‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 3 sur 46 · DES MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

DES MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES

BoMMAiRB : La part de la Science et la part de TArt dans les études mê* dicales. — Médioastres et Ghimiàtres. — Constitution lente et eomplexe de la Médecine. — Rang et Rôle de la Thérapeutique. — La Thérapeutique est générale ou spéciale. — I^écessité de connaître la première pour comprendre et appliquer la seconde. — De la Méthode et des Méthodes en Thérapeutique. — Toutes les Méthodes sont réductibles à trois procédés élémentaires {EmpirUme^ Rationalisme^ Expérimcntadon). — Dans la pratique, ces trois méthodes ne sont elles-mêmes que des moyen» pour appliquer sûrement la seule mé* thode utile, celle de Vcb9en>ation eUmque

Messieurs ,

La thérapeutique est cette partie des sciences médicales qui a pour objet l'étude du traitement des maladies, il suffit donc d'en faire connaître l'objet, pour en montrer l'importance. Sans thérapie , en effet , la médecine est une science purement spéculative ; elle ne devient un art utile que par ses applications au malade; aussi, pour faire comprendre le rang qui lui

revient dans les études médicales, est-il nécessaire de jeter un rapide coup d'œil sur la médecine considérée comme science générale.

Vous le savez déjà, Messieurs, le terme de Médecine est loin de signifier mi ensemble de connaissances simples et homogènes. Longtemps considérée comme un Art dont un empirisme traditionnel constituait la garantie principale, la médecine tend, denosjours» à s'approprier de plus en plus les caractères de la vraie Science. Elle y vise par la sûreté de sa méthode qu'elle s'efforce de rendre expérimentale : elle s'y rattache déjà par la précision de ses instruments de recherche, d'opération, d'observation ; par un contrôle sans cesse plus efficace des faits ; par les progrès, enfin, de la physiologie générale.

Mais ces conquêtes ne sauraient soustraire le médecin aux chances aléatoires de l'application pratique. C'est par ce côté que la médecine reste un Art, en même temps qu'elle se constitue comme Science. Car, si ses moyens d'observer et d'opérer deviennent plus précis, plus nombreux que par le passé, ses sujets d'observation continuent de changer sans cesse. Ds varient selon Tàge, le sexe, le tempérament, la constitution, l'hérédité, les antécédents, les habitudes et professions, le climat, les saisons, les passions : tout ce qu'on est convenu d'appeler I'idiosyncrasie du sujet ET LA CONSTITUTION MORBIDE DU MILIEU. Le médecin u'ost complet qu'autant qu'il possède les moyens d'observation qui dépendent de la Science^ et le génie d'appUcation qui constitue l'Art. Si l'induction expérimentale et l'analyse déductive lui donnent les premiers , seul le TACT MÉÎ)iCAL,que je définirai Vart de saisir les analo-^ gies morbides, lui fournit les seconds.

C'est à cette double origine, à cette nature en quel que sorte hybride, que la médecine doit de rester sans cesse un sujet de litige et un objet de railleries.

Parmi ses détracteurs, les uns attribuant à la médecine des moyens infaillibles et une puissance mystérieuse, lui demandent des prodiges et s'irritent aussitôt que le miracle fait défaut, toujours prêts à lui dresser un autel ou à lapider ses serviteurs, selon l'événement. La faute en est suix médicaatres, pauseurs, rebouteurs, magnétiseurs et autres gens de même commerce. Les autres, voient dans l'organisme vivant un laboratoira où doivent se composer, comme dans le creuset du chimiste, des combinaisons à formule fixe. Ceux-4à ou* blient que si toutes les fonctions organiques dépendent des lois physico-chimiques, en tant que les organes sont constitués par des agrégats moléculaires, l'évobttion de la vie est cependant régie par des lois dont nous ne tenons pas le secret : ces derniers dépendent de l'École des Chimidtres et des latro-^nathémaUciens.

La vraie Médecine, celle qui procède à la fois de l'Art par la tradition et l'application, de la Science par la méthode et les procédés, vit en dehors et au-dessus des systèmes. Son origine est profonde, sa constitution lente, son objet supérieur. On pourrait la compai'er à un arbre de puissante envergure dont les racines puisent la vie à la source de toutes les sciences naturelles, tandis que, par le sommet, ses rameaux conrment & la science sociale elle-même. Cest ainsi que la minéralogie, la botanique, la zoologie, par les substances qu'elles donnent à la matière médicale ; la physique et la cliimie, par les lois dynamiques et les réactiwis qu'dles lui fournissent, sont ses tributaires ; en même temps qu'elle emprunte fn la biologie, à rantliropolt^ie

aux lois de rùconomio politique, aux préceptes de la morale, des renseignements utiles et de précieux critériums pour renseignement de Thygiene.

Et chacun des faisceaux qui constituent le tronc de cet arbre représente une branche si importante do la médecine générale, que la vie d'un homme laborieux ne suffit pas à son entière connaissance. Ainsi, par Yanatomie, la médecine étudie la structure des appareils organiques, la disposition des tissus et la composition des éléments. La chimie lui apporte ses réactifs; la physique, ses microscopes, pour pénétrer les secrets de l'histologie. Puis, Tautomate connu, elle recherche, par l'étude de la physiologie, les lois qui président ou fonctionnement normal de Vorgajiisme vivant. Les vivisections et l'expérimentation sur les sujets vivants à l'état de santé sont son œuvre. Des-lors, la pathologie c'est-à-dire la science des lésions organiques ou des troubles fonctionnels qui surviennent par dérogation à Vétat physiologique, devient un sujet fécond d'études. L'anatomie pathologique enfin, vient s'ajouter comme moyen suprême d'éclairer, par la nécropsie, la mort elle-même.

Voilà déjà, Messieurs, un merveilleux enchaînement d'études. Mais qu'importe au malade, objectif dernier de la médecine, que l'on connaisse à fond et la structure de ses organes et leur jeu physiologique, et môme les altérations que la maladie leur apporte, si ces connaissances ne tournent pas à son profit!

Le patient veut-être guéri, soulagé, ou tout au moins consolé et rassuré : c'est là l'œuvre du Thérapeutiste, qui survient après l'anatomiste, le physiologiste et en pathologiste, pour achever, au profit du cUnicien, ce que j'appellerai l'armement complet du médecin.

Par là, Messieurs, vous pouvez juger et de Timportance de la thérapeutique et de sa place dans la médecine générale.

Enseigner les méthodes de traitement, classer les médications, les appliquer et les expliquer en faisant connaître, autant que faire se peut, le mécanisme de leur action, tel est le but de la Thérapeutiqiie, tel sera l'objet de ce cours.

Comme la Pathologie, la Thérapeutique est médicale ou chirurgicale. On donne le nom de Matière médicale à l'étude des substances que l'histoire naturelle ou la chimie fournissent à la Thérapeutique comme élément de traitement : ce sont donc deux termes connexes que ceux Je Thérapeutique et de Matière médicale.

La Thérapeutique est, en outre, générale ou spéciale. Dans la plupart des écoles, il est d'usage d'aborder presque directement l'étude des médications spéciales. A peine fait-on précéder cette étude d'un petit nombre de définitions élémentaires. Il n'existe pas en France de traité de Thérapeutique générale à proprement parler.

Cependant, comme toutes les sciences, la Thérapeutique possède un langage propre, des principes généraux, des bases nécessaires; il est indispensable aussi de diviser, en les classant, les médications. Cest pourquoi ces premières leçons seront consacrées à des questions de Thérapeutique générale, examen qui servira de préambule et comme d'introduction à la Thérapeutique appliquée. Voici d'ailleurs, dans quel cadre nous nous renfermerons pour ce premier travail, objet de ces leçons.

