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QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON

EAUX MINÉRALES (SUITlî) .

Effets physiologiques et emploi thérapeutique des eaux ferrugineuses. — VI. Eaux indéterminées : i° Hydrominérales simples.

Maintenant que nous avons jeté un coup d'œil rapide ^^^'s physiosur leurs caractères chimiques, occupons-nous des o^iques. propriétés physiologiques et thérapeutiques des eaux ferrugineuses.

Commençons par la première classe, celle des eaux bicarbonatées et crénatées:

Ce sont des eaux claires, transparentes, inodores, à goût astringent, rappelant celui du fer, mais corrigé par la présence d'acide carbonique.

On admet que l'ingestion de ces eaux détermine les effets de l'absorption du fer médicamenteux, je pourrais donc vous répéter ici tout ce qui a été dit à propos de ce médicament, que j'ai étudié antérieurement en détail à propos de la médication de l'anémie.

Il n'a pas été fait jusqu'ici de recherches spéciales sur l'absorption du fer des eaux minérales, ni sur les effets que peuvent déterminer ces eaux sur le processus digestif. C'est là une des nombreuses lacunes qu'il serait important de combler pour compléter l'étude précise de l'action des eaux minérales.

Les eaux sulfatées qui renferment des sulfates alcalins, de l'alun, et parfois de l'arsenic (Dominique

Emploi thérapeutique.

Chlorose.

(le Vais) présentent un goût astringent plus prononcé et ne peuvent être prises qu'avec certaines précautions et, en général, diluées. 11 serait intéressant aussi de connaître les etîets qu'elles peuvent produire sur le tube digestif.

On emploie encore les eaux ferrugineuses sous la forme de bains. Il s'agit en réalité d'une dissolution d'acide carbonique; ces bains produisent des effets différents des bains gazeux d'acide carbonique libre. Ils doivent être placés parmi les plus excitants.

Le fer étant le médicament spécifique de la chlorose, on prescrit souvent aux chLorotiques des eaux ferrugineuses transportables ou bien on les envoie faire une cure dans une station ferrugineuse. Que faut-il penser de cette pratique?

La première question est de savoir si l'on peut guérir ainsi la chlorose. Or, d'après ce que j'ai observé et de l'aveu même des médecins qui ont publié des traités sur les eaux minérales, Le Bret notamment, la cure aux eaux ferrugineuses ne guérit pas la chlorose. J 'ajoute que souvent même certaines malades reviennent aggravées. Examinons pourquoi ces eaux, qui renferment du fer, échouent. En voici les principales raisons :

La première tient aux conditions de digestibUité des eaux. Or, les eaux ferrugineuses sont d'une digestion assez difficile. Caulet, médecin distingué, qui a exercé à Forges, a fait sur ce point les remarques suivantes. Il distingue les buveurs en deux catégories : ceux qui digèrent l'eau et ceux qui la tolèrent peu ou mal (il s'agit de l'eau ingérée à jeun).

Chez les derniers on note de la pesanteur d'estomac, puis bientôt un état saburral et de la constipation ; les

EAUX MINERALES.

selles prennent et conservent une coloration noire caractéristique. Chez ceux qui digèrent en apparence l'eau de Forges, il se produit cependant quelques phénomènes dignes d'être remarqués : ce sont des troubles congestifs vers la tête, assez prononcés pour exiger des pratiques révulsives destinées h les modérer, puis un réveil de l'appétit allant parfois jusqu'à la boulimie. Il y a de la diurèse et les selles conservent leur coloration normale, ce qui indiquerait l'absorption du fer. Cependant, si l'on exagère les doses, la coloration noire des matières fécales apparaît. Enfin, au bout de quelque temps, la continuation du traitement amène une saturation se traduisant par des troubles généraux, delà fatigue, de la courbature, du malaise, de la céphalalgie, du dégoût et souvent par des éruptions furonculeuses ou acnéiques.

Il faut interpréter cette très intéressante étude sous la forme suivante :

Les eaux minérales ferrugineuses exercent une action incontestable et marquée sur le tube digestif. Dans le cas où elles paraissent être digérées, ce qui ne représente pas la règle générale, elles ne tardent pas à susciter des phénomènes d'intolérance.

Or, toutes les chlorotiques présentent des modifications dans leurs digestions et la plupart d'entre elles ne digèrent pas ou digèrent mal les eaux ferrugineuses.

