INTRODUCTION
En publiant ces Etudes de Thérapeutique générale et de Pharmacodynamie , je remplis un engagement depuis longtemps contracté envers la jeunesse qui, chaque année, veut bien suivre mes leçons. Persuadé qu aucun enseignement scientifique n'est profitable qu'autant qu il est le développement d'un plan méthodique et d'une sériation naturelle des matières; frappé d'autre part, de la nécessité de préparer à l'étude des actions spéciales de la thérapeutique, par un exposé lucide et complet des principes généraux de cette science , j'ai construit lentement , péniblement , une Classification à la fois clinique et physiologique des agents médicateurs. Cette classification rectifiée sans cesse et corrigée, amendée chaque année, a paru aux jeunes gens un cadre simple, utile et commode, pour étudier
le* proj*n«Més de la matière nié<licale et ses a|H piicatiofis, tant |iathologiqu<^ que physiologiques. Le «léveloppefiient de cette classilic^tion qoi embrasse dans ses divisions la pharmacodyuamie tout entière, est naturellement précédé <f ofie ei|ilii::ation étendue des principes mêmes de Fart tiiérapiqiie. Cest comme une introduction a rex[»osé analytique de la thérapeutique spéciale.
Il y avait là , en effet , manifestement , une lacune à combler dans notre enseignement, (lar auC'Un traité sérieusement développé parmi les CMnrnq^es Ic^ plus autorisés en cette matière, ii^insij>le suffisamment sur ces grandes questions de méthiHleM , de traiteinent , de médicatiom , daetwfiH médicatrices , de voies Wintrodtwtion et d^ application des médicaments , d'art de fortnuler , de division et de sériation naturelle des agents , d'analyse des moyens , qui sont cei>endant le fondement, la préface obligée de la Théra[ieutique.
Durant le cours de cette publication, M. le professeur Fonssagrifcs (de Montpellier), a édité un livre qui a pu me faire croire un instant à rinutilité ile mon entreprise. J'aurai bientôt Foccasion d'expliquer en quoi cette œuvre brillante , écrite par un maître pour des maîtres . ne remplit pas vis-à-vis des élèves, la tâche plus moileste , mais aussi plus pratique que je me suis
tracée. Dans la première partie, qui constitue plutôt une esquisse de thérapie transcendante qu un programme élémentaire de thérapeutique générale, la curiosité de T esprit y est sans cesse éveillée, aussi bien par l'originalité des idées que par la touche véritablement magistrale de l'exposition. Le lieu commun lui-même y est traité avec distinction ; et Ton est tenu comme sousie charme , par un style tour à tour incisif, pro^ fond, où rélégance d'un artiste consommé se trahit sans cesse sous les. dehors d'uns simplicité native. C'est une poéticfue en même temps qu'une synthèse de Fart de guérir. Deux chapitres notamment, l'un sur t action sensible des médicor mentSj l'autre sur V opportunité des applications^ demandent surtout à être lus et médités.
Mais un élève chercherait vainement dans ces dissertations abstraites , Idis notions élémentaires dont il a besoin. Or , c'est là, précisément, l'objectif que je me suis proposé.