Nous ferons successivement connaître :

Les méthodes Thérapeutiques, les Médications, les

Traitements, la question si difîicilc et si complexe di mode d'action des agents médicamenleui, les Toics c modes d'introduction des médicamcnls, leur éliminalion, l'art de formuler au double point de vue de ce qu( doit rcchcrclier le médecin, — ce qui constitue h composition théorique de la formule — et au point d( ime de ce que l'on doit éviter — ce qui a plus particulièrement trait à l'exécution de l'ordonnance, et â li question des incompatibles; — la division de la ma* li£rc médicale, et l'analyse des principales divisiom Tliérapeutiques. Une élude critique des classification! aujourd'hui suivies chez nous ; l'exposé raisonné de la classification à la fois physiologiquo et clinique des médicaments, telle que nous l'adoptons , terminera ce programme.

Quant â la Thérapeutique spéciale, le cadre de chaque leçon sera le suivant ;

Nous ferons d'abord connaître, très-sommairement, les caraclùres naturels des produits utilisés — minéraux, végétaux ou animaux — mais sans entrer dans des détails descriptifs qui sont l'aiTaire du professcui d'histoire naturelle médicale. Ce seront suilont les parties utilisées des substances, qui appelleront notre attention.

n importera d'exposer à fond et avec détail les propriétés médicamenteuses, en les déduisant de leurs ellcls sur l'individu vivant à l'état sain. L'étude des actions jihysiêiogiques tiendra donc une place de premier ordre dans ces leçons. Nous ne multiplierons pas cependant des expériences do vivisections qui changeraient un cours de thérapeutique en cours de physiologie expérimentale.

De mémo, quand il s'agù'a des applications à la pa-

thologie^ c'est-à-dire de l'objet principal de la Thérapeutique, notre premier soin sera de montrer comment l'effet thérapeutique n'est, en partie, qu'une conséquence de la propriété physiologique d'un médicament; de telle sorte que, ces deux ordres de faits se rectifiant et se fortifiant mutuellement, l'expérience clinique vienne corriger ce que pourrait renfermer de trop absolu l'expérimentation physiologique ; tandis que, de son côté^ la vivisection permettra d'éclairer les inductions exclu^vement cliniques. Mais là s'arrêtera notre tâche, et nous ne nous croirons pas tenu de refaire, à l'occasion de l'alcool ou du tartre-stibié, une histoire détaillée de la pneumonie. Ce serait empiéter sur le cours de clinique interne.

Nous aurons enfin à vous fournir, avec les synergiques et les antagonistes de la substance piindpalement étudiée, un tableau des préparations pharmacologiques, des doses et formules du médicament. Nous nous efforcerons de le faire sans usurper jamais sur les droits du professeur de pharmacie. Tel sera, Messieurs , pour chaque leçon , le programme de ce cours. — Son cadre, vous voyez, est naturellement tracé par la contiguité des cours qui le définissent en le délimitant.

Et maintenant , nous pouvons al)order l'étude de questions de Thérapeutique générale qui, en aboutissant à une classification rationnelle des médicaments, servira d'introduction naturelle à la thérapeutique spéciale.

Déjà, en définissant la Thérapeutique, nous vous avons mis en possession de trois termes dont le développement est toute la raison de ce cours : Méfiiode, Médication et Traitement.

Le premier , la Méthode^ étudie les indications du traitement et dirige son emploi. Par elle seule, les médications sont classées, les propriétés physiologiques expliquées. — C'est la théorie de la Thérapeutique.

Le second terme , la ifédication, dispose les agents méiioamenteux pour les usages du praticien. Elle fiût connaître sous quelles formes spéciales la substance , ses composés ou ses dérivés, doivent être utilisés. Hle donne les formules et les doses, le mode d'emploi , démontre les incompatibilités, expose les synergiques et les antagonistes, les falsifications et les moyens de les reconnaître.

Le troisième terme enfin , le Traitement proprement dit , représente l'art intervenant directement contre la maladie. Il s'inspire des règles de la Méthode pour utiliser les agents de la Médication.

Occupons-nous premièrement des Méthodes thérapeutiques. L'abus qui estfait si souvent du mot, est cause qu'on le multiplie sans raison. Ces procédés spéciaux, qui ne sont que des modes de traitement , sont chaque jour cités comme des méthodes thérapeutiques. Le chirurgien qui pratique l'occlusion de préférence à la non-réunion des plaies, le médecin qui injecte une solution d'alcaloïde sous la peau, pratiquent en effet, le premier, la Af^ffeode d'occlusion ; le second, la Méthode sous-épidermique. Mais, ce ne sont là, répétons-le, que des procédés spéciaux , non des méthodes générales en Uierapeutique.

Une méthode n'est jamais qu'une opération do l'esprit pour se diriger dans les applications générales d'une science. A ce titre, toutes les méthodes thérapeutiques sont — nous le démontrerons, — réductibles

à trois : Y Empirisme, VExpérimenlalioiiy le Rationalisme.

Et ces trois méthodes , élémentaires et subjectives, ne sont elles-mêmes que des instruments d'investigation à la disposition du médecin pour le diriger dans l'application de la seule méthode féconde en résultat pratique; à savoir la méthode d'observation clinique comme nous nous efforcerons de le démontrer.

La pratique de la méthode empirique consiste dans l'emploi de moyens dont le déterminisme a deux bases : la tradition et l'analogie. On attache d'ordinaire , et avec raison, un sens dédaigneux à l'épithète d'empirique. On vise ainsi ces guérisseurs qui, sur des témoignages sans contrôle , ou par suite de faits préjugés, adoptent aveuglément une médication de hasard.

« Un tel dit avoir été guéri de telle façon » : c'est assez pour se déterminer. Dès-lors, nulle préocupation de rechercher si l'attribution du résultat au moyen employé est exacte, si même le résultat est réel. L'application brutale, du moins scientifique des axiomes : Post hoc, ergo proptcr hoc, tel est Yempirisme traditionnel^ qu'on a justement taxé d'aveugle.

Il existe un autre empirisme, dit rationnelj qui repose moins sur la tradition que sur l'observation, restant ainsi fidèle à l'étymologio de son nom. On a observé que tel état morbide cède presque constamment à telle médication. Si l'analogie est légitimement induite — ce qui implique une analyse bien faite par l'observateur, — on pourra compter sur des résultats favorables. Jusqu'à l'œuvre monumentale de Qaude Bernard touchant l'application de la méthode expérimentale à la médecine, la thérapeutique clinique n'a guère eu d'autre base. Cet empirisme rationnel

restera longtemps encore le guide principal du praticien. Il sera toujours le précurseur et Tinspirateur légitime de l'expérimentation elle-même, dans la pratique médicale : car sur l'homme vivant, il n'est permis d'expérimenter^ qu'autant que des indications empiriques ont démontré l'absence de tout danger.

A la page 9, de la préface de leur dernière édition. Trousseau et Pidoux apprécient par cette phrase le bon côté de l'empirisme : « La meilleure part de ce » que nous savons en tliérapeulique nous vient de l'art, » de VempirismCj des tâtonnements de l'expérience » clinique dirigée par la nécessité et la sympathie. » D'autre part, il juge ainsi l'Ecole des empiriques traditionnels : a L'empirisme suppose en principes que » la maladie est produite par un être indépendant de » l'organisme, et s'y manifestant comme sur un D théâtre étranger à l'action qui se passe en lui. Il D rompt, par conséquent , tout rapport entre la santé et » la maladie, suppose dans le corps vivant deux prin- » cipes distincts et opposés, qui n'ont , par conséquent, » rien de commun entre eux.. L'empirisme qui exclut » toute explication de la maladie fondée sur la connais- » sance de l'homme est faux, car, il n'y a pas en nous D deux natures différentes, mais plutôt une seule » nature , affaiblie et viciée, sujette au désordre et à » la souffrance. » (Op. cil. introd. pag. xxvi et xxvii). De son côté. Cl. Bernard s'exprime sur l Empirisme de la manière suivante, dans son introduction à la Médecine expérimentale : a L'Empirisme qui a foi dans )» l'action des remèdes, comme moyen de changer la » direction de la maladie et de la guérir, se contente » de constater empiriquement les actions médicamen- » teuses sans chercher à en comprendre scientifique-

D ment le mécanisme; il n'est jamais dans l'embarras. » (Pagedffl.)

