DE LACTION DES MÉDICAMENTS
I^ Partie. — Acliofus intrinsèques.
Sommaire. — Division de Taction des médicaments en actions intrinsèques et en actions extrinsèques. — l'* Série — Actioxs IirTRnrsèQUss- — Modificateurs trophiques. — Modificateurs trophodjnamiques , dynamiques, mécaniques. — Aliment. — Médicament. — Poison. — Métamorphoses organiques. — Dialyses. ' Catalyses. — Dédoublements» — Compositions. — Substitutions. — Loi atomique ou thermique. — Chimi&trie. — Rapport entre la composition chimique et les propriétés physiologiques des agents de médication.
Les deux leçons qui précèdent, en nous faisant connaître, la première, les méthodes thérapeutiques, la seconde les genres de médications et modes de ti*aitement, nous conduisent naturellement à l'étude difficile de Taction des médicaments. Car ce n'est que par le traitement qu'on applique la méthode, et, sauf les moyens hygiéniques et expectants, il faut des agents pour exécuter un traitement.
Nous disons que c'est là une question difficile au premier chef, que celle qui traite de Yaction des médicaments. Elle est dépendante, en effet, de problèmes dont nous sommes encore loin de tenir la clé.
Pour pouvoir traiter d'une façon ahsolument^scienti-
lique, c'est-à-dire expérimentale de YacUon des médicaments y il faudrait aussi connaître absolument : i^ toutes les propri(H«''s des substances médicamenteuses; 2" leur action pliysiologique vraie, non pas seulement sur les animaux d'un genre plus ou moins voisin de l'hoimne, mais sur Thounne lui-même, ainsi (pie les modilications de cette action selon les doses employées; 3** les changements que Y état pathologique jieut ai)porter dans l'action physiologique, ce qui tiûi que souvent, TelTet thérapeuti(iue est distinct de la propriété physiologique (ex(Mnple : alcool, opium, administrés à Tétat de santé ou de maladie.)
Et alors que l'on serait en possession de ces données sur lesquelles la scienc;' uioderni' jt^lte chaque jour une lumière nouvelle, et dont une si grande partie cependant reste dans l'ombre, le clinicien, le thérapeutiste ne connaîtraient encore que l'action générale du médicament d'aj)rés ses proi)riétés observées. Resterait toujours la diriiculté de l'éipplication selon l'idiosyncrasie du sujet malade, obstacle <]u'il n'est pas du pouvoir de la science de surmonter, et (jui, en réservant à la médecine un vastiî champ d;u)s le domaine [de l'art, rélève au-dessus même <les scienc'es qui restent ses lri])utaires obligées.
Donc, Messieurs, en vous entrt^tenant aujourd'hui de l'action des médicaments, nous ne prétendons pas vous enseigner des lois infaillible.^ ni surtout vous initier à des solutions complètes. Notre aspiration plus modeste est de vous tenir au courant des connaissances les plus récentes et les mieux lixécs sur le sujet, nous abstenant autant ({ue possible d'immixtion personnelle, si ce n'est quand il nous paraîtra utile d'éclairer un point [>ar l'application d'une idée générale.
Crest surtout parla netteté de Texposition, la simplicité et la sûreté de méthode que nous allons cliercher à nous diriger.
Étudier Faction des médicaments, c'est chercher à connaîti^e et les propriétés des agents de médications, et les effets que l'organisme est susceptible d'en éprouver. De là, nous semble-t-il, deux points de vue trèsdistincts, et qui nous permettent tout d'abord de diviser notre sujet en deux parties.
La première, étudiera le médicament en lui-même, par l'analyse de ses propriétés physico-chimiques, en le suivant dans les métamorphoses, qu'il peut subir au travers des organes, en notant les phénomènes fonctiennels dont il est la cause immédiate et directe, envisageant l'action au point de vue de son déterminisme ou du mécanisme de son intervention, c'est ce que nous appellerons étudier l'action intrinsèque des médicaments, parce que, à ce premier point de vue, c'est l'agent de traitement qui est le principal sujet dj notre étude, et que les elTets généraux sur la maladie restent au second plan.
