de travail. Quoi qu'il en soit, le moyen le plus prompt est de ne pas se presser.

Lorsqu'enfin le jeune cheval fait la pirouette renvervée (t) sur le trait droit et sur le trait gauche, absolument

il) La pirouetie renversée ronsiste, suivani la méthode Bamher, à

comme sur la pression de la jambe, vous l'exercez au tirage.

Pour cela, vous mettez deux traits de six mètres au moins, tenus par deux ou trois hommes bien attentifs au commandement, et vous essayez de faire tirer au poulain ces traits plus ou moins tendus.

(Test là qu'on reconnaît son sang : le charretier plonge d'ordinaire dans le collier, tout cela est inutile ; mettez-le à la charrue, à la herse, au tombereau, en cheville, tout est dit.

Mais alors pourquoi cet essai? Dans la crainte de rencontrer une exception, c'est-à-dire, un poulain de pur gros trait, à qui il prendrait fantaisie de se comporter autrement que ses pareils.

Si vous avez eu de la peine à assujettir le poulain, à vous en faire obéir et comprendre, mais que vous ayez réussi, alors il est probable qu'il aura pris l'habitude de fuir toutes les résistances, de céder à toute contrainte, de s'arrêter toutes les fois qu'il est pressé par quelque chose. Par conséquent, le premier effet du collier ou de la bri cole sera de l'arrêter et de le porter en arrière.

Il faudra donc détruire un premier effet de l'éducation, et cependant un effet salutaire; car, enfin, vous êtes arrivé à l'arrêter sans effort, à l'aide seulement du licol :

faire tourner l'arrière-main autour des pieds de devant, qui ne changent pas de place. Dans le langage ordinaire de l'ancienne équilalion, ce serait une volte renversée avec 1 arrière-main pour centre, ou la rhedope en eercle renversée le long du cheval à gauche et à droite.

bien qu'il ait dans la tête et dans l'encolure assez de force pour vous emmener d'autorité , il s'arrêtera comme un chien quand il se sent pris par le collier. C'est alors qu'il faut user de modération, d'adresse et d'iutelligence pour apprendre au jeune cheval à employer de la force dans son collier pour vous suivre, quand même il éprouve une résistance.

Il faut savoir ici une chose que peu de personnes daignent se mettre dans la tête, c'est que la vitesse du mouvement nuit au tirage; une porte ouverte, en équilibre sur ses gonds bien graissés sera traversée par une balle de fusil sans avoir bougé , et cependant vous la remuez facilement en y appuyant le bout du doigt.

Par le même principe de physique , un jeune cheval qui plonge par un bond dans son collier se fait mal et n'avance guère plus que si vous poussiez à la roue à coups de poing.

Il faut donc lui apprendre à tirer, et pour cela, remarquez un autre phénomène. Deux hommes forts peuvent empêcher un bon cheval de cabriolet de démarrer, s'il sont le soin de bien se caler avant que le cheval ait fait une ffort; autrement, ils sont emmenés; commandez-donc à vos hommes de commencer à tirer sur les traits modérément et seulement après que le cheval est parti et quand il est en marche ; surtout de ne pas augmenter leur traction assez pour l'arrêter.

Peu à peu le poulain apprendra le tirage , tout est là, et il ne faut pas croire que ce soit peu de chose. Comptez le nombre des chevaux qui ne peuvent se vendre parce

qu'on ne les attelle pas, voyez ce qu'ils se vendraient s'ils s'attelaient, et comptez l'argent perdu !

Un jour, je vendis, en toute confiance, une potliche de deux ans, de trois quarts de sang ; le père et la mère s'étaient attelés chez moi toute leur vie, et je lui avais fait tirer à elle-même une cbarrue hors de terre pendant cinq cents pas, sans résistance. Je recommandai bien de ne lui faire faire absolument rien , et de me la renvoyer à trois ans, pour que je pusse la dresser.

Mais, elle était si belle, elle était si forte, elle était si douce, quen vérité c'était dommage de la laisser pourrir dans le prét et on la met à la herse, et, comme la herse était lourde, la jument n'avance pas ; alors on retourna la herse; mais la jument, qui s'était figurée probablement que la charge était fixée en terre et inentraînable , ne bouge pas; alors on la soupçonne de mauvaise volonté et on la fouette; elle se cabre, se débat, recule, tombe sur les dents de la herse, et la voilà boiteuse , défigurée , rétive. Ah ! mon Dieu ! et on me la renvoie.