Je dois m'expliquer ici sur l'épithète de générale que j'ai jointe dans mon titre au mot Thérapeutique. Car il y a deux manières d'entendre la thérapeutique générale. Pour les uns , qui ne la séparent pas de la pathologie , elle est la science des indications de traitement de la maladie. C'est ainsi que l'ont comprise des maîtres éminents, tels que Ribes, Chauffard, Bouchut, et tout récemment le docteur Ferrand , dont le
remarquable travail est analysé dans ces leçons. Pour d'autres, Trousseau , Gûbler, Damourette , Rabuteau, Fonssagrives, la thérapeutique a plus spécialement pour objet d'enseigner les principes sur lesquels reposent les actions médicatrices , et de faire connaître en même temps les lois générales de la pharmacodynamie. C'est à ce second point de vue que nous nous plaçons dans ces études. Nous ne séparons pas dans notre cours la matière médicale de l'indication curative; et la thérapeutique générale n'est, pour nous, que la synthèse des questions préliminaires dont le développement est nécessaire à l'intelligence delà thérapeutique spéciale. Nous estimons en un mot qu'avant de lancer la jeunesse dans la logomachie en quelque sorte inextricable des effets chimiâtriques et physiologiques, il convient &e lui donner la clef de cette science en lui apprenant ce que j'appellerai la grammaire de la thérapeutique. Quant à ce couronnement d'une étude nosographique, qui consiste à baser sur l'analyse des symptômes morbides les indications de traitement, il me paraîtrait convenable de lui attribuer la dénomination déjà consacrée de Thérapie^ réservant celle de Thérapeutique exclusivement à l'interprétation des actions et des agents médicateurs. Nous faisons suivre immédiatement l'exposé des principes généraux, d'une division de ces
agents medicateurs ; et la division nous conduit à la classification. Sans s'illusionner sur la possibilité de donner à une classification thérapeutique des médicaments , ce caractère d'immutabilité indiscutable dont les éléments ne peuvent être fournis que par les sciences mathématiques , physiques et naturelles , il suffît de constater rimpossibilité de distinguer les agents sans les sérier, pour légitimer pareille tentative. Ceuxlà même qui se sont récusés devant des diffîcultés d'application incessamment présentes , n'ont pu se dispenser de classer par voie détournée, en dimsafU. Ainsi ont fait notamment Bouchardat , Trousseau et Pidoux ; ainsi avait fait Barbier. Pénétré tout ensemble de l'impossibilité d'écrire un traité de Thérapeutique sans sérier les médicaments, et du danger d'emprisonner dans des sections exclusives des agents que l'art peut placer ailleurs, le professeur Gûbler s'est résigné à publier, sous le nom de Commentaires du Codex des Etudes qui renferment les éléments du plus haut enseignement.
Poumons, nous avons simplement cherché à composer un groupement méthodique , clair , pratique, pouvant donner une idée nette et des propriétés physiologiques et des propriétés cliniques des agents medicateurs. Ici, un double écueil était à redouter. Tomber dans des redites usées, en suivant les errements de l'empirisme tra-
ditionnci; ou bàtir lui échafaudage systématique , exclusivement dressé d'après les indications de la physiologie expérimentale et de la chimiâtrie, mais contredit le plus souvent par l'observation clinique. Nous avons pensé que si le scalpel du vivisecteur, le poison du toxicologiste , le réactif du chimiste, apportent au Thérapeutiste des données d'un haut prix , qu'il est tenu d'apprécier ; on ne doit jamais oublier cependant que le traumatisme provoqué n'est pas la plaie morbide , que l'intoxication n'est pas la médication, qu'en aucun cas le précipité du laboratoire n'est l'adéquat des métamorphoses intra-organiques qui s'opèrent dans les tissus vivants. C'est pourquoi nous avons toujours subordonné au critérium de l'observation clinique, les faits d'expérimentation soit physiologique soit chimique.
Les premiers fondements de la Classification développés dans ce livre et qui synthétisent en quatre tableaux la partie principale de ce cours, reposent sur l'idée la plus large et la plus générale que l'on puisse se faire du pouvoir thérapeutique d'une médication. Cette première base est surtout dynamique , et, seule, ne comporterait absolument qu'une valeur empirique et douteuse.
Il y a des agents thérapeutiques dont l'eflFet général et total est de rendre du ton à la vitalité
affaiblie. D'autres, par un processus et en vertu de propriétés précisément opposées, spolient Torganisme pathologiquement surexcité. De là , deux grandes classes d'agents médicateurs : les Hypersthénisants et les Hyposthénisants. Le vieux physiologisme de Brown et de Broussais revit, on le voit, dans cette première division.
Mais si générales que soient ces deux pro« priétés , ni Tune ni Tautre ne conviennent absolument à un autre ordre d'agents et d'actions thérapeutiques, dont le caractère principal est l'intervention directe et la substitution physiologique. De là , pour nous la nécessité d'établir une troisième classe sous le nom de Substitutifs dans le sens élargi du mot, comprenant tous les agents médicateurs dont le déterminisme repose sur une intervention transpositive par rapport à un état ou à une évolution morbide.
Il fallait enfin reconnaître et placer au nombre des distincts primordiaux de la pharmaco-' dynamie ce caractère dominant en vertu duquel tel médicament, tel agent, en outre de son action physiologique générale , possède des propriétés toutes spéciales , parfois toutes spécifiques , électives en un mot , pour combattre , soit une lésion de tissus, d'appareils de fonctions , soit même une maladie déterminée. De là une quatrième classe, celle des Spéciaux. Il n'est pas un instrument de thérapeutique , subs-
tance ou moyen ^ qui ne rentre dans une de ces quatre catégories générales.
