RESPIRATOIRES
Cette méthode est, à coup si^r, une des plus hardies qu'ait tentée l'expérimentation thérapeutique. Des gaz, des corps solides dissous dans des véhicules inoffensifs pour la trame pulmonaire, Teau, sont absorbés par les poumons avec une extrême rapidité. Il est arrivé à des expérimentateurs d'introduire par erreur dans la trachée d'un animal une sonde chargée d'une solution étendue d'azotate de potasse. I /asphyxie a failU en être le résultat immédiat, mais Talisorption s'est faite si rapidement
que tout symptôme alarmant a bientôt disparu. Ce procédé est certainement plus intéressant au point de vue physiologique qu'il n'est fécond en résultats thérapeutiques. 11 est susceptible toutefois d'applications et de perfectionnements qui nous obligent à en tenir compte. Remarquons d'ailleurs que si l'on considère comme des médicaments les agents anesthésiques tels que le chloroforme, l'éther, le protoxyde d'azote, administrés par les voies respiratoires pour faciliter les opérations chirurgicales, cette méthode acquiert immédiatement une grande importance. Mais dans ce cas, ces agents médicamenteux ne sont pas administrés pour agir curativement contre un état morbide ; ils sont destinés seulement à produire un état physiologique favorisant la thérapeutique opératoire. Il existe tout un système de médication directe par cette même voie, et c'est son historique qui va nous occuper.
Vers l'année <860, le docteur Bourgouin a résumé dans une thèse remarquable les premiers essais de cette médication. C'est sous forme de liquides pulvérisés qu'on présente les agents au poumon. Waltz et Schneider semblent eu avoir eu la première idée. Le docteur Auphay pulvérisa par de fortes douches en colonnes dans une salle d'hydrothérapie de l'eau qu'il fit inhaler à des malades. Cest M. Salles-Girons qui vulgarisa réellement cette méthode en France. Velpeau, cejjrand esprit si pratique, lui accorda une valeur sérieuse. Parmi Jes principaux appareils qui furent alors imaginé pour faire parvenir aux bronches le liquide pulvérisé, celui de M. Mathieu^ mérite une mention spéciale. Il est constitué par une sphère creuse de cuivre dans laquelle une pompe foulante permet de comprimer de l'air. Cette sphère est unie par un tube solidement construit
A luio houle (io vfjrrtî; à rette boule est adapta un second tube à robinet; Textrémité externe de ce tube est criblée de petits pertuis comme une pomme d*arrosoir dont le tamis serait très-fin. I/eau qui doit être pulvérisée est enfermée dans la boule en verre. Quand on a comprimé Tair dans la sphère de cuivre, on n'a plus qu'à ouvrir le robinet do la boule de verre, parce que l'eau se précipite sous forme de poussière par les pertuis <ie la poinmtî (Karrosoir. Il était intéressant, dit M. Rourgouin cit'^ par Bouchardat, de savoir ce que deviennent les animaux pulvérisés quand on les abandonne à eux-mêmes. La plupart, ainsi que l'a constaté le professeur Trousseau, meurent dans les quarantehuit heures, d'un*' pneumonie aigué compliquée de pleurite.
Pour assurer la pénétration, on prend les précautions suivant(*s: la bouche est largement ouverte et la langue légèrement avancée, appliquée à la base de la bouche; le cou est tendu, 4»t la lèto légèrement renversée en arrière; le snjrt fait dos inspirations lentes et profondes.