Un des plus distingués médecins de stations, le D"" Scheuer, a parfaitement reconnu que beaucoup de chlorotiques ne digéraient pas les eaux de Spa, Il attribue ce fait à la dilatation de l'estomac, état qui, à l'époque où il écrivait, était considéré comme une maladie tenant sous sa dépendance presque toutes les dyspepsies. Or, la dilatation n'est qu'un des symptômes

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de la gaslropalhin dos diloroliques. Cotto dornièro est le plus habituellement une hyperpepsie plus ou moins accentuée, avec augmentation des sécrétions et lenteur des digestions, état ne s'accommodant ni du fer, ni des boissons prises à jeun en dehors des repas.

J'arrive maintenant à d'autres considérations. La deuxième cause de l'insuccès des eaux ferrugineuses doit être attribuée, d'après moi, à la farble intensité de leur action médicamenteuse. Les chlorotiques ont, en effet, besoin, pour réparer leur sang, de fixer une quantité de fer relativement très élevée.

Il faut bien savoir que dans la chlorose nettement accusée le déficit en fer du sang est très considérable. On peut évaluer à 3 grammes le fer contenu dans la masse totale du sang chez l'adulte. Ce chiffre descend dans la chlorose avec anémie moyenne à la moitié, ^s^50, c'est-à-dire qu'il y a un déficit de 1,50; dans" la chlorose avec forte anémie, il s'abaisse à \ gramme et môme à Og%75 ; le déficit à combler (2 grammes et 25^,25) est donc très élevé. C'est là une donnée physiologique des plus intéressantes. Les eaux ferrugineuses les plus minéralisées ne contiennent que 0,07 de fer, c'est-à-dire une très faible proportion et encore n'en donne-t-on jamais 1 litre par 24 heures. Elles sont par suite incapables de fournir une quantité de fer suffisante, en admettant même que tout le fer qu'elles contiennent soit absorbé et fixé par le sang, ce qui est loin de se réaliser.

Les préparations pharmaceutiques convenables sont supérieures: elles offrent l'avantage de permettre l'introduction d'une quantité plus grande de fer et d'être supportées pendant un temps plus long, c'est-àdire jusqu'à ce que la réparation du sang soit complète.

Aussi, ai-je vu des malades revenirà peine améliorées des stations lerrugineuscs et au bout d'un temps très court présenter une rechute complète.

La troisième raison de l'insuccès des cures faites aux eaux ferrugineuses tient à ce que les conditions extrinsèques, réalisées dans les stations, sont ici plus nuisibles qu'utiles.

Tandis que, dans un grand nombre d'états morbides, la cure hydrominérale agit favorablement, grâce aux conditions extrinsèques ressortissant à l'emploi des moyens externes, au changement d'air, à l'exercice, au changement de régime, etc., dans la chlorose ces divers facteurs jouent un rôle effacé, ou plutôt, ils exercent dans la plupart des cas, des effets plus nuisibles qu'utiles.

Ainsi, la plupart des chlorotiques sont neurasthéniées; non seulement elles ne peuvent supporter les exercices et la fatigue, mais encore le repos absolu leur est nécessaire, pendant un certain temps, au début de la cure. D'autre part, en raison de leur état dyspeptique, presque toutes doivent être soumises à un régime très sévère, qui diffère essentiellement de celui qu'on trouve dans les hôtels.

Enfin, la balnéation, l'hydrothérapie sont des moyens qui ne doivent intervenir qu'à une époque où la réparation du sang est déjà en bonne voie, lorsque les forces sont revenues, que la réaction est possible.

L'expérience déjà longue que j'ai acquise sur ce point me permet de poser des conclusions précises :

La chlorose guérit mieux à domicile que dans les stations soit climatériques, soit ferrugineuses. Dans un bon nombre de cas où l'on avait vainement essayé les médications réputées utiles : cure aux eaux, cure

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marine, euro hydroiliérapique, etc., j'ai réussi facilement ot assez ra])idement sans éloigner la malade de son milieu habituol.

Puisque l'occasion se présente de revenir sur le traitement de la chlorose, dont je me suis occupé déjà plusieurs fois, je vous résumerai de nouveau les principales règles du traitement auquel je me suis arrêté.

Étant donnée une chlorose bien accentuée, la première chose à faire est d'imposer le repos absolu, au lit, pendant deux à trois semaines. Ce repos est d'autant plus nécessaire que l'anémie est plus prononcée et l'état neurasthénique plus marqué.

En second lieu, on instituera un régime alimentaire sévère, réglé d'ailleurs par l'état stomacal, qui devra toujours, autant que possible, être déterminé par l'analyse du suc gastrique. Le régime qui convient dans la plupart des cas consiste en lait et viande crue. C'est celui qui est indiqué, du reste, par l'état h^-perpeptique, habituel dans la chlorose.

