DES ESPÈCES FOURNISSANT A LA MATIÈRE MÉDICALE DANS LES TROIS RÈGNES
Et, premièrement, occupons-nous des substances minérales.
Guibourt repousse les catégories anciennes, uniquement assises sur des caractères extérieurs ; telle était la classification J'Avicenne lequel divisait les minéraux en pierres, sels, bitumes et métaux. D'autres divisions reposaient à la fois sur les caractères physiq^ues et les propriétés chimiques ; tandis qu'un troisième ordre ne prenait pour critérium, d'autre indication q^ue la donnée chimique. Haûy, Berzclius, Brongniard et Beudant, notamment, ont visé à une classification purement chimique des minéraux. Guihourt pense qu'en effet, la meilleure classification minéralogique sera celle qui reposera sur la connaissance la plus complète et la plus exacte des caractères chimii^ues. La méthode la plus sûre à. suivre est celte qui consiste à ranger ces corps en séries dépendante» de Leurs propriétés électro-chi miques.
Ceci étant posé, M. Guibourt se demande si l'on doit,, comme pour les classifications purement chimiques, et étant donnée la série étectro-cliimique, fonder les familles sur les éléments électroruéyatifSy ainsi que l'avaient fait Ilaûy et Berzélius, dans sa première classificaUon. On commencerait, par exemple, par l!oxygèQe, en le faisant suivre de tous les corps qui sont plus positifs que lui, tels que le soufre, le carbone , le (er, le cuivre, etc. Assurément , une telle division est bonne pour l'étude théorique et spéciale des caractères
naturels des minéraux ; elle convient moins à la minéralogie ajipliquée. Il importe de la modifier, parce qu'il y a moins de familles minéralogiques que de corps simples. C'est ainsi, par exemple que l'oxygène qui, d'ailleurs^ ne se combine à aucun autre corps plus électro-négatif que lui-même, n'existe libre que dans Fair atmosphérique ; d'un autre côté, les quatre corps qui le suivent (fluor, chlore, brome et iode), ne se combinent ni entre eux, ni avec l'oxygène; si bien que leurs composés utilisables ne se retrouvant plus que dans les familles suivantes après un corps électropositif qui leur sert de radical, le principe est tronqué dans son application.
Il serait donc préférable de composer les familles minéralogiques en commençant par le soufre^ le sélé^ nium et le tellure ; ensuite viendraient VarseniCy Vantimoine , puis le carbone , le bore , le silicium, enfin , les métaux. Toutefois, là encore se présente une difficulté , si l'on considère qu'il s'agit d'une division que le droguiste , le pharmacien, et d'une manière médiate le médecin , doivent consulter. Pour ceux-là, en effet, il est nécessaire de rapprocher le tellure , l'arsenic et l'antimoine , des métaux dont ils sont si voisins par leurs propriétés physiologiques, comme parnon^re de leurs caractères physico-chimiques. Enfin , l'acide silicique ne ressemble à aucun autre corps, et la silice occupe dans la composition de la croûte de notre globe, un rang de premier ordre. Pour toutes ces raisons , le savant professeur de Paris , développe l'es familles minéralogiques dans l'ordre suivant :
A. Borides : familles du silicium et du bore, avec leurs oxydations, leurs sels, leurs acides et leurs bases.
D. Groupe des platinides, constitué surtout par les familles du platine , de l'osmium , de l'or.
C. Groupe des argyrides : quatre familles, savoir celles de l'argent, du mercure, du plomb et du bismuth , représentent ce groupe. Il suffit de rappeler le chlorure et l'azotate d'argent , le calomel , le sid>limé , les iodures de mercure, le s.-acétate de plomb, le s.-nitrate de bismuth , pour rendre sensible l'importance de ce groupe.
D. Groxtpe des cassitéride» : étain.
E. groupe des titantdes et des chromtdes : les chromâtes seuls intéressent l'ordre médical. I^ bichromate de potasse qui domie des cristaux d'un beau rouge , est utilisé par les micrographes pour mettre en évidence des atomes histologiques : on le signale aussi comme hâtant la cicatrisation des ulcères.
F. genre des sidériâes. Il suffit d'énumérer les grandes familles du c«ùt« , du fer et du manganèse, pour indiquer le rang as premier ordre occupé par ce groupe ea phîuluaco-dynamie.
G. Dans le genre des zireonides, la famille de Valu* intmum o^^e seule da l'intérêt à lamatière médicale.
H. Le groupe des magnésides qui vient après dans ta division de G'uibourt, nous intéresse par les composés si nombreux du magnésmmy par plusieurs combinaisons du zitK; et même du- cadmium.
I. Dans te genre des calcides , je dtstiuguc à £àté des composés calcaires, des sels de bai-yte qu'il importe de connaître.
J. Sous te nom de téphralides qui signifie , si nous consultons l'étymologie , substance dnérée (cendre) , nous voyons le lithium , le sodium et le potassium. depuis le carbonate de Utbine jusqu'au sulfate de potasse et de soude , on sait combien d'agents utilisés en médecine, relèvent de ces familles miuéralogiques.
Vammonium termine la série dans la classification naturelle des corps simples fournie par Guibourt.
K. Enfin , Teau, et les eaux minérales , salines , sulfureuses, ferrugineuses, 'arscniquées, iodiées, «ilcalinés, etc., etc., terminent le tableau.
Tel est Tordre suivant lequel M. Guibourt développe les principaux corps fournis à Tindustrie et à la pharmacologie pai' le règne minéral.
Les genres suivants que, pour les raisons que nous avons succinctement résumées, l'auteur ne décrit pas séparément dans son Traité des drogues , figurent au premier plan du tableau qui précède Fexposé.
1^ Genre zoèridey oxygène.
2" Bromoïdes :. fluor, chlore, brome et iode.
3^ Tliionides : soufre, sélénuim et tellure.
i^ Arsénides : azote, phosphore, arsenic, antimoine.
&' Anthracides : hydrogène, et carbone.
Ces détails, Messieurs, vous paraîtront peut-être s'éloigner d'un cours de thérapeutique appliqué à la matière médicale. Mais veuillez considérer d'une part que ^ous devons aboutir a une classification thérapeutique, et qu'il est impossible do ne pas étudier préalablement les principaux genres de divisions des substances qui fournissent à la matière médicale. D'un autre côté, si vous vous rappelez ce que nous vous avons dit en traitant de l'action des médicaments, de la loi atomique ou thermiquCj c'est-à-dire du rapport qui existe entre la densité, le pouvoir thermogène et les propriétés éliminatrices des agents métalliques, vous verrez que ce tableau est utile à connaître ; car ici, non-seulement les corps sont rangés d'après leurs propriétés électriques et chimiques ainsi que le premier Ampère l'avait conçu, mais encore il existe une solidarité correspondante
tt CCS propriétés, au point de vue des appUcations physiologiques et thérapeutiques : c'est idnsi que vous voyez associés dans un même geme ïe fluor, le chlore, le brome «t l'iode; tendis qne dansunsecMid,rargent, le mercure et le plomb sont réunis; dans un 3fi, le- fer et le manganèse; dans un 4«, lacbaux, la baryte et la strontiane.
Cette classification natnrellë est complétée, dans l'auteur par deux autres tableaux contenant, l'un les principaux acides, l'autre les principales bases inorganiques.
J€ passe aux divisions naturelles du règne botanique. Le système deLinné^ celui da Toomefort , les classilications des deux de Jusaieu, celle de Candele, ont jeté les bases d'une division générique véritablement naturelle reposant sur l'absence de cotylédon, la présence d'un seul, ou de deux^ dans l'individu, végétal. A ce point de vue, on reconnaît généralement huit classes piincipales dont nous allons dire quelques mots.
A. — Acotylédones aphyllcs : sdgues, lichens et champignons : les deux premières familles fournissent à la thérapeutique; le dernier g):oupe, aux comestibles et à la toxicologie.
B. — Acotylédones foliacés. Les genres mousse et fougère se détachent des groupes de cette classe, comme fournissant des antbelminthiques et des purgatifs amers à la médecine.
C. — La3* classe qui rerdJeroie les acotylédones anthosés ou rhizantes, est étrangère à notre art. Disons cependant que la famille des cytinées donne le cytinus hypociste, petite plante parasite, croissanl dans l'Europe occidentale, la Turquie et l' Asie-Mineure, et fournissant un suc, le suc hypociste, dont on fait un extcait utilisé dans la thériaque.
D. — MûTiocotylédones : on dislingue dans celte
classe les graminées (blés) ; les palmiers : les méUinlacéeSy les liliacées et les colchicacées (bulbes de colchiques, de scille, d'ail, delys, d'aloes, etc.); les asparaginecs\ (salsepareille), les vidées (safran); les amomacées (curcuma, racine de galenga); les orchidées (vanille).
E. — Dycotylédones monochlamidées. Il suffit de nommer les grandes familles médicinales des conifères (genévrier, pins, térébenthines, poix et résine); les uWi* cées (orties, chanvres); les euphorbiacées (euphorbes ricin, cascarille); les aristolochées (arostoloche, azarum); les lauracées (camphre, cannelles, sassafras); les po* lygonées (rhubarbes, rhapontic, bistorte).
F. Dycotylédones cor olli flores. Cette classe comprend notamment les familles suivantes : Plantaginées; labiées (lavandes, menthes, mélisse et un nombre considérable de plantes renfermant un huile essentielle et un principe aromatique (stimulants dinusibles). Solanacées : (groupe de la plus haute importance, qui fournit notamment les solanacées vireuses (belladone jusquiames, daturas, tabacs, mandragore, morelle noire : plus, la morelle blanche , la douco-amùre , et des comestibles, tels que la ponune de terre, la tomate, Taubcrgine, le piment des jardins). Borra^inées : (bourrache, buglose, gi*ande consoude , pulmonaire , cynoglossc\ Co7ivolvulacées\ (turhilh , jalap, scammonées). Gentianacées : Gentiane, petite centaurée). Loyaniacées : (fève de Saint-Ignace, noix vomique, upas-tieuté , curare , et strychnos en général). Jasminées : (frénc, manne.) Oléacées : Coliviers). Sapolées. Slyracinécs \ (benjoin, storax).
