‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 15 sur 46 · DÉDUCTIONS DÉCOULANT DU TABLEAU Q-DESSUS · texte numérisé non relu

DÉDUCTIONS DÉCOULANT DU TABLEAU Q-DESSUS

Si incomplet que soit ce tableau , il peut donner lieu, vous allez le voir, à dos déductions do physiologie chimiàtrique qui ne sont pas sans intérêt. .

l^' La première observation qui se présente est la suivante : Dans l'état actuel de la science , il n*est pas encore possible d'induire mathématiquement de la composition chimique d'un corps, ses propriétés thérapeutiques et physiologiques. L'isomérismc sous ses deux iy- ]pos(mélamérisme et polymérisme)^ ne suffisent même point pour indiquer à coup sûr, des propriétés identiques. Ainsi nous voyons, dans le tableau ci-dessus, deux substances dont la composition est presque similaire, et dont la première est un terrible poison (curarine €?• II'* AZ) et la seconde est presque inoffensive : (propylaniinc C* II AZ). Il suffit donc d'ajouter 14 atomes do

carbone et G d'hydrogène à la propylamine , pour en faire de la curarine. I-ie rapport est encore plus frappant, entre la coniciue Cj« H** AZ,etla propylamine. Ce serait bien à tort, cependant, que l'on conclurait de cette opposition à la négation de toute solidarité nécessaire entre la composition intime d'un corps et ses propiétés physiologiques ou thérapeutiques. Notons d'abord qu'il résulte des observations déjà publiées que l'emploi de la propylamine est loin d'être toujours inoffensif. J'ai vu son administration prolongée, entraîner des accidents d'anoxémie suivis de syncopes graves et de sphacéle local sur Tépiderme dénudé. D'autre part, j'observei ai que , tandis que dans la série des poisons foudroyants (voir le 4« groupe), le carbone l'emporte toujours sur l'hydrogène, le contraire existe pour la propylamine.

Or, la propylamine n'est pas seule à donner lieu à cette observation. La pepsine, l'urée , l'alcool sont également des principes plus hydrogénés que carbures. Du reste, nous verrons plus loin que la propylamine est loin d'être absolument inollensive ; que son mode d'action physiologique n'est pas encore entièrement élucidé, et que plus d'un accident grave a concordé avec son emploi. Lapipéridine (G<« H«o AZ) qui est un carbure d'hydrogène azoté plus rapproché de la propylamine , a des propriétés de tout autre ordre. Observons encore que la stryclmine (C** H" AZ* 0*) ne diffère de la quinine (C^ H** AZ* 0* ) que par un déplacement d'atomes : enlevez de la stnxhnine deux atomes de carbone , et addilionnez-la de deux atomes d'hydrogène, vous la transmutez en quinine. On remarquera également le grand rapport de composition atomique rapprochant d'une part la morphine (C" H** AZO* plus de l'eau) , et d'autre part, l'atropine (C^ H** AZO*). Le carbon?,

Tazolc et Toxygùne y sont identiques; cinq atomes d'hydrogùnc en plus, transfonnentratropiney substance mydriatique , en morphine, substance qui est, au contraire, myosique.

2<> 11 existe cependant dos rapports généraux qui imposent à Tobservateur la nécessité de reconnaître un lien intime et nécessaire entre la composition élémentaire d*un corps, et ses propriétés physiologiques : C'est ainsi que nous voyons l'oxygène imprimer un caractère do stimulation à tous les extractifs dont l'azote est écarté : depuis l'alcool (C* H* 0') simple stimulimt diiïusible en passant par la santonine {C^ W 0^) laquelle est un slnnulnnt tonique, jusqu'à la jalapine (C** H** 0*), purgatif drastique iiTitant, la règlo ne porte pas d*exception ; si nous voyons dans la strychnine, la canlliaridine et la myrolino, l'azote se montrer près de l'oxygène, nous sommes aussi contraints de constater que la strychnine, que la farine de moutarde et la cantharide, appliquées topiquement, sont des agents de désorganisation de tissus. Dans les formules organiques simples, 0 représente la elimxiMioiij et la vita^ lité, AZ, Tazote, joue un rôle absolument contraire; il est le sidérateur anabio tique. Voyez plutôt la formule des quatre sidérateurs stupéfiants qu'on peut dire les qu<itre plus foudroyants des poisons connus : conicine^ nicotine^ curarinc et acide prussique. Ce sont tous des carbures d'hydrogène azotés ; l'oxygène n'y parsdt pas :

C«« 1I« AZ conicine.