Les deux premiers désastres avaient leur solution toute trouvée; les blessures des tendons se guérirent parfaitement, sauf une enflure à perpétuité.

Mais, une fois droite, quand on l'attela, un seul homme pendu aux traits l'aurait menée à reculons, pendant une lieue, au train qu'il aurait voulu; jamais cheval n'avait si bien reculé sur la pression des rênes.

11 me fallait obtenir du tirage à quelque prix que ce fût; je n'y parvins qu'en la battant jusqu'à la forcera des lança des, et alors j*eus le plus mauvais cheval de harnais

possible. Le départ était terrible, pointes, sauts de désespoir, plongeons, etc., et cependant tout «cela était un progrès.

J'arrivai bientôt à partir tranquillement sur un terrain parfaitement plat et dur ; mais le tirage, et surtout le départ dans les sables, exigea plusieurs mois. Pendant un an, la jument fut d'un service incommode, revenant de temps à autre à reculer et à pointer, et, ayant à cette époque essayé de la mettre à la charme avec un autre cheval, la force et la continuité du tirage réprouvèrent à un tel point, qu'elle se débattit, rua, tomba et brisa la charrue, j'eus même bien peur qu'elle ne reprit pas le lilbury.

Et voilà l'histoire de presque tous les chevaux qui sont devenus rétifs.

Voilà aussi pourquoi j'aime les lenteurs et les précautions.

Lorsque le poulain en est arrivé à tirer franchement les hommes qui tendent ses traits, à résister à leurs efforts, lorsqu'on voit enfin qu'il se rend suffisamment compte de celte besogne, on peut tenter de l'atteler à un véhicule quelconque.

La nature de la machine que vous lui donnez à traîner est loin d'être indifférente.

J'entends des hommes, très-peu instruits et fort systématiques , parler de la herse pour y former les jeunes chevaux , c'est une phrase toute faite et qui a assez bon air.

Mais je jugerai à propos de m'en abstenir. On croit

que la herse est chose légère; cela dépend de son poids, de la nature de la terre où on la fait fonctionner, de Tétai de cette terre, de mille circonstances. Il est des moments où elle est pesante à ne pouvoir être traînée , parce que ses dents s'accrochent et ne peuvent plus lâcher; il faut la lever, elle ne pèse alors plus rien, et toutes les condi • tious du tirage sont changées.

A la charrue, les traits sont bas et peuvent faire ruer le poulain qui n'aime pas à se sentir châtouiller les tendons; il n'y a pas de timon, partant pas de chaînettes, ni aucun autre moyen d'empêcher le cheval de reculer et de se prendre dans les palonniers.

La voiture légère, le break, a l'inconvénient de faire du bruit sur les routes dures.

Si vous mettez le poulain en cheville, il pourra ruer sur le limonier ou l'entraîner de côté et d'autre, malgré les efforts du cheval du devant.

Que faire?

Examiner le poulain dont vous avez à vous occuper; tâchez de deviner ses inclinations, ses répugnances, et vous baser sur ce que vous présente son individualité.

Tai déjà dit que le problème du dressage à la voiture consistait à apprendre au cheval à prendre le collier; je crois que cela est toujours possible; quoiqu'il y ait des chevaux à la fois si faibles et si violents qu'ils ne peuvent être attelés seuls à aucun véhicule, si léger qu'il puisse être; mais ceci est l'exception, et encore ces animaux-là, s'ils existent, peuvent être employés utilement avec des chevaux plus francs. Ils les soulagent eu route, bien qu'ils

ne fassent aucune besogne, ni en partant, ni dans les moments difficiles.

Mais il y a d'autres répugnances que Ton peut rencontrer chez les jeunes chevaux.

Les uns voudrout bien tirer, mais à la condition que ce ne soit ni trop fortement, ni surtout avec continuité. Ceux-là partiront avec la charrue , la mèneront au trot, puis au galop, et la culbuteront à force de lauçades, comme la jument que je citais tout à l'heure.