G. Dycolylédones caliciflorcs. Lobéliacécs : (Lobélies, enflée et syphilitique). Synanihérées : (immense famille, qui comprend notamment les deux grands groupes
des chicoracées et des sénécionnées), Eupaloriacées ; Valérianacées : (valérianes etnards). Rubiacées : (la plus importante, au point de vue thérapeutique , des familles botaniques ; elle comprend tous les quinquinas, les cafés et les ipécas). Ombellifères : (encore une famille médicinale de premier ordre, qui renferme des produits aromatiques, vireux et fétides; exemple : angélique , carotte , anis , cumin , fenouils , ciguës, assa-fœtida, gomme-ammoniaque, galbanum; sagapenum opoponax). CticurbitcLcées : (bryone , coloquinte). MyrtcLcées : (myrte , giroflier , piment de la Jamaïque, cajeput). Granatées: (écorce de grenadier). Rosacées : (famille capitale contenant dans ses 7 tribus des principes astringents styptiques et acidulés précieux à la thérapeutique , savoir : Pomacées , Rosées , sangui-sorbées , dryadées , spiréacées , amygdalées et chrysobalanées). Légumineuses : (groupe universellement répandu, herbes et plantes comestibles; pois, fèves, sang-dragon, baume du Pérou, campêche, etc., etc.; genêt, meUlot, séné', tamarin, lupin , acacias , cachou , kinos , gonunes , copal , indigos, caroubier, fève d'épreuve du Calabar, etc., etc.). Térébinthacées : (sumac, baume de la Mecque, myrrhe, bdelium, encens, elemi, tacamaques.) Rhamnées : (nerprun), llicinées : (houx).
H. Dicotylédones thalamifiores. Rutacées : (Gayac , anguslure vraie). Ampélidées : (vigne.) Erytroxylées : (coca, redoul). Acérinées : (érable) Guttifères : (gomme-gutte). Aurantiacées : (limonier). Temstrœ^ miacées : (Thés).^ Tiliacées : (tilleul). Malvacées : (mauve, coton, cacao). Linées (lin). Polygalées : (Polygalade Virginie, Ratanhia). Violariées (violette). Crucifères : (grande famille, comprenant notamment :
cresson oflicinal, moutarde, etc., etc). Papavéraeée$: (sanguinaire du Canada, pavots) ; se place par ses opiums, au premier rang de la botanique médicale. Nymphéacées: (.Nénuphars). M^nisperniées : (Colombo, coque du Levant). Reno)iculacées : (clématites, anémone, ellébores, aconits et pivoine).
Nous terminons ici cette longue énumération des classes botaniques fournissant à la matière médicale, pour aborder la division naturelle des produits thérapeutiques que nous donne le règne animaL
Les quatre embranchements Vertébrés ^ Annelés^ Atolhtsques et ZoophyleSy founnssent à la matière médicale :
A. Parmi les Vertéhrés, voyons d'abord les mamjnifères : Dans l'ordre des Bimanes^ Vhomme qui seul le représente fournissait autrefois des médicaments qui sont aujourd'liui délaissés ; c'est ainsi que Ton prescrivait le cniiic pulvérisé contre l'épilepsie , et la graisse humaine contre le rhumatisme. Le lait de femme est un bon analeptique. Les quadrumanes ne fournissent rien. Il n'en est pas do même des CMrnassiers. On a utilisé la graisse d'ours en pommade. I.,es Civettes possèdent un appareil nidorien musqué, dont la sécrétion fournit à la médication antispasmodique. Si nous passons aux Rongeurs, nous voyons ses castors et le daman d'Afrique, le rat musqué du Canada, fournir également des sécrétions très-estimées , et puissantes commo agents, de sédation nerveuse. Les Èdentés et les marsupiaux i^estent étrangers aux produits médicinaux. Parmi les Pachydermes ^ le porc doime de la graisse , la jument et Tanesse un lait dont les indications thérapeutiques sont très-répandues. Au nombre des Ruminants^ il convient de citer le
chcvrotain pour son musc, le bœut pour sa bilo, In A'achc pour son lait , le cerf pour son bois, la poudre de sa corne étant astringente. Le lait de chôvre et celui de brebis , sont encore employés comme àtiment analeptique. Enfm , l'ordre des Cétacés procure l'iiuile et le blanc de baleine, ainsi que Ta concrétion dn bezoard renfermé dans l'intestin du cachalot . et décrite sous le nom d'ambre gris.
Après la classe des mammifères vient celle des Oiseaux.
Le jaune et le blanc d'ecuf sont très-ulilisés en pharmacie, soit comme intennédîaires, st-rx-ant à lier deux principes dans une formule médicinale, soit comme principes albuminoïdcs. On a vanté aussi le sang cuit des gallinacccs comme agent reconstituant de l'hématose.
Si des oiseaux nous passons aux Reptiles et aux Batraciens, nous n'avons rien à dire, sinon qu'il faut remonter aux pharmacopées anciennes, aujourd'hui à jamais abandonnées, pour retrouver l'emploi des poudres de vipère et de crapaud.
Enfin , dans la classe des Poissons , nous devons citer principalement, comme toniques hisLogéniques, les huiles exprimées du foie des malaco-ptérygiens subranchiens , principalement les huiles de foie de morue, de squale, de raie.
Dans l'embranchement des Entomozoaires ou articulas, nous rencontrons dans la classe des insectes, Y Abeille hyménoptère qui donne le miel et la ch%: la Canf7tarideoumouched'£sp^ne, coléoptèredontlesélytres broyés foumisseni la poudre si puissamment vésicante que chacun connaît. Il faut encore nommer la Coclienille, Coccus caclif insecte hémiplère, que l'on a préconisé
comme antispasmodique, mais qui est presque uniquement utilisé comme carminatif.
Peut-être aussi convient-il de nommer, comme résolutif fondant en poudre broyée pour les tumeurs malignes encore indurées du sein , le cloporte^ crustacé isopode qui contient notablement de nitrate de potasse. Elnfin, il est impossible d*omettre parmi les ann^Iicies, la sangsue médicinale , dont Timmense utilité est connue de tout le monde.
C L'embranchement des Mollusques n'offre guère , en dehoi^s des escargots, qui contiennent un principe gras et mucilagineux auquel on prête des propriétés expectorantes et toniques contre les bronchites chroniques ou aiguës , que des aliments à nommer ; Vhuttre, les pecloiSy sont de ce nombre.
I). J'aurai terminé ce qui concerne cette division zoologique des produits médicamenteux, quand j'aurai dit que dans l'embranchement des zoophytes, Véponge seule, comme agent de pansement et moyen chirurgical, est à citer.
Il© TITRE. — Divisions piiarmacologiques
Nous abordons maintenant. Messieurs, les divisions piiarmacologiques. Là encore nous serons très-bref, parce que, de même que tout à l'heure nous étions sur le terrain de l'iiistoire naturelle médicale, nous entrons ici sur celui de la pharmacopée. Or, il ne faut pas oublier que ces études ont pour objet la thérapeutique appliquée à la matière médicale.
Nous croyons devoir passer sous silence la division déjà ancienne des médicaments en chimiques et en gaUniques. Quoiqu'elle présente au point de vue pratique l'avantage de procéder du simple au composé dans
l'expositioQ des remèdes, ce qui a moUvé sans doulc le choix du codex, elle constitue en somme une division purement artificielle. Ainsi que l'observe justement Bouchardat, cette classification, imparfaite au point de vue chimique , est absolument défectueuse au point de . vue thérapeutique, puisqu'elle réunit dans les mêmes groupes les médicaments les plus opposés.
II y a plus de méthode et de clarté dans la division en huit sections présentée par Soubeiran.
La première comprend les agents thérapeutiques que l'on peut obtenir sans l'intervention d'aucun corps nouveau : elle se compose des poudres, des pulpes, des sucs, des huiles et des graisses.
La seconde section est représentée par les préparations piiarmaceutiques qui nécessiteiû l'intervention d'un véhicule, c'est-à-(Ure : les Ksanes, les apozèmes, les bouillons, les Pulsions, les mucilages, lespotions, dont l'eau est toujours le principal véhicule : dans le même groupe, Soubeiran fait rentrer les teintures alcooliques, les teintures éthérées, les vins et vinaigres médicinaux, les bières médicinales, les huiles fines médicinales.
Ce sont les produits obtenus par distillation ; savoir : les eaux distillées, kydrolat8;les huiles volatiles essenttet^,les alcoolats, qui constituentla troisième section.
La quatrième section comprend un seul groupe, celui des extraits.
Nous trouvons dans la cinquième , les saccharoîés : (sirop, gelées, mellites, conserves, pâtes, tablettes, pastilles.)
Le sixième groupe comprend une série beaucoup moins naturellement définie : ce sont tes espèces, les poudres composées, les élecluaires et les masses pilu-
laircs préparés (Vaprès une ordonnance magùtrale.
On trouve dans la 7« classe des médicaments exclusivement réservés à Tusage externe, tels que cérats, sparadraps, onguents, pommades et emplâtres.
Enfin, nous rencontrons dans le 8^ groupe les préparations dont le caractère n'est affirmé que par leur cm-, plûi médicinal; ainsi, les bougies, les suppositoires, les collyres, les escharotiques , les liniments, etc. sont les médicaments en quelque sorte spécialisés.
Si acceptable que soit cette division, elle nous parait cependant prêter à la confusion, et manquer de netteté.
MM. Henri et Guibourt, utilisant les travaux antérieurs de MM. Béral et Chéreau, ont arrêté ime division conforme à toutes les régies d'une saine nomenclature, et qui se présente comme une classification pharmacologique aussi simple que naturelle.
On catégorise les médicaments selon qu'ils sont préparés : 1^ par division. Dans cette classe rentrent les pulvérolés ou poudres simples, les pulpites, les sucs, les huiles, les résines, les essences, les menstrues et sels purifiés); 2* par extraction : ce sont les fécules amygdalées; 3« par mixtion . Ici , nous rencontrons trois sections : la première renfenne les espèces^ les poudres composées : la seconde, les trocliisques et les pilules, les saccbarolés solides ; la troisième est remplie par plusieurs genres dépendant de la nature de l'excipient. Exemple : gelées, sirop, vins, teintures alcooliques, éthérolés, etc. ; 4^ par combinaison chimique : là, viennent se ranger dans un ordre très-voisin de celui du Codex, les corps simples, les acides minéraux^ les acides métalliques, les sels médicinaux, du règne minéral : puis les acides végétaux, les alcaloïdes, les sels à base végétale, puis enfin, les eaux minérales artificielles.