C«> !!«• AZ« nicotine.

C^ II" AZ curarinc.

C*^ II AZ acide prussique.

Quant à l'hydrogène et au carbone que je réunis ici, parce que la nature les associe en les rapprochant dans

tes àkaloîdëS) comme on le voit par le tableau qui précède, GH représente, en hydrogène carboné ou carbure d'hydrogène des propriétés desoxygénantes et asphyxiantes d'autant plus afTirmées qUe les équivalents de ces deux corps sont plus élevés par rapport à Toxygène ou à l'azote de là substance analysée.

3^ DanB les composés primaires où i'azoté et l'oxygène sont associés, les propriétés dbiûtiques du premier s'équilibrent avec les propriétés excitatrices et vitales du second; mais à la condition expresse que le carbone et l'hydrogène^ lesquels entrent toujours avec Une proportion numérique forte dans la constitution des alcaloïdes toxiques, se trouveront^ au conti*aire, représentés par un nombre d'atomes peu élevé. Âlor$^ la substance possède des propriétés antidéperditrices : ce sont des médicaments d'épargne, retardant le travail de désassimilation ; des aliments d'économie, des modérateurs;

Voyez^ comme ôonlirmation, tout le deuxième groupe de la troisième série : Cafeïne et theîne (C*« H** AZ* O* + H« 0*) Théobromine (C«* H» AZ« 0*) pepsine (G» H« AZ« 0 ) urée (O H* AZ> 0«).

4» Si, avec les mêmes proportions d'azote et d'oxygène, les équivalents en carbure d'hydrogène s'élèvent notablement, de telle façon, par exemple, qu'au lieu de C«« H«« AZ« O* (Caféine), la formule soit : G*^ H«* A2? O, c*est-à-dire de la quinine, nous n'avons plus seulement affaire à un aliment azoté, mais à un médicament puissant exerçant sur le pouvoir réflexe de la moelle une action de sédation énergique, resserrant le càlibi'e des capillaires dans la région bulbo-racliidienne, et possédant des propriétés à la fois antipériodiques et antiseptiques. (Voirie premier groupe de la troisième série.)

5° Lorsque ce n'est pas seulement le carbone et Thydrogène , mais Tazole oxygéné dont le groupement moléculaire réunit un plus grand nombre d*atomes, la substance devient loxi(|ue, et revêt des propriétés à la fois stupéfiantes et narcotiques : exemple (C^» II* AZO« f IP 0* 1 ; ou morphine : ici, non-seulement, les caibures d'hydrogène sont en quantité notable, mais l'azote oxigéné est bien plus fort numériquement que dans la quinine. En abaissant de quelques atomes l'équivalent d'hydrogène, on change le narcotique myosique en stupéfiant mydiiatique, et l'on a Tatropine (C" H^ AZO« ) au lieu do la morphine (D« H" AZO« ).

G^ Il existe des alcaloïdes puissamment toxiques, qui sont encore des composés quaternaires, mais dans lesquels le cai'bone et l'Hydrogène sont portés à des chiffres extrêmement élevés, en même temps que l'oxygène rapproché de l'azote contient de nombreux atomes. Les effets obtenus sont alors de trois sortes : i^ une violente action irritante et superpurgative avec ténesme et prostration extrême, sur le tube gastro-intestinal, et 2" une action paralyso-motrico du pouvoir excitateur de la moelle: 3® enfin, une sorte d'empoisonnement du cœur.

Tels sont les effets produits par le troisième groupe de notre première série ; impossible de ne pas remarquer à la fois les chiffres très-élevés des carbures d'hydrogène d'une part, de l'oxygène de l'autre, par rapport à l'azote ; exemple : C«* R^ AZ' 0** (vératrine) C«o 1147 ou AZ (aconiUne).

7® p]nfin, prenez un chiffre moins élevé en atomes de carbone et d'hydrogène, diminuez aussi l'oxygène et élevez l'azote, par rapport à la série qui précède, le

produit alcaloïde qui en résultera acquerra des propriétés tétanisantes, reportant sur le pouvoir excitomoteur de la moelle Télectrotone ou influx nerveux soustrait par secousses aux faisceaux sensitifs; d'où une décharge saccadée sur les muscles sous la dépendance de Vinn^rvation cérébro-spinale; exemple : (C** H** AZ« 0^ ) ou strichnine comparée à (C«* H»« AZ* 0") ou véralrine.