À ceux-là, un break solide, mais léger, avec un maître d'école également capable de les suivre et de contenir leur fougue. 11 serait aussi dangereux de les arrêter complètement que de les laisser s'enfuir à leur gré.

11 en est qui procèdent par lançades, quand ils sont forcés de tirer, mais qui se laissent balancer paisiblement dans leurs traits, si on n'exige rien d'eux ; ceux-là peu- \ent être mis à la herse, attachés par le licol au collier d'un camarade, et y rester jusqu'à ce qu'ils se calment d'eux-mêmes; mais il faut songer que, pendant tout ce temps, ils sont inutiles, et ne font pas de besogne réelle.

D^utres, ardents et entreprenants, peuvent s'effaroucher et s'emporter au bruit des roues.

Ceux-ci se laissent facilement entraîner par d'autres ; ceux-là se laissent traîner, vont même jusqu'à se coucher, se déshabiller, et ne veulent pas absolument être emmenés.

Il est donc des poulains que je mettrai en cheville ; il en est que je mettrai à la herse ; je commence celui-ci au break, celui-là au tilbury ; un troisième tout seul à la main, au timon d'une voiture à quatre roues, avec des

hommes qui pousseront à la roue, selon mes indications précises et minutieuses, car j'ai vu des poulains qui se sont décidés à marcher ainsi en faisant avancer pas à pas la voilure derrière eux, et que la collaboration vigoureuse et brutale d'un maître d'école eût désespérés.

Mais il est un défaut capital, le seul peut-être que Ton ne puisse corriger, c'est celui de ruer.

J'ai lu, autrefois, dans une ancienne Maison rustique : II faut châtrer le cheval entier qui rue : c'est là le remède à ce vice. Et moi, je dis qu'il y a plus de chevaux hongres que de chevaux entiers enclins à ruer. L'une et l'autre opinion sont pourtant dans le vrai. Il faut donc ici des détails fort explicites.

Un cheval entier batailleur, toujours prêt à chercher noise à ses camarades, pourra avoir l'habitude de les attaquer par des ruades. La castration ayant pour effet d'éteindre la combativité; ce cheval cessera de donner des coups de pieds, et, sous ce rapport, l'auteur de la Maison rustique a raison. Cependant, je ferai observer que le cheval entier bien organisé et d'un noble caractère , n'a pas recours aux ruades ; il se jette bravement en face de son adversaire, les pieds antérieurs levés et la bouche ouverte. La ruade annonce, au contraire, un animal sournois, couart et perfide.

Il est donc possible que la castration, en lui étant le courage, le rende non pas tranquille, mais vicieux ; car il faut remarquer que tous les mâles privés de leurs organes ont une tendance à ressembler à leurs femelles.

Dans beaucoup de fermes, on confie à des chapons la

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couduite des poussins, el ils jouent leur rôle de mère à merveille.

Par une raison analogue, le cheval devenu hongre peut prendre le caractère d'une jument craintive, nerveuse, récalcitrante.

Il est fort rare qu'un cheval entier enchevêtré et pris dans ses traits, se mette à tressaillir et à pisser d'effroi; cela arrive en pareil cas à presque toutes les juments el à quelques chevaux hongres.

Généralement , j'ai peu rencontré de chevaux entiers meurs déterminés à la voiture, même parmi les chevaux de pur sang, qui sont les plus chatouilleux et les plus susceptibles.

Quand une jument se met à ruer et que l'hystérie se mêle à ce vice, ce qui arrive presque toujours, on peut la considérer comme impossible à atteler.

Lorsqu'on ne peut espérer de réduire un animal qu'eu l'exténuant, en le tarant, l'humanité et l'intérêt prescrivent d'y renoncer; il y aurait barbarie et perte pécuniaire.

Les chevaux hongres hystériques, si je peux me permettre d'appeler ainsi ceux qui ressemblent aux juments atteintes de cette affection, sont un peu moins à désespérer que les femelles.

Ils sont, du reste, assez rares. Je me rappelle d'en avoir rencontré un, c'était un cheval allemand assez doux ; du reste, je l'ai perdu de vue ; mais ou s'en servait, et je crois qu'on aurait pu le corriger.

L'individu chez lequel j'ai vu le vice de ruer le plus

enraciné était un cheval normand Je ta plaine de Ca*»u et que Ton prétendait fils de Sylvio.