La seconde partie de cette leçon, étudiant le problème sous un autre face, fera abstraction des méUimorphoses deTagent médicamenteux intervenant dans les miHeiix organiques, pour analyser seulemeut les eflets généj'aux, caractériser et sérier ces ellets. Nous appellerons cette dernière étude : Examen de l'action EXTJiiNSKQUE des médicamcnts.
Commençons par l'analyse des effets iNTmNSÊQUES.
Avant de rechercher comment agit un médicament, il est nécessaire de définir le médicament, en le distinguant notamment de TaUment et du poison. D'où la nécessité de résumer quelques notions générales sur la physiologie de la nutrition.
Nous avons dit, en terminant la leçon précédente, qu'au point de vue physico-chimique, la vie est surtout caractérisée par un double travail d'assimilation et de désassimilation qui constitue la grande fonction de nutrition. Or, aussi longtemps qu'un sujet est vivant, la nutrition s'opère chez lui, soit au profit de la désassimilation, soit à celui de l'assimilation, soit quelquefois, par étérotopie, comme Ta dit Robin, avec hypertrophie des tissus. Dans le premier cas, il y a autophagisme ; dans le second, reconstitution; dans le troisième ftypergénèse. En fin de compte, tout agrégat vivant, déperdant d'une manière continue, ne se conserve que par une réparation également continue. L'agent de ce double travail porte le nom d'ALiMENT. Valiment (alere nourrir) est donc toute substance qui, mise en contact avec les éléments anatomiques^ coopère à la nutrition soit en fournissant à Vassimilation , soit en réglant et modérant la désassimilation, Robin et Littré (Dict. de médecine), vont plus loin, car, comprenant dans les propriétés de l'aliment la nutrition tout entière, — désassimilation aussi bien qu'assimilation, ils disent :
« Parmi les aliments, les uns servent surtout à l'assi- » milation et réparent les pertes que cause la désassi- » milation, tandis que les autres favorisent ou règlent » cette dernière. Comme il est d'expérience que nul ;) principe ne peut faire partie de la substance orga- » nisée au-delà d'un certain temps sans devenir nui- » sible, les corps qui favorisent la désassimilation, ne » sont pas moins des aliments. Ce sont eux surtout » qu'on appelait aliments respiratoires ou combustibles y » croyant que la désassimilation était un acte de com- » bustion, tandis qu'elle a lieu par une succession » d'actes chimiques indirects ou de contact (catalyses
» dédoublantes). Ceux, au contraire, qui servent à Tas- > similation, sont appelés réparateurs ou plastiques. » Ce sont Teau, qui sert aussi de véhicule, les carbo- » nates, sulfates, phosphates, les chlorures calcaires, » alcalins, de fer et de manganèse : ce sont surtout les » substances coagulables ou organiques, d'origine ani- » maie et végétale et quelques graisses. Les aliments » désassimilateuTs ou respiratoires (il aurait fallu ajou- » 1er pour être complet : et urinatoires), sont Teau et » quelques sels solubles ; les féculents, les gommes ; » spécialement les sucres, certains corps gras huileux » ou solides , certaines essences , divers principes » neutres cristalisables (théine, caféine), des sels et » des acides d'origine végétale (tartrates, acide citri- » que), et enfin, les principes définis volatils (vin, eau- » de- vie). Le rôle des aliments de ce dernier groupe n'a » pu être compris que lorsqu'on a su que les uns faci- » litent la désassimilatiorij c'est-à-dire la production » des principes cristallisables, solubles ou volatils, à » l'aide et aux dépends des principes coagulables qui » ont été assimilés ; tandis que les auti-es la règlent, » c'est-à-dire qu'ils la diminuent, la ralentissent, et » mettent les principes coagulables assimilés en état de » servir plus longtemps sans être renouvelés. » (Ch. » Robin).