Cette ^mple nomenclature, par division, par extraction, par mixtion et par combinaison, est à la fois élémentaire et complète ; elle convient parfaitement au tliérapeutiste qui se préoccupe et s'enquiert des voies et modes de préparation des médicaments. Nous l'acceptons donc sans plus discourir sur un sujet qui n'est évidemment que subsidiaire et complémentaire dans ces études.
III« TITRE. — DrvisiONs thérapeutiques.
Nous passons maintenant aux divisions thérapeutiques de la matière médicale, lesquelles sentent en quelque sorte d'introduction aux classifications physiologiques ou cliniques qui nous occuperont ultérieurement.
On peut faire trois catégories des divisions de la Matière médicale et de la Tiiérapeuliquc, depuis le commencement dès éludes sérieuses sur les espèces médicuiales, jusqu'à l'époque toute récente où le progrès de l'expérimentation physiologique s'ajoutant aux découvertes de la chimie organique et au perfectionnement de l'observation clinique, il a été possible de faire avec quelque exactitude l'histoire physiologique et thérapeutique des substances.
Quelques-unes de ces Divisions reposent simplement sur des caractères d'extraction ou d'origine des médicaments. Les auteurs ont adopté soit Tordre naturel des familles, soit simplement l'ordre alphabétique. Un plus grand nombre prétend dénommer les classes ou les ordres d'après les propriétés réelles de l'agent sur les tissus. Il en est enfm qui, dépassant l'idée d'une action générale physiologique ou thérapeutique,
ont imaginé autant de catégories qu'ils ont cru enregistrer d'effets spéciaux.
Parmi ces derniers, figure Alibert qui, le premier en France et dus le début de ce siècle, professait qu'il n*y avait point de remèdes à proprement parler, mais des modificateurs pliysiologiques à Taide de médicaments que la nature utilise selon ses lois. Sous cette pensée, Alibert eût pu faire une classification en rapport avec son grand esprit. Mais, d'une part, il multiplia les subdivisions jusqu'au ridicule, mêlant le mesmérisme avec les épispastiques, et le perkimsme avec les bains ! D'autre part, il subordonna ces subdivisions, tirées d'un moyen physiologique ou d'une indication spécifique, à la division naturelle en trois règnes, examinant successivement les produits du règne animal, ceux du règne végétal et ceux du règne minéral. Ainsi que l'observe judicieusement Bouchardat, un des inconvénients de semblables classifications est de se prêter trop exclusivement à la médecine des symptômes, en multipliant les effets physiologiques des agents médicateurs.
A une époque où l'on connaissait plutôt des remèdes que des médicaments, et où les divisions thérapeutiques étaient principalomonl tirées de prétendues propriétés anti-morbides, TAnné dont l'esprit était à la fois gênéralisateur et systématique, commença à diviser sa matière médicale en produits des trois règnes, puis classa ces agents par ordre alpliabétique en les baptisant des noms alors à la modo.
C'est un arrangement semblable, observe avec raison M. Rabuteau, qui guida tant en France qu'à l'étranger, dans leurs travaux pharmacopiques ou thérapeutiques, les Murrai/y les Jourdauy les GmeUn. Si Ton veut
avoir Térilabloment une idée tic la manière de diviser et de subdiviser systématiquement, qui travaillait nos savants à la fm du XVIII"'* siècle, il faut lire le traité qu'écrivit Geoffroy vers la première moitié du XVIII"* siècle. Ainsi, des hypercriniques, (cxosmotiques et évacuants,) Geoilroy retire péle-mèle : mélaiiagogues, choiagogueSyphlegmagogues, emménagogues, sudorifiques, altérants, rafraîchissants, etc., etc. En Allemagne, Schlegel quid'aiUcurs, sous le nom de Matière médicinale, publia un compendium des meilleures monographies thérapeutiques de son temps, n'établit même pas d'ordre méthodique.
* Aussi , en France, jusqu'à Barbier ; en Allemagne, jusqu'à SchrofF; en Angleterre , jusqu'à Péreira; en Italie jusqu'à Giacumini (qui publia d'ailleurs son livre à Paris>; en Amérique, jusqu'à Stillé, nous voyons partout les médicaments rangés selon le plus grand désordre. Le plus ordinairement, les auteurs adoptent purement et simplement un ordre alphabétique ; s'ils font ensuite des catégories, celles-ci dépendent soit ' des nombreuses et hypotliéUques propriétés attribuées au médicament, soit de l'origine et de l'extraction du médicament.
La divisi(Hi de Barbier eut en France un grand retentissement, et est restée, jusqu'aux tentatives d'expérimentation clinique , comme l'essai le plus heureusement conçu des divisions pratiques, reposant sur les propriétés générales des médicaments. Barbier admettait iO classes savoir : Les Ioniques, qui condensent les tissus dos organes et fortifient leur fibre; les excitants, les diffiisibles, qui stimulent les tissus des organes et pressent leur actions; \ea émollients , qui relâchent la fibre et diminuent sa vitalité; les tempérants,
qui inodoi ont la trop gmnde activité des organes, surfout i\c l'appareil circulatoire, et ([ui font décroître la 4*alurilication quand elle est trop forte ; les narcotiques^ qui dominent surtout la vie de l'appareil cérébro-spinal; les purgatifs qui irriti^nt la surface interne de l'intestin et provoquent des évacu tiens alvines; les éméliqucs, qui irritent surtout la surface duodénale , et provoquent le vonûss4»ment ; les laxalifSj qui troublent les mouvements naturels des intestins et décident l'expulsion de ce qu'ils contiennent ; enfin j les médicaments que Barbier appelle ingénument incertœ sediSj et qui ont un mode d'action spécial, indépendant des ordres précédents. •
On conviendra qu'une pareille division est absolument incomplete> et qu'on ne s'explique pas la vogue qu'elle peut avoir eue. Rien, a})6olument rien, ne peut justifier ses prétentions à une base physiologique. I^s actions n'y sont déterminées que sur des indications vagues, empiriques et dépourvues de caractères scientifiques. Sur les dix classes, j'en vois d'abord trois qui se confondent physiologiquement dans une môme origine générique et ne dilTérent dans le modus agendi que par des degrés de modalité : j'entends parler des émétiqxies, des 2Mr(f<itifii ai àcs laxatifs . Et, en effet, ce sont là, des agents hypercriniques, des exosmotiques éliminateurs. Les uns et les autres agissent en provoquant une hypersécrétion de la muqueuse gastro-intestinale. Dans cette action commune, il est juste de distinguer celle des émétiques, lesquels provoquent par une action spécifique ou tout au moins spéciale, une contraction du diaphragme suivie, à la suite d'impression nauséabonde sur l'estomac, d'une éjection par les voies supérieures. Quant aux laxatifs et aux
purgatifs, évidemment ils ne sont séparés que par une question de degré. Les stimulants^ qui pressent V action des organeSy nous paraissent mal distingués des excitants dont l'auteur ne spécifie nullement le type. C4ette dénomination perd toute valeur, par le fait même du caractère de vague et d'indétenminé qui l'enveloppe , si aucune explication ne complète le sei^s de l'interprétation physiologique. Tous les tissus, en effet, tous les organes, toutes les fonctions, sont passibles d'excitation, et la stimulation n'est elle-même qu'un excitation passagère. Les excitateurs cérébro-spinaux n'ont aucun rapport avec les excitateurs vasculaires, et ceux-ci ne ressemblent pas aux excitants des muqueuses, ou aux provocateurs de la contractilité musculaire. C'est donc là encore ime mauvaise division. Faisons remarquer de plus que les émollientsy qui diminuent la vitalité des tissus en relâchant la fibre^ etle^ tetnpérotntSyqui modèrenth trop grande a4^tivite des organesitempei'are); sont des agents de genres différents, mais relèveot manifestement d'un même oixlre d'action; à plus forte i*aison^ n'est-il pas rigoureux d'en faire deux classes dilïérentes. Je ne vois jusqu'ici que trois classes nettement définies : celle dès toniques, celle des narcotiques, et celle des stimulants. Que penser dis la dixième classe, comprenaiit les médicaments dit mcer(tt'-s6(//8? Barbier leur attiÂbue \m modo* d'action spécial, et les considère comme i^ pouvant entrer dans aucune de ses autres classes. Mais qu'est-ce à dire? Ce sont nxanisfjestemenl les médicaments à action élective, les spéciaux et les spécifiques, que l'auteur entend ainsi désigner. Or ces spéciaux se distinguent précisément des médicaments à action générale en ce qu'ils ont des propriétés déterminées , particulièrement
applicables à un tissu, à un appareil organique, à un état fonctionnel ou pathologique. Ceux-là donc, seulement, sont des agents de siège certain, certœ sedis : c*est donc par un contre-sens manifeste que Barbier les appelle incertœ sedis parce qu'il n'a su où les caser.
En voilà assez croyons-nous, Messieurs, pour démontrer que si, par les données cliniques précieuses qu'il renferme, le livre du médecin de Rouen a mérité sa grande réputation, il reste, par la pauvreté de sa division thérapeutique, au-dessous des plus malheureuses tentatives de ce genre.
Cette critique détaillée nous autorise à passer rapidement sur les très-nombreuses divisions thérapeutiques dont la charpente est analogue.
Nous citerons comme préférable, dans le même genre, celle du professeur Chomel , telle qu'il la produisit dans sa pathologie générale. Ici, nous n*avoiis plus que sept classes : les Evacuants y les Astringents ^ Jes Débilitants^ les Toniques^ les Calmants^ les Stimvir lanlSy les Spécifiques. Bornons-nous à observer que la médication substitutive et altérante, les excitateurs et les irritants, les antiphlogistiques, les anesthésiques, les antispasmodiques, font défaut dans cette sériation. Quant aux CalmantSj cette désignation vague ne suffit pas apparemment, pour distinguer l'action controstimulante de l'action narcotique.
On ne peut pas fournir un type plus choquant des associations illogiques d'agents généraux et spéciaux, physiologiques et empiriques, que la prétendue classi- • fication de Galtier.
A coté des actions générales telles que celles-ci : EmolUents y Tempérants j Astringents y Toniques y SUmulantSy Narcotiquesy Altérants, Excitants delà moelle
épinièrej Antispasmodiques ^ cette division admet : des Stcrnutatoires y ou agents ayant la propriété spéciale de faire éternuer, des Antipsoriques , des Antipédiculairesy des Rubéfiants^ VésicanlSj etc. etc.
Une pareille division n'en est pas une : elle n'est pro- [h;^ qu'à jeter la confusion dans Tesprit, Tanarchie dans les idées d'un jeune praticien.
