C. Haeym. -- V
^45 . LKÇONS Dl<: THÉRAPEUTIQUE.
lique — terme impropre, vous le verrez — s'obtient à la fois par action mécanique (frottement) et par influence.
Le frottement, tout en développant de la chaleur, rompt l'équilibre de l'éther, électrise les corps.
Une partie du mouvement est transformée en électricité. 11 s'agit là d'une loi générale; mais, suivant la manière dont se comportent les différents corps électrisés, on distingue ces corps en bons conducteurs et en mauvais conducteurs .
Les premiers, tels que les métaux, partagent leur pouvoir avec les autres corps mis en contact avec eux; les autres, tels que la résine, le verre, ne le partagent pas .
Dans les premiers, l'électricité se répand à la surface; dans les seconds, elle reste imprégnée dans la masse.
D'où résulte que, pour collecter l'électricité de frottement, on isole les bons conducteurs à l'aide des mauvais. Le meilleur isolant est le verre recouvert de gomme laque ; c'est celui qu'on utilise dans les machines.
Le corps humain peut lui-même être électrisé. Lorsqu'il est isolé sur un tabouret à pied de verre, il suffit de le frictionner pour produire une charge, surtout quand la friction est faite avec une peau de chat. Certaines personnes possèdent même, à cet égard, une disposition spéciale et on peut alors en tirer des étincelles.
Quand on électrise par frottement un corps mauvais conducteur (verre ou résine) on observe, ainsi que vous pouvez le voir, qu'il a acquis la propriété d'attirer les corps légers.
Cette expérience très ancienne et fondamentale prouve deux choses.
r Un corps électrisé exerce à distance une action sur un corps qui ne l'est pas ; 2° deux corps semblablement électrisés se repoussent, tandis que deux corps électrisés différemment s'attirent. Je pense qu'il est inutile d'entrer dans le détail de ces faits connus.
Un corps électrisé agit donc sur les corps voisins et amène la rupture de leur état d'équilibre électrique. Il développe ainsi de nouveaux états électriques, en produisant le phénomène connu sous le nom d'mfluence. L'influence est mise à contribution dans les meilleures machines employées en médecine.
J'approche de ce corps électrisé un cylindre isolé et je touche l'extrémité de ce cylindre, puis je l'éloigné du corps électrisé. Vous pouvez voir, d'après l'indication donnée par l'électroscope à feuilles d'or que le cylindre influencé est resté électrisé. Comme le corps électrisé n'a rien perdu de sa charge pour produire cette influence, nous pouvons en conclure qu'avec une masse électrique donnée on peut obtenir une grandè quantité d'électricité. '
Faraday nous a appris que la quantité influencée est égale h la quantité influençante ; mais comme il faut tenir compte, pour que cette loi se vérifie, de toutei5 les influences voisines, la charge du corps influencé est toujours inférieure à celle du corps influençant.
Laplus ancienne machine statique, l'électrophore, est fondée sur ce principe. Il me paraît utile de vous la présenter (fig. 21). Vous en connaissez certainement le mode d'emploi et la théorie. En frappant le gâteau de résine avec une peau de chat, je fais prendre à la résine une charge négative. Le plateau de bois recouvert d'une lame d'étain, auquel est adapté un manche isolant, repose sur le gâteau de résine ; son état d'équilibre
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est rompu et le fluide positif est attiré du côté opposé. Je touche la surface du plateau pour faire écouler le fluide négatif dans le sol et je soulève le plateau par le manche isolant, il reste électrisé positivement. Ce plateau représente le collecteur d'une machine statique dont on peut tirer une décharge. On peut répéter
plusieurs fois la manœuvre et obtenir des décharges successives tant que la résine reste électrisée.
Outre ces principes très simples, il faut encore vous rappeler les faits relatifs à la distribution de l'électricité sur les collecteurs.
La charge reste à la surface et s'y répand suivant un mode de distribution en rapport avec la forme du collecteur. Presque toujours celui-ci est cylindrique et, dans ces conditions, l'électricité vient s'accumuler aux extrémités. Si le collecteur porte une pointe, la densité électrique devient à ce niveau indéfiniment grande et la charge s'écoule alors dans l'atmosphère. La couche électrique n'est, en effet, retenue sur un conducteur que par l'air agissant comme corps mauvais conducteur. Les choses se passent comme si cette couche électrique exerçait sur l'air ambiant une pression pour s'échapper. C'est là ce qu'on appelle la pression électrostatique. Les faits expérimentaux ont montré que cette pression est en chaque point du collecteur proportionnelle au carré de la densité électrique. Quand l'air est sec, il est mauvais conducteur et par suite il permet la conservation delà charge, sauf au niveau des pointes.
