‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 44 sur 53 · ÉCOLES VÉTÉRINAIRES · texte numérisé non relu

ÉCOLES VÉTÉRINAIRES

Bourgelat, écuyer, a fondé, à Lyon, la première école vétérinaire qui ait existé en France, depuis on a créé l'école d'Àlfortprès de Paris et l'école de Toulouse.

N'est-il pas singulier que ces trois écoles se trouvent précisément dans les trois villes de France autour desquelles on élève le moins de chevaux?

On a beaucoup ri autrefois de l'établissement de l'école de marine à Àngoulémc ; mais au moins à cela il y avait une raison, si ridicule qu'elle fût, une raison de nom (1). Y en a-t-il pour que les écoles vétérinaires soient ailleurs que dans les grands centres de population, comme Paris, je l'accorde, et aussi dans les grands centres de production, comme Caen, Saint-Lô, Tarbes, Saintes. Napoléon-Vendée, en un mot partout où Ton a senti la nécessité de créer d'important* dépôts d'étalons?

;l) Le duc d'AnKOulôme était grand amiral de France.

Le coure des éludes vétérinaires est de quatre ans, je crois. Pourquoi n'y aurait-il pas quatre écoles en France dans les localités les plus différentes entre elles sous le rapport du cheval, par exemple Caen, Tarbes, Angers et Paris?

Les élèves ne feraient pas leurs études entières dans une seule école, mais ils passeraient un an dans chacune, de manière à posséder à leur sortie une teinture des différentes manières d'élever ou de soigner, suivant les localités.

Un jeune homme sort diplômé d'une de nos écoles actuelles, et va s'établir en province. A son arrivée on le consulte sur Tachât d'un cheval, dont il aura à juger le caractère et les allures; sur le régime à faire suivre à un poulain de six mois. Comment se tirera-l-il de la consultalion ?

Car il est bien sûr que, malgré toute l'aptitude, tout le goût, toute la volonté imaginables, il n'a touché ni une selle, ni une paire de guides ; s'il a aperçu un poulain, c'est par hasard. Les études, les localités, les circonstances, tout fait que cela ne peut être autrement.

11 lui aurait élé possible de cultiver à ses moments perdus la musique ou tel autre art d'agrément, mais l'é» quitalion, en aucune manière.

Et il faudra que ce jeune homme achète un cheval, et s'en serve atlelé ou monté pour aller au loin visiter sa clientèle !

Dans mon enfance, on m'envoya passer les vacances,

chez un parent éloigné qui habitait, je crois, les environs de Castelnaudary.

Il y avait grande rumeur au château à mon arrivée. Mon parent venait de faire un singulier héritage. Un voisin, un ami lui avait légué trois juments soi-disant poulinières dont l'une n'avait jamais produit, dont la plus jeune approchait de ses vingt ans. Une seule était suitée.

Et encore le père de ce poulain avait-il la particularité de déplaire souverainement à tort ou à raison au nouveau propriétaire.

Aussi mon parent annonça-t-il ouvertement et tout de suite l'intention d'en faire cadeau. Demandé par le vétérinaire, le poulain fut donné au perruquier.

Étonnement général que je partageai, dans mon inexpérience, au point de douter de la raison du nouveau mentor chez qui on m'envoyait.

On m'avait, pour mon voyage, mis en compagnie d'un vieil abbé, qui avait passé les orages de la révolution sous l'abri studieux du toit d'Àlfort , avec le titre d'économe ou de maître d'études, je ne me rappelle pas au juste.

Ce brave homme entreprit de rectifier mes idées, et il me dit : Sais-tu pourquoi M*** agit comme cela, je vais te le dire. 11 y a quelques années, ayant une excellente jument de cabriolet, dont il se servait depuis longues années, mais qui était devenue poussive et dont les accès de toux l'ennuyaient , il crut faire un cadeau magnifique à son vétérinaire en lui donnant celte bête pour aller courir la clientèle.