Mais il importait de sortir du vague des principes posés par ces premières assises, c'est pourquoi nous avons divisé ces classes en ordres^ En effet, on peut hypersthéniser par dea ordres de moyens trè&4ifférents ; les eupeptiques , qui développent les fonctions d'assimilation ; les toniqu£S , qui coopèrent à la reconsti* tution des éléments anatomiques; les astrin-gents ^ qui retardent le travail désassimilateur ; les stimulants , qui donnent le coup de fouet à llnnervation générale en fournissant un aliment à la désassimilation ; les excitateurs , qui surélèvent le pouvoir excitomoteur , sont autant d'exemples des ordres qui divisent naturellement la cUisse des hypersthénisants. De même, on peut hyposthéniser en stupéfiant, en contro-stimulant , en anémiant , en analgésiant, en anesthésiant. La classe des substitutifs corn-* porte aussi des ordres naturels. Tels sont les éli-^ minuteurs , les convulsifSy les caustiques. Enfin dans la classe des spéciaux, on doit reconnaître deux ordres qui s'imposent : les électifs de tissus et appareils fonctionnels ; les spécifiques^ ou remèdes combattant directement les maladies déterminées.
Cette deuxième division en ordres j met déjà sur la voie de la propriété thérapeutique : mais
elle implique elle-même la distinction de genres qui spécifient nettement ces ordres. Ainsi , choisissons dans la classe des hypersthénisants Tordre des toniques : nous voyons qu il y a plusieurs genres bien différents de toniques. Les névro-sthéniques tels que les quinquinas, ne sauraient se confondre avec les analeptiques, tels que Fhuile de foie de morue , ou les hématogènes tels que le protochlorure de fer. De même dans la classe des hyposthénisants , Tordre des stupéfiants est passible de subdivisions très-naturelles. En effet, quand on emploie Topium on stupéfie par narcotisme. Mais si Ton use du haschisch et de Facidecyanhydrique étendu, de la ciguë , du curare , de la vératrine , on a recours à des genres de stupéfaction tout autres , les uns étant des hallucinante ceux-ci des cyani'ques j ceux-là des sidérateurs. Ainsi pour les substitutifs : Tordre des Eliminateurs possède dans les altérants métalliques un genre bien distinct de celui des fondants alcalins ou salins. Enfin, la classe des Spéciaux fournit pour chacun de ces deux ordres des genres très-nombreux. Je citerai comme exemples parmi les électifs d' appareils j le genre des modificateurs de la cinésie cardiaque dont la digitale est le principal représentant; et, dans Tordre des spécifiques ou remèdes proprement dits, le genre des antipériodiques dont le sulfate de quinine est Tagent capital.
Ainsi y de la classe aux ordres , et des ordres aux genres , les actions se dessinent en se spécifiant plus nettement, et toujours en procédant du plus général au moins général , selon la règle des classifications naturelles.
Jusqu'ici, toutefois, la modalité même de r intervention physiologique de Tagent , ce que CL Bernard nomme le déterminisme de Teffet direct, ne se retrouve pas. Notre classification se complète sur ce point important, par l'addition d'une quatrième colonne , celle des modes , qui résume en quelques lignes , pour chaque genre , ce que l'expérimentation a fait connaître touchant l'action physiologique des substances. Il ne reste plus qu'à énumérer les sortes et espèces principales : ce qui est , dans nos tableaux , l'objet d'une cinquième division. Ainsi, nous disons: espèce : opium de Smyrne, (agent de congestion de l'encéphale et de myosisme , entraînant une tendance au coma et à l'anesthésie spinale) ; genre : narcotiques ; ordre : stupéfiants; classe : hyposthénisants.
On eût pu rendre plus complète encore cette sériation en ajoutant une sixième colonne pour les états morbides auxquels les agents sont applicables; c'eût été sortir de la thérapeutique pour faire de la thérapie proprement dite. Le cadre du présent travail ne le comportait pas.
,0n le voit, ce Livre n'est, à vrai dire, qu'un ensemble d'études sur Fart thérapeutique, se formulant dans une sériation méthodique des médications.