Aussi coniprend-K)n, ea présence de tentatives à la fois si multiples, si stériteset si conti*adi.ctoires , le parti adopté par le professeur Gûbler.
On peut voir en effet, dans ses commentaires tliérapeutiques du Codex médicinal^ que l'éminent professeur l'énonçant à toute classKicatîon , a adopté purement et simplement l'ordre alphabétique pour les produits sim. pies naturels ; tandis que, en ce qia touclie aux produits minéraux et aux extractifs ou alcaloïdes , il a adopté un ordre à la fois pliysiologique et chimique.
Ënfm^ MM. MiLNE- Edwards et Vavasseur, auteurs d'un manuel de matière médicale qui ne fut pas sans jouir d'une vogue passagère, avaient étabU les 12 classes suivantes , qui semblent avoii* servi de cadre , plus tard, à MM. Trousseau et Pidoux : Astringents, — ToniqueSy — Excitants généraux et spéciavjCy — Narcotiques ou stupéfiants, — ÈinétiqueSy — Purgatifs^ — Lajcalifsy — Tempérants, — Emollients, — Rubéfiants et Epispastiques,. — CaustiqueSy — Anthelmintiques. Il n'est question ici , on le voit, ni d'antîphtogistiques , ni cVanesthisiques^ ni d^antispasmodiques. Les substitutifs et altérants , le^ agents spéciaux y manquent également. En revanche, il y a trois classes pour les hypercnnies gastro-intestinales, et deux pour les actions lénitives. Ce n'est donc pas là encore un division acceptable, pas plus sous le rapport physiologique que sous le rapport clinique.
Dans une étude dogmatique et aprioristîque ne man^ quant pas d'ailleurs d'esprit philosophique, le docteur Delioux de Savignac a voulu classer les principaux modes de Faction dynamique des médicaments. Il a reconnu quatre archétypes, à savoir: les a Jurante, les sédatifs y les stimulante et les siwliatifs ou évaciuints. Par sa simplicité , cette division trùs-large est préférable encore aux divisions qui précèdent ; car , au point de vue physiologique et clinique , il n'est guère de médication qui ne puisse trouver place dans l'un de ces quatre cadres. On trouvera toutefois celte division par trop vague et indéterminée. L'idée de tonique est absente.
Bien que les divisions adoptées par le professeur Bouchardat d'une part, par Trousseau et Pidoux de l'autre, soient à peine plus complètes, moins empiriques et plus logi(|ues que celles qpi viennent de nous occuper, nous considérons comme un devoir, en raison de la haute valeur et do l'actualité encore vivace des travaux de ces maîtres, d'insister davantage sur les pseudo-classifications qui constituent certainement la paît la plus modeste de leurs travaux thérapeutiques.
Avant toutefois. Messieurs, il nous semble bon de parcourir d'un coup d'aûl rapide les divisions les plus en renom parmi les auteurs étrangers, sur le sujet qui nous occupe.
Je no procéderai pas par ordre de date parce que, si dans le développement des questions, les ouvrages les phis récents sont naturellement les plus exacts et les phis complets sous le rap[>ort des données de l'expérimentation [)hysiologique, les plans les mieux conçus au point de vue d'une classification rationnelle et pratique sont souvent émanés d'auteurs déjà anciens.
Aux États-Unis, raraéricain StiLLÉ admet douze classes: EmollientSy astringents, irritants, toniques, stimutants généraux , stimuUints cérébro-spinaux, tétaniques, aédatifs généraux^ sédatifs artérieis, sédatifs nerveux, éoacuants, altérants. On peut voir que celte sériationse rapproche beaucoup de celle de Choinel, Milne- Edn'ards et Barbier. Elle indique cependant des notions pbysiologiquespluspositives et mieux détenninées. C'est ce que montre notamment la division des sédatifs et des stimulants, en cardio-vasculaires et en tétaniques. Il n'y a place dans cette classification ni pour les substitutirs et altérants, ni pour les spéciaux; l'auteur parait ne pas admettre les derniers, et range les autres soit parmi les sédatiis, soit parmi les irritants. H fait aussi dépendre, et avec raison, les réiTilsifs des irritants; Oe même que les anestliétiques et les antîspamodiques relèvent manifestement dans cette catégorisation, du groupe des sédatifs nerveux. On peut re- »lrouver legroupe desexcitateursdaos. la classe que Stillé désigne sous le nom de stimulants cérébro-spinaux. Somme toute, sauf la lacune des agents spéciaux et spécifiques, tels que les anti-virulents et anti-parasilaires, c'est là une des meilleures divisions tliérapeuti- ^ues que l'on puisse adopter, ai^ point de vue rationnel et classique.
Je citerai, après l'œuvre notable de l'américain Stillé , le travail tronqué du prussien Garl Binz. Il s'agit d'un petit abrégé de matière médicale et théro' peutique, sans préface, sans plan; la division paraît en avoir été empruntée à nos cliniciens thérapeutes français. Elle comprend : 1° les narcotiques , 2* les émollienls, S^'les toniques, 4" les altérants, 5" ]es évacuants, & les purgatifs, 7» les anlhclminlhiques.
8° les diurétiques , 9» les diaphorétiqueSy 10^ les caustiques , et 11** les agents mécaniques.
La subdivision que donne aux toniques le professeur de l'université de Bonn, est susceptible d'être très-discutée, et môme contestée. Pour Fauteur, il faut distinguer des toniques nervins, des toniques astringents des toniques acides des toniques amers, des toniques alcalins et des toniques martiaux. Et d'abord on ne comprend pas bien dans notre langue française si précise, cette association entre les toniques et les alcalins. Car l'action alcaline est précisément réputée l'antagoniste de l'action tonique. Citons-cn ce seul exemple : chacun sait que dans les états d'hyperplasie et d'kyperfibrination du sang, dans les plilegmasies aiguës, onprescrit les alcalins sodiques tels que le bicarbonate de soude pour diluer la crase sanguine. Par contre, chez les sujets atteints d'iiydrémie et d'anémie chlorotique, c'est à l'aide des ferrugineux que l'on reconstitue l'hémoglobulie. Voilà donc deux médications antagonistes rangées par le professeur Binz dans la même série.
Nous nous contenterons sur ce point de mettre en relief cette contradiction choquante. Que si nous nous reportons aux toniques nervi^is de l'auteur , nous ne sommes pas moins surpris de voir classés parmi les actions toniques, c'est-à-dire reconstituantes et réparatrices, des agents tels que la strychnine, la brucine et tout le genre strychnos. En effet, il est notoire que ce groupe de médicaments décrits partout ailleurs sous le nom do tétaniques, comprend bien plutôt des désorganisateurs et des excitants, que de véritables toniques. L'ergot de seigle et l'ergotine qui sont des excitateurs spéciaux de la fibre lisse muscu-
laire, des (oci^uc^â de la fibre utcrÎDe, ne sont pas mieux placés parmi les toniques.
tl est aussi au moins contestable qu'il convienne de faire des astringents un sous-ordre des toniques, ainsi que le fait H. fiinz. Il y a certainement un grand rapport entre l'efTet total de certains astringents, du tannin par exemple, et celui des toniques. Mais on ae doit pas perdre de vue que le mécanisme de leur action première et locale est, ainsi que l'observe Bouchardat, absolument opposé. En effet, tandis que les astringents ou styptiques resserrent les canaux sur les liquides et en chassent l'eau ou le sang, les teniques par une action inverse appellent l'eau et le sang dans les canaux dont ils déterminent la turgescence.
Enfin M. Binz admet des toniques acides; et là nous trouvons l'acide acétique , l'acide tartrique , le chlorate de potasse. En vérité, c'est là une macédoine pharmacodynamique qu'on peut comprendre en Prusse. Mais elle est manifestement incompatible avec la netteté d'un tangage véritablement scientifique. Passons donc outre.
Le Traité de Pharmacologie du savant professeur ScHRoFF (de Vienne,) repose sur des divisions plus lar^ment comprises. Il renferme deux grandes sections: la première, visant les médicaments qui agissent sur le système de la vie végitalive ; la seconde comprenant ceux qui modifient le système de la vie de relation. La i" section renferme 7 classes. La première contient les remèdes qui réparent les tissus et relâchent la tibre musculiùre (lait, pepsine, cacao, sucre, corps gras.) Ce sont les analeptiques reconstituants et les analeptiques émoUients de plusieurs auteurs français. Ce rapprochement entre les reconstituants, et
les umyosthcniqucs n'est pas heureux, d'autant plus qu'il ne s'agit pas dans cette section, de modificateurs dynamyques.
La seconde classe associe aux toniques purs les toniques réfrigérants. (Acides et plorab). C'est là encore un rapprochement peu motivé.
Dans la troisième classe, nous trouverons encore plus d'obscurité ;« elle renferme, dit l'auteur, les remèdes qui altèrent la cohésion de la substance organique : » Remédia solventura.Les iodiques, les diaphorétiques, les alcalins , les diurétiques, les purgatifs et enfui les caustiques, forment les principaux groupes de cette classe : c'est une vraie mosaïque de types physiologiciueinent opposés ou très-différents.
La quatrième classe est plus nettement constituée par les métaux. Enfin la cinquième comprend, sous le nom de remèdes dcres, les produits végétaux les plus divers, depuis le cubèbe et l'ipéca, jusqu'à la scille et a la salsepareille.
Quant à la deuxième section, celle qui comprend les médicaments qui agissent sur le système de la vie animale,Scliroff admet seulement deux classes: la première est celle des exciUiteurs des systèmes vasculaires, en raison d'une action primitive sur les centimes nerveux. (Le camphre, la valériane, le musc , les antispasmodiques en général, se trouvent là). Dans la 2® classe nous avons, sous le nom très-impropre de narcotiques, l'opium, la belladone, la noix vomique, la cigué, Taconit, la digitale, le seigle ergoté, etc.
En résumé, cette division est des plus confuses ; nous ne la mentionnons qu'en raison de la haute valeur selontifuiuede son auteur, et aussi parce qu'elle donne pour la première fois le sectionnement général toute de la
matière médicale en deux cadres : le premier comprenant des modificateurs trophiques, et le second des modificateurs dynamiques. Nous devons, pour être exact , ajouter queSchroffa constitué sous le nom d'appendice une section importante, comprenant l'application du froid, de Télectricité, de la lumière : ce que nous appelons en France, les agents physiques et naturels.
