‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 43 sur 53 · RÈGLEMENTS DE POLICE · texte numérisé non relu

RÈGLEMENTS DE POLICE

J'ai vu interdire l'usage des chevaux entiers aux voitures de place, et des chevaux aveugles aux voitures à deux roues. 11 y avait par-ci par-là des infractions inconnues ou tolérées, et à cela, on ne doit pas trouver à redire. Ainsi, j'ai longtemps connu un cheval arabe de haute race, qui traînait le fiacre côte à côte d'une jument, et on m'a même montré un poulain produit pendant ce service; il n'y avait à cela ni inconvénient ni danger.

Mais à côté de ce fiacre, en contravention sans péril, je voyais venir, comme encore à présent, deux, trois, quatre, je ne sais combien de chevaux entiers , hennissant, bondissant et d'un aspect aussi effrayant que dangereux.

Ainsi donc, voilà d'un côté un cocher qui n'a à conduire qu'un seul cheval, deux au plus et qui ne doit sous aucun prétexte s'éloigner de son équipage, astreint par surcroît de prudence à n'atteler que des juments et des chevaux hongres;

Et de l'autre côté, un charretier à pied, suivant plus ou moins péniblement un nombre illimité d'animaux , s'en va porter et décharger sa marchandise dans n'importe quel coin de Paris qu'il ne connaît pas et qu'il ne découvre qu'à force de renseignements quêtés à droite et à gauche. Ses chevaux, à la queue l'un de l'autre sur une file immense, retenus tant bien que mal avec deux ficelles, le plus souvent une seule,vont à l'aventure, incertains de leur

direction, et flairai) t à droite et à gauche tout ce qu'ils rencontrent.

Nos anciennes diligences, où un seul homme était placé sur un siège avec quatre mauvaises guides, souvent même deux, parcourait Paris avec cinq chevaux et les routes avec autant qu'on voulait ; j'en ai vu onze à la fois sur la route du Havre.

Eh bien ! ce charretier et ce postillon ont le droit d'avoir des chevaux entiers, et ils n'ont même jamais que cela.

J ai été enveloppé, dans une rue de Paris, avec mon cabriolet par deux magnifiques attelages de percherons qui arrivaient en sens contraire. Les charretiers courageux se sauvèrent à la première ruade, et je restai exposé à voir ma jument ruer dans mon garde-crotte ou écrasée par ces aimables animaux.

J'ai été délivré par des sergents de ville et des gendarmes dont, après tout, ce n'était pas le métier.

Un autre jour, obligé de passer à cheval près d'une charrette, ma monture a eu l'encolure mordue, et moi la jambe fortement contuse par un coup de limon, et j'ai reçu pour toute consolation l'assurance que le cheval n'était pas habituellement méchant.

Les chemins de fer ont anéanti les diligences et augmenté le roulage par des camions qui obstruent toutes les directions, toujours avec des chevaux entiers; et comme ces administrations sont riches et prospères , leurs chevaux gras, vigoureux et frais, ne cessent d'être la terreur de tous ceux qui conduisent des chevaux daus leur voisinage comme aussi des piétons;

J'ai parlé de tout cela à qui de droit, ou m'a répondu : il faut que ces chevaux soient entiers, il faut qu'ils soient vigoureux, ils ont besoin de toutes leurs forces.

Un homme de cheval consulté là-dessus dirait bien des choses:

D'abord , que la prétendue force des chevaux entiers est une niaiserie, puisque les règlements de course en Angleterre où Ton s'y connaît, ne mettent que trois livres de différence entre un cheval entier et un cheval hongre de même âge;

Ensuite, que des laboureurs expérimentés préfèrent pour le travail au pas le hongre, parce qu'il esl docile et actif, à l'entier, parce que celui-ci se cadence et s'endort.

II dirait que dans tous les pays où Ton se connaît en chevaux et où Ton s'en sert, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, l'usage du cheval entier est rare, parce qu'on Ta reconnu incommode.

Un homme de bon sens serait d'avis que les inconvénients qui peuvent résulter de l'usage des chevaux hongres ne doivent pas entrer en balance avec ceux qui résultent de l'usage des chevaux entiers, lorsqu'on les lui aurait fait connaître.

Mais comment arriver à cette prohibition ? Ce n'est pas pos* sible f c'est une utopie ridiculet etc.

Dans mon enfance, toutes les charrettes de légumes ar- * rivaient dans Paris avec d'interminables moyeux qui accrochaient tout.

Une ordonnance de police parut, qui enjoignait à tous

ces moyeux de ne plus se montrer que pendant 15 mois; au bout de deux ans, on n'y pensait plus.

D'ici à dix aus au plus, j'espère, on aura pleuré la mort de tous les percherons entiers qui circulent en hennissant dans la capitale.

Qu'on les laisse vivre, mais qu'on empêche de les remplacer; que Ton donne, s'il le faut, un an, deux ans, pour que les marchands prennent l'habitude de ne plus en ramener.

Il n'y aura plus d'accidents à déplorer, et la race chevaline y gagnera en ce que Ton aura moins de facilités pour livrer un mauvais cheval entier à la reproduction.

J'espère, en outre, que le bon exemple passerait de la capitale aux provinces.

Pour cela, et pour d'autres choses encore , les règlements de police concernant les chevaux devraient être rédigés par des hommes compétents.

ADMINISTRATION DBS HARAS.

L'administration des haras existe avec ses changements et ses interruptions depuis Louis XIV.

Sans nous préoccuper, ni des hommes qui l'ont composée, ni de ceux qui la composent actuellement, nous allons prouver que ce qu'elle est, que ce qu'elle a fait résulte immanquablement des conditions de son existence, et comme son existence est une faute , elle a fait du mal.

Le ministre Colbert veut remédier par un acte administratif à une calamité publique : raisonnement faux. On

manquait de chevaux, vite des étalons!

nt. ho

Mais la question n'était pas étudiée, pas comprise, pas soupçonnée.