Ainsi, se tronve complétée par le savant de France qui a le plus étudié les premières transformations des éléments histogéniques, la définition que nous voulons vous donner de l'aliment. Que si l'idée finale de réparation, disparait dans ces lignes pour faire place à celle d'aliment d'épargne ou antidéperditeur, d'aliment désassimilateur, il faut bien considérer que la désassimilatimi physiologique est toute distincte de la dénutii-
tiou palholugiquo, et que nul tissu ne peut ni se constituer, ni se réparer, ni se développer, en dehors d'un double travail régulier d'assimilation et de désassimilation. Un aliment, même désassimilateur, est donc encore indirectement une cause de réparation.
Les aliments sont solides, liquides ou même gazeux, car Tair oxigéné osoniiié, en modifiant chimiquement les conditions de Thénratose, modilie aussi les conditions de la nutrition, puisqu'il favorise la formation des plasmas. On divise principalement les aliments en alhumineux, azotés, carbures (îL hydrogénés.
Toutes les fois que Vurl inlervienl soit à rintérieurf soit à V extérieur y à laide iVu7ie ou plusieurs substances pour laodifier un état de maladie^ \l€s agents employés so)it des MÉDICAMENTS. Ccs agents sont hilernes ou externes, chimi(iues ou physiques, trophiques ou mécaniques.
Tout modificateur de la nutrition ou du dynanisme, appliqué d un organisme malade^ à V effet de réagir favorablement contre le travail morbide, constitue un MÉDICAMENT iNTEUNE. Tout ageutqui, mis en contactavec la périférie du corps, dans un état de maladie, a pour objet de modilier favorablement, une ou plusieurs fonctions, ett un MÉDICAMENT EXTERNE.
Le médicamoitinicnn} y de beaucoup le plus important, est donc Yaliment du malade. Vous allez nous demander sans doute , Messieurs , quelle place nous accordons, dans cette délinition , aux agents dynamiques et irnpressionnels que les thérapeutistes contemporains ap[)ellent modilicateurs neurovasculaireSj modificateurs de V excitabilité, delà contractilité, Sont-ce des modilicateurs de la nutrition que la digitale et la vératrine^ (jui vont impressionner directement la
contractilité du muscle cardiaque? Est-ce encore un médicament trophique que le curare qui paralyse la myotilité en décrochant les anses motrices terminales de la fibrille contractile? EtlVsmne, qui agit sur la totalité des nerfs moteurs comme sur le muscle? Sont-ce des modificateurs trophiques que les stupéfiants narcotiques ou mydriatiques dont la réaction est si puissante sur le pouvoir réflexe de la moelle? (morphine , atropine, daturine, hyosciamine ^ nicotine!) •Même question pour les ciguës et Y aconit que pour la belladonne et Topium. Et les propriétés si énergiquement toxiques de V ergot de seigle et de la quinine? Et jusqu'à cette action élective si manifeste, si remarquable, du bromure de potassiuyn pour conjurer, pour retarder les congestions périodiques du bulbe chez les épilep tiques , est-ce là de l'action trophique, ou purement dynamique , impressionnelle , comme dit Trousseau? Peut-on , enfin, sans abuser des mots confondre des actions de faradisation, d'hydrothérapie avec des actions trophiques?
Eh bien! oui. Messieurs. Il y aurait certainement déni de bons sons à ne pas distinguer la modalité d'action des phosphates ^ par exemple, ou de la caséine y ou de 17nM7e de foie de morue, de celle de la strychnine ou du curare. Les premières de ces substances seulement modifient directement la nutrition. Mais pour n'agir sur les phénomènes tropiques que secondairement et indirectement, les modifications dynamiques, impressionnelles, n'en sont pas moins des agents très-actifs de trouble ou de régularisation dans l'assimilation et la désassimilation nutritive. Est-ce que le dernier mémoire, par exemple, de M. Colin (du Valde-Gràce) n'a pas démontré que le sulfate de quinine,
ce inodKicîiteur dynamique par excellence de l'innervation modulaire, est en même temps un aliment azoté de premier ordre? E^t-il possible aussi de retirer aux bromures de sodium, de calcium^ les propriétés générales désassimilatrices de tous les fondants alcalins?