ÉLECTBICITÉ. — ÉLECTHISATION. 149
Mais dès qu'il estiuimide, il devient bon conducteur. Voilà pourquoi les machines à frottement ne peuvent marcher que dans certaines conditions atmosphériques, c'est-à-dire quand l'air est suffisamment sec et que la machine est à une certaine température. Lorsque lair est humide et que les conducteurs sont froids, la vapeur d'eau se condense sur ces derniers et l'on n'obtient aucune charge.
Les machines statiques à frottement offrent donc une Machines
.... statiques.
marche irrégulière ; elles sont, pour ainsi dire, soumises à des caprices et, en raison de cette circonstance, les constructeurs ont été conduits à s'adresser à l'influence.
Les machines médicales sont, en conséquence, de deux sortes : machines à frottement, machines à influence. Les dernières pourraient être appelées mixtes, car le frottement est utilisé en tout cas.
C'est pourquoi un des inconvénients de toutes ces machines est d'exiger un travail mécanique, c'està-dire l'intervention d'un aide ou d'une machine motrice (moteur à eau ou à gaz, moteur électrique), qui est d'un certain prix et plus ou moins encombrante.
Les machines à frottement seul, construites sur le type de la machine Ramsden, sont rarement employées. Elles sont d'une grande taille et, par suite, exigent une place assez notable ; elles se dérangent souvent et perdent aisément leur charge. Cependant Arthuis donne la préférence à une machine de ce genre, dont il a perfectionné la construction, en raison de ce fait qu'avec une faible charge on obtient une forte tension.
La plupart des praticiens, ont recours aux machines diélectriques, c'est-à-dire à double influence, dont les
LEÇONS DE TIIEHAPEUTIQUE.
deux principaux types sont représentés parla machine de Holtz et par la machine Carré.
La première n'a guère été employée pratiquement que dans des établissements spéciaux d'électrothérapie. On tend aujourd'hui à la remplacer par les machines du type Wimshurst.
Nous nous en tiendrons donc à la description des machines Carré et Wimshurst.
La première porte les numéros 0, 1, 2, 3, suivant ses dimensions. Le modèle numéro 2 est le plus employé ; il est puissant sous un volume relativement restreint.
En plaçant cette machine sous vos yeux, une description succincte suffira (fig. 22). Quanta la théorie, elle est compliquée et ne doit pas trouver place ici.
La carcasse de la machine est constituée par un cadre de bois, deux montants, deux plateaux, un de verre A, l'autre d'éboniteB et un gros cylindre métallique C.
Entre les montants sont disposés deux axes d'acier, l'inférieur pour le plateau de verre qui est le plus petit, le supérieur pour le plateau d'ébonite.
A ces axes correspondent des poulies. La poulie à manivelle M qui actionne le plateau de verre est disposée de telle sorte que le plateau de caoutchouc fait dix tours pendant que le plateau inférieur n'en fait qu'un.
Le plateau de verre passe entre deux coussins frotteurs portés par la table en bois.
Entre les deux axes, de l'autre côté du plateau de caoutchouc, est fixé un peigne de cuivre qui correspond à un petit conducteur articulé.
Un second peigne de cuivre, placé en haut du même côté, communique avec le cylindre du gros conducteur
ÉLECTRICITÉ. — ÉLECTRISATION. dbl
par un portant auquel est annexé un inducteur supplémentaire, en ébonite, qui regarde l'autre face du plateau de caoutchouc.
Le fonctionnement de la machine ainsi disposée est aisé à comprendre.
Le plateau de verre, électrisé positivement, produit
Fig. 2-2.
rinduction du premier peigne E à travers le plateau d'ébonite. Le fluide négatif se déverse par les pointes sur le caoutchouc, tandis que le peigne reste électrisé positivement.
Le plateau de caoutchouc, électrisé négativement, induit le second peigne F et son plateau de renforcement. Le fluide positif qui s'écoule par les pointes de ce second peigne, neutralise le fluide négatif du plateau, et finalement le gros conducteur reste électrisé négativement.
Si donc on relie au sol le conducteur mince T et le
^''^ . LEÇONS DE THÉUAPEUTIQUE.
gros conducleur au maliide, celui-ci sera soumis à une électrisation statique négative.
On peut adopter la disposition inverse, wimshuii- machine Wimshurst, modifiée par Gaille, tend à
Gaifie. acquérir une grande faveur. Le modèle que je vous pré- , sente est ainsi disposé (fig. 23) :
Deux disques d'ébonite verticaux, placés parallèlement à une petite distance Fun de l'autre, tournent en sens contraire et assez rapidement. Chaque disque porte des secteurs métalliques armés à leur centre d'une pastille métallique.
Deux conducteurs diamétraux perpendiculaires l'un à l'autre, et inclinés de 45° sur l'horizontale sont terminés par un pinceau disposé de manière à frictionner les pastilles des plateaux. Ces conducteurs communiquent à la terre.