Pourquoi n'y avait-il pas de chevaux ? Je n'en sais rien, et je vais cependant vous le dire, parce que cela dépendait évidemment d'une des causes suivantes ; je vais les énumérer, sans pouvoir préciser laquelle.

Il n'y avait pas de chevaux, parce que la guerre avait, comme il arrive toujours, causé une perturbation dans l'agriculture et dans le commerce.

11 n'y avait pas de chevaux, parce que nos voisins étant plus habiles que nous, les faisaient meilleurs et à meilleur marché, et que, par conséquent, les nôtres étaient méprisés sur lesmarchés français, méprisés sur les marchés étrangers.

11 n'y avait pas de chevaux , parce que nos écuyers et nos cavaliers (il y en avait dans ce temps-là) ne savaient ni élever, ni former les jeunes chevaux et préféraient les chevaux tout faits.

Il n'y avait pas de chevaux, parce que nos grands propriétaires, la noblesse d'alors, préféraient le séjour de Versailles et de la cour à celui de ses terres : et, à cette époque, Newcastle avait une écurie de 80 chevaux a Belsoer dans le Nottinghamshire.

11 y aurait eu des chevaux probablement, si Louis XIV, pendaut dix ans de paix, avait dit qu'il verrait avec plaisir les gentilshommes de sa cour se montrer dans les carrousels et atteler à leurs carrosses de beaux chevaux français qu'ils auraient élevés.

On n'a pas pensé à tout cela, on s'est figuré que le mâle crée tout à son image, que le mérite du père se

transmet directement de mâle en mâle comme les noms, titres et prérogatives héréditaires de notre noblesse ; et alors on s'évertue à couvrir la France d'étalons jeunes, sains et vigoureux.

L'État en fournit autant qHe possible; il accorde à des particuliers le droit exclusif de fournir les autres.

Hors ces étalons, point de salut; peines, amendes, confiscations, si vous vous avisez de donner à votre poulain un autre père que ces animaux sanctionnés.

Monopole, prérogative, despotisme, oppression !

« Il se crée des provinces, des royaumes entiers, ordi- « nairement les plus fertiles, et bientôt les plus riches « du monde, si les gouvernements laissent l'industrie s'y « exercer en paix. »

Ainsi parlait Cuvier, homme d'État non moins que naturaliste.

Je suis bien persuadé que si j'eusse vécu sous le régime bippologique de Colbert, je me serais empressé de vendre ou de mettre en service mes poulinières plutôt que de les faire saillir, dans la crainte de me voir possesseur de poulains bien singuliers !

Oh ! si Cuvier, que je citais tout à l'heure, ou un de ses émules pouvait nous faire revoir aujourd'hui ces étalons régénérateurs de Colbert, comme on a reconstruit le mammouth et l'anoplothérion, nous aurions sans doute sous les veux des choses bien curieuses ! !

Ou les hommes de celte époque, en général, et les agents des haras en particulier étaient fort supérieurs à ceux d'aujourd'hui, ce qui n'est pas probable.

J'ai cherché a me renseigner sur la manière dont ou les choisissait dans ce temps-là, je suis tombé par hasard sur un singulier document.

Desforges, auteur et écrivain, nous a laissé un roman intitulé: Le poète, qui est, dit-on, son histoire ou plutôl la liste de ses bonnes fortunes.

Nous y voyons fauteur surpris un malin, en négligé, déjeunant sur le coin de la cheminée, chez une jeune personne à laquelle il était censé donner des leçons de musique et de dessin.

L'interrupteur, gourbi gentilhomme, et très -jeune officier, avait une place dans les haras, oui, je crois, dans les haras, citait le frère, etc. , etc.

On ne nous dit même pas s'il était officier de cavalerie, on remarque seulement qu'il était très-jeune. Faut-il dire : Âb uno disce omnes ?

Toujours est-il que, vers cette époque, il est peu question d'exportation de chevaux français, et que le comte de Grammont, le marquis de Tressan et Boufflers nous parlent sans cesse de chevaux étrangers.

Ce système d'étalons approuvés est détestable.

On ne peut choisir un cheval pour une localité à cause delà diversité des juments qu'il y trouvera.

Le pourrait-on, que sert un bon cheval avec une jument mauvaise, mal nourrie, lorsque le poulain ne recevra aucun soin judicieux?

En fournissant un étalon à l'éleveur, vous le rendez à la fois exigeant et paresseux, il se fie â votre étalon afin d'à-

voir à reprocher à vous, qui Pavez choisi, toutes les sottises qu'il fera lui-même, et il ne s'occupe pas du reste.

Laissez-le payer très-cher la saillie, il aura soin du poulain dont la naissance seule représente déjà une mise de fonds.

Mais lorsqu'à la faute de donner un étalon gratis ou à bon compte on ajoutait le tort de l'imposer, alors on tuait l'industrie.

Loin de moi l'idée de prôner la liberté qui consiste à troubler ses concitoyens, ou à tripoter les lois, avec lesquelles la plupart des hommes n'ont rien à faire qu'à leur obéir !

Mais une liberté sainte et sacrée est celle de faire de son bien ce que l'on veut, pourvu qu'on ne nuise qu'à soimême; c'est là le fondement de l'industrie, c'est la seule chose que je réclame pour produire de bons chevaux.

Le régime de Colbert parait s'être continué jusqu'à la révolution.

La République donna aux choses une nouvelle face. On supprima tout ; par exemple : le foin et l'avoine aux étalons. Le directeur en mourut de chagrin; les étalons en furent bien malades, les anglais moins que les normands, ainsi que je l'ai dit ailleurs.

On sait que le prince de Lambesc avait acheté, en Angleterre, des étalons remarquables par leurs formes et par leurs qualités. Il essayait et montait lui-même tous les chevaux qu'il achetait (1).

il) Le prince de Lambesc était non-seulement Grand-Écuyer, mais encore un grand écuyer. J'ai entendu citer de lui par des vieillards, témoins oculaires, une foule de prouesses, de témérités, de tours

Après la République, l'Empire; de bonnes institutions, <le saines idées administratives, mais quant à la partie hippique, quant à l'essence de la chose, préjugés, erreurs: la science n'existait pas, et on avait autre chose à faire que de la créer par des expériences, ou de la chercher chez nos ennemis perpétuels, les Anglais.