11 avait été acheté pour appareiller un cheval anglais vicieux aussi, avec lequel il offrait la plus singulière ressemblance.

Cétait de ces chevaux grands et légers qui plaisent généralement et que je n'aime pas, parce qu'ils réunissent les défauts du pur sang et du Cleveland, devant ordinairement le jour à un croisement de ces deux races.

Bais, grands, assez forts par leur taille pour avoir quelque poids , ils ressemblent trop au cheval de course pour être bons chevaux de selle (chargers) ou carrossiers agréables; d'un autre côté, ils ont trop peu de sang pour être réellement vîtes.

Ils manquent de souplesse, de masse et de train; ce sont, en un mol, de véritables citadins, des badauds, des cockneys; le luxe peut les mettre à la mode, le connaisseur, l'homme pratique, ne les adoptera jamais.

Leur maître, un de mes amis, me les avait confiés, pour les dresser en parlant pour la campagne.

Le normand que j'avais connu rueur lorsqu'il était entier, car il avait été castré fort tard, fut quelque temps assez tranquille; mais, bientôt, il reprit son ancien défaut et ce fut pour toujours.

11 allait plusieurs jours de suite régulièrement, puis, loul à coup, sans prendre frayeur, sans aucune cause appréciable, il s'arrêtait lentement, avec calme, lançait une ruade, puis deux, plus trois, et ne sVrètait que lorsqu'il

avait tout démoli derrière lui. ou qu'il se fût enchevêtré, m. 37

abattu et assujetti lui-même daus les débris de ses harnais. Je l'ai vu souvent pendu par les jambes de derrière à la coquille d'un break très-élevé, la tête et les épaules sur le sol.

Après plusieurs équipées de ce genre, j'essayai de prendre sur lui en le montant; il débuta par bondir et me lancer sur le pavé en se livrant à des bonds désordonnés. Je le réduisis sans rien gagner sur son moral; voici un trait caractéristique de son état normal ; je le menais souvent sur uue grande route, où il se trouvait, je ne sais pourquoi, des lignes de pavés placés sur deux rangs dans une ' direction perpendiculaire à la chaussée. Sitôt qu'il voyait ces pavés, il s'arrêtait et se mettait en devoir de bondir pour démonter son cavalier; il ne fallait pas espérer d'y résister si on l'abandonnait une seconde. Si, au contraire, on l'appuyait solidement des deux éperons, d'une bonne saccade de bridon avec une martingale à anneaux bien serrée et de 3 ou K coups de bâton entre les oreilles, il se calmait et sautait froidement et sûrement par-dessus les tas de pavé, si on l'exigeait.

J'ai essayé plus de vingt fois de suite de le mener en cet endroit, sa conduite n'a jamais varié.

Daus les brancards, c'était une question de plates-longes, parce qu'il est toujours possible d'eu mettre plusieurs et assez bonnes, pour que les forces du cheval rueur viennent à s'user; et ce cheval-là était loin d'avoir autant d'énergie et de soutien que de mauvaise volonté.

J'attendis le retour du maître pour lui demander la permission d'user de ma dernière ressource, qui était d'atteler

le cheval et de ne plus le dételer du tout ni jour ni nuit, jusqu'à ce qu'il eût renoncé à'ses résistances. On me refusa et le cheval fut confié à un dresseur de profession, qui lui, prit, sans la demander, la permission dont j'avais besoin ; et en deux mois il ramena le cheval très-paisible, mais dans une condition où généralement on conduisait les chevaux à Montfaucon; car les abattoirs étaient là à cette époque.

Trois semaines après, le cheval était redevenu à peu près gras, et tout à fait rueur.

Je l'ai revu cinq ans plus tard dans les mains d'un homme très-capable, qui vendait des chevaux, en dressait, et donnait des leçons de toute sorte. Il me dit qu'il s'attelait très-bien, non à deux, mais seul; je proposai une promenade d'essai en tilbury sans plate-longe, et je ne fus pas accepté.

On le montait: il avait conservé sa mauvaise volonté, mais il avait perdu le peu de sûreté de jambes que je lui avait connu.

Son camarade, le cheval anglais, animal quinteux et mal conformé, était devenu très-agréable au bout de quinze jours, et je l'ai revu pendant longues années dans Paris, faisant un bon service.