Nous reviendrons, messieurs, en discutant les divisions de classification, sur ce point capital. Mais enregistrons, des aujourd'hui cette vérité que pour établir qu'un modificateur neuro-vasculaire qui possède comme la digitale, la quinine, le bromure, la belladone, la propriété de dimiimer le calibre des capillaires sanguins par action tonique sur les filets nerveux moteurs, n'est pas secondairement un modificateur trophi(iue : il faudrait nier rinfiucnce de l'hématose sur les éléments anatomique. Nous persistons donc à définir le médicament, Yaliment de la maladie^ du moins, le médicament interne.
Voici, d'ailleurs les acceptions les plus usitées de ce mot dans la langue thérapeutique moderne :
Ch. Robin dit : « Le médicament est toute substance (Hrang('îre à l'état de santé qu'on applique extérieuremont, ou qu'on fait prendre intérieurement, dans un but curatif. (^ctte définition , absolument générale et en quelque sorte abstraite, exclut l'idée de modification nutritive. Aussi Tauteur a-t-il soin d'ajouter : <' La notion de médicament s'applique , à proprement parler, à toute substance qui n'ayant pas la faculté de nourrir comme aliment réparateur, a celle de modifier en plus ou en moins, d'une manière spéciale, les actions organiques. (Dict, de méd., p. 936.)
narbi(T qui , par une saine observation et un jugement élevé a fonnulo en thérapeutique des principes dont la justesse étonne d'autant plus qu'à l'époque où
il écrivait, rexpérimentation physiologique n'existait pas , rapproche aussi le médicament de l'aliment : il les différencie seulement en ce que le médicament ne peut pas d'après lui être décomposé, ni transformé en chyle. Mais on sait aujourd'hui qu'un grand nombre de substances médicamenteuses subissent des métamorphoses chimiques soit dans l'estomac, soit dans l'intestin grêle, ou le foie, soit môme dans le sang.
Cl. Bernard de son côté, nous a donné du médicament , une définition qui nous paraît défectueuse en raison de son caractère ti'op général : « Les médicaments, dit-il, sont des corps étrangers à l'organisme, que l'on y fait pénétrer dans le but d'obtenir des effets déterminés. » Ainsi que l'observe M. Rabuteau : le fer, le phosphate de chaux, le chlorure de sodium qui sont des médicaments, appartiennent à l'organisme humain.
Pour M. Rabuteau , chimiste distingué plutôt que Ihérapeutiste cUuicien , le médicament dans son acception la plus vulgaire, est toute substance employée dans le but de guérir. Mais comprenant que la simpUcité d'une pareille définition avoisine la naïveté, M. Rabuteau ajoute : «Toute substance modifiant les fonctions , en agissant sur les éléments anatomiques ou les humeurs , ou en éliminant les corps qui sont nuisibles ou étrangers à l'organisme , est un médicament. »
Cette définition embrouillée semble un peu faite de pièces et de morceaux. Nous lui préférerions encore celle de Germain Sée, lequel dit : « Le médicament est toute substance qui agit sur l'organisme en troublant la nutrition des éléments anatomiques ou les fonctions des organes. » Cependant, cette définition n'est pas encore exacte , car elle permet des confusions
^*îitr»* raliiiii-iil ••( !•• fMjisnn. l'n melon îiidigesle peut lPiijhlt,T l»*s fonrtioii> *hj nutiiliun, et n'est pas, que jo sacho, un inM'uuiwui . mais un «ilimont. Ti"ois ou quatP* liai-> «l- Bf lla»!one , *tu l'infrestion d'un faux cep, ronstitiient <l»,'S poisons, n«in des médicaments, et IfS foiitiioiis <lf nutrition en sont sérieusement troulilé«»s.