Un seul homme, vers ce temps-là, paraît avoir compris, avoir deviné la science. A moins pourtant qu'il n'eût pour génie qu'un instinct pittoresque. Peut-être if avaitil pas la conscience de ce que valent les pages qu'il nous a laissées, sans avoir jamais rien écrit ; car c'était un peintre, c'était C. Vernet ; son œuvre est la vie d'un homme de cheval.

Je ne dirai rien de l'administration des haras depuis 1815 jusqu'à la fin de la Restauration : on s'occupa peu d'elle, elle s'occupa peu de la race des chevaux, ou du moins des moyens de la perfectionner.

Les haras royaux, les dépôts d'étalons étaient entretenus d'après un ancien et même système, celui des croisements; on importait de temps à autre des arabes, des anglais, des espagnols, des allemands, des danois; on ne se rendait pas compte au juste de ce que c'était que le pur-sang.

La révolution de 1830 fut une ère nouvelle; plusieurs causes fort diverses vinrent par un singulier hasard coude force et de clicfs-d'œuvres. Et il fallait que cela fut bien vrai, car le narrateur était souvent enclin à rendre au grand seigneur une justice plus que sévère. Si le prince avait laissé à des palefreniers sa part du mérite, de l'action et du danger, on n'aurait pas parlé de lui dans les mêmes termes.

courir à modifier les destinées et les actes de l'administration des haras.

D'un autre côté, les courses prenaient de l'extension, toutes les classes de la société se piquaient de participer à ce divertissement aristocratique.

Une société se créa et se mit a la tête d'une doctrine , celle du pur-sang.

Les courses étaient une occupation fasbionnable pour ceux-ci, une industrie pour ceux-là, une passion pour les uns, un moyen de parvenir pour les autres.

Le système consistait à n'employer que le pur-sang comme régénérateur exclusif dans toute espèce de croisement.

L'industrie consistait à faire créer un grand nombre de prix afin d'y concourir , et à s'assurer la vente, comme étalons, des chevaux vainqueurs ou vaincus, lorsqu'il n'était plus possible de les faire courir.

C'est en argot de croupier, la revente des vieilles cartes.

A cette faction s'opposait une autre faction, celle qui faisait métier de vendre à l'Etat les étalons normands qu'elle livrait au public, animaux faits au moule , sans qualités, sans preuves, que Ton estimait à l'œil et qui plaisaient pour la graisse et le volume.

Ces intérêts étaient portés devant la chambre des députés, jalouse de se mêler de tout et de diriger souverainement toutes les branches de l'administration.

L'administration des haras voyait son existence attaquée et défendue, tantôt par les uns , tantôt par les autres.

Quelques-uns voulaient arriver à en faire partie, d'autres ambitionnaient pour eux-mêmes la considération personnelle de connaisseur et de grand industriel .

De là, une guerre dont l'amélioration chevaline fut le prétexte, et une foule d'intérêts plus ou moins collectifs, la véritable cause.

Je n'ai à m'occuper ici que des résultats , le système des concessions fut employé à haute dose : on accorda des prix de courses, nombreux, considérables. On créa des hippodromes. On distribua des primes d'étalons, de juments, de poulains. On augmenta le nombre des étalons royaux. Cette mesure avait un double avantage, 1° contenter les éleveurs qui avaient des chevaux à vendre; 2° contenter par la création de nouvelles stations, ou l'augmentation des anciennes , les éleveurs, les conseils généraux et les députés.

Un orateur sarcastique a même parlé à la chambre (V étalons électoraux, dont la destinée était d'être procurés ou promis parles candidats à leurs électeurs.

Examinons ce que peuvent réellement tous ces prétendus encouragements sur la production.

Les courses, en ne les considérant que comme un fait, sont un bien.

Le cheval de pur sang, toutes choses égales d'ailleurs, est meilleur que tous les autres.

S'il n'est pas le plus apte de tous à tous les services , c'est encore lui qui supplée le moins imparfaitement a tous les types particuliers, en ce qu'il a toujours du cœur et du fond.

Par conséquent, si on le produit mal, et c'est ce qui a lieu, il vaut encore mieux que tout autre que l'on produirait aussi mal.

D'ailleurs, personne n'est forcé d'en faire, et il n'y a que ceux que cela amuse qui se livrent à la production du pur sang.

Plus il naît de chevaux de pur sang, plus il en entre dans tous les services, plus on s'accoutume à eux, et comme ce sont les plus difficiles des chevaux, la masse des hommes de cheval doit forcément y gagner : de faire des progrès forcément.

Si maintenant on veut comparer mathématiquement et en numéraire ce que les courses coûtent au Gouvernement, et ce que le pays y gagne, on trouvera évidemment le gain inférieur à la dépense.

Ce n'est pas quelques étalons de pur sang payés après tout plus cher que Ton ne paierait leurs pareils en Angleterre ou en Allemagne, ce n'est pas une plus-value de 50 francs peut-être sur quelques centaines de chevaux de pur sang en service, et qui vaudraient deux ou trois louis de moins , si, au lieu d'être de pur sang, ils étaient de n'importe quelle autre origine, qui pourrait compenser ce que le ministère de l'agriculture dépense en prix, en achats d'étalons et en primes affectées au pur-sang.

C'est un bien qu'il y ait des courses, des amateurs, des sociétés, des hippodromes. Mais je voudrais moins de prix accordés par l'administration, je voudrais surtout des prix autrement donnés.

Que, par exemple, une somme considérable vienne ré-

munérer celui qui a été assez heureux pour produire le meilleur cheval de deux ans, de trois ans, de quatre ans, rien de mieux.