Je ne sais à quoi attribuer celte persistance dans le vice; mais ce que je sais, c'est qu'on vient souvent à bout de corriger et de dresser parfaitement des animaux bien plus effrayants au premier abord.

Un des plus difficiles que je me rappelle d'avoir enlre-

pris, était le fils d'un cheval anplais de pur sang et d'une fille d'une jument boulonnaise par un cheval arabe.

Il était donc de trois quarts de sang a\ec un croisement oriental. Quoique né en Picardie , il offrait quelques caractères neustriens ; une robe bai clair, un front trèslégèrement bombé, un tempérament froid m'avait tonjours fait redouter quelque chose. Il fut cependant assez facile à mettre sous la selle, à part une volonté arrêtée de faire des demi-tours à gauche en bondissant.

Mais lorsqu'on le présenta à la voiture, il lui prit d'abord l'idée de s'effrayer des œillères. Je n'avais jamais vu ce cas se présenter, et cependant j'avais vu bien des choses. Souvent un poulain à qui Ton met les œillères pour la première fois s'arrête, se pdotonne et refuse d'avancer; mais lui se précipitait au hasard dans toutes les directions.

Lorsqu'il rencontra le timon avec sa cuisse, il se coucha dessus avec tant d'insistance, qu'il s'y prit les quatre jambes et alla tomber directement sur le dos de l'autre côté, et, de là, il se releva, alla à reculons abattre une haie et se précipiter dans un canal.

Après l'avoir retiré de l'eau et l'avoir calmé , il fallut procéder régulièrement à une nouvelle phase d'éducation. Il s'agissait premièrement de l'accoutumer aux œillères, puis de lui ôler l'appréhension de tout ce qui le touchait sans qu'il le vit, car il ne tressaillait à aucun attouchement, pourvu qu'il pût se rassurer par ses regards.

On lui mettait une œillère, puis une autre, tantôt à l'écurie, tantôt en le promenant monté. Il fallut un mois

pour arriver à le monter à peu près en sûreté avec les deux œillères; mais le contact du timon continuait à l'épouvanter. On arriva enfin à le prendre en main avec les œillères et le harnais ; pendant que je le suivais en tenant à côté de lui un vieux timon qui traînait par un bout à terre, et de l'autre, était attaché à la boucle du trait à Taide d'un foulard ; je lâchais le tout à la moindre marque de fraveur.

Comme l'homme qui mène en main, tient le cheval de la main droite , et le plie à gauche, l'animal s accoutuma facilement à souffrir le timon de ce côté et à l'éviter par une fuite de hanches vers la droite, c'était toujours cela de gagné. Mais si le timon eût été à droite, il se serait jeté dessus, empêtré et abattu.

Restait l'effet redoutable d'une voiture qui l'aurait suivi et effrayé; car il tirait autant d'hommes qu'on voulait franchement et avec bon cœur.

Il me vint ridée de lui mettre une courbe de cheval de bateau, c'est-à-dire un palonnier arrondi qui prend la fesse et y reste adhérente. Il s'y accoutuma par un exercice de huit jours à la longe. Cela fait, une longue corde joignit le milieu de la courbe à un vieux break ; le cheval , dont il était séparé par une distance d'environ 10 mètres, tantôt avec des œillères, tantôt avec les yeux découverts afin de le familiariser; peu à peu on raccourcissait la distance entre le cheval et le break. Le cheval était attelé à l'essieu postérieur; la voiture allait à reculons, et un homme adroit rectifiait la marche en manœuvrant Je timon comme un gouvernail.

Plus tard, on le mit au limon toujours avec la courbe el une chaînette sur un timon à l'ancienne mode, comme il est représenté dans la figure (Fig. 49) ; de telle sorte, qu'en lâchant la corde de la courbe, le cheval était dételé, ou le plaçait toujours à la droite du timon.

Pi*. 49.

Lorsqu'il eut marché enfin dix jours sans faire de sottises, et sans nécessiter qu'on le dételât immédiatement, on le risqua avec un autre , à droite, et assujetti par un tord-nez. Quinze jours après, il servait comme un autre cheval. Mais pendant tout ce temps qui dura au moins trois mois, il était au régime débilitant de deux litres d'avoine et de deux ou trois heures de promenade monté chaque jour.