Au premier abord , il semble en arrière des classifications aujourd'hui à la mode. Celles-ci , en effet , se plaçant au point de vue purement expérimental et physiologique , divisent toute la thérapeutique en deux grandes classes : les modificateurs dynamiques et les modificateurs trophiques. Nous démontrons dans l'étude critique très-développée que nous faisons , des divisions et classifications modernes dignes de quelque crédit, l'inexactitude et Tinsuffisance de cette méthode qui oblige à reporter dix fois le même médicament d'une catégorie dans une autre. Car, outre qu'un modificateur dynamique peut être en même temps un modificateur trophique, (tels que la quinine, l'alcool, l'émétique), on est obligé de faire figurer dans des sortes qui se repoussent le même agent employé sous un point de vue différent. Le bromure de potassium, la digitale, la belladone, l'hydrothérapie, offrent cet inconvénient. Il nous paraît donc, somme toute, et malgré des imperfections que nous sommes loin de méconnaître , que la méthode suivie dans ces leçons se recommande par la facilité de son application autant que par la logique de ses déductions. Souvent , il est vrai , nous
avons adopté des dénominations anciennes ^ presque démodées; mais alors elles ont été justifiées et, si je peux dire, rajeunies par des correctifs ou des explicatifs en rapport avec les données les plus récentes de la science. En agissant ainsi, nous avons pris le contre-pied du système de dénominations présenté par le professeur Fonssagrives. Celui-ci , en effet, semble s'être complu à déballer du vénérable vestiaire d'Hippocrate, une légion de néologismes réédités du grec ; vêtements taillés avec des ciseaux modernes dans le vieux drap de TÉcole de Cos , et dont la nomenclature est destinée à faire le désespoir des générations qui étudieront les nosopotétiques , les elcodiqueSy les dacryopoiétiques , en dépit du soin qu a pris Fauteur de placer la traduction française en regard du mot grec. Avons-nous besoin d'ajouter qu'en critiquant ce procédé de nomenclature , nous conservons toute notre admiration au brillant écrivain , à l'analyste éminent qui occupe à l'école de Montpellier la chaire d'hygiène.
On ne trouvera pas dans ces leçons l'histoire détaillée des agents secondaires de la thérapeutique. Nous n'avons pas entendu écrire un traité de matière médicale.
Mais , toutes les médications y sont étudiées, et aucune substance de quelque valeur n'est omise à l'occasion de la médication qui la comporte.
C'est ainsi que le sulfate de quinine, ralcool, Tacide arsènieux , les huiles de foie de morue , rhydrothérapie, les émissions sanguines font le sujet de développements étendus. Partout on trouvera les théories auxquelles l'expérimentation confère quelque crédit. Que si Fauteur s'est permis parfois d'apporter le tribut de ses conjec^ tures personnelles, il ne l'a jamais fait qu'avec réserves et en assume toute la responsabilité.
C'est ainsi qu'il se permet de soumettre à l'indulgent contrôle des confrères qui le liront, son étude de l'action spasmodique opposée à la convulsion et à la dyspnée essentielle ; ses recherches touchant une loi de rapport entre le groupement atomique des éléments chimiques et les propriétés physiologiques des alcaloïdes; ses appréciations sur l'action physiologique de l'huile de foie de morue , de la quinine ; ses considérations sur le rôle de l'ozone dans la glycogénie diabétique.
On avait relégué la médication anti-spasmodique au rang des non-valeurs, en déclassant ces agents pour les renvoyer , qui aux stimulants, qui aux analgésiques. La monographie exposée dans ces leçons répare cette injustice.
On a fait enfin dans ce travail selon les limites d'un cadre restreint , la part des nouveautés médicinales. La propylamine, le koumiss, le jaborandi, le coca, l'eucalyptus globulus, le
pauUinia sorbilis, le protobromiirc de camphre, le carbo-azotate d'ammoniaque, lousces agents ont leur page ou leur mot dans ce livre.
Après une étude ardue de Faction ])l)ysiologique et des modes d'élimination de Falcool , j'ai tenté de reposer Fesprit du lecteur par des considérations d'un ordre moins grave , sur les propriétés thérapeutiques des vins de Bordeaux.
L'action physiologique dominante de tous les vins est la stimulation. Mais les applications qu'on fait chaque jour, soit en hygiène, soit en thérapeutique, des admirables qualités des vins de la Gironde, légitiment à mon sens les divisions un peu subtiles que j'ai admises.