Bien plus remarquable est la division du grand naturaliste anglais Pereira. Quoiquelle soit ti-ès-compliquée et intéresse plus le chimiste, le zoologiste, le botaniste que le clinicien, nous croyons indispensable d'en reproduire ici les principaux jalons.
Dans ses éléments de matière fnédicale et de thérapeutique, Peirera divise les remèdes eil cinq séries générales. Il distingue \es psychiques (hygiène morale); les physiques (électricité, chaleur); les hygiéniques (aliment, exercice) ; les mécaniques (chirurgie) , et les pharmacologiques ou médicaments proprement dits.
C'est cette dernière série qui constitue la majeure partie du travail de l'auteur. Pereira la subdivise en pharmacologie générale et spéciale.
La pharmacologie générale comprend 9 classes, savoir:
1** Remèdes topique agissant mécaniquement (purgn-' tifs mécaniques^ anthelminthiques, dentifrices, etc.)
2» Remèdes topiques agissant chimiquement (caustiques astringents, désinfectants, etc.)
3» Remèdes topiques agissant dynamiquement {émoU lients, âcrides.)
4« Héfnatiques agissant sur le sang y les uns comme spariténii^wesappauvrissants (alcalins, bromiu'es, iodures, les autres comme hématiniques ou enrichissants (fer.)
5» Les pneumatiques y ou agissant sur les organes de a respiration (fruits acides, etc.)
&> Les neuroliqxieSy ou modificateurs du système nerveux. Pereira les subdivise en modificateurs cérébrospinaux (anesthcsiques ethypéresthésiques amyosthéniques, liypécinétiques) ; en ganglionnaires ()iui\es éthérées végétales, ammoniacaux, etc.)
T*" CœliaqueSj ou modificateurs des fonctions digestives : (entériques, spléniques, hépatiques.)
8^ EccriliqueSj ou agissant sur le système excréteur: ce sont les hypercriniques ou éléminateurs des classifications françaises. (Là nous trouvons les diaphoréliques, les catliartiques, etc).
9" Les Génétiques agissant sur les organes de fécondation et de reproduction (aphrodrysiaques, anaplirodysiaques, emménagoques.)
Telles sont les classes qui composent les séries de la pharmacologie générale.
Vient deuxièmement la pharmacologie spéciale. Ici, Fauteur étudie le médicament comme substance isolée, en lui-même et pour lui-môme. Dès-lors , il a cm convenable, ne faisant plus que de la matière médicale et de la drogologie, d'adopter l'ordre physique et naturel. Aussi décrit-il premièrement les remèdes minéraux, puis ceux du règne végétal, et enfin les médicaments du règne animal.
M. Rabuteau, auquel nous empruntons en partie ce tableau de la division de Pereira, se montre à notre avis beaucoup plus sévère que de raison, àFendroitduplan général du beau travail du naturaliste anglais.
Il s'agit ici d'un ouvrage vraiment complet contenant à la fois la thérapeutique, la matière médicale, et rhistoire naturelle des médicaments. Pour ne parler que de la cinquième série qui est évidemment la plus importante , sa division qu'on peut dire anatomo-
physiologique , est loin d'être sans mérite ; car elle vise à la fois une propriété médicamenteuse et une fonction organique. (Exemple : médicaments cœliaques, pneumatiques, génétiques). Que si pour la deuxième division y celle de la pharmacologie spéciale, l'auteur adopte Tordre naturel , traitant de chaque médicament d'après son origine y il ne faut pas perdre de vue que Pereira ne fait plus ici que de la matière médicale, et que dès-lors l'ordre naturel est très-admissible.
Nous en aurions fini avec ces divisions thérapeutiques des auteurs étrangers s'il ne nous restait à parler du chef de Técole italienne, A. Gucomini, lequel a donné dans son Traité philosophique et expéri'méditai de thérapeutique la division la plus pi*atique et la plus véritablement physiologique qui ait paru jusqu'à nos jours touchant la distribution sériaire des médicaments* lUen de plus simple que cette division. L'auteur admet trois classes: <• les hypersthénisants ; 2* les hyposténisants; 3** les spécifiques ou empiriques. Viennent ensuite des subdivisions parfaitement rationnelles , notamment pour les deux premières classes , en modificateurs céphaliques / spinaux, vasculaires, cardio-vasculaires , gastro-entériques , et lymphaticoglandulaires.
Cette classification a été violemment attaquée en raison de ses prétentions phylosopliiques. Beaucoup ne l'ont pas comprise , d'autres Tout défigurée. Si Ton était plus pénétré de cette vérité , que nulle science ne peut se constituer sans faits , mais que c'est une saine interprétation du fait et non le fait lui-même qui constitue le caractère scientifique , on jugerait autrement Giacomini. M. Rabuteau et l'école ultra-expérimentale dont il est im zélé prônateur, reprochent à
GiacoiTiini de sVtrc trop appuyé sur la doctrine dynamique de Brown ; et il ajoute : « Sa classification devait n s*écrouler avec la théorie sur laquelle elle reposait. »
Mais premièrement il est inexact que la doctrine de Bro\i7i soit virtuellement annulée dans le domaine de la clinique médicale ; cai' chaque jour les mots d'hyposthénie et d*hypersthénie servent de base d'observation pour la constatation d'mi état patholo^que général. I^ très-remarquable et récent travail du docteur Ferrand, médecin des hôpitaux et membre fondateur de la Société ëe Thérapeutique de Paris, repose tout entier sur cette division magistrale. Ajoutons que Giacomini, — M. Raliuteau lui-même l'avoue, — est loia de méconnaître Timportance de l'expérimentation physiologique. 11 a expérimenté en personne à une époque où Magendie était en quelque sorte le seul expérimentateur en vue ; et on lui doit toute une grande médication, celle du Contrb-stimulisme.
M. Rabuteau reproche à Giacomini d'avoir admis des spécifiques et des empiriques, et il l'excuse seulement en prétendant qu il n'a pas pu se soustraire à l'usage du temps. La vérité est que, si l'on peut contester l'utilité d'une classe de médicaments spécifiques, on ne peut pas nier cliniquement la nécessité de reconnaître une classe de médicaments spéciaux. L'ergot de seigle, le sulfate de quinine, le bromure de potassium, la digitale ne valent que par leurs propriétés spéciales en thérapeutique. Récamier, Bretonneau, Trousseau, Andral, Bouillaud, ne sont de grands médecins que parce qu'ils ont cru aux actions spéciales : et s'il était donné à M. Rabuteau de sortir plus souvent de son laboratoire de vivisection pour observer sur le terrain de la pratique des hôpitaux, il comprendrait
mieux que toutes les propriétés d*un médicament, ne sont pas nécessairement établies et démontrées par le seul fait d'un certain nombre d'injections sous-cutanées dans les tissus d'un chien, d'une grenouille ou d'un lapin. Bien peu de personnes d'ailleurs , parmi celles qui attaquent Giacomini, l'ont sérieusement étudié. Ce savant distingué s'était du moins constitué un domaine d'idées sur le terrain desquelles il pourrait opposer à la fois la raison et l'observation. Giacomiid avait surveillé minutieusement le mécanisme de l'action d'un médicament ; et de son observation, il avait déduit les trois conclusions suivantes : 1"^ un médicament ne décèle sa véritable propriété thérapeutique qu'autant qu'il a été assimilé (à moins qu'il ne s'agisse d'agents purement dynamiques) ; â^ la propriété, l'action physiologique d'un médicament est toujours une et égale à ellemême; il ne faut pas confondre avec elle les effets secondaires , ou les variations dépendantes de l'idiosyncrasie d'un sujet ; 3'' la classification doit prendre pour critérium, cette action intrinsèque et primitive.
C'est en partant de ces données, que Giacomini a établi sa division si simple, si remarquable. Nous lui reprochons seulement d'avoir omis toute une grande classe d'agents physiologiques, desquels on ne peut pas dire que leur propriété médicinale intrinsèque^ primitiuc , directOy soit plutôt hyper qu'hypostliénisante ; nous entendons pai'ler du mercure, de l'iode, du barium, etc. Ce sont des agents substitutifs ou altérants sans lesquels aucune classification n'est possible.
Si nous avons autant insisté sur la division de Giacomini, c'est parce que, nous proposant de terminer ce travail par une classification à la fois physiologique et
clinique, nous avons reconnu que les propriétés expérimentées par vivisection, des principaux agents de la matière médicale, sont tellement variables selon la dose, ridiosyncrasie du sujet et l'état préexistant des lésions, qu'il importe de déterminer seulement la modalité et le genre tliérapeutique d'après l'action physiologique spéciale; tandis que des divisions plus générales délimiteront au point de vue de l'observation clinique l'ordre et la classe de l'agent médicamenteux.
Revenons maintenant à nos auteurs français contemporains, en nous occupant spécialement des œuvres importantes de Bouchardat et de Pidoux
Le professeur Bouchardat, après avoir constaté que MM. Trousseau et Pidoux ont classifié sans paraître le faire, en ce sens qu'ils ont sérié leurs médications d'après des propriétés physiologiques ou thérapeutiques du médicament, s'élève à son tour contre l'inanité des prétentions do quiconque tenterait, dans l'état présent de la science, de donner de la matière médicale, une classification complète, méthodique, naturelle, aux points de vue si divers de la composition cliimique, des propriétés physiologiques et des applications thérapeutiques. Il se refuse donc à classer ; mais il divise, et il cherche dans ses divisions à mettre un peu plus d'ordre et de méthode que n'ont fait MM. Trousseau et Pidoux. Sa division ne contient pas moins de 22 séries,, dénommées généralement d'après la propriété thérapeutique attribuée par l'expérience à l'agent médicamenteux.
Énumérons d'abord ces 22 séries: 1° narcotiques; 2«* cyaniques] 3" tétaniques] Ar cmménagogues ; 5^ antispasmodiques; ù* stimulante ou excitants; 1"* aphrodisiaques; 8"" sudorifiques ci diaphorétiques; 9^ diuré-
tiques; 10<» expectorants; 44<» émitiques ; 12 purgatifs; 13*» antiphlogistigues ; ii émollients et analeptiques; 15*» contrO':stimulant$;i6 tempérants, il^ astringents; 18<> toniques; 19** altérante et substitutifs; 2(>> r^ulst/s; 21® stala^o^ues; 22 anthelmintiques.