Et plus loin, il dit d'autre part :

« Cette médecine conjecturale doit nécessairement » précéder la médecine certaine que j'appelle la Méde^ 9 cine expérimentaley parce qu'elle est fondée sur le » déterminisme expérimental de la cause de la ma- » kdie. » (Pag. 374.)

n ajoute enfin, page 382 : (c La médecine empirique t et la médecine expérimentale , loin d'être incompa- » tibles , doivent au contraire être réunies intimement, o car toutes deux sont indispensables pour l'édification 9 de la médecine scientifique. >

Ces citations nous paraissent sufTisantes pour donner une idée nette de ce qu'il faut entendre par méthode empirique. U est incontestable que la part de cette méthode sera longtemps encore considérable dans la pratique médicale. Armé de ses nouveaux moyens d'investigation , le clinicien est seul bien placé pour faire tourner peu à peu au profit de l'expérimentation les données déjà certaines, acquises par l'empirisme.

Après la méthode empirique^ j'di cité, comme l'une des trois méthodes thérapeutiques fondamentales^ l'ExPÉRiMENTATiON. Quelqucs mots d'explication sont nécessaires pour faire comprendre le sens de ce mot appUqué à la médecine, spécialement à la thérapeuti* que. M. Cl. Bernard, qui, le premier en France, a établi magistralement les lois de l'expérimentation physiologique et thérapeutique, enseigne que la méthode expérimentale a pour but de faire connaître le Déterminisme ou LA CAUSE PROCHAINE ET DIRECTE DE LA

MALADIE : thérapeutiquement, la médication expérimentale est celle dont les effets directs sur l'organisme

sont passibles d'une déinonslralioii positive soil sur le sujet pliysiologique, soit sur le sujet thérapeutique. Prenons un exemple :

Si j'incise avec un bistouri^ sur un point donné, les faisceaux postérieurs de la moelle d*un mammifère, j'interromps la transmission par cette voie des phénomènes d'excitabilité de la périphérie au bulbe, puis à l'encéphale, où l'excitation impressionnelle est transformée par le cerveau percevant en seiisalion ('). J'en induis, d'une part, que le déterminisme d'un phénomène d'excitabilité sensitive est l'acte par lequel j'irrite un nerf dont la racine émerge d*un des faisceaux postérieurs de la moelle ; d'autre part, que la solution de continuité entre la moelle et le cerveau, par la section d'une racine postériem'e, rend impossible le phénomène de sensihililé dû finalement à la perception céré^ bralCj parce que l'excitation n'est plus conduite au cerveau.

De même, si avec Cl. Bernard, j'établis que le curare atteint le nerf moteur en paralysant la fibre musculaire, de manière à ce que celle-ci ne reçoive plus l'excitation motrice, je possède un ordre de faits qui me permet do comprendre le mécanisme d'une classe de paralysies motrices.

Si maintenant. Messieurs', j'administre à un animal une dose faiblement toxique de strychnine, vous allez voir des secousses rapides et cloniques agiter ses membres à la manière d'une décharge électrique. Mais que je vienne à couper les nerfs moteurSy qui, de la moelle se rendent aux membres convulsivés, les mus-

(«) Quand jo dis cerveau jtwcet?*»/, j'entends organe de perception. Je ne sauraisjfaire do la pensée une propriété de la matière.

clestfèprouveronlplus de convulsîonâ. Ton conduirai que la strychnine n^Rgit ptimitivemcnt tii sUr les mus-^ des, ni môme sur les ilerfs moteilrs eux-mêmes ; mais que le déterminisme de feon action est seulement de provoquer Texcitabilité réflexe de la moelle, et Vous posséderez ainsi, expérimentalement, la propriété physiologique principale de la strichnino. Par des expériences contraires, justement réputées admirables et que nous vous ferons connaître en détail en étudiant le curare, CL Bernard a prouvé non-seulement que cette substance agit directement sur les nerfs moteurs, mais que le déterminisme spécial de son action consiste à paralyser les nerfs du mouvement en agissant seulement sur les plaques motrices terminales qui s'accrochent au muscle.

Autre exemple plus simple et s'appliquant non pas seulement à la physiologie, mais à la thérapie :

Les vésicules épidermiques de la gale sont produites par le cheminement sous la peau d'un petit insecte de la tribu des acarides, famille des holetres, espèce aca^rus sarcopte. Je m'en assure expérimentalement en extrayant de la vésicule l'animal même vivant, en le mettant en contact avec Fépiderme d'un autre sujet, sur lequel il ne tarde pas à produire la même vésicalion. Je connais, dès-lors, le déterminisme de la production de la vésicule acarienne. D'autre part, je constate que le moindre contact de Yacarus sarcopte avec un sous-carbonate, avec le sulfure de potassium ou un onguent mercuriel, le fait mourir. Et comme cet insecte est la cause directe de la gale, je possède ainsi le TRÂnEaiENT EXPÉmMENTAL de cette maladie .

De même, quand je me suis expérimentalement assuré que, dans le même état physiologique, l'opium

conlracle la pupille tandis que la belladone la dilate, je reconnais à ces deux substances des propriétés, sous ce rapport, antagonistes. Et, si Texpérimentation clinique me permet de constater, ainsi qu'il est prouvé, qu'en perdant réciproquement, par leur association, l'un, sa propriété de mydriase, l'autre, celle de myosisme, ces deux substances conservent cependant fai propriété commune d'un sédatif puissant; j'ai acquis un moyen thérapeutique basé sur des donriéeê expérimen^ talcs et qui pourra me permettre d'appliquer, par exemple, la belladone chez un vieillard, ou Topium chez un nouveau-né, sans craindre, grâce à cette asso-> dation, à*olighémier Fencéphale du premier, ou d'hypé^ rémier celui du second.

Enfm, si je m'assure qu'en saturant une dissolution d'acide arsénieux avec un soluté d*hydrate de peroxyde de fer, je précipite un sel insoluble d'arséniate de fer, je possède une méthode expérimentale pour combattre, dans un cas donné, l'empoisonnement par l'acide arsénieux.

Ainsi, en résumé, la méthode thérapeutique expérimentale consiste à traiter une maladie dont le caractère est cliniquement défini , par un agent médicamenteux que l'expérimentation a démontré être eflicacc pour combattre un état morbide semblable.

On le voit, rien dans la théorie, de plus séduisant que cette méthode!

Les difficultés qu'elle présente dans la pratique n'en sont que plus sensibles. Ces difficultés, que le progrès de la science ont déjà atténuées subsisteront longtemps encore ; elles se résument principalement dans les trois objections suivantes :

1® Les expériences physiologiques, et notamment les

viviseclions qui éclairent le mieuœ sur le délerministne des actes fonctionnels^ ne sont géné'alement prattcables que sur des animaux autres que l'homme; et Vinduction analogique en Dertu de laquelle on conclut de Vanimal à l'homme peut ne pas être rigoureuse. De même , pour les expériences ayant trait aux propriétés des agents toxiques ou simplement médicamenteux , conclure, par exemple, de l'iatelligence de la poule à celle de l'homme, ainsi que le fait Flourens dans son livre De la vie et de l'intelligence, peut ne pas être exact, car la structure anatomique de l'cncépliale chez les oiseaux et l'homme n'est pas identique. On sait, notamment, que les tubercules qui sont quadri-jumeaux chez l'homme, sont simplement bîjumeaux chez l'oiseau.