Ce livre étant surtout écrit pour les élèves, je me suis abstenu le plus possible de toucher aux problèmes ardus par lesquels la Physiologie confine à la Philosophie. Il m'a toujours paru qu'en pareille matière , la réserve est un devoir. J'ai dû toutefois, à propos du traitement dithygiénique^ entrer dans des considérations subjectives touchant la Nature médicatrice, ce qui m'a conduit à des inductions sur la Vie et le Principe vital. Mais ici , la Science même est intéressée à Fétude de tels problèmes. Il est impossible à mon sens de pratiquer utilement la médecine , à moins d'entrer dans la voie des contradictions continues , si Ion ne voit avec les Yirchow, les Molescott, les Bûchner, les de
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Pljilippi , clans riiidividii vivant, (prun aiireijat de cellules donl chacune esl en possession d'une vie individuelle et indépendante. Une telle doctrine rend inintelligible , impraticable même la médecine , car elle scinde T individu humain comme un simple polype scissipare ; elle supprime la solidarité entre les fonctions, la subordination entre les appareils organiques : elle détruit enfin Tunité de l'individu. Dès-lors, le médecin ne traite plus un cas de maladie , mais un tissu lésé, un élément anatomique altéré. Que deviennent Fappui solidaire des systèmes et la théorie de l'équilibre des forces organiques ? J'ai admis dans la Vie, au-dessus des lois pLysico-chimiques qui régissent les actes d'assimilation et de désassimilation nutritives , une Force supérieure en vertu de laquelle tout être vivant se constitue, croit et décroît, selon un type morphogénique persistant , fatal. Je reconnais donc la subjection de l'individu aux lois de causalité et de finalité, et je cite dans mon livre, à ce sujet, les pages admirables autant que courageuses , publiées par Claude Bernard dans son Introduction à l'étude de la médecine expérimentule. La conclusion pratique de ces investigations théoriques est facile à tirer : l'action du thérapeutiste s'élargit de toute la di£férence qui sépare un instrument harmoniquement organisé et dont toutes les cordes con-
courent à T unité d'effet, d'une agglomératioa de sons incohérents , discordants, sans solidarité, sans rapport. Ajoutons que le médecin, appelé sans cesse à surveiller les influences réciproques du moral et du physique , ne peut agir efficacement qu autant qu'il comprend Tétre vivant comme un tout harmonisé, dans lequel agissent les forces physico-chimiques, mais que gouverne un principe directeur dont la cellule est seulement dépositrice , non pas génératrice.
C'est dans le même esprit que nous reproduisons, en traitant des méthodes thérapeutiques, les belles pages du professeur Gubler sur les droits de l'observation clinique , tout au moins égaux à ceux de l'expérimentation physiologique.
Telle est l'économie de ce travail. Si j'ai parfois fait acte d'initiative pour juger certaines théories et aussi certains ouvrages à la source desquels j'ai cependant puisé , je me suis efforcé de rester toujours appréciateur équitable , et même déférent. Je n'ai rien affirmé comme fait d'expérimentation qui n'ait été établi par des maîtres. Qu'il me soit permis de terminer ici en leur rendant un public hommage.
Les études de Germain Sée , de Rabuteau, les conférences de Martin-Damourette, le livre condensé de M. A. Ferrand , les brillantes dissertations de M. Fonssagrives m'ont plus d'une fois
fourni des faits ou suscité des idées. L'empirisme éclairé de Trousseau, les judicieuses analyses de Bouchardat , les savantes recherches de Guibourt pour la droguologie ; mais , par dessus tout , les vues hautes et larges du professeur Gûbler, m'ont souvent aidé dans ces études difficiles. Que mon éminent collègue et excellent ami, le professeur Oré , de Bordeaux; que mon \énéré ancien collègue , le professeur Jeannel , Tun et Fautre de notre école , reçoivent également ici le témoignage de ma gratitude !
Je nommerai aussi parmi les étrangers : Giacomini, Pereira, Schroff , Jones Bence et Karl Binz. Je regrette enfin d'avoir reçu au dernier moment le très-remarquable manuel d'un jeune professeur de Dublin, W. Handsel Griffiths.
Au chapitre de Vart de formuler , j'aurais eu. l'occasion de faire des emprunts utiles à son livre dont il a bien voulu m'offrir la primeur et qui a pour titre : Lessons on prescriptions , and the art of prescribing .
Je dédie ce livre aux Étudiants, C'est en songeant à eux, c'est pour eux surtout que je l'ai écrit. Si j'ai réussi à leur être utile, ma tâche est remplie.
Bordeaux, le 28 juillet 1875.
Dr Armand de FLEURY.
LEÇONS
DE
THERAPËUTIOUË GËNÉRALE
APPLIQUÉB