C'est avec raison que Bouchardat se défend plus encore que Trousseau et Pidoux d'avoir visé a une classification. Il est impossible de ne pas remarquer que l'auteur a semblé avoir alterné à plaisir les genres et les ordres, sans nul souci d'une gradation méthodique. Ainsi, les actiona stupéfiantes ouvrent la voie ; puis, tout aussitôt, viennent les tétaniques, et bientôt après, les antispasmodiques. Les diurétiques sont rapprochés des expectorants, lesquels sont séparés des émé tiques.
Les analeptiques s'interposententre'les antiphlogistiques et les contro-stimulants. Les toniques séparent les astringents des altérants. Enfin, l'on ne comprend pas bien pourquoi les sialagogues font suite aux révulsifs et précèdent eux-mêmes les anthelmintiques.
II apparaît bien seulement que l'éminent professeur d'hygiène a cherché à prendre pour base de ses dénominations sériaires les effets thérapeutiques. Nous ne voyons que la seconde division, celle des cyaniques, laquelle exprime plutôt une idée de composition chimique, qui fasse exception. Ce n'est donc point là le côté attaquable de celte division. On lui reprocherait plus justement la confusion et le défaut de méthode. Et d'abord, il était évidemment facile de simplifier ces groupes. Les cyaniques de vraient être fondus avec les narcotiques sous la dénomination plus large de stupéfiants. Rien n'était plus facile, plus indiqué, que de rapprocher les emménagogues et les aphrodysiaques,
les tétaniques et les excitants, car ce ne sont là que des ordres différents d'une même classe. Les émollients analeptiques n'auraient pas dû être séparés des tempérants ; les antiphlogisliques et les contre-stimulants, les émétiques et les expectorants sont le sujet d'ana. logies physiologiques trop évidentes pour que l'esprit ne soit pas choqué de les trouver dans des catégories très-distinctes et formellement isolées.
Une autre objection qui se présente tout d*abord au parcours de cette division, c'est que l'auteur a pris pour pour type de ses séries, tantôt des actions générales, physiologiques ou tliérapeutiques, tantôt des actions spéciales, et môme spécifiques. Ainsi, ce sont bien des effets généraux, que les effets stimulants, antiphlogistiques , contre-stimulants, toniques, altérants et révulsifs. Ce sont au contraire des actions purement spéciales, s'adressant non plus à l'ensemble des forces organiques, mais à une fonction isolée, à un appareil organique particulier, que les actions sudorifiques, diurétiques, expectorantes, emménagoguos et sialagogues. Ce sont môme des actions spécifiques, que celles des vrais anthelmintiques. On ne voit pas deslors pourquoi l'auteur s'est arrêté sur le chemin de l'empirisme tiiérapeutique et n'a pas admis des antipériodiques, des antistrumeux, des antigoutteux, etc..
Mais là n'est pas encore, à notre avis, la principale défectuosité de cotte division. Elle git surtout dans le groupement des genres pour chaque série, groupement qui n'est pas toujours acceptable pas plus au point de vue thérapeutique qu'au point de vue physiologique. Nous venons de montrer qu'il eût été facile à l'auteur, avec un peu plus de méthode, de réduire, ou, au contraire, de multiplier ses 22 classes, selon qu'il
ont voulu rapprocher et fondre des actions de même ordre ou au contraire, accroiti*e et compléter la série des actions spéciales.
Nous allons voir maintenant comment, par suite d'une dénomination insuffisamment large, se trouvent confondus des genres thérapeutiques absolument distincts, et par certains côtés, opposés ; comment aussi par le seul fait d'une catégorisation systématique, certains agents thérapeutiques y sont nécessairement mal classés.
Examinons d'abord le premier groupe, celui des narcotiques. Je n'y vois véritablement à leur place que les pavots, les opiums, leurs alcaloïdes et leurs sels; plus^ la laitue vireuse, le lactuarium, la thridace et le coquelicot. Tous ces agents en effet ont, à des degrés divers, pour propriété dominante, celle de narcotiser, c'est-à-dire de stupéfier en provoquant à la somnolence, au myosisme et à la parésie du pouvoir réflexe cxcito-moteur.
Le haschisch qui vient après n'appaiHient plus au même genre , car il est mydriatique et non myosique de la pupille; il procure des hallucinations et un état cérébral qui s'accompagne en efiet de sommeil, avec perturbation profonde dans tous les organes des sens; mais ce n'est pas là le sommeil profond, congestif, torpide, qui distingue le narcotisme des autres états hypnotiques. Les solanées vireuses, (belladone jusquiamc, stramoine, et surtout tabac) sont également des agents si distincts des narcotiques opiacés, qu'ils en sont à beaucoup d'égards les antagonistes : notamment en ce qu'ils procurent l'oUghémie cérébrale et la dilation pupillaire. Enfin, la morelle, la doucc-amère et le coqueret, n'apparaissent évidemment ici qu'en vertu de
leurs aflinités botaniques parce qu'il sont de la famille des solanées.
Il n'est pas rigoureux non plus de faire des ombeUifères viveuses particulièrement du genre cigucy de simples narcotiques : l'action stupéfiante de la ciguë se traduit bien plutôt par une sidéralion paralyso-motrice sur la moelle, que par du narcotisme. Mémo observation pour l'aconit et Taconitine, pourlacolchicine, etpour la vératrine qui est un poison musculaire désorganisant directement le pouvoir centractile do la fibre striée. Quant au sumac vénéneux et à la coque du Levant, leur place serait bien mieux à côté des tétaniques : de môme que les champignons vénéneux se rapprochent des cyanhiques.
Ceux-ci constituent bien un groupe absolument na* turel tant au point de vue physiologique qu'au point de vue chimique. Le genre des tétaniques qulse présente en troisième lieu est également très-naturel ; c'est à tort, seulement que Bouchardat y joint le curare. Ici encore, c'est la sériation naturelle qui l'induit en erreur, le curare paraissant être le produit du suc épaissi de deux lianes de la famille des loganiacées, genre strychnos (rhoutamon et toxifùre). Cela a sufli au professeur pour caser la curarine avec la strychnine. Mais la seconde seule est convu Isi vante : la curarine paralyse seulement la motricité. Elle ne contient pas d'oxygène, tandis que la strychnine est un corps quaternaire oxygéné; or, nous avons vu précédemment quelles sont les conséquences de cette diiïérence de composition, au point de vue des propriétés physiologiques.
Nous ne dirons rien de Tordre qui suit, celui des emménagogiics , sinon , ainsi que nous l'avons observé déjà, qu'il ne constitue qu'un genre spécial dans la série des stimulants.
C'est avec raison, pensons-nous contrairemenl à Topinion ultra-physiologiste qui les supprime aujourd'iiui , que la division que nous discutons , Admet des antispasmodiques. Ceux de ces agents qui méritent bien ce titre, constituent vraiment par la modalité très-spécifiée de leur action physiologique , un genre qui les distingue à la fois des stimulants diflusibles des sédatifs cardiovasculaires et des anesthésiques. Les gommes-résines des ombellifères , les produits nidoriens du chevrotain porte-musc et du castor ; la valériane et les valérianates , peut-être même le tilleul et Toranger méritent, cette dénomination. Mais c'est à tort qu'on y voit figurer le cumin , la coriandre , Tangélique , Tanis , et en général les ombellifères aromatiques.
Vient ensuite le groupe des stimulants que Bouchardat confond à tort avec celui des excitants. Si bien que nous voyons la créosote et rélectricité rangées dans la même médication que le lierre-terrestre et le bouillon blanc.
En réalité l'action stimulante diffère nettement de l'action excitatrice , en ce sens que la première produit seulement un effet de tonalité passagère , grdce à un principe diffusible éliminé rapidement par les reins ou les poumons. L'excitation est autre chose : elle résulte d'une action mécanique ou dynamique , spécialement exercée sur le système nerveux auquel seul est dévolu la propriété d'excitabilité.
La médication qui suit et que Bouchardat nomme Aphrodisiaque est une médication spéciale^ qui se li'ouve occuper ici une division trop générale, car elle dépend manifestement de la classe des actions excitatrices.
Les Sadoriliqties et les Diaphorétiqiies représentent également des médications qui visent des fonctions spéciales : ce sont des genres de Tordre des éliminateurs exosmotiques et de la classe des agents spéciaux.
Même observation pour les diurétiques.
Le dixième groupe de Bouchardat , représentant la médication expectorante ou incisive y ne comprend qu'un seul agent, le Pohjgala de Virginie. C'est id que la division de l'auteur paraît le plus défectueuse. En effet , outre que la place du polygala ne peut être choisie dans une sériation générale que parmi les stimulants , sa propriété spéciale de s'éliminer rapidement par la muqueuse bronchique en provoquant l'expectoration , lui est commune avec l'ipéca , le kermès, le tabac, h lobélie, etc., etc.
L'ordre suivant, qui porte le nom d'Émétiqxies et renferme depuis la violette et les aristolochées , jusqu'aux antimoniaux est bien plus heureusement conçu.
Le 12>»« groupe est celui des purgatifs, subdivision très-naturelle mais désignation plus empirique que physiologique. L'exosmose intestinale en vertu de laquelle se fait l'exonération dite ]>ufgative, relève de la grande classe des hypercrinies.
La médication antiphlogislique qui vient au id^ rang, n'est représentée que par une seule catégorie d'agents médicamenteux ; les émissions sanguines. C'est là un ordre très-naturel parce qu'il est basé sur ime divisioA physiologique des plus générales^. Mais cet ardre est ici incomplètement représenté. Les sédatifs, topiques de l'état de phlogose, tels que l'onguent napolitain belladone; les agents d'occlusion comme le collodion riciné, les répercuteurs, tels que la glace intra et
extra , la réfrigération hydrothérapique, sont autant de moyens qui réclament leur rang dans la médication antiphlogistique •
On trouverait un complément naturel de ces lacunes en étudiant les substances multiples qui composent la série suivante , celle des émollients et analeptiques.
La médication contrihstimulante n*est représentée que par un mot : le froid. C'est là une évidente erreur. Le contro-stimulisme est caractérisé par ime triple action physiologique sur l'hématose , l'innervation et la myotïlite, en vertu de laquelle action, la crâse du sang est diminuée , la température du corps abaissée, la systole cardiaque affaibUe, et la contractibilité musculaire détendue. Les antimoniaux par leur pouvoir distrophique ; la digitale en agissant sur le cœur; le bromure de potassium comme sédatif bulbo-rachidien, sont des contro-stimulants pour le moins 'aussi bien que le froid.