Le vétérinaire ne put en tirer aucun parti, et fut obligé

de la céder à ce même perruquier qui Ta menée parfaitement pendant trois ans. Voilà pourquoi M"*, ayant un poulain à donner, préfère son perruquier à son vétérinaire.

Moi (j'avais alors 14 ans, j'étais naïf) : — Mais on n'apprend donc pas aux vétérinaires à monter à cheval! — Mais non, sans doute, on a essayé de mon temps ; j'ai même beaucoup connu Thiroux qu'on en avait chargé, mais cela n'a pas pris.

Depuis ce temps, j'ai cherché inutilement à m'expliquer pourquoi et comment on a jugé inutiles pour les vétérinaires les connaissances auxquelles seules je dois, moi, d'être devenu homme de cheval , si tant il y a que je le sois.

VICES RBDHIBITOIHBS.

Aujourd'hui, que la rétivité vient d'être replacée an rang des vices rédhibitoires, je me demande où les tribunaux pourront en sûreté de conscience choisir leurs experts dans les procès où il s'agira de cheval rétif.

Les vétérinaires seront-ils admis de droit, lorsqu'il est prouvé qu'ils n'ont pu acquérir à cet égard de connaissances spéciales? Seront-ils exclus?

Ira-t-on chercher des écuyers, aujourd'hui que le premier venu peut prendre l'état et le titre de professeur d'équitation , sans avoir besoin d'examen ni d'autorisation ?

Dira-t-on que tout homme est en état de voir luimême si un cheval va ou ne va pas ? Alors pourquoi ne

pas laisser ce soin à l'acheteur, à qui il importe peu qu'un autre tire ou non parti d'un cheval, lorsque lui, à qui il appartient, n'en peut rien faire?

C'est, en effet, a cela que ce réduit la solution de toute affaire de ce genre.

Il n'y a pas de cheval rétif au monde, en ce sens qu'il peut toujours se présenter un homme capable d'en tirer parti immédiatement.

D'un autre côté, il n'y a au monde que des chevaux rétifs, car je ne connais pas de cheval si doux, si franc, si bienfaisant , qui ne rencontre un jour ou l'autre un homme particulièrement maladroit sous la main duquel il se défendra ; et comme il arrivera immanquablement que ce même homme ira tant bien que mal avec un autre cheval moins doux, celui-là sera évidemment rétif pour cet homme. Donc, il n'y a pas possibilité d'appliquer cette loi-là.

Auparavant, on avait omis la rétivité, et on avait bien fait.

Il est vrai que ce que je dis, pour la rétivité, pourrait s'appliquer aux autres cas rédhibitoires.

En effet, l'esprit de la loi est de garantir l'acheleur des vices cachés qui rendent la marchandise impropre à Tusage auquel on la destine.

Dans l'espèce, lorsque le vice rédhibiloire rend ranimai incapable de faire un service, ce vice est considérable, apparent, évident, visible pour tous, excepté pour ceux qui n'ont absolument aucune idée d'un cheval, et ceux-là ne doivent point acheter eux-mêmes.

Dans tout autre cas, la garantie est un jeu d'esprit.

une affaire (Tamour-propre, une argutie. Il y a lulte entre les experts, et deux hommes savants dissertent pendant une heure pour décider si un cheval est corneur ou poussif et ne s'entendent pas, ce qui revient fort cher aux plaideurs. Le prix de l'animal est perdu pour celui qui le vend et pour celui qui l'achète.

En Angleterre, il n'y a pas de garantie, si ce n'est celles que demande l'acheteur et auquel le vendeur souscrit par convention spéciale. 11 n'y a ainsi de procès que ceux que Ton se prépare soi-même.

Quand on est appelé à avoir besoin de chevaux, il n'est pas difficile d'apprendre à s'y connaître suffisamment. Si on ne veut pas en prendre la peine , il faut se résigner à des mécomptes dont aucune loi ne peut garantir.

J'aimerais à voir les écoles vétérinaires passer sous le même ministère que les facultés de médecine, etc.

J'aimerais à voir abolir d'un trait de plume toutes les lois sur les cas rédhibitoires, qui ne sont bonnes qu'à faire naître des procès.

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