Teriiiuioiis c*'> notions sur le médicament en disant que, outre Imlivisi-m jr-'-néralv» en internes et externes, on tlistiiijju' «les m ''Mctimenis^ officinaux, extempor a- 7it^.<, selon qu'ils s«» pr«'q»arent d'avance dans l'officine, ou qu'ils »'xi;:eiii un«* préparation immédiate pour l'emploi. Knfui, 1rs inédicanients sont 3t"'«<'VrtMa?, sp^ciawx ou siH'rilumrR, auquel Cas ils «leviennent des remèdes.
Tout â côté <lu médicament se place le poison. Quand, snil par absorption^ soit par simple C07ilact j une SHhsliiftrr mise en rapport avec les éléments anatomiqHcs, troubh'les foiirtions nutritives ou dynamiques de f((nnt à poiu'oir entraîner la mort , celte substance peut être dite I'oison. Cn aliment peut devenir poison, dans c»,*rlaines londilions <lig«:stives. Grand nombre de médi( îuni'Uls sont dans le même cas, et réciproquement plusieurs poisons sont des médicaments (la plupart des alctaloïd^'S véj^nHaux usités, l'acide arsénicux, etc., etc.) C'est surtout le modo d'administration et la dose (pii <létennirient le raracl'''re toxique. Il faut cependant ajouter (M»lte idée qu • toute substance rapidement absorbable oudifi»cili»ment éliminable, dont les principes constituants sont élranj^a^rs a la composition des éléments anatomiques, i>eut devi»nir par cela même un i)oison. La propriété de désorganiser les tissus vivants est iidiérenleà l'idée dtî poison. Les virus, les venins, les >/n'(/s///r8, se rattachent àlamômefamillo.
Ainsi, Messieurs, vous devez être fixés sur ce qu'est le médicament, soit envisagé d'une manière intrinsèque, soit comparé à Taliment et au poison.
Cherchons maintenant comment il se comporte dans r organisme.
Les médicaments se comportent à l'égard des tissus vivants, tantôt comme modificateurs trophiqueSy tantôt comme agents impressionnels ou modificateurs dyfiajniques, d'autres fois simplement d'une manière viécaniquej en vertu de leurs poids.
Etudions premièrement le mécanisme des actions TROPHiQUES. Nous sommcs ici en présence des médicaments assimilables. L'assimilation, c'est cette fonction physiologique en vertu de laquelle les tissus s'approprient des principes venus du dehors. L'assimilation est nécessairement précédée de Yabsorption : et Tabsorption elle-même implique une opération de physique animale consistant en un ensemble de phénomènes osmotiques. Dutrochet a le premier démontré ces phénomènes singuliers auxquels il donnait alore le nom d'endosmose?. Je n'ai pas à insister sur ces lois que vous devez avoir étudiées en physique et en physiologie. Le principe est celui-ci : toutes les fois que deux liquides hétérogènes et de densité différente sont séparés par une membrane poreuse, les liquides tendent à se mélanger par le mécanisme suivant : par le canal des capillaires le liquide inférieur pénètre la membrane et monte rejoindre le liquide supérieurement situé; réciproquement, le liquide supérieur descend à travers la môme membrane pour s'unir à l'inférieur. On donnait autrefois le nom (Tendosmose au passage de dehors en dedans, et celui cVexosmose à la sortie de dedans en dehors. Aujourd'hui le liquide ph-
dosmosé est celui qui monte le plus vite, et le liquide exosmosé est celui qui traverse le plus lentement. (Robin).
Comme les aliments, les médicaments tropliiques, c'est-à-dire absorbables et assimilables, possèdent la propriété, qu'ils soient solides ou liquides, de pouvoir se dissoudre dans un liquide organique. Graham a donné à ce phénomène le nom de Dialyse.