Lorsqu'on put se fier à lui, on le mit en condition de nourriture et de repos; il reprit ses forces et son embonpoint sans perdre sa docilité, parce que la confiance était venue.

Dans la suite, il eut des gaietés, se mit à faire des écarts et des sauts de mouton, ce qu'il n'avait pas osé faire pendant longtemps.

• Il devint maître d'école très-sur et très-profitable pour

de jeunes chevaux.

Le changement de main n'offrit aucune difficulté, le cheval se mit de lui-même à fuir le timon à sa droit»comme à sa gauche.

Pour ressayer dans les brancards, on prit de minutieuses précautions qui se trouvèrent risiblement superflues, tant le cheval était mûrement préparé.

Cette éducation, véritable chef-d'œuvre de patience , coûta réellement plus de. peine que ne valait le résultat, car le prix du cheval dressé, quel qu'il pût être, n'aurait pas payé les frais d'un dressage aussi long el aussi minutieux ; mais l'amour-proprc , la curiosité et la passion de l'art font faire bien des choses.

Pendant près d'un an que dura cet essai, une chose me rassurait toujours et me donnait de l'espoir, c'est que le cheval ne rua jamais, et n'entreprit pas une seule fois la démolition de ce qui le gênait. De plus, je comptais toujours sur le bon naturel qu'il devait tenir de son origine ; car, je ne retrouvais aucune raison de mauvais caractère dans des ascendants anglais, arabe ou boulonnais.

Quelquefois, un cheval rue par impatience, et cela n'a pas grand inconvénient, pourvu qu'en se prenant une fois, il n'arrive point à se dégoûter de l'attelage.

Souvent un jeune animal, ardent et vigoureux, plonge dans le collier par une lançade ; et si la voiture ne le suit pas, le saut ainsi intercepté fait l'effet d'une ruade, en ce que les pieds de derrière se trouvent très-haut et peuvent passer par-dessus les traits et le timon ; cela est fort dangereux par les conséquences ; quand on a quelques raisons de s'y attendre, on y remédie en poussant vigou-

reusemenl le maître d'école aGn que la xoilure suive.

Telles sont a peu près les divers difficultés qu'on rencontre dans l'attelage à deux chevaux, plus facile que l'attelage seul, en ce que la question du tirage est résolue au moyen d'un maître d'école, en ce que la société donne de la confiance au jeune cheval j mais, plus hasardeux, en ce que Ton est moins maître de l'attention et des mouvements du jeune cheval occupé, et quelquefois effrayé par le maître d'école.

Aussi quelques-uns, en certains cas, préfèrent-ils commencer le poulain au brancard, et lui apprendre à tirer par des leçons qui se rapprochent beaucoup du dressage à la longe et du dressage en liberté.

J'ai sans doute été prolixe et minutieux, mais il fallait appuyer sur un sujet que négligent également et les écuyers et les éleveurs.

Les écuyers, s'occupent plus de haute école, de travail savant, de manèges par haut, en un mot de tours de forces propres à étonner le public, que de choses pratiques et utiles.

Cesl la faute du public.

Un maladroit qui prend douze leçons afin de traverser le bois de Boulogne sur une rosse, n'aurait pas trop de feu M. d'Abzac pour lui apprendre à ajuster ses étriers.

Un homme qui lui dirait, je monte sagement tous les chevaux ou à peu près, je vous apprendrai avec le temps à faire comme moi, serait rebuté avec ignominie.

Voilà pourquoi il faut du charlatanisme.

Nous avons des hippologues qui parlent, qui écrivent, et qui ne dressent pas de poulains. Les éleveurs trouvent moins difficile ei moins coûteux de vendre tout neuf et sans avoir servi.

L'acheteur achète sans savoir ce qu'il achète, et il dit plus tard qu'on Ta trompé.

Il faudrait rétablir les faits.

Un cheval qui n'a jamais été pratiqué est, quel que soit son âge, un poulain bon à rien ; un poulain sage sous l'homme et au harnais, dressé parfaitement d'après la méthode que je viens de détailler, est un cheval dont on ne sait pas la valeur.

Sera-l-il bon ou mauvais, froid ou chaud, vigoureux ou brillant, je n'en sais rien et j'eu sais autant que qui ce soit.