Mais je n'approuve point les circonscriptions du Midi, de l'Est, que sais-je? Mesures dont le seul effet est d'écarter la concurrence d'un rival excellent pour favoriser les chances d'animaux médiocres.

J'aime les Oaks, le Derby, le Saint-Léger de L'Angleterre, ces prix sont courus parles mêmes chevaux, quelquefois le même en gagne deux, on sait qu'il ne peut en gagner trois (1).

Mais les prix de consolation, les handicaps, les sellitigs stakes, et toutes ces combinaisons qui ont pour but et pour effet d'attirer du monde à un spectacle, d'écarler des concurrents supérieurs, enfin autre chose que de récompenser le mérite, ne sont pas du ressort d'une administration hippique.

Que les municipalités, les chemins de fer, les conseils généraux, les associations particulières fassent tous les sacrifices possibles en ce genre, rien de mieux, car le bien peut en résulter.

Mais ce n'est pas l'esprit de la science. Les courses sout le seul encouragement qui, dans les mains de l'autorité, ne soit pas nuisible.

Les primes, par exemple, ne sont bonnes, comme l'a

(1) Parce que les Oaks étant réservés aux juments seules, un cheval peut gagner le Derby et le Saint-Léger comme Champion cl Ftying Dutchman.

Une jument peut gagner le Saint-Léger et les Oaks comme Queen of Trumpi, ou le Derby et les Oaks comme Éléanor.

très-spirituellement observé feu M. Jacques Bujault, qu'à mécontenter ceux qui ne les obtiennent pas, et à faire peu de plaisir à ceux qui les reçoivent.

Examinons, par exemple, ce qui se passe pour les primes de juments. Il y a nécessairement des conditions d'âge, de taille, de conformation, de netteté, etc.

La justice en tout cela est impossible. Une bête audessous delà taille doit-elle être hors de concours? Et si c'est celle qui produit le mieux, comme cela arrive souvent, ferez-vous une exception? On vous en demandera une autre le lendemain, que deviendra alors la loi?

Ce que je dis pour la taille, on peut le dire pour l'âge, la taille et toute autre chose.

Et les intérêts privés et les divergences d'un jury toujours composé d'éléments hétérogènes, spécialités disparates, hommes de partis, hommes à systèmes et incapacités lugubres !

Jamais jury si bien intentionné, si éclairé qu'il fût, n'a donné équitablemeut, utilement les récompenses qu'il était chargé de distribuer.

PIUMBS DE POULAINS.

11 faut réunir à un jour donné, sur l'emplacement que l'on a, et quel emplacement ! tous les jeunes animaux dont les propriétaires ont des prétentions.

Pour que la distribution signifie quelque chose, il faut beaucoup de concurrents, il faut donc venir de loin ; quatre ou cinq lieues ne sont pas un maximum exagéré.

Voilà donc trois ou quatre myriamètres à faire faire à

une poulinière snitée on, ce qui esl encore plus difficile, à un antenais (poulain de 18 mois)!

La perte de temps, la peine, la route, les auberges, la pluie et les accidents, il y a de quoi faire perdre aux concurrents en masse à peu près la moitié de ce qu'on va donner à quelques-uns d'entre eux.

Les jures savent-ils faire la part de ce que perd en apparence et en mine, le poulain effrayé, mouillé, fatigué et grelottant?

Le sauraient-ils, la chance n'est pas la même pour tous les concurrents, il faudrait, pour être dans le vrai, connaître chaque propriétaire, chaque étalon, chaque localité, et encore !

Aussi, voici ce qui arrive :

€n jour, j'examinais, comme membre d'un jury, un poulain de lait fort bon, sauf un garrot noyé, et des épaules rondes : la mère avait ces parties magnifiques. Je me rappelai et je dis que le père effectivement péchait par là.

A côté était un autre poulain qui captivait l'admiration universelle par une croupe admirable, sa mère avait des cuisses de grenouille. Je dis alors que le père de ce poulain était remarquable par son arrière-main.

N'aurait-il pas été à propos de signaler ce fait de deux étalons, donnant, l'un ses défauts, l'autre ses qualités, en dépit des qualités et des défauts de la mère ?

Cette observation jointe à mille autres du même genre, c'est cela qui mène à la vérité :

On ne fui pas de cet avis. L'un de ces poulains eut 50 francs de plus que l'autre. Je ne me rappelle pas lequel;

et qu'est-ce que ça faisait après lotit, aux jurés, aux spectateurs et même aux intéressés ?

Et voila r histoire des primes.

Voulez- vous d'autres détails ?

Je voyais un jour vendre à l'encan une jument anglaise, très-forte, d'un modèle à défier Phidias, enfin de ces animaux qui servent de texte à des admirations sans fin et qui n'en valent pas mieux pour ça.

Elle avait bien 15 ans, on la vendit 2,350 francs, si j'ai bonne mémoire.

— C'est pour rien ! — Pour rien ! en admettant qu'elle vive 7 ans et donne 5 poulains, ce qui serait une bien bonne chance, voila chaque poulain qui coûte 7/5 d'année de nourriture de mère, plus 470 francs, plus le prix de la saillie, tout cela avant de naître !

— Eh ! bien oui, mais elle est si belle ! — Combien vendrez-vous les poulains à 4 ans? Vous voyez bien qu'il y a une perte évidente ! — Non, parce que d'abord elle aura bien 400 fr. de prime par l'administration des haras, plus 500 fr. du conseil général, plus.... et on me cite une somme énorme à recueillir de cette façon et qui effectivement pouvait rémunérer l'acheteur.

Et voilà bien de l'argent perdu ! car les poulains n'en devaient pas avoir une plus-value proportionnelle.

Laissons donc faire les chevaux comme on fait le foin et le blé, ceux qui en auront besoin les paieront, parce que l'argent attire la marchandise.

Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse de vos primes ? Si j'ai fait un bon cheval, est-ce que je ne peux pas le

vendre aux écuries de l'Empereur, ou à un riche particulier, ou au dépôt des remontes, soit pour un officier, soit pour un soldat? Voilà la véritable prime.