Ainsi, Messieurs, et pour synthétiser, la prédominance de Toxygène, Tazote étant écarté, signifie stimulation, excitation, ou même irritation ; la prédominance de l'azote, avec exclusion de l'oxygène, et de faibles équivalents de carbure d*hydrogène, signifie sidération des propriétés vitales ; l'association de l'azote à l'oxygène en présence d'un chiffre peu élevé de carbone et d'hydrogène, signifie aliment motlérate^ir du travail de désassimilalioii . En forçant les atomes de CH, on passe de l'aliment au médicament, de la caféine à la quinine, l'azote et l'oxygène restant les mômes. Avec im chiffre ^evéde carbure d'hydrogène et l'azote- richement oxygîné, on est en présence des stupéfiants, narcotiques ou mydriatiques. Force-t-on encore le chiffre de G et de H, en même temps qu'on élève de beaucoup les équivalents d'oxygène, ce sont des poisons paralysonaoteurs tels que Taconitine et la vératrine , que l'on obtient. Enfin, élève-t-on l'azote, AZ, en réduisant relativement C et H, et en portant l'oxigène à une moyenne de 4, on obtient les convulsivants tétaniques. Comme conclusion de cette périlleuse étude d'autant plus périlleuse pour nous que nous en ouvrons la voie, nous dirons : la chimiâlrie^ celle qui prétend pouvohinduire les effets thérapeutiques, d'une assimilation entre les réactions de la chimie pure et les actions

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chimiques pour la plupart inconnues qui se passent dans les milieux intérieui^ de Thomme vivant, cette cliimiàtiie est dangereuse et fausse. Les immenses changements que le plus petit déplacement dans le groupement et le chiffre des atomes imprime aux propriétés d'une substance, se dressent contre les prétentions de cette chimiàtrie *. Cependant quand on étudie attentivement la composition exacte des agents les plus puissants de la matière médicale, si Ton rapproche leur composition de leui*s effets physiologîques, on arrive à pouvoir grouper des séries; et, sans prétendre fornuder de lois absolues, on peut établir lé- «^itimement un rapport scientifique, expérimental| entre le clniïre et le gi oupement des molécules d'une part, les elîets physiologiques et la propriété thér<ipeutique, d'autre part.

Si cette simple esquisse était reprise et poursuivie j)ar de plus capables, les conséquences pouri*aient en être sérieuses au point de wxe expérimental.

L'étude des actions dynamiques fait naturellement suite à celle des actions trophiques dans la série des riïets intrinsèques.

Un médicament ou agent de médication dynamique, est relui qui, n'étant pas absorbé, ou tout au moins assimilé sans de graves désordres, modifie primitive* ment, soit l'excitabilité, soit la contractibilité des fibres organiques. Je dis immiliuementj parce que, ainsi que

* Comparez ymr exemple le piosphon rouge ou amorphe au phoiphoi'c ^lormal ; chacun sait que le premier, investi d*une transformation allotropique qui se produit sous Faction d*une chaleur persistante, perd ses propriétés toxiques, la transparence et la malléabilité qu'il possède àTétat normal. Lo soufre et le carbone présentent des phénomènes analog-ucs.

nous avons eu déjà Foccasion de l'observer, la plupart des modificateurs trophiques sont indirectement des modificateurs dynamiques et vice versa : ce qui fait qu'une classification dont la sériation la plus générale repose sur cette division est une classification inexacte. Notons en outre qu'il existe de vi-ais médicaments troph(hdynamiques dont Faction porte conjointement et et simultanément sur la nutrition et l'innervation ; de ce nombre sont IVau-de-vte, te quinquinUy le café.

Les actions dynamiques sont internes ou externes ; elles sont hypo ou hypei'sthénisantes, ce qui signifie qu'elles ont pour propriété de contro-stimuler ou de stimuler les fonctions vitales. Les unes portent spécialement sur le système nerveux sympathique et ganglionnaire, tandis que d'autres impressionnent l'encéphale et la moelle. Celles-ci s'adressent à la sensibilité, celles-là à la myolilit^ réflexe, en en modérant ou excitant les propriétés. D'autres agissent primitivement et directement sur le cœur. D'aiitres encore sur les muscles du système volontaife, le plus souvent- par le conduit des extrémités terminales des nerfs moteurs, quelcpiefois par une action dii-ecte sur la fibre contractile. Enfin, il en est qui sont des agents impressionnels spéciaux des surfaces tégumentaires et de Tépiderme.