Nous trouvons IG^n^ le groupe des teinpérantSy dont la formation est naturelle , mais qui est composé, dans le Uvre de M. Bouchardat , par des substances tellement voisines de celle que comprend son ordre des émollients analeptiques, que les uns et les autres seraient plus convenablement rangés sous un titre plus général, celui par exemple de lénitifs.
C'est sous le nom d'astringente ou styptiques qu'est constitué Tordre suivant, qui est un des plus naturellement motivés de cette division.
Puis vient , !&»«* , l'ordre important des toniques. L'auteur les divise en spécifiques ou fébrifuges et en toniques corroborants. Les quinquinas et leurs succédanés forment la première catégorie. La seconde est celle des toniques corroborants , le fer étant pris pour
ty[)C. Mais ii manque ici les premiers parmi les toniques, ceux que Ton peut appeler à bon droit liistogéniques, tels que Thuile de foie de morue. Or, Messieurs, savez-vous où M. Bouchardat place les huiles de foie de morue, de squale? Dans la section des émoi' lients et analepti({ues ! Entre Thuile de baleine et rhuile de pied de bœuf! Nulle part ailleurs Téminent professeur ne montre mieux comment il est dominé pour la classification de ses agents médicamenteux par les qualités physiques, chimiques ou naturelles du médicament. Au nombre des toniques qu*il importait encore de distinguer en groupe spécial nous citerons : les amers purs, différents des quinquinas par rabsoncc d'azote , et les toniques cupeptiques , lesquels on augmentant Tactivité du double travail d'assimilation et de désassimilation, constituent, si je puis dire, des toniques au deuxième degré- La dix-neuviùme section renferme sous le nom de suhstilutifs ou altérants la plupart des aj(onts métalliques. Viennent ensuite les agents de la ttiédicatioD révulsive j laquelle dans une classification pi*océdant du général au particulier, devnut, do morne que la médication altérante , être subordonnée à la division plus large di^s substitutifs. En effet, soit qu'un agent étranger par sa composition chimique aux éléments organiques, s'immisce par l'hématose dans nos tissus, pour en être plus tard éliminé, soit que des moyens énergiques détournent en provoquant aillcm^ une action compensatrice, une influence morbide , en fait, on est toujours en présence d'un acte de substitution. ÏAiS siala(]0(jues ou masticatoires^ les anllielminUqiies ou vcrynifuges , composent les deux dernières sections de cette division. L'une comme l'autre ne visant iiiie
es actions spéciales , motiveraient les réserves déjà utes plus haut, pour la même cause.
ïii somme , le manuel si instructif et si pratique de touchardat, est autant ime œuvre pharmacologique , u'un livre thérapeutique ; la division adoptée par Tauîur qui n'a pas voulu asseoir ses séries sur des caracîres purement physiques , est inspirée des dénomialions pour la plupart empiriques usitées encore ii y vingt ans à peine dans le monde médical. Mais ces catégories reposant sur des effets réputés >ur la plupart spécifiques, ou spéciaux, sont formées ins méthode, classées sans ordre. Tantôt, elles renrment des agents dont l'action avérée représente un •dre d'effets plus général que le titre môme de la iction. Tantôt, par la spécifité de leurs propriétés , s substances rapprochées s'excluent naturellement
I même groupe où elles se trouvent réunies. Enfin , is lacunes sérieuses apparaissent ca et là.
Les familles botaniques, les groupes minéralogiquos ^ s genres zoologiques, et aussi les sections pharacodynamiques , ont presque toujours et manifesteent influencé l'auteur dans sa division thérapeutique.
II ne faut pas oublier d'ailleurs que son livre est un muel de matière médicalCy de thérapeutique et de amiacie ; que toute la deuxième partie est pharmalogique ; et que Bouchardat n'a nullement entendu re un traité de thérapeutique physiologique. Mais fi livre est si pratique, si varié en connaissances de it ordre, si plein d'une érudition de bon aloi , qu'il st rangé du premier coup au nombre des bons ssiques. Et c'est pourquoi, Messieurs, il ne nous it pas possible , traitant des divisions de médicans , de ne pas analyser sérieusement son œuvre à point de vue.
La division adoptée par Trousseau et Pidoux dans la 8« édition de leur Traité de Thérapeutique ^ ne constitue encore qu'une œuvre empirique si on veut y voir une clîissirication. Mais au point de vue des indications tirées de la nosologie comme à celui de rharmonisatîon des genres entre eux , c'est une excellente et remarquable division.
Les auteui^s Tout sectionnée en 14 chapitres, et chaque chapitre est consacré à une médication. Nous allons les parcourir rapidement.
Ici , comme dans Bouchardat , Tordre suivant lequel apparaissent successivement les médications n'indique pas un plan méthodique.Les effets généraux d'hypersthénisation, d'hyposthénisation, de substitution^nesont point sériés d'après un plan , dans le cours de l'exposition. Sans doute Trousseau et Pidoux qui, mesurant dès leurs premières éditions toute l'étendue des difficultés présentées par un travail classificatcur pharmacodynamique , s'étaient refusés à faire une classification , ont tenu à ne pas se contredire. Toutefois , ainsi qu'on l'a observé, il est impossible de ne pas reconnaître dans le groupement des genres, un commencement d'application de l'idée de sériation, à la matière médicale.
Dans le chapitre l^r (le ti'avail en contient 14) la médication étudiée porte le nom de médicaments reconstituants. Le 1er, le manganèse, la pepsine et laprotélneenfontlabasc. Mais quand Trousseau vient à deve* lopper la partie purement Uiérapeutiquo de cette première section, il disserte : non plus sur les reconstituants, mais sur les toniques analeptiques. Et en effet, c'est une dénomination incomplète et malheureuse que celle do reconstituants : incomplète, car ni les huiles de foie des malaco-plcrygiens subrachiens, ni les principes
amers azotés, tels que les quinquinas, ne font partie de cette première section : et si le fer répare Fhématose, rhuile de foie de morue génère les éléments histologiques, et le quinquina relève les fonctions d'innervation qui sont la base première de toute reconstitution organique. J'ajoute, Messieurs, qu'ainsi isolée, la dénomination de reconstituants est malheureuse. Reconstituants de quoi? Reconstituants comment? Le sang seul et la matière organique hémato-poîétique méritent le nom de reconstituants. Et il n'est pas, même parmi les aliments, une seule substance qui intervienne directement et sans métamorphose préalable , dans la constitution des tissus. Le fer lui-même , qui d'ailleurs se retrouve en si petite quantité dans les globules , est contraint de se transformer en sel (surtout en phosphate) , avant de devenir un élément de reconstitution. Il eût donc été plus logique , de la part de nos auteurs , de décrire avec la médication tonique, qui revient dans le XI^ chapitre à propos des névroslhéniques , la médication reconstituante.
Le 2^ chapitre est consacré aux astringents , et ce groupe très-régulièrement constitué ne prête le flanc à aucune critique au point de vue qui nous occupe, celui des divisions thérapeutiques.
Immédiatement après ces deux ordres dont la succession est bien naturelle, on aborde dans le chapitre 3"^, la médication altérante.
Voyons d'abord ce qu'entendent nos Auteurs par ce mot.
<c Parmi les agents médicamenteux , disent-ils , il en » est qui confèrent aux éléments organiques quelque » chose qui demeure, qui survit à l'impression primi- » tive du médicament : c'est tantôt un élément consti-
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Si j^: Ci'iTnpr^rnd^ bu^n ce Tagne langage, aaqoel maor\nf'. hÏArAntCïfitïl Li précision sci^nti&iue mcxleme, on fzuUixA ici par alUranU^ des m<>Mcateurs distrophîqîK-^ frfoprfrs i retar'lér le tniail général de la natri* Uon. A c/î cornpUï, il nV a pas à bétonner si nous retrouvo^nfl le mercure Tiode, Tarsénic, Tor et le platine dariM c^rtU; série. Mais on s'explique beaucoup moins la \fv(:%f:ncft des alcalins et des eaux minérales alcalin^rs ; car ce dernier onire d'agents a pour propriétés principales de favoriser la désassimilation et le travail M'iïUMViiUiMV , d'afTaîMir la cràse du sang en siigmttiant Teau du sérum et les bases sodiques. Ce que ron compreml moins encore, c'est que les auteurs aient rangé les huiles de foie de morue, de raie et de squale parmi les altérants ainsi définis. Ou plutôt, on s'explique cette erreur manifeste et grare, quand on voit que c'efit en raison de l'iode et du brome qu'elle contient, que riiuile de foie de morue a été ainsi^reléguée parmi les altérants. Une pareille erreur ne pouvait édiapper h Tesprit si net de Trousseau; aussi termine-t-il par crrH lignes, sa dissertation sur la médication altérante : « I/huije de foie de morue, par sa composition complexe, n oifre beaucoup d'incertitude et d'embarras pour sa p clasKification. Kn eiïet, par les principes clûmiques
» qui y sontconlenus (iode, brome, elc.),eUe vient se » ranger naturellement à côté des altéraDts, tandis que » ses propriétés thérapeutiques les plus caractéristi- » ques sembleraient indiquer sa place auprès des toni- X ques, analeptiques. Ce que nous disons ici a un dou- » ble but : d'abord de faire valoir la difficulté, pour ne » pas dire la vanité des classifications, et en outre, de » bien faire apprécier aux praticiens les qualités c6m- » plexcs des médicaments.»
Nous répondrons à cela que la médecine est ou n'est pas une science, en même temps qu'un art. Que si elle n'est qu'un art, les divisions mêmes sont puériles, car elles sont constituées par des groupes, classes, ordres ou sections, qui prétendent réunir par analogie de propriétés certains agents: et l'Etudiant comme le Praticien se demandera à bon droit pourquoi on a réuni des substances si disparates. Ou bien, en même temps qu'elle reste un art, la médecine tend de jour en jour â se constituer comme sdence; et, dans ce cas, il est indispensable d'édiûer des classifications sans lesquelles il n'y a pas de science naturelle. Aussi bien quand U s'agit de classer ou simplement de grouper en sections un médicament, c'est la substance dans la totalité dé ses propriétés physiologiques et de ces effets thérapeutiques, non tel ou tel élément de sa constitution, qu'il faut envisager. Du reste, à y bien regarder, la constitution chimique d'un corps n'est pas, ne saurait être en contradiction avec ses propriétés physiologiques , nous l'avons vu tout spécialement dans une de nos précédentes leçons. Or, ici, nous sommes en présence de l'huile de foie de morue, et nous voyons que si, pbysiologiquement elle constitue au premier chef un aliment réparateur, histogénique, et tonique, elle corn-
prend chimiquement bien d'autres choses que Tiudc et le brome qui n'y sont qu'infimement représentés. Les carbures d'hydrogène et tous les élémentsdes huiles grasses; les acides gras, les sels copules de la bile, taurocholate et ghycocolate de soude; la gaduine, le phosphore, le chlore, le soufre, combinés avec des bases de soude, de potasse, de chaux, en font précisément un médicament tonique et reconstituant histogénique, parce qu elle est par elle seule un aliment complet.