Les collecteurs sont représentés par les peignes métalliques qui viennent embrasser les disques aux extrémités du diamètre horizontal; ils sont portés par descylindresàgrande surface, montéssurpiedsdeverre.
La machine fonctionne et s'amorce seule; elle marche par tous les temps et ne nécessite aucun entretien. Un des collecteurs se charge positivement et l'autre négativement.
Qualité de ces Revonous actuellement en quelques mots sur les
machines. i •. i , . , , •
qualités des machines statiques.
Vous savez déjà que les sources électrogéniques représentées par le frottement et l'influence développent une grande force électromotrice, mais peu de quantité. Les machines statiques sont donc des machines à potentiel élevé, particularité d'où dépend la force de recombinaison qui se manifeste par la production d'étincelles.
ÉLECTEUCITÉ. — ÉLECTRISATION. Jb3
Pour une même machine, tournant avec une vitesse uniforme, la longueur des étincelles varie avec le volume de l'excitateur de décharge. Lorsque la boule de cet excitateur est petite, l'étincelle est longue, mince , sinueuse et fréquente. La boule est-elle grosse, l'étincelle est courte, large, droite, plus rare.
Fig. 23.
Avec la machine à frottement seul, du type Ramsden, telle que celle d'Arthiiis, les étincelles sont longues, mais incapables de produire un grand effet mécanique.
Les machines mixtes, précédemment décrites, fournissent une quantité d'électricité plus grande et font naître- des étincelles plus grosses et plus fréquentes.
L'étincelle peut donc donner une idée empirique de
la tension el du débit d'une machine statique. Sa longueur croît selon une proportion simple avec la force électromotrice et sa répétition dépend du débit de la machine.
. Ce fait est d'autant plus important qu'il est difficile de mesurer la charge d'un appareil statique. 11 est, en effet, nécessaire de recourir dans ce but aux électromètres (de Thomson ou de Mascart), appareils d'un maniement délicat, et qui ne peuvent guère être employés que dans les laboratoires de physique.
Lorsqu'on fait usage en thérapeutique du flux continu, improprement appelé bain électrostatique, on peut en prendre la mesure à l'aide d'un galvanomètre très sensible, instrument également peu pratique.
En faisant cette expérience, d'Arsonval a observé qu'avec une machine de Holtz à quatre plateaux, le sujet placé sur le tabouret isolant est léché pour ainsi dire par un flux dont le potentiel négatif est de 3000 volts, mais dont l'intensité ne s'élève qu'à la valeur de 1/25000 à 1/40000 d'ampère.
En employant une machine Carré, Thomson a trouvé que les étincelles représentent un potentiel de 280 unités électrostatiques, soit une force électromotrice équivalente à celle que donnerait une batterie composée d'environ 80 000 éléments Daniell. Condensateur On emploie parfois avec les machines statiques les d'^pinus. condensateurs, appareils construits, vous le savez, d'après le principe du condensateur d'/Epinus. Deux plateaux séparés par un disque isolant représentent deux conducteurs disposés de tefle manière que la capacité de l'un d'eux se trouve augmentée dans une proportion notable, facile à calculer (lig. 24).
ÉLECTRICITÉ. — ÉLECTR1S.\T10N. ISS
Le seul condensateur dont on fasse encore usage bou actuellement en électrisation statique est la bouteille de Leyde de petit ^'olume (fig. 25).
L'électricité accumulée dans cette petite macliine, pénètre dans l'intérieur du verre, de sorte que l'on obtient souvent une série de décharges, plutôt qu'une décharge unique. Afin d'empêcher l'étincelle de jaillir entre l'armature intérieure, et la lame d'étain exté-
rieure, il faut que le verre soit soigneusement verni. On fera bien aussi de choisir une bouteille à long col.
Les machines actuelles, notamment celles que j'ai soumises à votre examen, exigent peu de soins.
Elles doivent être tenues proprement, dans un endroit sec, etbien époussetées. Pour les coussins de la machine Carré, de même que pour ceux des machines du type Ramsden, on emploie le bisulfure d'étain, ou or mussif, qui, en rendant le frottement plus actif, fait accroître la force électromotrice et la quantité. Pour graisser les surfaces métalliques qui frottent les unes sur les autres, on se sert d'huile de pied de bœuf.
Dans les appartements, on fera bien, si cela est possible, de relier la chaîne de terre à une conduite d'eau.
Iî)6 LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.
La machine Carré demande à être démontée et nettoyée de temps à autre. A cet effet, on fait usage, pour les. plateaux, de pétrole ; pour les axes, d'huile de naphte.
Le tabouret qui sert à isoler le malade doit être très soigné. Quant aux autres accessoires, leur description viendra mieux à sa place à propos de l'électrothérapie, au moment où nous apprendrons à mettre en œuvre les divers appareils médicaux.