Brown Sequai'd provoque chez le cochon d'Inde des convulsions épilepliformes en irritant tel point de la moelle allongée ; il a, dès-lors, des raisons expérimentales de dire que la lésion de ce point donne te déterminime du syndrome convulsion épileptique. Toutefois, le cobaye dlÊfére, notamment par la disposition de son système artériel sus-aortique, de l'ordre des bimanes ; chez lui, c'est une sorte d'aorte antérieure qui fournit, par un tronc de commune origine, les deux carotides primitives gauche et droite, plus la sous-clavière droite; un second tronc, plus petit, donne à gaucho la sous-clavière gauche. Or, quand on sait jusqu'à quel point les propriétés de la substance célébrée dépendent de son mode d'hématose, on est tenu de (aire certaines réserves dans l'application de cette théorie à l'homme, d'autant plus que des attaques épileptiformes ne sont pas nécessairement de Yépi-

Pour le (lélcrminismo des actions médicamcnleuses, le danger est encore plus grand de conclure, d'après rexpériraentation sur l'animal, de celui-ci à rhomme. Qui ne sait que le pavot, si toxique pour l'espèce humaine, est dévoré impunément par le lapin? que la jusquiame et la belladone ofl'rcnt aux herbivores la même immunité, tandis que les baies do belladone ont causé tant d'empoisonnements, les feuilles de petite jusquiame noire, tant de funestes erreurs?

*2^ De ce que V expérimentation physioloyique démon'- Ire qu'à Vélal de santé, telle ou telle substance poêsède 8ur V organisme sain une propriété déterminée, il ne s'ensuit pas nécessairement que celte même suhstarice administrée en médicament, dans une maladie donnée, ne produira pas des effets différents de ceux que Vcxpérience physiologique autorisait d en attendre.

Assurément, dans grand nombre d'espèces morbides, l'état pathologique n'est qu'une exaltation, une dépression ou une perversion de l'état physiologique normal. En aucun cas, aussi longtemps qu'il reste vivant, l'organisme ne cosse d'être lui-même; et comme nous l'avons dit dans ces premières pages , la maladie n'est jamais qu'une dérogation à l'état physiologique régulier ; mais si cette dérogation se produit souvent sans le concours d'aucun principe ajoute à l'organisme, d'autres fois, il est trop évident que les tissus, les éléments Idstologiqucs sont imprègnes d'atomes, de molécules primitivement étrangers et hostiles à la vie de ces tissus, de ces organes.

Tel est le cas de toutes les maladies virulentes, des infections épidémiques et peut-être des septicémies spontanées. Eh bien ! alors , le contact dialytique ou même seulement catalitique du médicament, avec

réléincnt ôlrangor dont rinlrusion a suscité la maladic> ce contact peut faire produire au médicament un cfleldirrérent de celui qu'on en pouvait physiologiquement attendre On comprend d'ailleurs que , partout où il y a maladie , les propriétés des fonctions et par suite des tissus sont modifiées par cette maladie même ; la physiologie pathologique, en un mot, introduit dans le problème thérapeutique un coeffideut nouveau, que reipérimentalion, à l'état normal, ne pouvait calculer. Ce n'est pas que je prétende qu'un médicament change de propriété selon qu'il est appliqué à un individu malade ou bien portant : nulle espèce morbide ne peut faire qu'un médicament tonique ou stupéfiant, devienne antispasmodique ou excitateur, mais cette propriété normede de l'agent thérapeutique peut rencontrer dans l'oi^anisme dévoyé tel état ou tel principe qui changera finalement les effets de son action.

Citons deux exemples : Je prends premièrement un malade atteint de diabète sucré au début. La maladie existe, mais n'a pas encore été diagnostiquée. — Les cas semblables ne sont pas rares. — Quoi qu'il en soit , ce sujet — je le suppose une dame — est d'une constitution primitivement robuste et même pléthorique. Mais une afTection spéciale la tourmente, c'est un prurit violent et herpéligineux des voies génitales ; de plus, les sueurs sont supprimées; la soif insatiable, etc., etc. 11 se peut, — et je cite ce cas, parce que l'observation est réelle, — que la malade ayant accusé à son médecin seulement l'eczéma des parties génitales, une grande lassitude, du rhumatisme musculaire, la sécheresse des muqueuses , la suppression des sueurs , ce médecin lui ait proiiosé la médication suivante ,

'dmi>i moûvùa : « Le souflire et les sulfures sont de n ifsaùUB stimulants de la peau : leur action sur les » moqueuses est légèrement irritante et soUidie le » travail des émonctotres naturels. Prenez donc des n btains sulfureux, tout au moins locaux; quelques » fiastilles sriufTrées dont le principe actif, en s'élimii» naiât par Tépiderme, active les fonctions cutanées; ^ votre aflection herpétique s'en trouvera à merveille, #» et les fonctions de sécrétion étant réveillées, la transw piration cutanée normale pourra revenir. Quant à la n s^iif, il importe de la satisfaire, mais en la modérant » par un tempérant styptiquc : deux à trois verres de n limonade sulfurique par jour atteindront ce but. »

Certes, voila une médication déduite de Faction physiologique du médicament. Que pourra-t-il cependant arriver chez notre sujet? On sait que le soufre s'oxyde au contact des acides organiques ; s'il est donné dans des pi oportions telles qu'il ne remonte pas dans Testomac assez de potasse et de soude disponibles pour le composer en sulfates, il arrivera dans Tinlestin grêle, à l'état d'acide sulfuré dilué (*). Or les féculents et amidons du chyme se transforment en glycose ou tout au moins en dexirinc, au contact d'un acide sulfuré à la la simple température de Testomac.

Voili une diabétique chez laquelle vous aurez augmenté la production déjà excessive do sucre, en croyant cependant procéder d'après les indications de l'expérimonlation physiologique.

(*) Qublcr vajusr^u'à écrire, dans ses Commentaires thérapeuUçuti^ page 44 : « Le soufre se métamorpkose dans la circulation on acide sulfuriquO) puis en sulfates qui passent dans les urines, «t on liydrogôno sulfuré qui s'échappe par les poumons et les fflnndtm sudoripHres. »

Autre exemple. — L'alcool, administré à elose physiologique, c'est-à-dire modérément, et non à dose toxique, c'est-à-dire par masse, l'alcool est un stimulant difTusible, qui, dans ces conditions, accélère le pouls, et élève la température normale du corps. C'est par une erreur manifeste que des expérimentateurs, qui se croient thérapeutistes parce qu'ils sont chimistes, classent avec M. Rabuteau, l'alcool à doseminime, parmi les modérateurs de la nutrition. Dans l'autopbagisme phlegmasique, l'alcool est modérateur comme antidéperditeur ; mais l'alcool reste un stimulant général et ne doit pas être classé, comme le fait M. Rabuteau, à cAte des iodiques et des chlorates.

D'un antre côté, la pneumonie est une phlegmasie du parenchyme pulmonaire, constituant une maladie dont la gravité se pronostique notamment par l'élévation anormale de la température et la fréquence excessive (ju pouls. Aussi le traitement empirique de cette affection a-t-il été emprunté à la médication controstimulante, dite spoliatrice — émissions sanguines, tartre-slibié, — précisément le contraire de la médication alcoolique. Certes, en ne consultant que l'expériinentation physiologique sur l'homme sain, on ne sera jamais porté à induire le traitement de la pneumonie par l'alcool. Quel pratricien, cependant, ignore que certaines formes de pneumonie — la pneumonie contractée par un ivrogne, à la suite, par exemple, d'excès alcooliques — se traitent eflicacement par les potions au riium et à l'eau vineuse?

£t cependant, rien de ce qui se passe là n'est contraire à l'expérimentation; mais c'est I'expérimexta- TiON PATHOLOGIQUE, éclairée par des observations primitivement empiriques, qui a révélé ta médication. Et

celle expérimenlalion pathologique n'est nullement contradictoire des indications expérimentales de la physiologie. Car celle-ci, analysant les modes et procédés d'élimination de l'alcool par les voies respiratoires — soit qu'il s'élimine en nature, soit qu'il s'annihile sous une forme de dédoublement chimique qu'il n'y a pas à étudier ici; — la physiologie, dis-je, a expérimenté que l'alcool fournit à la respiration pulmonaire un aliment combustible. Mais l'expérimentation pathologique, ou la clinique expérimentale, pouvaient seules démontrer que chez l'alcooUque, dont les poumons et les bronches sont habitués à l'alcool, ce stimulant peut abaisser le calorique, ralentir le pouls du pneumonique en fournissant un élément de combustion nouveau surajouté à l'organisme, et qui diminue la fièvre en fournissant au malade un aUment qui ne V excite pas^ parce que son poumon d'alcoolique s'y est habitué.