C'est surtout dans les aiïections syphilitiques du larynx, contie les plaques muqueuses du voile du palais, les ulcérations et les granulations du pharynx, les laryngites spécifiques et chimiques, que l'eau pulvérisée administrée par cette méthode, peut offrir des avantages réels ; j'en dirai autant dt^s maladies des yeux, dans certaines maladies strumeuses. Les effets toujours irritants de cette médication, ne la recommandent guère dnns les maladies organiques du poumon et des organes respiratoires en général. M. le professeur Poggiale, aidé de M. Lambert, pharmacien, est parvenue faire inhaler les eaux minérah^s, principalement les
eaux sulfureuses. Comme ces eaux sont trùs^facilement altérables, il y avait à craindre que la pulvérisation n'accrût cette tendance naturelle, en raison même de la grande division du liquide. C/est ce que prouvèrent les premiei's observateurs , qui arrivèrent à une décomposition presque complète. M Filhol (de Toulouse) d'abord, et puis M. Poggiale ont démontré qu'on peut obvier à cet inconvénient par ce qu'on nomme le procédé de Sulfhydrométrie renversée. Il suffit de doser comme d'ordinaire les principes sulfureux avant la pulvérisation ; puis on ajoute à un volume donné d'eau amidonée, le même volume de teinture d'iode, et l'on reçoit, dans cette solution, l'eau minérale pulvérisée ; quand la dissolution est décolorée, on la mesure très-exactement et l'on trouve ainsi la quantité de sulfure alcalin contenu dans le liquide qui s'est condensé.
Depuis ces travaux, on a singulièrement perfectionné les méthodes d'inhalation, notamment celles du chlorhydrate d'ammoniaque dans les affections chroniques des voies respiratoires. M. le docteur Libermann, médecin de l'hôpital militaire du Gros-Caillou, a lu sur ce sujet, dans la séance du 11 Juillet 1878, a la Société médicale des Hôpitaux de Paris, une communication pleine d'intérêt. Après avoir rappelé qui Laségue en France et Gmeler en Allemagne se sont efforcés de remettre en honneur, en 1855, ce mode de médication ammoniacale que le professeur Fusch (de Guettingue") inaugurait contre la bronchite chronique dès 1838. M. Libermann attribue le discrédit dans lequel cette médication est de nouveau retombée au vice des appareils inhalateurs employés.
A cet elTet, il recommande l'ingénieux appareil du docteur Lœwin, et il présente les observations qui de
1868 à 187ii, lui ont permis do conclure favorablement sur les inhalations de chlorhydrate d'ammoniaque par ce procédé. L*inhalateur Lœwin produit par un moyen chimique le chlorliydrate d'ammoniaque à l'état naissant. Il est tellemt»nt di?i)osé qu'il pcM'njft do rcsifûrerà volonté les vapLMU*s aminoniaralos, d'en réj^ler les quantités, de s'arrêter quand elles provoquent la toux et le vomissement, toutes choses impossibles par les anciens procédés.
Cet appareil se compose essentiellement de trois flacons de verre d'inégale grandeur. Le plus grand reçoit 120 grammes d'eau distillée; les deux plus petits sont chargés : l'un de 00 grammes d'acide chlorhydrique, l'autre de 00 grammes d'ammoniaque caustique. Le liquide de ces deux petits flacons communique avec Tair extérieur par deux tubes aspirateurs, tandis que deux tubes coudés, mi-partie verre et mi-partie caoutchouc, font communiquer les deux flacons avec le grand. Le grand flacon lui-même est muni d'un 3« tube, verre et caoutchouc, terminé par un embout de verre. Le mécanisme est le suivant: le malade aspire sur Tombout adapté au grand flacon, et aussitôt, le vide se fait dans les petits flacons par les tubes aspirateurs; Tair extérieur y })énétre , se charge de vapeurs d'acide chlorhydrique et d'ammoniaque. Ces vapeurs se combinent et se débarrassent dans le flacon laveur, en passant par l'eau distillée, de toutes les matières étrangères qu'elles ])ouvaient contenir. Le malade les reçoit ainsi épiuVîcs, et hîs régie comme il l'entend. M. Liberm;inii masrpie par dos (essences, l'odeur désagréable du clilurhydrate d'ammoniaque. A l'aide du même appai^eil^ il a utilisé les vapeurs de brome, d'iode, d'acide su'fhydrique. D'après les allégations de l'auteur, l'eflet
physiologique de celte médication est le suivant : pouls accéléré, chaleur élevée dans tout le corps, moiteur et * quelquefois, sueurs abondantes, diurèse. Les nerfs pneumogastriqnes ressentiraient de cette médication une action très-sédative. La toux et le chatouillement si désagréables dans certaines angines, diminueraient sensiblement.