On donne par contre le nom d'action catalytique ou action de présence, à des phénomènes encore mal étudiés, mais d'une importance capitale en physiologie thérapeutique. Berzélius a constaté que certains corps mettent en jeu , par leur seule présence et sans y participer chimiquement, des affinités qui, sans eux, resteraient inactives. MitscherUtch comprend tous les phénomènes de ce genre sous le nom d'effets de contact. C'est ainsi, dit Ch. Robin {Dict. de médecine) que certains oxydes chassent Foxigène de l'eau oxygénée, sans rien perdre ni acquérir de ce principe : ainsi, le platine très-divisé transforme l'alcool en acide acétique par absorption de l'oxygène atmosphérique sans subir lui-même aucun changement; ainsi l'amidon est converti en glycose par la présence de la diastase ou de Tacide sulfurique étendu, sans que cette diastase ou cet acide aient subi la moindre modification, soit de composition, soit de volume. On peut dire que les phénomènes les plus importants de la nutrition se produisent sous l'action de cette force mystérieuse. La fermentation, la putréfaction sont duos à des actions catalytiques. Il existe dos catalyses dédoublantes, ou par dédoublement. Ce sont là des fiiits que la science n'explique pas encore, mais qu'il n'est i)as permis de passer sous silence quand un étudie les pliéiiomùncs cliimiques et pliysio-
logiques concomittants de certaines actions médicamenteuses.
Au nombre des métamorphoses que quelques médicaments sont appelés à subir dans l'intéfiour de l'organisme, il faut premièrement citer les ojijdations, c'est ainsi ({uc les sulfures, les sulfites et les liyposulfites, dit M. Rabuteau, se transforment en suUates. D'autres principes médicamenteux sont soumis à des phénomènes de réducUon, tels, dit le mémo auteur, le perclilorure de fer qui se transforme en protoclilorure dans l'estomac.
D'autrefois, au contact des liquides ou humeurs organiques, il se produit de véritables dédoublemetiU chimiques. On cite comme type le fait constant que voici : le chlorarede calcium, au contact du phosphate de soude que renferme notre organisme, se dédouble de manière à produire du chlorure de sodium, d'une part, et d'autre part, du phosphate de chaux. Il n'est pas douteux que plusieurs eaux minérales alcalines, renfermant des sels à base de magnésie, de soude de chaux, doivent leur grande efficacité contre la diathèse urique, à des actes de cet ordre.
11 se produit dans l'organisme des phénomènes plus surprenants encore que ces dMouhlements et nxotistitutions entre principes similaires. On voit des acides végétaux, comme l'acide benzolque, se transformer en acide hippurique. On comprend dès-lors comment le benzoate de soude administré contre certaines gastralgies liées à la diathèse lithique, modifie par transformation, les conditions de l'hématose, et, par suite, de la sécrétion réucde.
Il existe, enlin, des siibstjfttfwnti organiques d'un haut intérêt, et que les progrès de la chimie physiolo-
giquo ont mis à jour au plus grand profit de notre science. C'est ainsi que M F. Papillon a expérimenté qu'une partie du phosphate de chaux des animaux peut être remplacée soit par du phosphate de magnésie, soit par du phosphate de strontiane.
Telles sont, Messieurs, les principales modalités suivant lesquelles les médicaments se métamorphosent quand on les étudie dans leur action trophique. Pour terminer ce premier point, il me reste à vous exposer brièvement ce qu'on appelle la loi atomique ou thermiquej et à vous communiquer, en vous parlant de la c/timid<nV, les recherches personnelles auxquelles nous nous sommes livré touchant les rapports qui paraissent exister entre la composition atomique et les propriétés physiologiques des médicaments. Nous n'aurons plus alors qu'a formuler quelques notions sur les actions dynamiques et mécaniques, pour pouvoir aborder la deuxième partie de cette question, celle qui traite des actions extrinsèques.
M. Rabuteau résume avec netteté et une autorité qu'il puise dans d(»s recherches personnelles d'un vif intérêt, ce que nous avons à vous dire sur cette loi atomique ou thermique , tout récemment introduite dans l'étude des actions médicamenteuses. Nous croyons donc devoir reproduire textuellement le passage de cet auteur à ce sujet.