3* L'expérimentation pathologique ou clinique ellemême ne devient une méthode certaine ^ qu'autant qu'elle est faite sur des sujets placés dans le même milieu et sous les mêmes influences morbides. H serait même bon d'ajouter que la constitution et le tempérament 4oivent être semblables, car nous voyons, selon l'âge et les maladies , le même médicament cesser de produire les mêmes effets sur le même individu.

Dans ce cas, l'expérimentation débute toujours par une hypothèse rationnelle ou ime induction empirique, car elle part d'une analogie.

Cette dernière objection ne nécessitera pas de longs développements. Nous venons, croyons-nous, d'établir l'insuffisance clinique de l'expérimentation physiologique et la nécessité de lui substituer, autant que possible, l'expérimentation pathologique. Mais cette expé-

rimentalion elle-même , comment doit- on la comprendre? Suffit-il, par exemple, d'avoir expérimenté sm* des cholériques ou sur des amputés atteints d'infection purulente, pour en déduire un traitement expérimental certain contre im cas donné de choléra ou de pyhémie traumatique?

Non, car la même maladie évolue différemment selon les sujets. Le traitement préventif de la variole par l'inoculation de la vaccine est un bel exemple de Texpérimentation pathologique. Mais qu'est-il arrivé quand 9 en généralisant la substitution des virus, on a voulu traiter préventivement la sypliilis par l'inoculation de son virus greflé sur le singe, et reporté de ce dernier à l'homme? La mort seule a répondu.

Assurément, la discussion récemment en litige devant l'Académie de médecine, louchant la septicémie expérimentale^ offre un gr^d intérêt.

M. Da vaine a servi la science en produisant des expériences qui prouvent qu'à la dose de 10 à 12 gouttes. le sang de bœuf putréfié, injecté sous la peau, tue les cobayes et les lapins ; et que ce ferment de putréfaction se conserve dans l'organisme vivant avec une telle intensité , qu'en inoculant à un lapin en santé le sang d'un lapin mort à la suite de l'injection de sang de bœuf putréfié, ce lapin meurt; et le sang de ce dernier, inoculé de même à un troisième, le tue de même; ainsi de suite. Si bien qu'un trillionnième de goutte du sang d'un lapin â la vingt^deuxième génération d'empoisonnement transmis, est encore une dose mortelle pour la vingt-troisième génération î Certes, il a été aussi utile qu'intéressant d'apprendre cette puissance du ferment putride dans des cas donnés ; la science fera son profit également des expériences par les-

quelles M. Davaine a prouvé que le degré de seplicili du sang putréfié à Tair libre, n'est point en rapport avec rintensité de la fétidité ; que, loin de devenir de plus en plus toxique en vieillissant, ce sang perd de sa virulence ; qu^il est bien plus actif chauffé dans une couveuse, ou désinfecté au contact du charbon ou du carbonate de plomb, qu'abandonné à l'air libre. Si de pareilles expériences, généi^alisées sur toutes les espèces d'animaux, ou seulement du lapin et du cobaye à l'homme, avaient donné des résultats conformes, la question clinique de l'infection putride eût pu y puiser de grands éclaircissements, et les données de la patho* logie expérimentale eussent rapidement éclairé la thérapeutique. Déjà M. Davaine se croyait en mesure d'expliquer comment la présence de l'ammoniaque et de l'acide sulfhydrique, qui se produisent dans le sang putréfié à l'air libre, affaiblit et tue le ferment-virus ; tandis que dans une couveuse, au contact du charbon, le sang putréfié est soustrait à l'action de ces gaz, et que le sang dans les vaisseaux de l'homme vivant peut aussi échapper à leur Influence, parce que l'ammonia* que et les sulfhydrates s'éliminent assez rapidement par les reins et la peau pour empêcher leur intervention salutaire sur le sang septicémie. Mais, combattu par les expériences contradictoires do MM. Bouley, Colin et Tillaux, M. Davaine a dû vite circonscrire le débat et limiter ses inductions aux seules inoculations du lapin et du cobaye. M. Chauffard s'est élevé, au nom de la philosophie clinique, contre l'abus de généralisation qui tendrait à assimiler à l'infection putride chez l'homme malade, la septicémie provoquée sur le lapin. Enfin, MM. CAaissaignac et Verneuil, prenant la question au point de vue chirurgical, ont mis \é

comble à la confusion. De telle sorte que cette tentative d'expérimentation pathologique a avorté sans profit pour la thérapeutique, ne laissant dans les esprits que les éléments d'une distinction qui pourra être féconde, entre la pyohémie et la septicémie virulente due à Tinoculation du sang putréfié.

Vous le voyez, Messieurs, nous sommes loin encore des jours où l'expérimentation clinique et pathologique pourra se pratiquer selon la rigueur de la méthode scientifique. Nous pouvons même affirmer, sans crainte d*étre démenti par les faits, qu'on n'amènera jamais l'expérimentation thérapeutique à un degi^é de précision mathématique. Et, c'est pour cette raison que, même scientifique, la médecine pratique restera toujours un Art. On n'en est pas moins autorisé à dénommer tJiérapeuthique expérimentale^ toute méthode de traitement qui, mettant à profit les résultats expérimentés d'une médication contre un état morbide scientifiquement défini, sera appliquée par induction analogique à une maladie de même espèce, quitte à tenir compte, comme facteur imprévu, du coefficient toujours variable introduit par l'idiosyncrasie du sujet.

Pour en finir avec les Méthodes thérapeutiques que nous nommerons philosophiques y il me reste à vous dire quelques mots de la méthode rationnelle. C'est la méthode qui sert de guide à un pratricien éclairé, toutes les fois que, Yempirisme restant muct^ et Vexpériinentation ne fournissant aucune donnée, le médecin traitant en est réduit aux seules conjonctures de la raison pour procéder à un mode de médication. Ce n'est pas précisément ce que l'on entendait, il y a quai^ante ans, par rationalisme thérapeutique y quand le génie de Broussais, s'élevaiit contre les idées (ï essenlialUé no-

toUMjufue et *ie spécificité morbide de Pinel, intronisait la diMArioe du phyfFiologisme rationnel.

Noun ne nous proposons pas, Messieurs, de vous retracer ici i'bistoire des variations de la philosophie médicale depuis la fin du siède dernier. Le ^itaiisme de Stabl ; Thumorisme de Boêrhaave, renouvelé du galenisme antique ; le solidisme de Haller, appuyé sur la Uiéorie de Tirritabilité physiologique ; et la doctrine de rincttabilité élevée, par le génie abstrait et géométrique de Uro^n, à la hauteur d*un système absolu dans lequel le seul mot <ï hyposthéiiie contient toute la pathogénie (ce qui réduit sa thérapeutique au seul emploi d'agents /tjfpert/i^i$an(s) ; la doctrine antitliétique et presque aussi absolue de Broussais, rival en France du Uiéoricien écossais , et n*admeltant lui, que Y irritation comme cause pathogénique, et, conséquemment, que la sédation pour moyens spoliateurs, comme Ihérapeuti/{ue ; tous ces systèmes ont lour à tour visé au mon/ipole du rationalisme. Les sous-méthodes analyliqueê, naturelles y empiriques et perturbatrices de liarUiès ne développent elles-mêmes que des aperçus rationnels. On peut lire avec fruit, dans Téloquente inti'oduclion du Traité de Thérapeutique de Trousseau, riiislorique de ces progressions doctrinaires jusqu'à nos jours.