11 est vrai qu'emporté par un amour- propre frénétique de propriétaire, ou victime des plus odieuses injustices, je puis dire ou penser : mon cheval vaut 10,000 fr., on n'en a pas voulu aux écuries impériales, on n'en a pas voulu pour un cent-gardeni pour un dragon, aucun marchand, aucun amateur ne fa regardé ! — Eh bien cela pourrait n'être pas à la rigueur une preuve que votre cheval valût moins de 10,000 fr., mais ceux qui seraient chargés de vous le primer ne sont-ils pas aussi des hommes, et souvent les mêmes hommes ?

DES ÉTALONS ENTRETENUS PAR l/ ADMINISTRATION, APPROUVÉS. ET AUTRES.

Dans les circonstances ordinaires et pour tout éleveur qui a une jument à faire saillir, un étalon a quatre manières d'exister :

11 est étalon impérial,

Étalon approuvé,

Étalon autorisé,

Étalon routeur.

Un étalon impérial appartient à l'administration des haras, et il vient, chaque printemps, dans une station faire la monte pour un prix qui varie suivant les localités.

L'étalon approuvé appartient à un particulier qui reçoit de l'administration des haras une subvention et livre son cheval au public pour le prix qui lui convient*

L'étalon autorisé est une variété de celui-ci, il est subventionné par les conseils généraux qui nomment une commission ad hoc pour le juger.

Le rouleur va avec son maître partout où celui-ci espère gagner sa vie. A chaque porte le maître demande si Ton a une jument à faire saillir; on nourrit, on loge l'homme et l'animal, on leur donne quelque rétribution, et ils partent le lendemain pour chercher fortune ailleurs.

Quel est le meilleur mode?

Si on me demandait quel est le meilleur cheval d'une de ces catégories, il faudrait comparer les individus, mais tous ces modes sont détestables.

Commençons par le dernier, l'étalon rouleur. C'est une industrie qui consiste à exploiter l'avarice, la pauvreté et l'ignorance.

Le petit cultivateur manque ordinairement, et des fonds nécessaires pour un sacrifice, et des connaissances qui lui eu feraient apprécier futilité. Il ne peut ni surtout ne veut payer la somme qui seule pourrait lui procurer un bon cheval.

De plus, comme ses besoins et ses goûts réclament toujours un cheval lent et volumineux, et que sa jument pèche toujours par faiblesse et défaut de masse, il est facile de lui faire désirer un étalon très-lourd et de lui persuader qu'il obtiendra par lui un poulain du même genre.

Il résulte, de là, que le talent de fétalonnier rouleur est de se procurer le plus grand, le plus gros, le plus gras et le plus incapable de tous les chevaux de gros trait*

Tantôt, c'est un limonier réformé faute de moyens et d énergie.

Tantôt, c'est un poulain de deux ans, qui attend dans le métier d'étalon les dents qu'il lui faut pour être livré au commerce.

Dans tous les cas, grâce aux préjugés en vigueur dans les campagnes, l'intérêt de l'étalonnier est de faire le plus mal possible.

Et, cependant, son industrie est légale et doit être tolérée; si on la gênait, l'entrave mise à la liberté de production aurait plus d'inconvénients encore. Car les moyens employés par l'autorité pour empêcher la circulation des mauvais chevaux empêcheraient également l'usage des bous.

H n'y a qu'un moyen de diriger le public dans la gestion de ses intérêts, c'est de l'éclairer.

On n'a pas compris cela, et on a institué les étalons royaux et approuvés.

Le premier inconvénient de cette espèce de sanction donnée à un reproducteur , c'est de donner au propriétaire de la jument une confiance funeste.

Non pas que je veuille dire que ces étalons doivent être défectueux, mais je, l'ai répété mille fois, c'est moins le mérite absolu du père qu'il faut rechercher que l'opportunité des alliances. Et l'on aura beau faire, un public qui va chercher un étalon banal, aura toujours de la tendance à le regarder comme l'agent unique de la reproduction, à le considérer comme absolument bon ou absolument mauvais, et à tarifer sa valeur en chiffres. Ce qui est un raisonnement absurde.

Cela posé, comment fixer le prix de la monte? L'étalonnier privé a sa route (racée , il demande le plus cher possible, et descend ses prétentions jusqu'à ce qu'il les voie agréées.

Le Gouvernement ne peut agir ainsi, puisqu'il s'est donné la mission de secourir le consommateur.

Le moyen le plus naturel serait d'accorder la saillie gratuite, mais on y a trouvé tant d'inconvénients, qu'on y a renoncé et avec raison.

On a pris des moyens termes, ce qui est illusoire et illogique.

Les prix se règlent donc suivant les localités. Alors voici ce qui arrive et ce qui est arrivé :

Lorsqu'une contrée est plus avancée dans la science de Télevage, le cultivateur regarde moins à l'argent et plus à l'étalon, la monte devient chère.

D'où il résulte que le même étalon saillira successivement, ici à 5 fr., là à 10, plus loin à 30 fr., et suivra ainsi des fluctuations de valeur montante et descendante, non pas suivant son mérite, mais suivant les endroits où peuvent Peuvoyer les besoins du service.

Il y a, par exemple, telle station où la concurrence est excessive, on n'ose pas élever les prix au-dessus de 300 francs, mais les propriétaires s'inscrivent à l'avance et on tire au sort les privilégiés, jusqu'à ce que le nombre voulu de juments ail été rempli.

L'année suivante, cet étalou si goûté ira, sans être devenu inférieur le moius du monde , chercher fortune à m. il

25 ou 30 francs dans une province éloignée, pour laquelle on aura demandé et obtenu un étalon de choix.

Pareil état de choses est absurde et aboutit à d'immenses pertes d'argent sans aucun profit réel pour personne.