« Si Ton compare, dit M, Rabuteau, l'énergie physiologique, ou, si je puis m'exprimer ainsi, la toxicité des métaux dont h» poids atomique est élevé, tels que le plomh^ le mercure^ avec celle des métaux dont le poids atomique est faible, tels (pie le sodiiifriy le ma* gnésium, on observe des différences considérables. Les sels des premiers métaux sont dang^jreux, même à fai-
blés doses, tandis que ceux des derniers peuvent être introduits dans Torganisme impunément et à dose élevée. Or, ces différences d'action sont liées à une relation que j'ai découverte en 1867 entre l'activité des métaux et leur poids atomique, savoir que les métaux sont d'autant plus actifs que leur poids atomique est plus élevé. Ainsi, les sels de sodium, métal dont le poids "atomique est de 23 sont beaucoup moins actifs que les sels de potassium^ métal dont le poids atomique est de 39; c'est pourquoi on peut injecter impunément dans les veines d'un chien 15 à 20 grammes de sulfate de soude sans produire d'autre effet qu'une constipation remarquable, tandis que l'injection de 1 gramme de sulfate de potasse foudroie cet animal. De même les sels de calcium (poids atomique 40) sont infiniment moins toxiques que les sels de Baryum (poids atomique 137). j>
h La relation précédente peut s'exprimer d'une autre manière.
» Dulong et Petit, en 1819, après avoir déterminé le poids spécifique de treize corps simples, découvrirent qu'en multipliant le poids atomique de' ces corps par leur chaleur spécifique, on obtenait un nombre constant, et ils posèrent cette loi remarquable que l'expérience a vérifié depuis : Les poids atomiques des corps simples sont en raison inverse de leur chaleur spécifiaque. Il en résulte que la loi que j'ai établie peut s'exprimer également en disant que les métaux sont d'au* tant plus actifs que leur chaleur spécifique est plus faible. Cette relation est la première qui ait été reconnue entre l'activité physiologique des corps et une propriété purement physique, telle que la chaleur spécifique Il sera peut-èli'e possible d'aller plus loin en-
Toutefois , racception la plus exacte est celle-ci : la cliimiàtric est une tliéorie systématique, qui utilise les agents thérapeutiques en se déterminant d'après les opérations chimiques que la science autorise à induire comme devant s'accomplir par ces agents dans les milieux organiques. Tout n'est pas à rejeter dans cette théorie , et la thérapeutique moderne touchant le traitement des lésions de nutrition (gastralgies et gastroses, hépatalgie , diathôse lithique , urémie et goutte) doit ses progrès les plus posilïfs aux bons côtés de la chimiàtrie. En effet, les dédoublements ^ les réductions y les substitutions y qui jouent un si grand rôle dans les modifications des phénomènes de nutrition , sont l'objet des constantes études du chimiâtre dans la bonne acception du mot.
Mais si le thérapeutistc ne doit jamais oublier que tous les phénomènes organiques sont soumis à des lois physico-chimiques sous la direction supérieure d'une loi plus haute, inconnue dans son principe, et que nous avons appelée, après Cl. Bernard, la loi créatrice de la FtV, il s'exposerait ])ar contre à des déconvenues nombreuses, s'il s'obtinaît à prendre l'estomac do l'homme pour une cornue inerte ou un creuset à réactions prédéterminées. En effet, s'il est permis d'annoncer des combinaisons ou substitutions chimiques générales, il n'est pas possible de connaître les changements imprévus que, scion les constitutions et les individus, les éléments, chimiques produisent dans leur contact avec les éléments anatomiques. Car, le corps humain lui-même fournit, dans les sécrétions et les humeurs, des principes chimiques dont la qualité est variable selon les individus. Celui-là ayant la bile plus particulièrement alcaUne, celui-ci neutre, ou mémo
acide; de même pour la salive, de même pour les sucs gastrique et pancréatique. Concluons donc en disant que le chimiàtre, dans toute la rigueur de l'acception, est un détestable praticien, mais que le médecin qui n est pas au courant de la chimie organique moderne dans ses applications à Thomme, est nécessairement un clinicien incomplet, insuffisant.