Le repos complet et le régime sont acceptés avec reconnaissance par les malades, qui, presque toujours, ont été fâcheusement surmenées par des exercices mal entendus, péniblement supportés et par une alimentation trop abondante qu'elles ne peuvent digérer. Ces deux moyens à eux seuls suffisent déjà pour amener une certaine amélioration.

Lorsqu'au bout de huit jours, l'état dyspeptique, révélé par la palpation, par la percussion, par la recherche du bruit de clapotage, par l'analyse chimique, etc., est celui que l'on trouve habituellement en pareil cas, c'est-à-dire un degré léger ou moyen d'hyperpepsie, avec digestion ralentie et dilatation par

trouble évolutif, moyennement développée, on peut immédiatement administrer le fer. Vous savez que la préparation à laquelle je donne la préférence est le protoxalate (oxalate de protoxyde de fer), facilement solubilisé en présence de l'acide chlorliydrique du suc gastrique. Je le prescris à la dose de 20 à 40 centigrammes, au moment des repas.

Cette préparation ne constipe pas. S'il existe de la constipation, on la combattra par des laxatifs mécaniques, tels que les graines mucilagineuses, ou par des lavements. Le régime est maintenu, mais peu à peu, à mesure que l'amélioration fait des progrès, on revient à une alimentation plus normale.

Au bout de quinze jours à un mois, suivant les cas, les malades ont repris des couleurs, recouvré leurs forces et sont en état de se lever ; on aura soin de procéder encore ici d'une façon progressive. Bientôt, elles peuvent faire de petites promenades à l'air et en cinq ou six semaines, la guérison est très avancée sinon parachevée.

Dans les cas où l'état gastrique est très accusé, le traitement de la chlorose est plus difficile : on peut avoir à traiter deux états opposés, soit une hyperpepsie avec hyperchlorhydrie et dilatation prononcée, peutêtre même compliquée d'ulcère, soit un état opposé, une gastrite chronique à type hypopeptique relevant de diverses causes : régime mal entendu, usage de médicaments dépressifs de l'activité stomacale, etc.

Dans ces deux cas, les malades sont surtout des dyspeptiques, et avant d'être soumises au fer qui serait mal toléré, elles doivent être traitées pendant un certain temps comme des dyspeptiques simples. Le fer ne doit intervenir qu'au moment où l'on a obtenu

LEÇONS DIÎ TIII^RAPKUTIQIJn:.

une amélioration suffisanlo de l'élat gastrique. Je vous renvoie sur ce point à mes leçons de l'année dernière.

Lorsqu'on se trouve en présence d'hypopepsie persistante, on s'aidera de l'administration de l'acide chlorhydriquepour obtenir ladigestion du fer, et alors on donnera le fer avant le repas, l'acide chlorliydriquc après .

Ce mode de traitement ayant toujours été, entre mes mains, couronné de succès, je vous le recommande en toute confiance.

Nous pouvons donc distraire des indications des eaux ferrugineuses, la chlorose et notamment la chlorose avec dyspepsie accentuée, forme d'ailleurs très commune.

Il n'en faut pas conclure que les eaux ferrugineuses soient sans utilité dans les anémies ou même dans certaines chloroses atténuées ou déjà modifiées par un traitement h domicile ; mais les indications qui se rattachent à ces divers cas sont peu nettes et peuvent dépendre de circonstances fort variables. Elles resteront obscures, h mon avis, tant que les médecins de stations n'auront pas déterminé, avec plus de précision, les etîets physiologiques et pharmacothérapiques de leurs eaux, notamment en ce qui concerne les phénomènes qui se produisent du côté du tube digestif. Dyspepsie. D'après les observations cliniques recueillies dans les stations d'eaux ferrugineuses, certaines formes de dyspepsie paraissent s'accommoder de la cure ferrugineuse, particulièrement celles qui se compliquent de diarrhée chronique. Aussi les médecins de Forges, ceux des stations étrangères, réclament-ils la clientèle des dyspeptiques, particulièrement des dyspeptiques anciens et afTaiblis.

Dans ces cas, l'air, l'exercice, la balnéoLhérapie, l'hydrothérapie ont une part d'action évidemment importante ; mais ce qui nous manque, c'est la caractéristique précise des faits dans lesquels les eaux ferrugineuses peuventêtre utiles, au mêmetitrc oupeut-être plus que d'autres.

Je ne serais pas étonné que plus tard on indiquât la gastrite chronique ou hypopeptique avec ou sans transformation muqueuse de l'appareil glandulaire de l'estomac, comme étant la forme justiciable de cette médication.