Un étalon n'a et ne peut avoir de valeur réelle que celle qu'il donne aux poulains qu'il produit. Et pour le mettre en valeur, il faut savoir remployer, voilà la vérité, voilà la science, voilà le but auquel on doit tendre. Hors de là, il n'y a ni salut, ni sens commun.

Ce principe, à peu près entrevu par certaines personnes, a fait prôner le système des étalons particuliers , mais ce système est incompatible avec l'existence des étalons du Gouvernement.

En effet, soit un étalon acheté 10,000 fr., ce qui n'est pas un prix énorme, même pour le type le meilleur marché, quel qu'il soit.

En espérer dix ans de bon service est peut-être un peu trop compter sur l'avenir.

Cela posé, cet étalon s'use de 1,000 fr. par année.

Supposons qu'il serve trente juments (maximum rigoureux, quoi qu'on dise) à 100 fr., soit 3,000, de rapport annuel, sur quoi il faut prélever la nourriture, les soins,

et tous les frais possibles.

Telle est la spéculation.

Or, aucun particulier ne pourra trouver autour de lui trente poulinières à 100 fr. avec un étalon de 10,000 fr.

De tous côtés on appellera le secours du Gouvernement, on obtiendra une station, et l'étalonnier privé per-

dra nécessairement en raison de ce que les propriétaires gagneront.

Voilà deux intérêts en opposition, et le Gouvernement qui favorise l\in aux dépens de l'autre.

Lequel de ces deux intérêts mérite davantage sa sollicitude. Ce serait, je crois, difficile et oiseux de le discuter.

Il y a longues années, ayant calculé les frais de déplacements, déboursés de toute nature, et possibilités de sinistres résultant de renvoi de mes juments a une station, je trouvai de l'économie à entretenir un élalon à moi pour trois ou quatre poulinières.

Restait Tachai de l'étalon que j'essayai de rembourser en recevant les poulinières du voisinage.

Le prix élait de 20 francs, non compris les pourboires obligés. La chose alla bien pendant quelques années. 11 se forma dans les environs un noyau suffisant de juments pour Temploi d'un cheval ordinaire.

Aussitôt, par un concours tout naturel de circonstances, les éleveurs demandèrent la saillie à 6 francs, l'administration trouva la place d'un nouvel étalon, et mon industrie fut anéantie.

Plus tard, on éleva la voix en faveur de l'industrie particulière des étalonniez, on éloigna les étalons royaux et on donna des primes de 1 ,000 francs à des particuliers, ce qui m'aurait mis à même de donner la saillie gratuite à mes voisins. D'autres ont profité de cette facilité.

Mais alors il y a eu plus d'étalons approuvés qu'il n'en

fallait pour les juments à servir, et comme il faut que chaque étalon ait trente juments, les étalons n'ont pas touché de prime, et il n'y a plus eu d'étalons.

Tout cela est-il un bien ou un mal, je ne veux pas conclure; mais je suis persuadé que si on laissait les intérêts privés se débattre, ce serait à coup sur moins coûteux et peut-être pas plus nuisible.

La position de l'administration des haras qui prime les étalons des particuliers, et qui en entrelient pour son propre compte est assez singulière.

Elle se fait la concurrence à elle-même.

En effet, d'après des calculs approximatifs et qu'il serait bien facile de vérifier authentiquement, l'entretien annuel d'un étalon gouvernemental est de 1,000 francs, et son rapport en saillie est en moyenne insignifiant.

L'étalon de particulier, primé à 1,000 fr., est obligé pour les trente juments qui lui donnent le droit de toucher la somme, forcé de saillir à un prix en moyenne insignifiant

De cette manière, le sort des éleveurs est absolument le même ; ils paient quelque chose pour obtenir la naissance de leur poulain, et cela coûte mille francs à l'État.

Demander dans quel cas les 1 ,000 francs sont le mieux employés, c'est faire une question à laquelle il est impossible de répondre d'une manière absolue*

Il est possible que l'agent du Gouvernement achète de bons et de mauvais chevaux. 11 est possible que le particulier qui présente un étalon à l'inspecteur et l'inspecteur qui l'agrée soient dans le vrai ou dans le faux.

J'ai vu un cheval arabe présenté à l'administration, quatre ou cinq fois dans sa vie et qui n'a été acheté qu'à l'âge de plus de vingt ans.

J'ai vu des étalons refusés à l'approbation et agréés deux ans après dans les mêmes localités.

Toutes ces anomalies justifiables ou non auront lieu tant qu'il y aura des hommes.

Mais ce que je demanderai, c'est s'il est absolument nécessaire que le Gouvernement débourse 1,000 fr. parce qu'il y a trente poulinières consacrées à la reproduction.

Et si on fait le calcul par toute la France des étalons payés par l'administration d'une manière ou d'autre et des juments saillies, on verra que c'est à peu près ce que coûte au pays le désir qu'a chaque éleveur de faire naître un poulain.

Soit 33 fr. 33 cent, environ.

Dans quelques localités, on a ajouté aux étalons approuvés les étalons autorisés.

C'étaient des animaux que Ton présentait à un jury spécial pour leur distribuer des primes accordées par les conseils généraux , ou je ne sais quelle souscription d'autre nature.

Mais, par une singularité que je ne puis expliquer dans les distributions de primes accordées aux poulains, les fils de ces étalons autorisés étaient exclus, et l'on n'admettait que ceux issus d'étalons royaux ou approuvés.

Ainsi, on retirait d'une main ce qui était donné de l'autre, ou, pour mieux dire, on blâmait à l'automne ce que l'on avait conseillé au printemps de l'année précédente.

Il y aurait mille choses à dire contre cette intervention perpétuelle entre l'étalonnier et le propriétaire de juments, entre le producteur et le consommateur.

Je me bornerai à quelques mots sur la position faite à l'administration des haras, grâce à l'admission de ce faux principe.

L'administration des haras achète des étalons aux particuliers (dépense) et les loue en détail aux éleveurs (recette), et c'est ce qu'il y a de ridicule , puisque ce n'est pas une entreprise commerciale dont l'essence est de gagner.