S'il n'est pas possible de déterminer par induction la formule exacte des opérations chimiques qui s'accomplissent dans les milieux intérieurs du corps humain, il doit exister cependant des rapports de cause à effet, entre les propriétés physiologiques des substances et leur composition chimique.
Ici toute induction est écartée, tout hypothèse supprimée, les faits sont exclusivement expérimentaux et déductifs.
C'est dans cette pensée. Messieurs, que nous nous sommes livré à des recherches personnelles que nous devons vous communiquer.
Comparer entre elles les formules chimiques des substances médicinales actives qui possèdent cliniquement ou expérimentalement des propriétés physiologiques ou thérapeutiques de même ordre, c'est, je crois, ouvrir la voie à des recherches nouvelles qui permettront, quand elles seront complètes, de déduire, au moins d'une manière générale, les propriétés thérapeutiques, de l'analyse de leur composition chimique.
Mais je déclare que le simple rapprochement que j'ai dû étabUi', en m'obligeant à rechercher chez divers auteurs les formules trouvées des mêmes substances, m'a promptement convaincu que la chimie organique est une science à peine naissante. Les formules varient trèssouvent, selon les analyseurs, ou bien elles font défaut.
Tel est le cas pour Véscrine, principe actif de la fevo d'épreuve de Calai )ar Nous possédons, notamment depuis la récente étude publiée par Martin Damourette, dans le Journal de TluhapculiqnCy les données les plus intéressantes sur ce paralyso-moteur myosique, dont Taction semble intermédiaire entre celle du cui*arc et celle de la vératrine, tout en se montrant synergitpie de Topium ; mais la formule manque, et la comparaison est impossible. La di<^ilatine de Kossmaim n*a pas non plus la même formule que celle d'IIomoUe, et je ne saclie pas que M. Nativelle, qui eçt parvenu, en opérant par Vcxlrait aqueuXj à donner un produit fixe et cristallin, ait comblé cette lacune. Il est de même singulier de constater que, Tatropine et la daturine n*ayant qu*une seule et même composition moléculaire, Tliyosciamine, dont Taction physiolo(i;ique est si semblable à celle de la daturine, soit représentée par une équivalence toute différente .
Quoi qu'il en soit, malgré rinsufnsance de nos recberclies et Tétat actuel de la science, nous sommes arrivés à quelciues conclusions présentant déjà de l'intérêt. Nul doute que si l'on poursuivait des rechercbes dans la même voie, on n'arrivât plus tard à do précieux résultats. Car nous sommes ici, — tout à rencontre des cliimiàtres qui argumentent de l'inconnu, — placé sur un terrain positif, établir le rapport (lui existe entre la propriété d'un médicament et sa composition cbimique, c'est poser un problême rationnel, du moment où l'expérimentateur en a fait connaître les propriétés physiologiques, et où l'analyse en a fourni chimiquement la comi)Osition exactL\
Le tableau suivant, prenant pour type i)rincipal les agents dynamiques ou lroi)liodynauiiquct5 lus jJus
actifs de la matiùiti médicale , priucipalemcnt les alcatoUhs , a pour objet de les grouper par séiies de propriétés thérapeutiques , eu mettant en regard la formule chimique qui représente la composition moléculaire de chaque corps. On remarquera que , pour conserver à cette étude son caractère élémentaire, notre analyse et nos déductions ne portent que sur les principes chimiques qui font la base des substances organiques : savoir, le carbonne, l'hydrogène, l'azote et l'oxygène (éléments quaternaires) ou trois seulement de ces quatre corps (éléments ternaires').
Les formules données sont empruntées à la Chimie médicale deWurtz, aa Dictionnaire de Oi. Robin, ou aux Commentaires de Gûbler.
Donnons d'abord notre tableau :