M. H. Galante, fabricant d'instruments de chirurgie, à Paris, a construit plusieurs modèles diilérents du pulvérisateur Siègle. Parmi ces appareils, les uns sont à jet continu et fonctionnent automatiquement. I^ température peut varier de 15 à 50 degrés. Le liquide employé est exempt de tout contact métallique pouvant l'altérer ; les eaux minérales ou liquides médicamenteux qu'on se propose de pulvériser sont, pendant le fonctionnement de l'appareil, à l'abri de toute évaporation. D'autres , qui sont commodes parce qu'ils sont portatifs, se composent simplement d'une poire en caoutchouc communiquant par un tube à une ampoule en verre qui reçoit le liquide ; une simple pression sur la poire pulvérise le hquide déposé dans l'ampoule, et le jet s'enfuit par un tube effilé.
Ici, Messieurs, se terminent les notions pratiques que nous devons vous fournir sur les voies et modes d'introdutioh et d'application des agents médicamenteux. Il nous reste maintenant, pour terminer cette leçon, à rechercher comment l'organisme vivant se débarrasse par élimination des principes qu'il ne saurait conserver.
Tantôt ces produits sont éhminés en nature; tantôt sous forme de métamorphose chimique. D'autrefois, ce sont des sécrétions de produits organiques nor-
maux, volatiles ou liquides, qui sont rojetées au-dehors par les voie» éliminatrices après assimilation complète des médicaments.
Les organes sécréteurs, surtout les glandes, servent de voie à Télimination des médicaments : les uns s'en vont avec les urines , ceux-ci par le poumon, la salive; d*autres avec la sueur, par la peau. L'intestin, le foie, les glandes parotides, la glande mammaire au moment de la galactorrhée, les glandes salivaires sont encore des agents éliminateurs des médicaments. Tous les agents de médication ne sont pas également éliminés. Ils sont, dit Gûbler, rejetés avec d'autant plus de rapidité qu'ils s'éloignent davantage des principes constituants de l'organisme. C'est pourquoi le sang tolère moins les sels de potasse que les sels de soude, et un seul fait de cette nature est fécond en indications thérapeutiques : il nous enseigne, par exemple, que si nous voulons favoriser la diurèse, nous choisirons de préférence un sel rapidement éliminé pai* les reins, c'est à dire un sel de potasse, le nitrate par exemple : si au contraire nous voulons combattre une hypercrasie (lu sang, notre choix se portera sur un sel de soude, par exemple le bicarbonate. On peut constater, dit encore Gûbler , que les matières introduites du dehors dans l'économie, s'échappent par des issues déterminées à l'avance par leurs qualités physiques et chimiques; elles vont rejoindre dans l'économie leurs semblables ou leurs analogues, et sont éliminées avec eux. C'est ainsi que les sels neutres traversent les reins ou les glandes sudoripares ; ainsi font beaucoup d'autres acides, susceptibles de se composer avec les bases organiques; au contraire, les substances volatiles s'échappent par les voies respiratoires : les glandes parotides,
le foie, la glande mammaire, les reins, les foUicules sébacés, éliminent les corps gras. On retrouvera dans les fèces, certains produits, motalliqurs tels c|ue le fer.
Lorsqu'une substance, continue le même Maître, est dédoublable en deux composés , Tun volatil et l'autre solidiliable, cbacun choisitsa voie d'élimination. On a constaté le fait à propos des produits balsamiques. L'essence s'échappe presque toute par les poumons; mais la résine acide, se combinant avec Talcali du sang, se retrouve dans la sécrétion rénale a l'étal do résinate de soude.