Pour avoir enfin le cheval tel qu'il doit être, il faut le faire passer par une nouvelle phase : le dressage définitif.

Déjà un homme habile a pu dans le dressage élémentaire, arriver à certains résultats.

Ainsi, par exemple, à la longe, grâce au triple enrénage dont j'ai parlé, on peut rectifier, améliorer les allures el la forme d'un poulain ; la forme ! sans contredit la forme! à ce point qu'un cheval est tout à fait métamorphosé par le dressage , et prend un aspect tout autre, un genre tout différent.

Aujourd'hui , on dit sur le turf à l'anglaise, ce cheval n'est pas dans sa forme} mais nos chevaux usuels non plus ne sont pas dans leur forme; parce que le mauvais

dressage ou l'absence de dressage leur a donné ou laissé prendre une mauvaise dégaine qui, avec le temps, devient réellement leur forme.

Donc, depuis le moment où le cheval de deux à trois ans va attelé ou monté jusqu'à cinq ans plus ou moins, époque de son entier développement, il doit servir, mais, tout en servant, il reçoit nue éducation que j'appellerai dressage définitif.

Dressage «ltfmttlf.

Je commencerai ce chapitre par l'attelage, parce que les exigences étant plus bornées et moins variables, il est beaucoup plus facile de dire en peu de mots tout ce qui est nécessaire.

Pour peu qu'un cheval ait de bonne volonté et une conformation tolérable, il acquiert promptement toutes les qualités dont il est susceptible pour l'attelage.

Il va devant lui, tourne, recule et tout est dit. Mais l'agrément, mais la manière de faire est encore bien quelque chose, et les qualités réelles, le train, l'activité et le fonds; tout cela ne se termine pas en quelques jours de pratique.

Tantôt les qualités se révèlent tout d'un coup, et le cheval est, la première semai ue, presque ce qu'il sera toute sa vie.

Tantôt les moyens se développent tardivement ; l'animal reste mou, lent, sans âme, sans ressorts, et ce n'est que longtemps après qu'il se révèle. Il a fallu Pat-

tendre, mais si on Pavait attendu sans rien faire, il ne serait pas venu du tout, et peut-être il serait devenu incapable de venir.

Il y a quelques chevaux dont les débuts sont magnifiques, ils promettent; on continue à leur demander, et tout à coup les qualités disparaissent pour ne plus revenir.

Rien de trompeur comme certaines espérances que donnent les poulains. Lorsque cela arrive, au lieu de goûter ce qui se présente, résistez au plaisir d'augmenter le domaine de vos découvertes, contentez-vous de constater et arrêtez. De la sorte, il est probable que ces belles choses-là reparaîtront un jour ou l'autre ; mais si vous voulez voir ce qui en est et trouver le tout, c'est bientôt fait, et le cheval ne recommence plus jamais.

Un négociant dont l'industrie consisterait à acheter des poulains éerus et à les vendre au fur et à mesure que leurs qualités se déclareraient, passerait sa vie à se tromper soimême et les autres, s'il procédait de la sorte par une pratique rapide et des essais aventureux.

Le cheval a besoin d'être mûri, confirmé, ménagé et pratiqué.

Un homme sage et expérimenté, qui aurait besoin d'un ou plusieurs chevaux pour un service modéré, pourrait entretenir son écurie avec profit ou au moins sans perte, de la manière suivante.

Acheter un cheval neuf, s'en servir et le vendre après l'avoir formé, pour le remplacer par un pareil.

Presque jamais il n'y aurait de dépréciation, et sou-

venl des plus-values considérables; mais pour cela, il faudrait un homme habile et des amateurs judicieux qui payassent sans hésiter des qualités acquises et un agrément incontestable.

Voilà pourquoi je ne conseillerai jamais à personne, en France, de tenter une industrie après tout fort honora ble et très-amusante pour les personnes dont c'esl le goût

En Angleterre, beaucoup d'hommes de cheval emploient ce moyen d'entretenir une excellente écurie à peu de frais.

Pour faire un cheval de selle, il faut plus de temps, plus de science.

Le dressage est plus compliqué, en ce que les exigences sont plus grandes sons le rapport des moyens, de l'agrément et de la facilité.

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