Il faut qu'elle achète... à bon marché? — Mais, du tout , j'ai , moi , des étalons a vendre , je suis éleveur, je suis industriel; je demande à être encouragé; c'est la mission de l'administration. Voilà ce que dit Hierbager normand, qui amène son carrossier demi-sang, et le sportman de Chantilly ou d'ailleurs, qui a quatre chevaux de course de cinq ans, incapables de gagner aucun nouveau prix.

Achetons donc pour encourager.

On cherche à placer ces étalons; mais l'éleveur est difficile, il veut du bon , du très-bon et ne pas payer cher la saillie, parce qu'il est pauvre et qu'étant industriel, il a droit d'être encouragé.

En donnant la saillie pour rien ou presque rien, à titre d'encouragement, voilà une grande difficulté de mettre en équilibre, je ne dis pas les recettes et les dépenses, mais les fonds alloués avec des réclamations contradictoires.

Et là-dessus, voilà le propriétaire d'étalons qui, d'un côté, demande de fortes indemnités pour l'entretien de son cheval approuvé, et de l'autre ne veut pas qu'on lui fasse concurrence par une station établie dans son voisinage.

Le propriétaire de juments est, lui, très-partisan d une concurrence qui lui donne du choix et du bon marché.

Le directeur du dépôt est alors assez embarrassé. On lui crie, rendez-vous inutile, reculez devant l'industrie particulière. N'envoyez jamais d'étalons là où Ton peut s'en passer au moyen de l'industrie particulière.

Mais comme l'industrie particulière ne donne jamais à aussi bon marché qu'une administration qui peut donner pour rien, et dont le métier est de donner à perte, il rencontre des obstacles lorsqu'il veut se retirer.

Pour bien mériter de ses chefs, le directeur est obligé de concilier les intérêts, c'est-à-dire, de plaire à tout le monde, et dans la perpétration de ce grand ouvrage, qu'estce qui est sacrifié? La production des bons chevaux.

J'ai entendu tenir ces discours.

Oh ! M*** est un excellent administrateur. 11 a pris son dépôt avec quarante-deux chevaux, il en a à présent soixante qui ne suffisent pas. La moyenne des saillies est allée de trente-deux à cinquante-sept juments par étalon. — Mais c'est beaucoup trop! — Que voulezvous ? On se présente eu foule. — Je veux qu'on refuse, parce que les étalons épuisés deviendront stériles ou produiront mal. — Or, ce n'est pas là l'affaire, la production fait de grands progrès, c'est un élan dans tout le pays. Notre

directeur détermine les propriétaires à faire saillir toutes les juments qu'il rencontre. — Ça doit produire de temps en temps de jolies rosses ! — Que voulez-vous? — Je voudrais qu'on fit moins et meilleur , je voudrais qu'on vil clair dans la route que Ton suit. — Il est impossible de raisonner avec vous.

Pour arriver à ce but, de faire saillir, car tout se réduit là, il faut plaire à tout le monde, et par conséquent avoir tort; car si tout le monde avait raison, on se passerait d'administration des haras, et il est prouvé qu'on en a besoin; cercle vicieux .

Aussi ai-je vu ce détail assez singulier : Le nommé Jeani palefrenier, s1 étant mal comporté, sera mis pendant la monte prochaine aux étalons de pur-sang.

— Je ne comprends pas trop ce genre de punition.

— Ah î voici : comme le pur-sang nest pas goûté ici (c'est le mot), n'est pas goûté ici, on est obligé, pour le faireprendre (autre mot), de diminuer, non-seulement le prix de saillie qui arrive a 2 fr., mais encore le pourboire du palfrenier, et malgré tout cela, il y a encore moins de juments pour le pur-sang que pour les autres, et alors vous comprenez que les profits sont moindres.

— Je comprends aussi que les étalons de pur-sang n'ont que des juments de rebut. — Oh ! bien certainement , — Et alors on arrivera difficilement à la démonstration de ce théorème comme quoi le pur-sang produit mieux. — Oh ! mais sans doute, car... tirade obligée sur le pur-sang. — Oh, je ne vous le demande pas. Ma conviction là-dessus est peut-être toute faite, mais notre mission serait, je crois,

de faire celle de vos administrés, et vous n'en prenez pas le chemin.

La vérité est qu'il y a, pour primer le pur-sang, d'autres adeptes : ceux qui en ont à vendre.

Je ne voudrais ni étalons gouvernementaux, ni étalons approuvés, ni étalons autorisés, mais concurrence libre el entière. Lutte de tous les intérêts particuliers en pleine et entière liberté.

Point d'autre encouragement que des prix de course donnés aux chevaux de deux, trois, quatre, cinq ans, si l'on veut, mais de telle façon que la victoire ne pût appartenir qu'aux meilleurs et, autant que possible, aux excellents.

Point de distinction de contrées, de sang, de famille ; rien pour exclure le supérieur , rien pour avantager les médiocrités.

Élevez où vous voudrez , comme vous voudrez, ce que vous voudrez, et venez concourir. Si vous faites mal, ou verra bien par vos défaites ; si vous gagnez, c'est que vous vous y êtes bien pris. Tout ce qtf on vous demande, c'est de dire comment vous avez opéré, afin qu'on vous imite. Vous devez votre secret au public, puisque l'État vous récompense par des prix.

Ce ne serait donc pas de pur sang qu'on s'occuperait, mais de sang certain, de naissances bien constatées; cela amènerait au pur-sang, nul n'en doute moins que moi ; mais au moins ce serait par la voie de l'évidence et de la liberté.

Au milieu de cette liberté, autour de ces prix offerts à

tous ceux qui voudraient concourir, je verrais avec plaisir subsister les anciennes associations et s'en former de nouvelles.

Jockey clubs, hunting clubs, four in hand clubs, et bien d'autres qui nous manquent.