Nous serons bref dans l'examen critique du quatriùmc groupe renfennant les médicaments irrilanls. Impossil)le cependant de ne pas observer que si toutes les substances énumérées méritent bien ce classement , le déterminisme de leur action physiologique est , pour certaines si peu semblable , que des catégories secondaires étaient nécessaires. La potasse ^ h chaiix, la soiulCj la baryley Yammoniaque^ et même le chlore, se groupent naturellement ensemble. Mais la litliine , qui n'est utilisable que comme dissolvant des urates de soude , dans la goutte , eût été mieux placée dans une série d'agents spéciaux , ou parmi les substitutifs fondants, à côté des alcalins. La poix, les térébenthines , la résine de thapsia vont également bien ensemble. Mais l'argent, le cuivre et le zinc, sont manifestement mieux placés à côté du platine , de l'or, parmi les altérants. La moutarde, les cantharides, l'ortie appartiennent à une section spéciale , celle des irritants révulsifs. Enfin , les renonculacées sont surtout des poisons drastiques et sidérateurs en même temps; les euphorbes irritent aussi topiquement, mais leur propriété dominante les classerait mieux parmi les purgatifs hydragogues. Nous trouvons la confirmation de cette remarque dans les commentaires
Il lérapeu tiques dont Trousseau fait suivre le chapitre des irritants. Il y décrit à la fois des médications irritantes, substitutives, transpositives, spoliatrices et excitatives. Si ingénieuses que soient ces subdivisions qui apparaissent déjà conune confuses à la génération présente , nous craignons que plus tard , faute de méthode elles ne deviennent peu compréhensibles.
Le chapitre V est consacré à la médication antiphlogistique. Dans cette section , nous trouvons la gonune, la graine de lin, la mauve, la bourrache, la violette, en un mot les émoUients béchiques ; les fécules , les huileux, le lait, la glycérine, les lénitifs et les tempérants, à côté de la saignée. C'est là une division . admissible; et les belles leçons thérapeutiques sur les médications antiphlogistiques, dans les maladies aiguës , dans les phlegmasies franches , dans les fièvres catarrhales, dans les maladies aiguës spécifiques, dans les maladies chroniques, dans les troubles de l'appareil vasculaire , dans les congestions et les pléthores de diverses sortes , font de ce chapitre une section qui dépend bien plus des divisions cliniques que des divisions pharmaco-dynamiques.
Ce sont les médicaments évacuants qui constituent le V* chapitre. La division qui comprend deux ordres, les vomitifs et les purgatifs, en est aussi bonne que simple. Il faut reconnaître cependant que les diurétiques qui font sécréter Turine , et les expectorants qui excitent la muqueuse bronchique dans la phlegmasie catarrhale , sont aussi des évacuants. L'avantage d'une classification sur une simple division, c'est précisément de permettre de sérier ces modalités d'une action commune. Ainsi, les agents hypercriniques et
exosmotiques constituent une grande division qui permet de placer les évacuants de divers ordres.
Nous voyons le septième groupe constitué par les excitateurs ou excitants du système musculaire. Là, paraissent naturellement la strychnine, la brucine, le rhus radicans , Tergotine, Uélectricité , la flagellatioa, le massage et la gymnastique. Quant à racupuncture elle eût été mieux classée, ce nous semble, dans le groupe des irritants, à côté des tliapsias, de la moutarde et des cantharides. Il nous semble aussi que la médication hydrothérapique sous une de ses modalités d'action les plus puissantes, serait ici bien à sa place.
I^ huitième section, celle des stupéfiants y nous parait également complète et fort bien comprise. En * effet, les principaux genres de stupéfaction y ont trouvé rang. D'abord, les narcotiques opiacés, puis les slupéfiants mydriatiques et hallucinateurSy tels que Tatropine et le haschisch. Ensuite, Taconit et les ciguës, comme paralyso-moteurs. Les cyaniques qui agissent en môme temps sur Thématose ne sont pas oubliées , et la série est naturellement close par le curare et la fève d'épreuve du Calabar.
Nous sommes rendus au chapitre neuvième, comprenant les agents anesthésiques. Là, il nous paraît que les auteurs ont composé leur série en dehors d*un esprit rigoureusement scientifique. Assurément, ce sont des anesthésiques que Taldehide (C* H* 0*), c'est-à-dire l'alcool moins deux équivalents d'hydrogène. Les éthers ( sulfurique, iodhydrique et nitrique ) méritent aussi ce nom : et aussi Téther chlorhydrique chloré, le bîchlorure de méthylène et Tiodure de méthyle, ainsi que le sesquioxyde de carbonne. A plus forte raison le chloroforme et le protoxyde d'azote méritent-ils celte
qualification. La bensine et Facide carbonique nous paraissent moins justement classés dans ce groupe.
Des anesthésiques, Trousseau passe sans ti*ansition dans le chapitre XI, à la classe des toniques névro-sthéniques. Nous avons déjà exprimé, à propos des reconstituants, en quoi cette division n'est pas heureuse. Les toniques forment un ordre qui comporte bien plusieurs genres distincts ; mais ces genres se relient entre eux par les propriétés mêmes qui constituent la tonicité, à savoir le relèvement de la force nerveuse, la réparation de Thématose et la reconstitution des éléments anatomiques qui sont la base des tissus normaux. Les premiers sont les toniques névro^sthéniques, les seconds les toniques hémato^poiétiqueSy les troisièmes les toniqueshistogéniques. On a vu comment, dans la division de M. Pidoux, ces agents si remarquables par la soUdarité de leurs effets généraux sont malencontreusement jetés dans des cadres différents.
La XII® section comprend les médicaments excitants; le titre du chapitre rappelle trop celui du chapitre VIII : excitants du système musculaire^ ou excitateurs. En effet, c'est à proprement parler, la même dénomination générale, et cependant les groupes sont séparés par quatre sections. On se demande pourquoi MM. Trousseau et Pidoux n'ont pas donné à cette section le nom que les médicaments qui la composent portent ailleurs , c'est-à-dire celui de stimulante. En effet, aucun des groupes que nous examinons n'a reçu cette désignation. Or, les agents thérapeutiques dont il est parlé dans ce chapitre sont bien manifestement des stimulants, et rien autre chose : ce sont, dans une première catégorie, les labiées (mélisse, thym, menthe, sauge, camomille, absynthe, etc., etc.) c'est-à-dire ce
qu'on nomme les myroUques. Viennent ensuite Talcool et les alcooliques y le café, le tlié, le coca, et les caféiques ; nous y trouvons aussi Toxygène, le nitrophosphate d*ammoniaque , le calorique et le phosphore. Puis après, sous le nom d*excitants spéciaux, les sudorifiqueSy les diuréliqueSj les emménagogties et les balsamiques. Ce sont encore là, pour la plupart, des représentants de Taclion stimulante. Seulement, on ne comprend pas bien à quel titre les balsamiques sont moins des excitants généraux que le cubèbe ou ramica par exemple. En somme, Faction stimulante est une action très-nettement définie ; intermédiaire entre Taction tonique et Faction excitatrice, elle a pour distinct dominant d'apporter des matériaux à la calorification, en fournissant un combustible très-difîusible et rapidement éliminable. Moins durable que Faction tonique, nullement reconstituante en dernier elTet, elle n'a pas, comme les excitateurs, d'action primitive et directe sur lamyotilité. Il est donc regrettable que dans leur divisions de la matière médicale MM. Trousseau etPidoux, qui n'ont pas omis les agents, aient oublié la qualification.
Médication sédative et conlro-stimutanlej tel est le ' sujet du XIII« chapitre. Il est composé d'une façon qui satisfait absolument, au double point de vue de l'observation clinique et de l'expérimentation physiologique. En effet, nous y voyons figurer successivement : comme agent physique , le froid ; comme sédatif car* dio-vasculaire, la digitale; comme centro-stimulant diatrophique, Fantimoine. Les bromures alcalins (de potassium et d'ammoniun) y tiennent leur rang comme sédatifs bulbo-rachidiens. Nous y trouvons les Tératrinés {colchique j veralrmyi album, cévadille^ veratrum
viridCy) comme sidérateurs de la myotilité. Seuls, le charbon de bois, qui n*est sédatif que comme absorbant digestif, et le collodion, dont les effets par occlusion, sont purement mécaniques, paraissent mal placés dans cette section.
Enfin, ce sont des médicaments spécifiques, au moins dans rindication invoquée ici, qui sous le nom (TanthelmintiqueSy constituent le XIV® et dernier chapitre.
En réalité, quand on a suivi dans ses détails comme dans son ensemble le travail jugé si considérable de MM. Trousseaux etPidoux, on demeure convaincu, au point de vue des divisions méthodiques des agents médicamenteux, que les auteurs eussent facilement construit une classification clinique rationnellement conçue. Il est même évident pour tout lecteur un peu habitué aux études thérapeutiques, qu'on a dissimulé sous les apparences d'une division presque fortuite, des idées sérieuses de classification pharmacodyuamique. Mais ici, M. Pidoux, qui s'était surtout préoccupé de la matière médicale, a été manifestement dominé par l'esprit si plein d'ascendant de Trousseau, lequel tout entier au développement de ses idées sur le nosologisme pathogénique et la spécificité thérapeutique, n'accordait qu'une place secondaire à la classification de l'agent médicateur.
Ainsi, son œuvre reste ce qu'était l'homme lui-même, l'expression d'un génie pénétrant plutôt que large, d'un esprit observateur plutôt qu'expérimentateur, si bien que l'on peut considérer Trousseau comme le plus brillant et le dernier des représentants de l'empirisme rationnel en thérapeutique.
Si la division de Bouchardat est plus logique au point de >'ue des propriétés physiques, chimiques et phar-
macologiques des médicaments, celle.de Trousseau et Pidoux est plus clinique^ en même temps qu'elle est plus simple.
Nous terminons ici, Messieurs, cette étude des divi' sions thérapeutiques de la matière médicale, renvoyant à la IX® leçon Texamen des classifkations proprement dites.