Pour nous, fidèle à la division piu'ement philosophique qui nous a permis de ramener à trois types, les méthodes on quelques sortes innombrables qu'on a préconisées thérapeuliqucment, nous limitons à la délinilion donnée plus haut le sens de Méthode ration-nellc, appliqué à la thérapeutique.

Kxpli(iuons-nous par un exemple :

Je mo suppose en présence d'une épidémie de cho-

léra-morbus asiatique. Vempirisine ne m'a transmis aucun remède ciuratif contre ce terrible fléau. Vexpé^ rimentatian n'a pas été plus heureuse ; j'en suis réduit aux seules ressources de ma Raison ; et, guidé par elle, je combattrai le mal : d'une part, en m'aidant de l'expérience qui me permettra d'induire par analogie ; d'autre part, en étudiant les symptômes, afin de leur opposer une médication par des moyens antagonistes ; agir ainsiy sera pratiquer ce que nous appelons la méthode rationnelle.

L'appUcation de cette méthode peut conduire à l'adoption de trois déterminations principales, lesquelles décorées du nom de méthodes y ne sont en réaUté que des divisions de la Méthode rationnelle. Ces trois divisions sont classiquement décrites sous les noms de : Méthode nozologique, Méthode symptomatiqxie et Mé" thode expectante.

Un mot sur chacune de ces sous-méthodes.

La pratique du Nosologisme consiste à envisager dans une solution morbide, non les syndromes qui la manifestent, mais le génie pathogénique qui la gouverne. Exemple : l'épiphénomène convulsioriy dans l'enfance, peut constituer à lui seul ime maladie ; mais d'autrefois, et trop souvent, les convulsions sont sous la dépendance d'un état constitutionnel ; par exemple : de la diathèse tuberculeuse ou de la gramilie méningi^ tique. Dans ce cas, la sous-rnélhode nosologique consistera thérapeutiquement à traiter par le bromure de potassium, je suppose. L'obsen^ation, les antécédents, autoiîsent-Us, au contraire, à faire dépendre ces convulsions de la diathèse vermineuse, l'emploi du calomel, de l'huile de palma-christi, de la mousse de Corse, sera choisi par le pratricien nosologistc, plus préoc-

cupé de viser la cause générale que de combattre directement le symptôme spécial.

Nous disons que ce n*est là qu'une application particulière de la méthode rationnelle ; car le raisonnement seul, appuyé sur Texpérience et Tobservation, révèlent ici, au médecin, qu'il combattrait vainement les mouvements convulsifs, s'il n'a pas premièrement déterminé l'état constitutionnel dont ces mouvements dépendent. Le nosologisme tient donc, par l'inducUon et la généralisation, aux meilleurs côtés de la métliode rationnelle, n expose cependant le pratricien à un grand embarras. Car, dans bien des cas, la connaissance môme de la cause du mal nous échappe. 11 faut alors, si l'on ne pratique que le nosologisme, ou s'abstenir, ou se risquer aux t&tonnements de l'empirisme et des hypothèses.

La sous-méthode Symtomatologique représente une doctrine absolument contraire.

Ici on néglige, comme une inconnue impossible à déterminer, et d'ailleurs inutile à connaître, la cause première et générale du mal. On ne traite que les manifestations extérieures.

Le savant professeur Piorry a exagéré cette méthode, en substituant au nosologisme Vorganopathie^ ou l'étude des lésions de l'organe considéré comme un individu indépendant des autres organes du sujet. Le système captieux et enveloppé de nuages germaniques, auquel Ilanhemann a donné le nom iïhomœopathiey prétend aussi ne devoir considérer dans le malade que le syndrome ou épiphénomène morbide. De là, pour lui rinulilité de la pathologie générale , destinée à diviser, en genres et en espèces, la maladie : « L'or- » ganisme ne peut se troubler oans manifester ce

» trouble par des raodiGcations symptômaliques ou » syndromes. Il y a toujours un rapport nécessaire et B invariable entre l'épiphénomèue et la cause qui le » génère. Donc, une intelligenee vraie du symptôme B conduit nécessairement à la meilleure méthode de » traitement. »

Il n'est pas besoin d'avoir longtemps philosophé pour comprendre qu'en raisonnant de la sorte on est souvent exposé à faire du paralogisme. Parmi les symptômes, en elTet, les uns sont primitifs, les autres secondaires; ceux-là généraux, ceux-ci locaux et partiels. Enfin, le symptôme doit être interprété différemment, selon qu'il est une simple expression des eflorts de la nature (syncrasie organique), pour éUminer l'action morbifique, ou qu'il manifeste au contraire les progrès du mal. Exemple : le vomissement physiologique et le vomissement pathologique. Le premier doit être plutôt favorisé qu'empêché ; le second, demande à être combattu. Par là, on peut voir les dangers d'une thérapeutique exclusivement symptômatologique; elle témoigne ou ignorance ou îndiffôrence dans la recherche des causes. Les cas sont malheureusement nombreux ou le médecin en est réduit à ne combattre que l'épiphénomène symptùmatique par ignorance de la cause nosologique. Cette sous-méthode n'est donc pratiquable que rationnellement, c'est-à-dire quand l'observation et l'expérience ne permettent pas de remonter plus haut. Transformée en doctrine systématique, elle possède tous les inconvénients des systèmes, lesquels sont exclusifs, et ne répondent souvent qu'à des indications incomplètes ou erronées.

Il est une troisième et dernière subdivision de la Méthode thérapeutique rationnelle. Cette sous-méthode

porte le nom de médecine expectante. Ce fut dans les temps anciens et grâce au génie d'Hippocrate, le premier progrès de la raison sur Tempirisme. Proclamer que la science médicale se trouve souvent dans Timpossibiltié d'intervenir activement avec connaissance de cause; établir, d'un autre côté, qu'en vertu du consensus harmonique des fonctions organiques pour maintenir la santé, la nature médicatrice agissant seule, est souvent plus puissante qu'une médication incertaine ; conclure dès-lors à Texpectation pure et simple, conmie thérapie, dans des cas donnés, telle est Yexpectation en thérapeutique. Chez les enfants, chez les vieillards, ce rappel de la médication aux seuls moyens hygiéniques est souventlaplus habile et la plus honnête des pratiques: Nous avons vu, dans les hôpitaux comme en ville, plus d'une pneumonie confirmée guérir de la sorte. Mais, par contre, que de dangers dans l'adoption systématique de cette manière! Pratiquez donc l'expectation dans une péritonite aiguë, dans Yhémophiliej dans un épanchement pleur étique!... la méthode systématique pourra attendre, mais la mort, elle, n'attendra pas ; elle lui ravira son malade! Aussi l'ea^pectotion, tout aussi bien qne Vcssentialisme nosologique et la nosologie symptomatiquej doit-elle être subordoimée aux indications de la raison appuyée sur l'expérience et l'observation ! Et c'est pourquoi, Messieurs, nous n'avons reconnu dans ces trois dernières pratiques, qu'une application différente de la grande méthode rationnelle.

Les systèmes en médecine et les procédés en chirurgie s'exposent et se pratiquent tous les jours, d'après des indications méthodiques qui poussent les auteurs à les préconiser comme de grandes méUiodes thérapeutiques. Nous aurons Toccasion d'en parler bientôt en

— asétudiant, dans la prochaine leçon, les médications et traitements.

Taurais terminé, Messieurs, cette première leçon sur les méthodes en thérapeutique, si je ne m'étais, en quelque sorte, engagé à vous prouver qu'Empirisme^ Rationalisme ei Expérimentation y ne sont, en déGnitive, que trois moyens de premier ordre pour aider le pratricien dans l'application de la méthode unique qui lui permettra de guérir ou soulager ses malades ; je veux parler de l' Observation clinique.

Aujourd'hui, dans les chaires de philosophie supérieure, il est de mode de n'admettre que deux méthodes scientifiques : Y Observation elY Expérimentation; plus que cela : d'annihiler la valeur de l'observation au profit de l'expérimentation. Après ce que j'ai dit de l'Empirisme et du Rationalisme, je crois superflu de réfuter cet exclusivisme. Mais voyons donc si l'observation clinique doit à ce point s'efi'acer devant l'expérimentation physiologique.