Sociétés départementales pour les étalons, pour primer les poulinières , les poulains , tout ce qu'on voudra ; souscriptions volontaires pour l'amélioration de n'importe quoi, par n'importe quel moyen; alors, mais seulement alors, toutes ces choses seront bonnes.

Quelques-uns de mes lecteurs vont peut-être prendre tout ceci pour un long réquisitoire contre l'administration des baras.

Ou va voir dans ces lignes mon vif désir d'anéantir une institution qui me déplaît, contre laquelle on m'accuse de nourrir de vieilles rancunes, et ou se trompera étrangement.

Je semble, il est vrai, supprimer toutes les fonctions actuelles de l'administration , mais c'est afin de lui en donner d'autres plus convenables et plus utiles, non pas que je m'érige en ami ou en avocat du personnel qui compose cette administration : les choses et non les hommes !

Quelle est donc la véritable mission de l'administration des haras? C'est d'avoir des haras, de les administrer; en un mot, d'élever pour l'exemple et l'instruction du public.

Autrefois, il y avait des haras royaux ; c'était un bien, on ne le savait pas, et on en faisait un mauvais usage. On y élevait des chevaux entiers, dont on peuplait les dépôts. Les mêmes hommes qui produisaient jugeaient leur ou-

vrage; de là leur indulgence envers leurs élèves, et leurs préventions contre les élèves d'autrui. Du moins on les en accusail , et ce ne pouvait être autrement, puisque la position prêtait au soupçon.

On a crié aussi contre la concurrence que l'élevage du Gouvernement faisait à celui des particuliers. Rien de plus injuste, de plus puéril, de plus mesquin que ce grief. Mais laissons en paix ce qui est mort.

Je voudrais voir l'administration des haras élever dans plusieurs provinces, principalement dans les localités qui offrent le plus de disparate, sous le rapport de l'industrie chevaline.

Le personnel de l'administration doit se composer d'hommes capables, aussi habiles en pratique qu'éclairés dans leurs théories.

.l'ai dit quelque part, dans cet ouvrage : laissez-vous enfermer, seul et livré à vos propres ressources, dans un enclos choisi par vous, avec les étalons et les juments que vous aurez désignés, et sortez de là quelques années après, porté ou traîné par vos élèves.

Voilà la vraie mission de ceux dont TÉtat a reconnu la haute capacité.

Alors on ira voir une pareille œuvre, non par curiosité ou désir de dénigrement, mais véritablement pour s'instruire et assister à de précieux exemples.

On y verra des animaux élevés à grands frais, avec trop de luxe peut-être ; l'industrie particulière, qui a !«' droit d'être mesquine et de lésiner, ferait son profit des

leçons vivantes, et reviendrait chez elle les répéter avec parcimonie et avec profit.

Je voudrais donc des haras que Ton pût aller visiter avec toutes les facilités compatibles avec le service, où l'on irait recueillir tous les renseignements, toutes les lumières possibles.

On s'Instruit imparfaitement chez ses voisins; l'intérêt particulier peut avoir ses secrets, ses dissimulations, ses cachoteries.

Ces haras publics, au contraire, enseigneraient tout à qui voudrait tout apprendre.

Quant aux produits qu'on y aurait élevés, leur destination serait bien simple : propriété du Gouvernement, ils recevraient leur destination du Gouvernement ; réservés comme étalons pour les haras, envoyés dans les régiments ou à n'importe quel service public, enfin vendus entiers ou hongres aux enchères à qui voudrait y mettre le prix.

Un autre avantage de la suppression des étalons gouvernementaux et approuvés est la suppression des rivalités et des jalousies.

.Pavais oublié de le mentionner.

Si, quelque part, la monte est faite par des étalons gouvernementaux, l'esprit d'opposition et de rébellion, naturel ici et peut-être partout, commence par les faire dénigrer, et finit par découvrir et prôner à leur détriment n'importe] quel cheval de particulier, bon ou mauvais, par l'existence duquel on prouve que tout ce que fait le Gouvernement ne vaut jamais rien.

Au contraire, supposons que des étalons de particuliers

approuvés ou «ou soient en possession de desservir une localité, l'esprit de jalousie va immédiatement jouer son rôle. S'il s'agit d'un étalon routeur, c'est une rosse appartenant à un misérable. Si, comme il arrive d'ordinaire, l'élalou appartient au propriétaire de plusieurs juments, d'une espèce de haras, on crie au grand seigneur, au monopole, et on n'est pas fâché de lui opposer la concurrence du dépôt national afin de l'anéantir.

Jugez donc de ce qui arrive quand ces deux éléments de discorde sont en présence, et il est difficile que cela n'en vienne pas là tôt ou tard.

Telle doit donc être la mission de MM. les officiers des haras, enseigner au public ce que le public ignore, et non entretenir des étalons qui plaisent au public et que le public juge ; car si le public s'y entendait, il ferait sa besogne lui-même et il n'y aurait pas besoin d'administration.

C'est ce qui arrive en Angleterre.

Pour résumer ma pensée, je désirerais que l'administration des haras dépendit du ministère de l'instruction publique et non du ministère de l'agriculture et du commerce, puisque la question chevaline est une science avant d'être une affaire de commerce et de spéculation.

Si cependant, un jour, on venait à peuser que tout ce qui a un rapport quelconque avec le cheval : élevage, équitation, art vétérinaire, remontes, etc., peut suffire à l'organisation d'un ministère tout eutier, que ces brauches diverses d'une même science se trouveraient à propos réunies sous une direction unique et dans la même

main, celle d'un grand écuyer, par exemple, je ne sais si une telle institution, vaste et d'un seul ensemble, n'offrirait pas autant d'avantages réels que d'apparence logique.

Nous avons prononcé le mot art vétérinaire. 11 m'est impossible de passer outre sans dire un mot sur les écoles.

Qu'on ne m'accuse pas de malveillance, je ne connais qui que ce soit dans le personnel, et d'ailleurs ce que je vais critiquer a existé de tout temps, existera peut-être encore pendant bien des années, il ne peut donc être question ici d'individus.

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