Ils'enfaut bien, dit entinle professeurGidder, que les agents de la matière médicale soient toujours lopoussés de l'économie avant d'avoir pénéti^é dans la trame de nos tissus. Et il rappelle qu'il a établi que l'arsenic séjourne longtemps dans le plasma avant d'être rejeté.
M. Rabuteau cite, parmi les sul)stances qui sont éliminées en nature et rapidement, les sulfates, les hyposulfites , les chlorates, les carbonates de potasse et de soude, là quinine, la morphine, et la plupart des alcaloïdes. On retrouve dans les fèces, la sueur, les urines, certains sels tels que les chlorures et les phosphates. Il est rationnel d'admettre, ajoute le même auteur, que c'est du sel marin que provient l'acide chlorhydrique qui e.xiste dans le suc gastrique, et qui, après son absorption, se transforme en chlorure de sodium régénéré. D'autres médicaments s'éliminent en se métamorphosant par réduction , par oxydation, par dédoublement. Les sulfures, les hyposulfites se transforment pour être éliminés en sulfates : ils s'oxydent. Les hypochlorites et les chlorures sont réduits avant d'être éliminés. Comme exemple de dédoublement, M. Rabuteau cite l'iodure de fer. On retrouve dans les
urines de Tiodure de sodium et le fer est rejeté seul avec les fèces.
Enfin , il faut envisager la durée dans les phénomènes d*olimination. Il est des médicaments, tels que les chlorates de potasse et de soude qui s*éliminent en moins de 2i heures. Les sulfates de potasse et de soude s'éhnûnent en 2 ou 3 jours. L'arsenic, le bromure de potassium mettent 15 jours ou un mois. Le plomb et le mercure plusieurs mois. L'antimoine séjourne dans les tissus, sous forme basique , plus de 4 mois, Targent a été recherché 4 mois après Tadministration de Tazotate d'argent. Le plomb (acétate) le cuivre (sulfate) ont été retrouvés dans Téconomie après 8 mois. Un composé vénéneux peut rester fixé en certaine quantité dans les tissus sans aucun trouble apparent de la santé, et y être retrouvé alors que Turine n'en contient plus dei)uis longtemps. ( Ch. Robin ). Disons encore que parmi les médicaments à élimination lente, les uns comme les iodures et les bromures s'éliminent tout d'abord en grande partie, et n'en conservent longtemps à l'organisme que des particules; d'autres s'éliminent par intermittence et graduellement, le mercure, l'arsenic et le plomb, sont de ce nombre. (Rabuteau).
Nous terminons, Messieurs, cette longue leçon, par les réflexions suivantes qui appartiennent au professeur Rouchardat, et dont l'utilité ne vous échappera pas.
» Il est bien important de connaître les diverses voies «d'élimination, car pour l'ordinaire, les fonctions de » l'organe qui se charge de ce rôh; reçoivent une acti- » vite nouvelle , et avec le principe médicamenteux les » principes morbifiques qui se retrouvent dans réco-
» nomie , peuvent être entraînés et ta santé se réta- » blir. Ainsi là plupart des médicaments qui sont éli- » minés par les reins agissent comme diurétiques ; » ceux qui sont éliminés par la peau , comme des
» diaphorétiques J'ai la ferme conviction qu'on ne
• pourrait pas entreprendre d'expériences plus profita- » blés aux vrais progrès de la thérapeutique, que celles » qui consisteraient à étudier par des observations » attentives les voies d'élimination des médicaments. » Ces expériences auraient pour résultat d'éclairer le n traitement des maladies et de le faire reposer sur » autre chose que sur un aveugle empirisme. »
C'est en nous associant à ces considérations judicieuses , que nous terminons cette sixième leçon.