Vous avez déjà pu sentir, en écoutant les objections que j'ai développées contre l'extension de l'expérimentation à la pathologie, combien et pourquoi cette assertion est erronée. L'expérimentateur observe , quand il recueille les symptômes provoqués par ses agissements !

Par contre, l'observateur expérimente véritablement quand il utilise par analogie les syndromes qu'il a observés sur un premier malade.

Toutes les méthodes élémentaires profitent à l'observateur clinicien. La Tradition empirique me dit que l'Ictère généralisé sous le nom de Jaunisse peut céder quand il n'est pas malin^ à une simple décoction d'une racine comestible, la carotte. Je ferai de l'oft-

servation empirique, en appliquant ce traitement à un cas de sufTusion bilieuse.

La raison me dit qu'une saignée générale peut être d'une utilité puissante dans un cas d*hyperhémie cérébrale chez un sujet sanguin ; je pourrai m'en assurer "p^T Y observation y en ouvrant la veine de deux ou plusieurs malades apoplectiques.

V Expérimentation m'apprend enfin que l'E^erine, alcaloïde de la fève d'épreuve de Calabory contracte merveilleusement la pupille d'un chien dont l'œil aura été mis au contact avec cette substance. Si j'applique l'éserine dans un cas de mydriase consécutive à l'administration de Yatropine^ ce sera par observation clinique que je provoquerai dans des cas analogues, le myosisme sur des sujets patliologiquement mydriasés.

Enfin, Y Observation peut utiliser en môme temps les trois méthodes par un seul médicament et cela de la façon la plus usuelle, en appliquant, par exemple, la médication quinique. En effet, quand un corrégidor de Loxa coupa, pour la première fois, la fièvre à la comtesse Cinchon à Taide du quinquina^ il fit de Yempi" risme le plus primitif. Or, le môme médicament peut être donné par pur rationalisme^ quand, par exemple, on double la dose de quinine, et on l'avance sur un fébricitant, en prévision d'un accès malin. J'ajoute que le physiologiste qui vient d'expérimenter sur un animal les effets d'une injection d'un sel de quinine, par rapport à l'excitabiUté normale de la moelle, peut se baser sur cette expérience pour attaquer un état de pyrexie aiguë chez un malade.

Ainsi, Messieurs, manifestement, les méthodes principales do la Thérapeutique, no sont, en définitive, que

des instruments ou des guides d'observation pour le pratricien, dans Tapplication clinique d*un traitement.

Je ne crois pas pouvoir mieux terminer cette première leçon qu'en citant comme confirmation de ces idées, les lignes suivantes empruntées au professeur Gubler. Elles sont extraites du numéro-spécimen du Journal de Tliérapeutique publié à Paris, le 10 janvier

Jamais paroles plus judicieuses ne sont tombées d'une bouche plus autorisée en pareille matière ; et nous regrettons de ne pouvoir reproduire dans son intégrité^ cette éloquente et profonde expression d'une science complète, mûrie, maîtresse d'elle-même, et traduite dans une langue dont, depuis Bichat, les médecins français nous ont trop souvent déshabitués.

Voilà comment Gubler, s'exprime sur la méthode en thérapeutique :

» Quelques-ims, nourris des dogmes de l'antiquité et satisfaits des vagues formules d'une philosophie abstraite, se posent en dieux-termes au milieu des courants humains, pour assister impassibles aux transformations actuelles, s'ils n'ont protesté d'avance contre les hardiesses impies de la science moderne. D'autres, impatients de toute autorité et secouant ce qu'il est convenu d'appeler le joug traditionnel, prétendent réformer toutes nos connaissances à l'aide de nouveaux moyens d'acquisition et fonder un édifice inébranlable sur la base étroite et toujours mouvante de leur selfexpérimentation.

» Malheureusement, les derviches tourneurs n'avancent pas plus que les bonzes hindous.

» Nous ne sommes donc ni avec les conservateurs

Immobilcs, ni avec les novateurs agités ; seulement nous sentons encore plus d'éloignement pour ceux qui inventent sans cesse de nouveaux fétiches qu'ils font tourbillonner devant les yeux d'un public eiïaré, que pour ceux qui ganlent tranquillement des reliques respectables. Ceux-ci du moins sont inoffensifs, tandis que les autres, après avoir sapé nos meilleures croyances, font table rase de nos connaissances les plus certaines, laissent dans les esprits plus de grandes erreurs que de petites vérités.

» Il n'est point de progrès durable qui ne soit fondé sur la tradition, cîir il n'est pas donné au génie de pouvoir s'élancer d'un bond sur les sommets ardus de la science. La vérité d'aujourd'hui est fille de celle d'hier, et nulle science d'observation ne saurait être le résultat d'une sorte de génération spontanée.

» Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple fameux, cette grande loi de l'unité ou do la corrélation des forces physiques, cette vaste synthèse qui fait la gloire de la physique moderne a ses origines dans la plus haute antiquité. Aristote l'avait esquissée lorsqu'il imaginait un diaj^hane, ce qu'on nomme aujourd'hui 1 éther, dont les vibrations produisaient, selon lui, la chaleur, la lumière et même les émanations odorantes. Sadi Carnot et Lamé en avaient donné par avance la théorie mathématique avant que Mayer et Joule l'eussent formulée nettement et qu'elle eût été démontrée, et définitivement consacrée dans les beaux ouvrages de Grove, de G.-A. Hirn, de Favre et de quelques autres savants.

» Cette marche évolutive caractérise aussi bien toutes les autres pai'ties de la science humaine à laquelle s'apphque, bien mieux qu'aux êtres natui'els,

la loi du transformisme, dont on a tant abusé depuis les brillantes conceptions de Darwin.

» En conséquence, il importe que nous ne perdions jamais de vue les efforts de nos devanciers : la justice nous le commande et nos intérêts F exigent. Mais nous devons également tenir à honneur de les dépasser et de reculer, autant qu'il est en notre pouvoir, les bornes de notre patrimoine scientifique.

» Voyons donc quel est dans les sciences de faits, du genre de la médecine, le meilleur et le plus sûr moyen d'accroître nos richesses. Deux méthodes se disputent la prééminence : l'observation et Texpérimentation. A vrai dire il n'y en a qu'une seule : l'observation, se subdivisant en deux procédés : l'observation des faits dits spontanés et celle des faits provoqués intentionnellement. Néanmoins, comme cette association est éminemment profitable et mérite d'être recommandée, il convient, pour caractériser l'esprit de la science moderne, d'adopter la dénomination de méthode expéri^ mentale.

» Et pour marquer encore davantage la subordination du raisonnement et de l'induction par rapport à la constatation rigoureuse des faits, nous l'appellerons, avec l'un des plus illustres savants dont s'honore la France, avec M. Chevreul, la méthode expérimentale d posteriori.

» Après cela il pourra être superflu d'insister sur la préférence qu'il y aurait lieu d'accoïNier à l'une ou à l'autre des deux méthodes, ou plutôt des deux procédés en usage dans les sciences naturelles. Cependant je tiens à dire là-dessus ma pensée tout entière.