Comme autre indication des eaux ferrugineuses. Anémie

. , , , . ( 1 , • 1 , . secondaire

Citons les anémies post-liemorragiques, les anémies consécutives aux suites de couches, aux traumatismes, les anémies des convalescents, toutes circonstances dans lesquelles la réparation du sang tend à se faire spontanément et n'exige pour marcher convenablement que de bonnes conditions hygiéniques.

Mentionnons encore les afîections utérines : la dysménorrhée, les métrorragies entretenant une anémie secondaire. Dans ces conditions, l'indication n'est pas de guérir l'anémie, mais d'en faire disparaître la cause, et, à cet égard, les eaux ferrugineuses sont inférieures à beaucoup d'autres.

Enfin, les névropathes, certains rhumatisants chroniques se rendent à des stations rangées parfois parmi les ferrugineuses : ils vont y chercher une médication externe, dont il sera question avec les eaux indéterminées.

En résumé, les eaux ferrugineuses pures, celles qui s'emploient à l'intérieur, en boisson, ne répondent pas encore à des indications bien précisées : ou bien elles sont inutiles ou tout au moins insuffisantes, comme dans la chlorose vraie, ou bien elles agissent à la façon

G3« LEÇONS DE TIIÉIUI'EUTIQUE.

(le toute cure liydrominérale vulgaire : c'est-à-dire surtout par les conditions extrinsèques.

Aussi n'y a-t-il pas lieu d'insister pour le moment sur la spécialisation des diverses stations.

Rappelons, toutefois, que les qq^mx sulfatées semblent être appropriées surtout au traitement des diarrhées chroniques, quelques médecins disent aussi du catarrhe gastrique chronique et de l'ulcère stomacal. Ces dernières assertions auraient besoin d'être appuyées sur des bases plus solides.

Eaux Sous les noms à' eaux indéterminées (Durand-b^ardel),

hydrominérales simples (Le Bret), ou d'autres encore, on désigne les eaux faiblement minéralisées, qui paraissent agir surtout en raison de leur mode d'administration et le plus souvent aussi de leur thermalité. Je rattacherai à cette famille les acidulés gazeuses de quelques auteurs.

Elle comprendra donc deux classes : les hydrominérales simples^ thermales ou non thermales, servant surtout ou exclusivement à la cure externe; les acidulés gazeuses.

Les hydrominérales simples sont des eaux dont la température varie de 19 à 80° ; elles sont le plus souvent thermales.

Elles sont en général faiblement minéralisées ; parfois même moins riches en principes fixes que l'eau potable.

Les corps qu'on y rencontre sont surtout le carbonate de soude et le chlorure de sodium ; l'absence de chaux et de magnésie leur donne une grande douceur, qu'elles soient prises en boisson ou employées en bain. Les gaz qu'on y trouve dissous sont l'oxygène et l'azote ; l'acide carbonique y est très peu abondant.

Parfois on y dénote des traces d'acide sidlliydrique et de matières organiques. Enfin signalons l'existence dans quelques-unes de petites traces d'arsenic, de lithine, de métaux et notamment de fer.

La caractéristique de ces eaux consiste dans l'impossibilité de rattacher nettement à une action médicamenteuse (action chimique) les effets thérapeutiques qu'on en obtient. La plupart des hydrologues regardent, cependant, ces eaux comme différentes des eaux potables. Ils leur accordent une action physiologique et une vertu thérapeutique particulières, distinctes de celles qu'on obtiendrait avec des eaux quelconques.

Mais à quels facteurs doit-on rapporter ces effets? Nous avons déjà examiné cette question et nous avons vu qu'à cette occasion on a invoqué l'état électrique des eaux minérales. Cet état électrique, dont la valeur est peut-être grande , ne doit pas nousf aire négliger les autres

facteurs physiques ou mécaniques susceptibles d'avoir une part importante dans les résultats thérapeutiques. En tout cas, la thermalité paraît être souvent le plus actif de ces facteurs. D'autre part, dans certaines stations, les installations balnéaires paraissent contribuer par l'originalité de leur disposition aux succès obtenus. Parfois interviennent les limons ou bien encore des méthodes particulières de balnéation, telles que l'immersion prolongée, le bain à eau courante.

Il paraît donc assez probable que, tout au moins dans un certain nombre de cas, le bénéfice de la cure doit être rapporté, non à un effet physico-chimique spécial, mais à la mise en œuvre de procédés spéciaux d'application.

Ajoutons que souvent aussi le climat et les conditions adjuvantes, dont nous avons déjà parlé, à propos

•^^^ LEÇONS IJE TUÉHAPEUTIQUE.

du traitement liydroininéral considéré en général, interviennent comme facteurs très importants dans un certain nombre de stations et particulièrement dans les stations de montagne.

Eaux indéterminées.

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