Développons brièvement ces diffei^ents points, en commençant par les actions dynamiques internes.

Les médicaments dynamiques dont l'action influence primitivement les filets sympathiques , sont des agents vasoinoteurs; on leur a donné ce nom parce qu'ils dilatent ou resserrent le calibre des capillaires sanguins, selon que leur propriété est parésiante ou stimulante des nerfs sympathiques. Ij alcool ^ Y opium ^ V acide pnissiqne et la série dci^ cyaniqueSj le chloroforme, le rhlo-

ralj et d'une manière typique^ le curarCj sont des vaso-moteurs parésiants.

Par contre, la quininej Yalropiney la digitaMnej le bromure de potassiuinj Yergotine, sont des agents dynamiques stimulants des vaso-moteurs, et, par suite, resserrant le calibre des capillaires. De même que pour te groupe précédent, il importe de remarquer que chacune de ces substances possède en outre, une action . /propre sur tel appareil organique ou telle fonction. Mais ce sera radaire de la thérapeutique spéciale de développer ces actions particulières. Disons seulement ici que la dose jouera un rôle capital. La contraction légère d'un vaisseau sanguin sous Tinfluence d'une dose minime, accélère la circulation générale, en l'activant; mais le même médicament employé à dose plus forte, produit de Jischémio et par suite, de l'anémie. De même, l'alcool, Vopiuniy à dose réfractée, activent la circulation dans l'ischémie, mais Us conjectionnent passivement à dose forcée.

Parmi les stupéfiants dynamiques, un grand nombre engourdit et finalement paralyse le pouvoir réflexe sensitif et moteur. Les alcaloïdes de l'opium, ceux des solanées vireuses, ont cette propriété. Le Ha&chisch, produit des hallucinations des sens , notamment de l'ouïe, de l'odorat, de la vue; VAconit^ la cig,uè vireiÂse frappent spécialement les nerfs moteurs.

La motricité est atteinte avec hypéresthésie, sous Taction de la Strychnine , qui impressionne particulièrement les faisceaux moteurs de la moelle. — VEsérine les paralyse et atteint jusqu'aux anses motrices^ — L'Ergotme excite spécialement les fibres lisses de l'utérus qu'elle contracte énergiquement. — Le Curare^ décroche les anses terminales des moteurs et réduit à

rinaciion le plus conlractilo des muscles sous la dépendance de la moelle. — La Vératrine paralyse directement la fibre musculaire. — La Cantharidine excite spécialement le rein et les centres génito-urinaires.

Les modificateurs dynamiques externes sont :

l® V Hydrothérapie , laquelle donne des effets sédatifs, toniques ou stimulants selon les méthodes employées.

2* V Electricité et la faradisation qui provoquent le retour des propriétés sensitives et motrices. • 3* Les agents de frictions, d'onctions, le brossage, Turtication, la flagellation, etc. etc.

Telle est, en quelques mots,, la synthèse des actions dynamiques.

Nous rangeons enfin les actions dites mécaniques au nombre des effets intrinsèques des agents de médication. — En effet , il s'agit ici seulement d'effets de contact , et, partant, le médicament intervient directement: c'est, en tant que corps hiertc, et nullement comme modification tropbique ou dynamique que l'action se fait.

Disons tout d'abord que toute la thérapeutique chirurgicale renfermant rincxtricablc musée des apparcils et bandages de lt)utc sorte , de tout genre, de tout nom, relève de la lliérapeutique par action mécanique. Les pessaires, les ceintures de soutien, les sondes à demeure, etc., etc., sont de cet ordre. La g^'mnastique thérapeutique et l'orthopédie ressortissent, à la fois, des actions dynamiques et mécaniques.

Mais les agents mécaniques sont aussi du ressort de la pathologie interne. La dérivation laxatique à l'aide de la graine de moutarde blanche , n'est pas autre chose qu'une aclion mécîuiique; lu balle de plomb que

Ton fait avaler à un patient atteint d'Iléus ou de Miserere, dans Tespoir que ce corps sphérique et d'un poids spécifique considérable rétablira la continuité du conduit, rentre dans la même catégorie d^aclions. Beaucoup de ttiémpeutistes veulent encore que dans la lienterie des enfants , les effets si remarquables du sous-nitrate de bismuth, ne soient dus qu'à une action mécanique.

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