» D'abord la distinction entre l'expérimentateur et l'observateur est plus théorique que pratique, plus ap-

parente que réelle, puisquo, fl'une part, Tun et l'autre oïrservent nt'cessairerneiit : celui-ci, les faits que le ha.sanl a [placés sur son chemin; celui-là, des faits voulus et provoqués, et puisque, d'un autre côté, Tobservation préalable suscite fréquemment des recherches expérimentales destinées à lui ser\'ir de complément. J'aperçois entre l'observateur et l'expérimentateur à peu prés la même dilTérence qu'entre le défenseur (l'une place fortifiée et l'ennemi qui cherche à s'en emparer. Tous deux déploient les mêmes qualités et, à l'occasion, avec le même degré d'actirité. Si l'assiégeant est plus conquérant, pour employer l'expression pittoresque appliquée à l'expérimentateur par Cl. Bernard, on ne peut cependant pas dire que l'assiégé est contemplatif. Encore moins serait-on en droit de faire de Pribservateur un être passif comme le voulait Zimmennann quand il écrivait cette sentence : « Celui qui » obseiTO écoute la nature ; celui qui expérimente l'interro{,'e. » 11 serait plus juste de dire que l'observateur est résigné, rex[)érimentateur impatient, et je n'ai qu'à répéter ici ce que je disais dans la leçon d'ouverture du cours de tliérapeulicjue, en 18G9 :

a L'individu avide de vérités et pressé de jouir doit recourir à l'expérience ; l'humanité, qui a devant elle la suite indéfinie des temps, peut à la rigueur s'en passer. Loin dt* moi la pensée de blâmer ceux qui vont au-delà de l'observation et de leur préférer absolument ceux qui l'attendent ! Question de tempérament, questien de mreurs : l'expérimentation convient mieux à ce siècle d'ardeurs impatientes.

)) Au reste, ajoiitais-je, chaque méthode a ses mérites particuliers. L'homme qui sacrifie des animaux arrive souvent plus vite à dégager de cette chair pal-

pilante les inconnues du problème compliqué de la vie : il apporte parfois à la théorie ses appuis les plus solides et ses démonstrations les plus éclatantes. En rendant un grand nombre d*adeptes témoins de ces faits expérimentaux, il décide les fortes convictions et propage ime science plus sure d'ellemême. » Je n'ai rien à retrancher de ces éloges, mais la critique doit avoir sa part et je vais essayer, après un parallèle plus complet entre l'observation et l'expérimentation, de remettre chacune à sa place. Qu'il me soit seulement permis, aujourd'hui, en présence des allures par trop conquérantes des partisans de l'expérimentation pure, d'insister plus que je n'ai fait autrefois sur les inconvénients et les infériorités de ce mode d'investigation exclusive, comparé à l'observation proprement dite.

» Si nous devons aux vivisecteurs la distinction fonctionnelle entre les racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux, la connaissance des voies de transmission des impressions sensitives à travers la moelle, la démonstration de la régénération nerveuse, la découverte de la glycogénie hépatique et des nerfs vasomoteurs ; les cliniciens à leur tour nous ont donné la localisation des mouvements instinctifs dans le mésocéphale, celle de la faculté du langage dans les lobules antérieurs ; ils nous ont appris la possibilité de supprimer la douleur, c'est-à-dire d'isoler la sensibilité des autres fonctions du système nerveux; et les noms des François Lallemand, dos Bouillaud, des

Jackson sont dignes de figurer à côté de ceux des

Magendie, des CAi, Bell, des Cl. Bernard

» Les génies de la médecine nous ont légué des trésors inestimables de faits intéressants et d'observations

judicioiJ5$/;9, qui sont et resteront les fondements les pluH !^^lirles de la science et de l'art de guérir.

n Mai.s la niéd(>'cine est redevable aux grands expériin(rnlat(;urs de plusieurs découvertes de premier ordre et d'un grand nombre de démonstrations de faits jusqfuMà simplemjnt entrevus ou insuffisamment constatés, ainsi que d'opinions admises bien que non encore i^rouvées. Dans quelques mains habiles Texpérimentation sur les animaux est devenue un meneillcux instrument de progrés, et Ton comprend la prédilection de certains esprits éminents pour ce moyen rapide et sAr de conquérir la vérité. Seulement on nous permettra de trouver moins légitime l'exclusion dont on voudrait frapper l'observalion clinique, sous le prétexte qu'elle donnerait des résultats moins nets et moins positifs et qu'elle ne conduirait trop lentement d'ailleurs, qu'à des connaissances Tagues et à des conceptions théoriques dénuées de toute certitude scientifique.

D Cette accusation pourrait être retournée sans plus d'injustice contre l'expérimentation elle-même.

9 Cuinhion de faits controuvés sont sortis des laboratoires, combien d'hypotlièses gratuites, de théories boitfMises ou inconsistantes ont été émises par les vivisectriirs ! Ht quelles contradictions sur les faits en apparence leîs plus simples, quels revirements subits a Toccasiou des doctrines qui semblaient le mieux assises ! Quand on fait tant parler les bêles, il est difficile de s'arrêter toujours au seuil de la fable.

9 Pour se mettre en i»ossession de la vérité, il ne suffit ddnc pîLs (le sacrifier de nombreuses victimes ; il faut encore, à la manière des augures, savoir en interroger les entrailles. L'expérience hie^ mais Vesprit vivifie.

» Au résumé : tant vaut l!homme, tant vaut la méthode.

» Il y a pourtant des côtés par lesquels chacun des deux procédés, qui se partagent les faveurs du monde savant, remporte sur le procédé rival. On a vu plus haut les principaux mérites- de rexpérimentation de laboratoire : il me reste à faire ressortir ceux qui appartiennent en propre à l'observation pure.

)i Premièrement, les notions acquises en clinique sont directement applicables, non-seulement dans leur sens général, mais encore dans leur valeur absolue. Ensuite l'observation de Wiomme nous apprend les nuances des phénomènes, tandis que celle des animaux ne nous en donne qfxe les plus grossières manifestations ; tellement que, pour des expérimentateui's novices, la plupart des actions toxiques se ressemblent et se confondent. Bien plus, l'observation clinique nous ouvre toute la série nombreuse et variée des phénomènes subjectifs, lesquels sont pour ainsi dire lettre closa pour les vivisecteurs. En eflet, Fliomme seul peut nous révéler l'existence de certaines modifications intimes,» ne se traduisant par aucun signe extérieur ; lui seul peut nous -dire s-iÛéprouve de l'engourdissement, de la torpeur et de la faiblesse, s'il ressent des picotements aux lèvres ou des douleurs fulguranteSy s'il a des sen-r sations illusoires de chaleur ou de froid,, des tintouins ou des mouches volantes, s'il est obsédé par des hallu^ cinations, s'il a perdu la mémoire des mots ou la fa-f culte de les exprimer. Aussi les premiers degrés des actions pharmacodynamiques échappent-ils souvent à l'attention des expérimentateurs, et certains phénor mènes ont-ils été fréquemment confondus ensemble ou bien méconnus : par exemple l'anesthésie dans le cicutisme et l'aconitisme. Enfin, certaines expériences

dans lesquelles doit intervenir la volonté du sujet ne sont réalisables que dans rospèce humaine. Telle est celle qui rn'a permis de constater la transformation du counnt électriciue en force musculaire dans un membre pandysé, que ni la volonté seule ni rélectricïté seule ne y)ar\enaient à faire mouvoir.

h (lette supériorité de Tobservation délicate de l'homme ftur les constatations expérimentales chez les animaux élvve incontestablement la clinique au-dessus du lal)0raloire d'expériences. Et, puisque certaines notions de physioloffie transcendante ne peuvent être acquises que par la médecine, une autre conséquence s'impose a ma raison, c'est la nécessité de maintenir l'élément médical dans le sein de TAcailémie des sciences, où, j*ohe le dire, sa position me paraît logiquement inexpu (niable.

;/ Airisi la médecine reste la première des sources vives ou s'alimentent les sciences l)ioli)piques. Sans doute il n'est plus permis de dire avec llippocrate que d'elle seule peuvent venir les connaissances les plus positives de la physiologie ; mais on peut affirmer avec F. Lalle- *nand, l'illustre professeur de Montpellier, mon vénéré maître , que les lésions tératologiques et morbides sont éminemment propres à édaircT la physiologie, et avec Coste, notre célèbre embryologiste, que la pathologie reste encore cette grande lumière de la science [ibysiologique, la soîur aînée de l'expérimentation et souvent son guide. »

C'est par cette citation. Messieurs, que nous terminons cette leçon sur les méthodes en thérapeutique.

11^ LEÇON

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